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Article nº 2057 Levada (canal d’irrigation) Funchal Vol. II · p. 452–513 133 min de lecture

Levadas

Les levadas, canaux d’irrigation qui acheminent l’eau des montagnes de Madère vers les terres agricoles du littoral : leur origine chez les premiers colons, leur importance économique, leurs débits, les tours d’eau appelés giro et leur administration, ainsi que le droit relatif à l’eau de 1461 au décret de 1931. L’article traite des levadas de l’État, notamment celles de Rabaçal et de Serra do Faial, des plus anciennes levadas privées, des travaux du Paul da Serra et de Porto Santo, du plan d’irrigation et d’hydroélectricité de 1943, de la terminologie, des forêts, ainsi que de la législation et de la bibliographie.

Levadas

Étranger

Carte: Arquipélago da Madeira (79)

1I – Origine

I – Origines

Dès qu’ils abordèrent à Madère, les premiers colons reconnurent l’excellente douceur du climat et l’exubérante fertilité du sol. Ces dispositions si favorables de la nature, couronnées par un paysage enchanteur, durent éveiller les plus vives espérances pour l’entreprise hasardeuse qu’ils allaient commencer ; mais ils durent aussi mesurer sans peine les grandes difficultés qu’il faudrait surmonter pour atteindre le but désiré : une colonisation heureuse et prospère. Tels des précurseurs d’un Robinson légendaire, abandonnés sur une île déserte et inconnue, ils allaient devoir accomplir de véritables miracles d’héroïsme dans les durs travaux de défrichement des terres vierges et dans la construction et l’installation de leurs premières demeures, fort inconfortables.

Ils se heurtèrent aussitôt à deux obstacles, peut-être jugés insurmontables : la végétation luxuriante et gigantesque, qui s’étendait en une forêt dense depuis le rivage de l’océan jusqu’aux cimes des montagnes, et le relief invraisemblablement accidenté des terrains, qui, en ramifications ininterrompues des plus hauts sommets, se déployaient en pics altiers et en vallées profondes sur toute la surface de l’île.

Avec un courage résolu, ils se livrèrent aux premières exploitations agricoles, éclaircissant les épais fourrés et préparant comme il convenait les glèbes rustiques destinées à recevoir les premières cultures. On constaterait aisément que l’utilisation des eaux devint l’un de leurs plus grands soucis et l’une de leurs plus lourdes peines. Ce souci s’est transmis sans relâche de génération en génération, prenant les aspects les plus variés et formant un vaste réseau d’intérêts économiques et sociaux qui mériterait une étude approfondie et détaillée, malheureusement encore à faire.

Ces premières exploitations tentées, un nouveau système d’irrigation s’imposa sans tarder, afin de mettre en valeur la richesse native du sol inculte et d’en tirer les résultats les plus rémunérateurs.

Ce sont les conditions particulières du milieu, propres à cette région, qui déterminèrent la construction des premiers canaux ou aqueducs, que l’on appela ensuite levadas (canal d’irrigation) et qui devinrent l’élément le plus précieux de l’agriculture madérienne. On peut imaginer les efforts incalculables consacrés à cette première entreprise et les difficultés que dut soulever sa réalisation, surtout lorsque les terres à irriguer se trouvaient éloignées des sources.

Dans un excellent article publié il y a quelques années, une synthèse fort expressive donne une idée très exacte des causes qui justifiaient ces constructions, alors rudimentaires, en affirmant que « l’agriculture devait être la base de l’économie de la société qu’ils allaient fonder, mais aussi qu’elle ne pouvait prendre de grandes proportions et offrir de larges profits que sur les pentes, les collines et les vallées du littoral, où la composition du sol, la fertilité du terrain, la douceur de la température et le régime modéré des vents assureraient des productions intenses et précieuses, avec des avantages infinis pour la population, pour les donataires, pour l’Ordre militaire du Christ et pour la couronne. C’est là que se trouvait surtout la zone des meilleures cultures – celle de la vigne et celle de la canne à sucre –, qui furent dès lors entreprises et qui firent ensuite la célébrité, la renommée et la richesse de Madère, garantissant sans interruption à la métropole des revenus considérables, même dans les périodes les plus critiques et les plus contraires du Portugal.

Ces terrains, cependant, ne pouvaient être exploités avec intensité, constance et profit sans être dotés d’eaux d’irrigation qui humectent et fécondent régulièrement le sol, maintenant les plantations vertes et pleines de sève, les fortifiant et les enrichissant, non seulement durant l’été, mais encore pendant une partie du printemps et de l’automne et, en général, durant les sécheresses, possibles même en hiver. En même temps, presque toutes les fontaines et les sources se trouvaient sur les hauteurs, dans les montagnes, et s’écoulaient vers les ruisseaux et les rivières, et par ceux-ci vers l’océan. Aussitôt naquirent le besoin et l’idée d’intercepter, à certaines altitudes, le cours naturel des eaux, pour les dériver vers des canaux très utiles, construits sur de grandes distances, le long de rochers escarpés, à travers d’immenses obstacles que seule une ténacité héroïque pouvait vaincre, jusqu’aux régions les plus fertiles et les plus prometteuses. Telle est l’institution admirable et féconde des levadas, facteur primordial de l’agriculture et, partant, de toutes les conditions économiques et financières de l’île de Madère. »

Le gigantesque travail de construction des levadas, qui dura des siècles, les luttes menées pour l’acquisition et la possession de leurs débits, les soulèvements populaires qui éclatèrent à plusieurs reprises pour ce motif, l’organisation des associations de « heréus » (copropriétaires des droits d’eau d’une levada) pour l’exploitation et la distribution des eaux, les fréquents procès, les nombreuses lois promulguées pour régler cette matière, les débats suscités au parlement, dans les corps administratifs, dans la presse et dans des réunions publiques fourniraient amplement matière à une vaste et intéressante étude, comme nous l’avons dit plus haut.

2II – Importance et nécessité

– Tout cela montre l’impérieuse nécessité de nos levadas et l’importance capitale qu’elles revêtent dans l’économie de l’archipel. On défrichait en même temps la dense végétation forestière qui couvrait les croupes et les versants, on préparait avec diligence le pénible travail des terres arables et l’on conduisait promptement les sources abondantes qui allaient fertiliser les cultures naissantes.

Comme on le sait, l’irrigation des terres se fait principalement au moyen des levadas. Certes, certaines terres cultivées sont laissées aux seuls aléas des pluies ; mais les cultures dites riches, c’est-à-dire la vigne et la canne à sucre, ainsi que la plupart des légumes et des cultures potagères, sont irriguées par les nombreuses levadas dispersées sur toute l’île. On ne saurait considérer ce système d’irrigation comme entièrement propre à cette région, mais il est presque unique dans notre pays et possède des caractéristiques qui le distinguent des autres systèmes du même genre.

Dans certains pays, les canaux d’irrigation ne constituent des ouvrages d’envergure que par leur capacité et le volume d’eau qu’ils transportent. Ils sont presque toujours creusés à même le sol, sans autres ouvrages d’art de grande importance. Ils ne sont généralement pas très longs et servent à fertiliser des terrains parfois vastes, mais d’altitude peu considérable. Il n’est donc pas étonnant que certains techniciens des travaux publics venus du continent avouent que les descriptions écrites de l’irrigation madérienne ne leur donnaient pas une idée exacte du réseau de nos levadas, en particulier de la manière dont elles captent et conduisent les eaux, ni de la façon dont celles-ci sont réparties entre les terres irriguées.

Ces aqueducs sont des canaux étroits et longs, ouverts dans le sol et généralement construits en solide alvenaria (nom local du basalte compact employé comme pierre de construction) ; ils atteignent rarement un mètre de largeur et leur profondeur dépasse peu souvent 50 à 70 centimètres. Certaines levadas mesurent plusieurs dizaines de kilomètres. En général, elles partent de points élevés et centraux de l’île et prennent leur source dans les ribeiras les plus abondantes, s’alimentant des généreuses eaux qui coulent, inexploitées, dans leurs lits pierreux. Pour cela, elles longent parfois des montagnes hautes et escarpées, franchissent des ravins à pic et percent les monts, au prix d’un travail périlleux de longues années, de capitaux considérables et même de bien des vies, donnant à la terre le sang qui la fertilise et aux plantes la sève qui les fait produire en abondance. Quiconque connaît de près l’invraisemblable accidenté de nos terrains, le relief capricieux de leurs versants et l’altitude de leurs montagnes, qui côtoient des vallées profondes et de dangereux précipices, mesurera aisément l’effort colossal que représente cette œuvre gigantesque et si utile, qui honore au plus haut point le pays qui l’a entreprise et menée à bien.

On pourra s’étonner, et il semblera à première vue, sans un examen plus attentif, que ces canaux d’irrigation, si coûteux et d’une construction si difficile et pénible, n’offrent pas une rémunération suffisante des capitaux investis. Mais la vérité est qu’ils constituent le principal élément de la prospérité de l’agriculture madérienne, surtout des « cultures riches », et, comme on l’a brièvement esquissé plus haut, l’un des facteurs les plus importants de la prospérité de tout l’archipel.

C’est une vérité axiomatique qu’une part considérable de nos terres arables a faim d’une culture convenable et soif de l’eau fertilisante qui la rende féconde et productive. Il faut arracher à ce sol stérile et inculte l’abondance et la richesse qu’il renferme en son sein ; il faut transformer ces étendues d’aspect désolé en parcelles verdoyantes de beaux et excellents fruits ; il est indispensable de labourer et de cultiver cette terre très fertile, en donnant du travail et de l’activité à tant de bras paralysés faute d’une occupation utile et appropriée, comme nous l’avons déjà répété.

Le rapport de l’« Junta Autónoma de Hidráulica Agrícola de Portugal » pour l’année 1937 affirme, pour justifier l’exploitation des eaux d’irrigation, que celle-ci est un remède pour absorber l’excédent démographique, puisqu’elle procure du travail aux bras inactifs et améliore ainsi la situation économique des populations rurales.

Si cet argument s’applique avec vérité et justice aux terres du Portugal continental, il s’applique de la manière la plus complète et la plus absolue aux glèbes si fertiles de l’archipel de Madère.

Quiconque consulte les « Recensements de la population », effectués tous les dix ans, constate aisément que Madère est la région du pays qui présente la plus forte densité de population, en dehors des grandes agglomérations de Lisbonne et de Porto. Cette densité, très supérieure à celle de presque toutes les terres du continent, devient véritablement disproportionnée si on la compare en particulier avec un grand nombre de ces mêmes régions continentales.

Pour le prouver, il suffira de dire que seul le district de Porto dépasse celui de Funchal en densité, avec 304 habitants au kilomètre carré contre 270 à Madère. En revanche, il est des districts, comme ceux de Beja, Évora, Portalegre, Bragance et Castelo Branco, dont la densité est respectivement de 20, 21, 24, 27 et 36 habitants au kilomètre carré. Après Porto, c’est le district de Braga qui compte proportionnellement la population la plus dense, avec environ 140 habitants au kilomètre carré, restant encore loin derrière celui de Funchal, qui atteint 270, comme on l’a dit.

Le recensement de 1920 attribue à Madère 179 000 habitants et celui de 1930 211 000, soit une augmentation de dix-huit pour cent en dix ans ; celui de 1940 nous donne le chiffre de 250 000.

Si l’avis autorisé de la « Junta Autónoma de Hidráulica Agrícola » est pleinement justifié, il pourra à plus forte raison s’appliquer à Madère, où l’accroissement de la population suit une progression effrayante.

L’« importance et nécessité » de nos levadas, c’est-à-dire la conservation et l’extension des aqueducs existants et l’exploitation de nouvelles sources, constituent le principal facteur de l’agriculture madérienne, comme nous l’avons dit, et sont donc l’élément fondamental et primordial de toute l’économie du district. Avec une concision belle et expressive, et en étroite affinité avec notre sujet, on lit ces mots, proposés comme mesures à réaliser, dans le rapport d’un ancien et éminent agronome :

  1. « 1° Travaux d’hydraulique agricole permettant l’extension des cultures irriguées
  2. 2° remembrement constant et progressif de la propriété agraire
  3. 3° travaux de boisement permettant une meilleure régularisation des écoulements fluviaux
  4. 4° ouverture de nouvelles voies de communication desservies par des transports rapides et économiques ».

Fort heureusement, les problèmes étroitement liés à ce qui vient d’être exposé sont en voie de recevoir une solution satisfaisante grâce à la promulgation des décrets n° 33 158 et 33 159 du 21 octobre 1943, sur lesquels nous reviendrons plus longuement dans la suite de cette brève étude.

3Débits

III – Les débits

Le débit de chaque levada (canal d’irrigation) varie beaucoup, car il dépend en général de l’abondance plus ou moins grande des sources qui l’alimentent. Certaines levadas acheminent une source très abondante répartie en quatre débits, qui vont irriguer simultanément les terres en quatre points éloignés. D’autres, de moindre volume, ne se divisent qu’en deux ou trois débits et arrosent ainsi en même temps deux ou trois endroits différents. Il existe encore d’autres canaux d’irrigation, les plus nombreux, qui fertilisent les terres avec la totalité de leur eau, parce que le débit qui les alimente est faible. Au début de la période d’arrosage, quand les eaux sont plus abondantes, les sources des levadas permettent parfois une division plus poussée encore, ce que l’on obtient difficilement dans les mois où la sécheresse est plus avancée. On donne communément à ces divisions le nom de branches ou tronçons de la levada.

Le débit destiné à irriguer chaque point varie lui aussi beaucoup, quoique dans certaines limites. Les mesures effectuées sur de nombreuses levadas, généralement au plus fort de la sécheresse, montrent qu’un flux continu de 12 litres d’eau par seconde constitue déjà un petit débit suffisant pour l’irrigation de certaines cultures. Il existe des levadas de volume encore moindre, mais elles sont très peu nombreuses. Chacune des quatre branches ou tronçons de la Levada dos Piornais (« levada des Genêtaies ») a un flux continu d’environ 30 litres par seconde, ce qui est abondant et plus que suffisant pour toute espèce de culture. C’est entre ces limites, que nous pouvons considérer approximativement comme le maximum et le minimum, que doivent se situer les débits qui irriguent séparément les terres en chaque point.

Comme on l’a déjà fait remarquer, il serait intéressant de dresser un tableau donnant une mesure approximative des eaux de chaque levada. Mais aucun travail complet n’a jamais été réalisé à ce sujet, et cette petite étude n’a été faite que partiellement pour les levadas de l’État. Dans un rapport détaillé rédigé en 1911 par un ingénieur distingué, nous lisons que les deux levadas du Rabaçal, « la vieille » et « la nouvelle », avaient chacune un flux moyen de 80 litres par seconde pendant la période dite de sécheresse, et que toutes deux se divisaient en trois branches distinctes pour l’irrigation, ce qui donnait un flux moyen de 26 litres pour chacun de ces six tronçons. Lors d’une mesure effectuée en 1943, on constata que le flux par seconde de la « levada vieille » est de 65 litres et celui de la « levada nouvelle » de 86. Le même rapport indique que les levadas de Santa Luzia (« sainte Lucie »), des Hortas et du Bom Sucesso (« bon succès ») avaient alors respectivement un débit de 15,31, 17,5 et 27,4 litres par seconde. Ces données, bien qu’incomplètes, permettent de se faire une idée approximative du volume d’eau qui alimente en général nos levadas.

Outre les pertes d’ordre général, comme l’infiltration, l’évaporation, etc., les débits des levadas subissent une diminution sensible du fait de l’insuffisance du boisement, en particulier aux sources mêmes, du détournement furtif des eaux par des brèches pratiquées dans les parois des aqueducs, du manque de réparations fréquentes et appropriées et surtout de la construction abusive de ce qu’on appelle les « sacadas ». Un article de la revue Portugal em Africa les a définies avec une entière précision : « elles consistent en petits murets de pierre et de mottes d’argile, placés en travers du courant, qui détournent les eaux vers des terrains du lit des ruisseaux, qui ne devraient pas être cultivés, ou vers ceux des versants, qui devraient être soumis au régime du boisement. Les levadas, qui ne rejoignent les ruisseaux que plus bas, ne reçoivent ainsi que les écoulements, souvent infimes, ce qui nuit énormément à l’agriculture dans les régions fertiles du littoral. »

4Fonctionnement

IV – Leur fonctionnement

Une fois les aqueducs construits depuis les sources et les eaux de celles-ci captées, les travaux d’irrigation commencent aussitôt ; ils se font souvent à de grandes distances des points où les levadas prennent naissance. Leur fonctionnement régulier obéit à ce qu’on appelle le « tour d’eau (giro) », c’est-à-dire l’intervalle qui s’écoule entre l’arrosage d’un terrain et l’arrosage suivant. Ce laps de jours ne change en règle générale jamais et il est maintenu sous la surveillance la plus rigoureuse. Lorsqu’on dit qu’une propriété « a une heure d’eau (hora de água, droit à une heure du débit de la levada par tour d’eau) au tour d’eau » de quinze jours, il faut entendre que cette propriété jouit du droit d’être irriguée tous les quinze jours pendant la période normale d’irrigation. Le « tour d’eau » des levadas privées est très variable et atteint parfois, quoique rarement, soixante jours ; mais le cas le plus courant se situe entre quinze et vingt jours. Certaines levadas « fonctionnent au tour d’eau » toute l’année, mais leurs eaux ne sont pas toujours utilisées, surtout pendant la saison la plus rigoureuse de l’hiver. Sur les levadas de l’État, les « tours d’eau » ont une durée déterminée, qui s’étend du premier mai au dernier jour du mois de septembre.

Comme il va de soi, ces « tours d’eau » sont en général assurés par les propriétaires des terres ou par leurs « caseiros » et « meeiros », ou encore par des ouvriers qu’ils salarient à cette fin. C’est ici l’occasion de parler des « heréus » (copropriétaires des droits d’eau d’une levada) : ce nom désignait à l’origine les cultivateurs des terres irriguées par les eaux des levadas, mais il en vint ensuite à désigner, plus exactement, le propriétaire lui-même, grand ou petit, de ces eaux d’irrigation.

5Administration

V – Administration

Les levadas (canal d'irrigation) privées, ou levadas de heréus (copropriétaires des droits d'eau d'une levada), furent d'abord administrées par ceux qui les avaient construites et qui détenaient sur elles des droits de propriété. Par la suite, les propriétaires, ou plutôt les usufruitiers des eaux, prirent l'habitude de nommer un administrateur chargé de gérer les affaires de ces levadas, qu'ils appelaient le juge de la levada (Juiz da Levada, administrateur d'une levada). Certes, l'État s'était toujours considéré comme l'unique propriétaire des sources qui alimentaient les divers aqueducs, et il alla même parfois jusqu'à affirmer, dans des documents officiels, que les levadas elles-mêmes lui appartenaient. Mais ce que l'on observait dans la pratique, et qui avait force de loi coutumière dans tout l'archipel, c'est que les heréus se considéraient comme les maîtres et seigneurs des levadas et comme les propriétaires, ou du moins les usufruitiers perpétuels, des débits qui les alimentaient. Il en résulta que l'administration des levadas était assurée par les heréus, par l'intermédiaire des juges qu'ils élisaient, même si ce choix devait être homologué ou ratifié par les donataires, les gouverneurs généraux, les gouverneurs et capitaines généraux ou les gouverneurs civils. Dans bien des cas, mais pas toujours, les gouverneurs nommaient les juges et contresignaient les brevets de nomination ; toutefois, ces ingérences dans l'administration des levadas n'étaient en général qu'une simple formalité, le choix ayant en réalité été fait au préalable par les heréus concernés. Avec la promulgation du Code civil, en 1868, cette sorte d'homologation disparut, et les propriétaires d'eaux et de levadas se mirent à les administrer au moyen de commissions de gestion annuelles élues par l'assemblée générale des heréus. La loi du 26 juillet 1888 conféra la capacité juridique à la réunion des heréus, qui formèrent dès lors une véritable association jouissant de tous les privilèges que lui garantissent les lois, ce qui rendit l'administration de ces levadas plus indépendante encore.

L'ancienne dénomination de juge de la levada a depuis longtemps disparu ; ce fut jadis une charge disputée, généralement exercée par des personnes de qualité. Dans un document officiel adressé en 1812 au gouvernement de la métropole par le corregedor (magistrat royal d'un district judiciaire) de la circonscription judiciaire (comarca), António Rodrigues Veloso de Oliveira, on trouve au sujet des juges des levadas l'information suivante, qui mérite d'être transcrite : « . . . Les levadas ont un juge élu (juiz eleito, magistrat de paroisse pour les petites causes, 1837-1874) à la pluralité des voix des heréus et confirmé chaque année par ordonnance (provisão) du Conseil des finances (Junta da Fazenda), de même qu'un levadeiro (gardien de levada chargé de l'entretien et de la distribution de l'eau). Il appartient à l'office du juge de faire réparer la levada après l'hiver et de la mettre en eau le premier avril. Certains juges reçoivent leur paiement en eau, outre leur part ancienne et respective ; d'autres répartissent les dépenses entre les heréus au marc le franc (soldo a livra) et, en cas de refus de paiement, demandent au juge des Droits royaux un mandat exécutoire pour le remboursement desdites dépenses ; d'autres enfin recouvrent les dépenses et perçoivent un jour d'eau de la levada pour leur administration, et c'est là l'usage commun et raisonnable »".

C'est le moment d'évoquer, fût-ce brièvement, l'association qui se constitua dans cette ville en 1903 sous le nom de Liga das Levadas (Liga das Levadas), destinée à défendre les droits et les intérêts des aqueducs qui s'alimentent aux sources coulant dans la Ribeira de Santa Luzia (« torrent Sainte-Lucie »), et formée principalement par les levadas de Dona Isabel, des Moinhos et de Santa Luzia. L'ingénieur civil Vitorino José dos Santos rendit à cette association des services remarquables, non seulement en dirigeant toutes les affaires dans lesquelles la Liga dut intervenir, mais surtout en organisant d'importantes archives, où se trouvent de précieux éléments pour l'étude détaillée des eaux et des levadas de cette île, tant du point de vue historique que sous leurs aspects techniques et juridiques.

La « Liga das Levadas » une fois dissoute, nous ignorons où a pu être déposée cette précieuse et abondante collection de documents, qu'il serait fort souhaitable, bien qu'ils appartiennent à une société privée, de voir intégrés aux Archives du district de Funchal.

Quant aux « levadas de l'État », dont les dépenses de construction, d'entretien et de fonctionnement étaient imputées sur les recettes générales de l'État, leur administration fut assurée par les anciennes directions des travaux publics de ce district, puis par le service technique du Conseil général du district (Junta Geral), tout naturellement désigné pour s'acquitter régulièrement de cette importante mission.

Comme nous le verrons plus loin, le décret du 21 octobre 1943 apporta plusieurs modifications au régime d'administration des levadas.

6Premières explorations

VI – Premières exploitations

Les premières exploitations agricoles s’établirent sur le littoral et ne pouvaient guère s’éloigner des cours d’eau ou des sources qui devaient fertiliser les terres défrichées. Elles durent bientôt étendre considérablement leur superficie, et la nécessité apparut aussitôt de conduire les eaux sur de plus grandes distances au moyen des levadas. Les difficultés et les obstacles à surmonter furent toujours, et sont encore, véritablement extraordinaires, parfois presque insurmontables. Pourtant, au cours de cinq longs siècles, on ne cessa jamais de travailler activement au percement des levadas : il y a peu d’années encore, une entreprise nouvelle et considérable fut lancée dans les montagnes de Ribeira da Janela (« torrent de la Fenêtre »), qu’il fallut interrompre pour des raisons impérieuses.

La construction de ces canaux, avec les caractéristiques remarquables qui leur sont propres, constitue une glorieuse tradition de travail, de ténacité, d’intelligence et de bon sens, qui honore et ennoblit au plus haut point la terre qui conçut une telle entreprise et la mena à bien avec tant de fruit. Aujourd’hui, à plus de quatre siècles de distance, il est très doux de rappeler la clairvoyance de nos ancêtres, qui, dès les débuts du peuplement, découvrirent ce riche filon d’or appelé à faire produire, prospérer et enrichir notre agriculture, comme cela se réalisa pleinement au long des temps.

Du milieu du XVe siècle à la fin du XIXe siècle, cette tradition se maintint inchangée ; autrement dit, la construction des levadas fut un travail continu et persévérant, abstraction faite des circonstances impérieuses qui auraient pu justifier une éventuelle interruption.

Cet effort colossal, comme il arrive si souvent dans les grandes entreprises, eut cependant une origine modeste et mit de longues années à atteindre son plein développement. On le devine aisément, les premières levadas présentaient un caractère assez rudimentaire, non seulement dans la construction des aqueducs, leur longueur et la manière de capter les eaux, mais aussi dans la façon d’irriguer les parcelles et de conduire et répartir ces eaux. Ce sont le temps, les conditions du milieu et l’expérience qui enseignèrent la manière pratique de tirer le meilleur parti des avantages qu’offrait ce nouveau procédé de fertilisation des terres.

Il serait intéressant de déterminer avec une précision relative les lieux qui furent les premiers à profiter de l’inestimable bienfait des levadas, ce qui est aujourd’hui presque impossible. On conjecture que les plus anciennes étendues de terres à bénéficier du nouveau système d’irrigation se trouvaient sur les rives du torrent de Santa Luzia. Celui qui supposerait la même chose des terres qui bordent les torrents de Machico et de Câmara de Lobos (« repaire des phoques »), dans leurs parties proches du littoral, ne s’éloignerait sans doute guère de la vérité.

7Les anciennes levadas

VII – Levadas anciennes

En plus d’un endroit de cette brève étude, nous avons cherché à souligner l’importance et la nécessité des levadas, en montrant non seulement leur ancienneté, qui remonte au temps de la première colonisation, mais surtout en mettant en évidence l’effort prodigieux qu’exigea la construction de leurs aqueducs. À l’appui de cette affirmation, et comme détail historique digne d’être consigné, nous transcrirons quelques passages du récit du père Gaspar Frutuoso qui touchent à ce sujet :

« Près de la source où naît l’eau de ce torrent des Socorridos, on en dériva la levada destinée à faire tourner le moulin à sucre (engenho) de Luís de Noronha ; et l’on dit que, de l’endroit où l’on commença à la dériver jusqu’à celui où commencent à être irrigués les champs de canne, il y a bien quatre léguas, parce qu’on la tire d’une si grande profondeur du torrent, en lacets, que, pour monter jusqu’à la surface de la terre et commencer à cheminer en traversant des lombos, des domaines et de grands rochers, par-dessus la montagne où passe cette levada, elle a plus de six cents braças de hauteur ; de cette hauteur, qui est très escarpée, on fait descendre l’eau dans une goulotte en bois (cale), en lacets, jusqu’à ce qu’elle atteigne la terre cultivée, et sans faute il en coûta pour l’amener en ce lieu plus de vingt mille cruzados, sans compter la dépense bien plus grande de la conduire de là sur quatre léguas, outre les nombreuses morts d’hommes qui y travaillaient dans des paniers attachés à des cordes, suspendus le long de la falaise, comme ceux qui récoltent l’orseille (lichen tinctorial) ; car la falaise est en bien des endroits si abrupte et si escarpée qu’on ne faisait ni ne pouvait faire autrement les assises pour poser les goulottes, sans courir ces dangers. L’eau passe par deux cent quatre-vingts tronçons qui, mis bout à bout, auraient un quart de légua de long : ils sont faits de planches de til (Ocotea foetens, laurier de Madère), dont chacune a pour la plupart vingt palmos de long et deux et demi de large ; et, une fois ces goulottes posées sur la falaise, les gardiens de la levada (levadeiros) cheminent à l’intérieur, veillant sans cesse à les rapiécer et à les réparer, à les nettoyer aussi de la saleté et des pierres qui viennent à y tomber, et à faire les autres travaux nécessaires à la levada ; c’est pourquoi ils reçoivent de gros gages, ayant une charge de si grand labeur et de si grand péril.

« Dans cette falaise se trouve une grande grotte qui sert de maison aux gardiens de la levada et d’abri pour les provisions nécessaires de houes, de pioches, de barres, de pics et de masses, et d’autres outils ; on y entrepose chaque année dix et douze pipas de vin pour ceux qui travaillent à la levada et pour les autres personnes qui viennent aider à la remettre en état lorsque se rompent quelques tronçons de goulottes ; et c’est une chose prodigieuse, pour qui la voit de ses propres yeux, que l’étrange et audacieuse invention qu’on imagina pour tirer cette eau de là ».

Comme nous l’avons rapporté plus haut, plusieurs levadas existaient déjà au XVe siècle, mais les plus importantes datent du XVIe siècle. L’une d’elles, qui a entièrement disparu, est mentionnée dans les Saudades da Terra en ces termes, qui méritent d’être transcrits :

« Pour irriguer les cannes à sucre de ce bourg et vers Caniçal (« roselière »), on dériva une levada d’eau de si loin que, de l’endroit où elle naît jusqu’au bourg, il y aura quatre léguas et demie ou près de cinq ; on y dépensa plus de cent mille cruzados, parce qu’elle vient de grandes montagnes et de grandes profondeurs ; et l’on dit que, pour l’ouvrage, on perça deux pics de pierre dure, faute d’autre remède. Raphael Catanho, Génois, avec le grand esprit qu’il a, comme presque tous les étrangers et principalement ceux de cette nation, fut le premier à entreprendre de dériver cette eau, puis le roi la fit mener à terme ; et, en raison de son coût élevé, on ne s’en sert plus ». D’une autre, située sur les rives de la Ribeira dos Socorridos (« torrent des Secourus »), nous avons déjà extrait des Saudades quelques passages intéressants.

Un rapport adressé au gouvernement central en 1813 par le gouverneur de l’archipel indique qu’« il y a des levadas qui ont coûté à leurs propriétaires dix, vingt et trente mille cruzados et qui dépensent six à sept [mille] pour leur entretien annuel ».

8La propriété des eaux

VIII – Propriété des eaux

Nombreuses furent les mesures prises par les gouvernements de la métropole au sujet des eaux de Madère, visant surtout à en assurer l’usage et l’exploitation au profit des terres cultivées. La collection des textes législatifs consacrés à cette question est importante et considérable : elle comprend non seulement les dispositions relatives à la possession des eaux et au droit sur celles-ci, mais aussi celles qui touchent à leur partage et à leur distribution, à l’administration des levadas, etc.

Le plus ancien texte connu concernant les levadas est une lettre de l’infant dom Fernando, expédiée en 1461, qui prescrivait la désignation de deux hommes assermentés chargés de répartir les eaux. Cette lettre est enregistrée au folio 207 du tome I des Archives du conseil municipal (Câmara Municipal) de Funchal ; au folio 222 du même tome s’en trouve une autre, datée de 1485, qui ordonnait de « lâcher les eaux le dimanche pour tous les héritiers ».

Comme les anciennes levadas prennent naissance dans la partie haute de l’île, il importait de garantir la possession des eaux aux terres de la zone basse, où se trouvent les cultures dites riches. C’est pourquoi, depuis des temps reculés, nous rencontrons une législation spéciale destinée à empêcher que ces eaux soient détournées vers d’autres fins que celles auxquelles elles étaient destinées. Déjà une lettre de Jean Ier, transcrite dans une autre du roi Jean II datée du 7 mai 1493, disposait que nul particulier ne pourrait avoir ni acquérir, à quelque titre que ce soit, de droit ni de propriété sur les sources, les tornos et les résurgences ; une disposition identique figure dans le texte de Jean II déjà cité, ainsi que dans un autre du même monarque, daté du 8 du même mois et de la même année.

On lit dans la lettre du 8 mai 1493 ce qui suit : « ... Nous vous ordonnons donc, à vous capitaines, etc., que si quelque habitant ou résident de ladite île (de Madère) vient devant vous implorer votre office de juge, qui est de rendre justice aux parties, charge dont nous sommes très responsable, et que quelque puissant l’empêche et lui interdise de faire passer et couler par son tiers disponible (terça) de la succession une levada qui jadis passait et coulait et qui, pour quelque cause ou accident, par négligence ou par dégradation de la levada, a cessé de couler, vous et ceux qui vous succéderont dans cet office entendrez la plainte avec ses raisons, et aussitôt, sans plus de délai ni forme ou figure de procès, ferez remettre ladite levada dans son ancien et premier état, passage et cours, en faisant notifier à ce puissant qui empêcherait ainsi ladite levada, que vous n’entendrez point et ne consentirez ni n’admettrez à alléguer aucune raison de droit en sa faveur, car nous l’en tenons pour exclu jusqu’à ce que ladite levada coule et passe effectivement, en lui ordonnant, sous peine de cinq cents cruzados, de ne pas interdire ni empêcher, par lui-même ni par autrui, le cours et le passage de ladite levada, peine que nous le tenons aussitôt pour avoir encourue, et qui sera appliquée pour moitié au rachat des captifs et pour moitié à la partie ; et si d’aventure il persiste dans sa contumace, vous le ferez arrêter et l’assignerez à comparaître en personne, au jour fixé du départ du premier navire qui partira de cette île dans deux mois, en notre cour, pour donner la raison qu’il eut de ne pas obéir à ce que vous lui avez ordonné en notre nom. La lettre de concession (carta de mercê) du roi Manuel Ier, du 9 février 1502, confirma les textes antérieurs relatifs aux eaux de l’île de Madère, et l’ordonnance (provisão) de Joseph Ier, du 5 mars 1770, donna une force nouvelle à la doctrine juridique précédente, en ces termes : « Je vous fais savoir, à vous corregedor (magistrat royal d’un district judiciaire) de la circonscription judiciaire (comarca) de l’île de Madère, que Leandro Pereira de Couto e Andrade, capitaine d’infanterie du Porto do Paul de cette île, m’a exposé par sa requête qu’administrant plusieurs biens substitués consistant en immeubles, dans certains d’entre eux naissaient plusieurs sources d’eau qui, réunies à d’autres de diverses sources, coulaient vers les moulins de Fajã da Ovelha (« replat de la brebis »), et que les jours fériés quelques personnes tiraient profit de cette eau en la vendant, faute d’en avoir besoin pour arroser leurs terres, ce dont résultait un dommage pour le suppliant, qui ne pouvait utiliser sur ses terres la quantité correspondante d’eau native ; il me demandait de bien vouloir ordonner qu’on lui donnât possession des eaux correspondant à ses sources. Et vu ce qu’il a allégué en outre, et l’information que vous m’avez envoyée sur cette requête : il me plaît et je vous ordonne que, conformément à l’ordonnance du seigneur roi Jean II, de 1493, dont je vous adresse copie, vous fassiez exécuter le partage et la répartition des eaux sans aucun égard au lieu où elles naissent, en terres particulières, ni à quelque possession ou coutume contraire, en déclarant abusives les ventes et les baux emphytéotiques que l’on fait de celles qui se réunissent dans la levada dont il s’agit, car elles doivent être réparties entre les habitants en proportion des terres qu’ils cultivent... »

L’ordonnance royale (alvará) du 19 octobre 1562 confia aux donataires la surintendance des levadas : ils devaient les faire ouvrir et nettoyer, et distribuer les eaux moyennant un certain prix, mais de telle sorte que, dans cette distribution, la préférence fût donnée aux personnes possédant des cannaies ou des moulins à sucre.

En 1563, selon ce qu’on lit dans les notes des Saudades da Terra, trois ordonnances royales furent expédiées : l’une pour que, sous la présidence du plus ancien des échevins (vereadores) du conseil municipal de Funchal, les riverains des cours d’eau procèdent régulièrement à leur nettoyage et à leur renforcement ; une autre pour que soient exécutées les ordonnances antérieures sur le nettoyage annuel des levadas ; et une troisième pour que, dans la distribution des eaux, les cannaies aient la priorité, le prix de l’eau étant fixé dans chaque capitainerie par le capitaine donataire respectif avec « une personne honorable et selon la quantité et le profit qu’elles feraient ».

La loi du 12 novembre 1841 déclara en vigueur la législation sur les eaux et les boisements relative à l’île de Madère ; mais le Code civil, avec ses dispositions pas toujours claires, vint, nous ne disons pas invalider, mais rendre discutables certaines prérogatives dont jouissaient les levadas. Ce n’est qu’après la publication de la loi du 20 avril 1914 que ces prérogatives furent reconnues aux levadas qui avaient des droits acquis à la date de la publication du Code civil. Ainsi prit fin la situation embarrassante où se trouvaient bon nombre de ces levadas, du fait de l’interprétation que les tribunaux supérieurs donnaient aux articles 438, 444 et 450 dudit Code. « Le régime juridique, écrit le docteur N. F. Jardim dans le n° 4 de la Revista de Direito, auquel les eaux d’irrigation étaient soumises dans l’île de Madère avant le Code civil, s’adaptant aux conditions locales et s’inspirant du dessein prévoyant d’encourager et de garantir l’institution des Levadas, facteur principal du développement agricole de la région, s’écarta entièrement du droit commun, en refusant aux propriétaires du sol toute propriété et toute possession sur les sources dont le flux affluait naturellement vers les cours d’eau qui alimentaient les levadas.

Ce régime, consacré par l’usage constant des siècles et par divers textes législatifs, tels que la célèbre lettre de concession de Jean II du 7 mai 1493, fut expressément déclaré en vigueur par l’article 3 de la loi du 12 novembre 1841, et il le demeura jusqu’à l’entrée en application du Code civil, conformément à l’article 5 de la loi du 1er juillet 1867.

« Les termes dans lesquels s’exprimait cette lettre de concession (Carta de Mercê) sont catégoriques et précis : « c’est pourquoi nous tenons pour bon et il nous plaît qu’aucun particulier n’ait droit, domaine ni action sur les sources, résurgences et filets d’eau qui naissent sur ses terres. . . » « Selon ce même régime, ni le principe que consacre aujourd’hui l’art. 444, ni les restrictions que le paragraphe unique de l’art. 438 apporte à la prescription n’étaient applicables à Madère aux sources situées dans des fonds de propriété privée dont les eaux s’écoulaient naturellement vers des torrents d’où dérivaient des levadas (canal d’irrigation). En effet, aucun droit n’était reconnu aux propriétaires de ces terrains sur ces sources, et il suffisait, pour conférer aux levadas l’usage exclusif de ces eaux, du simple fait qu’elles s’écoulaient naturellement et sans artifice vers ces torrents.

« Dans ces conditions, il est manifeste qu’à la date d’entrée en vigueur du Code civil, les levadas de Madère n’avaient besoin d’aucun autre titre pour justifier leurs droits acquis sur l’une quelconque des sources en question que leur occupation et leur possession effective du cours d’eau à la formation duquel contribuaient les eaux de ces sources. Et l’on ne pouvait opposer avec raison à la prescription fondée sur cette possession l’absence d’ouvrages d’art dans les fonds d’où provenaient les eaux : de tels ouvrages n’étaient pas nécessaires pour diriger vers le torrent des eaux qui s’y déversaient naturellement et sans artifice, et le droit séculaire jusqu’alors en vigueur n’exigeait pas non plus pareille condition pour garantir le droit des levadas, comme nous l’avons exposé.

« Cependant, dès l’entrée en vigueur du Code, et à la faveur d’une interprétation littérale des articles 438, paragraphe unique, et 444, divers propriétaires de fonds où se trouvaient des sources dans les conditions indiquées commencèrent à s’arroger la libre disposition des eaux correspondantes. Ils refusaient de reconnaître les droits et possessions, presque toujours séculaires, des levadas, lorsque ces possessions n’étaient signalées par aucun ouvrage d’art sur ces fonds, ce qui n’arrivait que dans de très rares cas, pour les raisons que nous avons indiquées.

« La lutte ainsi engagée entre le propriétaire du lieu de la source et la levada qui, sous le régime antérieur, recevait et possédait l’eau, donna lieu à une infinité de procès. Les levadas les gagnèrent généralement devant les tribunaux de l’île, mais les perdirent devant l’instance supérieure, où, faute d’une connaissance assez complète des circonstances locales et du régime spécial dont nous avons parlé, on adopta – et l’on accentua de plus en plus avec le temps – une doctrine contraire aux levadas et au maintien de leurs possessions et de leurs droits acquis de longue date.

« Il en résulta une multiplication, dans toute l’île, des ouvrages destinés à détourner des torrents dont elles étaient tributaires les eaux des fonds adjacents, et à les conduire vers d’autres points, au profit exclusif des propriétaires de ces fonds et de ces ouvrages et au détriment des levadas. Le débit qui alimentait celles-ci se réduisait ainsi progressivement, à tel point que, si les choses avaient continué ainsi, bien des torrents auraient bientôt été à sec, les levadas qu’ils alimentaient auraient disparu et les terres qu’elles fertilisaient seraient devenues stériles ».

La loi du 20 avril 1914 ne remédia que partiellement à cette situation anormale, car elle n’assurait pas aux levadas, de manière incontestable, la possession des sources qui naissent dans des propriétés d’autrui et dont ces mêmes levadas jouissaient entièrement depuis des siècles, en vertu d’un droit coutumier légitime.

Seul le décret du 14 février 1931 vint régler de la façon la plus précise et la plus complète une question aussi grave et aussi importante, mettant fin à diverses querelles, parfois irritantes et toujours préjudiciables, qui affectaient extraordinairement la vie normale des agriculteurs et des propriétaires des terres cultivées. Malgré la longueur de ce décret et du rapport bien élaboré qui le précède, nous en donnerons un compte rendu détaillé dans l’une des pages suivantes.

Nous devons ajouter, pour éclairer les mesures adoptées à l’égard du régime des eaux dans cette île, que le décret du 14 septembre 1889 étendit à Madère la loi du 6 mars 1884, et que le régime hydraulique appliqué au continent du Royaume (reino, c.-à-d. le Portugal continental) par la loi du 1er décembre 1892 pouvait également être étendu aux Îles adjacentes (Ilhas Adjacentes), lorsque le pouvoir exécutif le jugerait opportun.

9La loi de 1914 sur les droits des levadas à l’eau

Les récents décrets n° 33 158 et 33 159, du 21 octobre 1943, contiennent quelques dispositions relatives à la possession et à l’usage des sources destinées à alimenter les levadas (canal d'irrigation), dispositions qui méritent l’attention des intéressés.

IX – Situation juridique

La loi du 20 avril 1914, citée plus haut, ne remédia que partiellement à cette situation anormale, car elle ne garantissait pas aux levadas, de manière incontestable, la possession des sources qui naissent sur des propriétés d’autrui et que, depuis des siècles, en vertu d’un droit coutumier légitime, ces mêmes levadas utilisaient intégralement. Elle mérite néanmoins d’être transcrite ici : « Article 1er. Sont maintenus aux entités juridiques que sont les levadas de l’île de Madère les droits qu’elles avaient acquis à la date de la publication du Code civil sur certaines eaux déterminées provenant des sources situées sur des fonds d’autrui.

Art. 2. Toutefois, les eaux qui auront été exploitées sur ces fonds par leurs propriétaires respectifs à partir de ladite date, et que ceux-ci auront utilisées à leur usage exclusif, sans opposition des levadas, pendant deux ans au moins, sont considérées comme partie intégrante des fonds sur lesquels elles ont été exploitées, et leurs propriétaires peuvent par conséquent en disposer librement.

Art. 3. Les propriétaires des fonds grevés de la charge des eaux au profit des levadas peuvent, à compter de la publication de la présente loi, exploiter sur ces fonds les nouvelles sources d’eau qui s’y trouveraient, et en disposer librement.

§ 1er. Les propriétaires desdits fonds ne pourront toutefois y entreprendre ou poursuivre des travaux de recherche d’eau sans avoir demandé que les entités juridiques – les levadas – soient citées afin que, à la deuxième audience suivant la citation, il soit procédé à la nomination d’experts, conformément à l’article 235 et suivants du Code de procédure civile, pour que, lors d’une visite, les eaux de la levada soient mesurées et que lui soit garantie la quantité d’eau à laquelle elle a droit.

§ 2. Le mesurage prévu au § 1er sera effectué avant les premières pluies de septembre et en janvier.

Art. 4. Les dispositions des articles 432, 444 et 450 du Code civil sont ainsi interprétées en ce qui concerne l’objet de la présente loi, et toute législation contraire est abrogée.

Le ministre de la Justice la fera imprimer, publier et diffuser. Donnée au palais du gouvernement de la République et publiée le 20 avril 1914. Manuel de Arriaga – Manuel Monteiro. »

10Le décret de 1931 et son préambule

Ce fut seulement le décret du 14 février 1931 qui vint régler, de la manière la plus précise et la plus complète, cette question si grave et si importante, en mettant fin à diverses querelles, parfois irritantes et toujours préjudiciables, qui troublaient la vie normale des agriculteurs et des propriétaires des terres cultivées. Son importance et l’éclairage qu’il apporte à notre sujet nous conduisent à le reproduire intégralement, malgré sa longueur, ainsi que le lucide rapport qui le précède, bien que sa doctrine ait déjà été exposée assez largement dans les pages précédentes.

« La configuration orographique de Madère, dans ses grandes lignes, consiste en une chaîne de montagnes orientée d’est en ouest, dont les versants s’étendent vers le nord et vers le sud en pente prononcée jusqu’à l’océan. Ils sont sillonnés de ruisseaux où se rassemblent et s’écoulent toutes les eaux de pluie et des sources qui affleurent sur ces versants, l’ensemble formant deux zones aux conditions climatiques différentes : celle du littoral, où se concentrent la population et les cultures les plus précieuses, et la zone supérieure, propre pour l’essentiel à la seule végétation forestière.

De ces circonstances locales particulières naquit pour les premiers colons de Madère la nécessité de dériver l’eau des ruisseaux, en amont des terres qu’ils occupaient, et de conduire jusqu’à ces terres, par des aqueducs appropriés, les eaux indispensables à leur fertilisation et aux usages domestiques.

Telle fut l’origine des « levadas de Madère ». Et puisqu’elles furent ainsi le produit des conditions naturelles immuables de la région, il est évident que la même nécessité qui détermina la fondation primitive de ces institutions imposa au fil du temps, et exige aujourd’hui encore, leur conservation, comme élément essentiel pour assurer la continuité de la vie économique locale, entièrement liée à la prospérité de l’agriculture.

La claire reconnaissance de cette vérité amena l’État, dès le début du peuplement de Madère, puis à plusieurs reprises par la suite, à prendre des mesures législatives et administratives destinées à garantir aux levadas l’intégrité de leurs débits. Ceux-ci, comme on l’a indiqué, proviennent des cours des nombreux ruisselets et ruisseaux qui sont un trait caractéristique de la région, et s’accroissent encore des apports des sources qui affluent directement dans les aqueducs en divers points de leur parcours.

Ces cours d’eau, à la saison sèche et des irrigations, sont formés par les eaux de source et les suintements présents sur les terrains riverains des ruisselets et ruisseaux où chaque levada a son origine, ou prise d’eau (madre). La pente de ces terrains, plus ou moins abrupte et rapide, laisse ces eaux s’écouler librement vers le lit des ruisselets et ruisseaux situés en contrebas, d’amont en aval. De la réunion de ces apports et des eaux qui ruissellent dans les aqueducs au long de leur parcours résultent les débits que les levadas recueillent et distribuent pour les besoins agricoles et domestiques de la zone cultivée qu’alimentent ces mêmes aqueducs.

Et comme, dans l’immense majorité des cas, les terrains où jaillissent les sources appartiennent à des particuliers étrangers aux levadas, les textes législatifs auxquels nous faisons allusion, dans le juste et prévoyant dessein de protéger les grands intérêts qui dépendent de la conservation des levadas de Madère, créèrent pour cette région un régime juridique d’exception. Celui-ci reposait essentiellement sur le refus aux propriétaires du sol de tout droit sur les sources dont le débit afflue naturellement aux ruisseaux qui alimentent ces levadas ou à leurs aqueducs.

C’est ce que décréta, entre autres textes, la lettre de concession (carta de mercê) de Jean II, du 7 mai, en ces termes :

« Pour ce, nous tenons pour bon, il nous plaît et nous ordonnons qu’aucun particulier n’ait droit ni action sur les fontaines, sources et filets d’eau qui naîtront sur ses terres. . »

Selon ce régime, dont la validité fut affirmée par l’article 3 de la loi du 12 novembre 1841 et, plus récemment encore, par la loi du 26 juillet 1888, qui conféra la personnalité juridique aux levadas de Madère, celles-ci avaient l’usage assuré des eaux dont nous parlons. Il ne leur fallait d’autre titre que l’occupation et la possession effective des cours d’eau à la formation desquels ces eaux contribuaient, et l’absence d’ouvrages d’art sur les fonds d’où provenaient les eaux ne pouvait être opposée à la prescription fondée sur cette possession : en effet, aucun ouvrage n’était nécessaire pour conduire vers les ruisseaux des eaux qui s’y rendaient naturellement et sans artifice, et la loi n’exigeait pas une telle condition.

La situation juridique que nous venons d’esquisser se maintint durant quatre siècles. Elle protégeait si efficacement les levadas qu’elle leur permettait de réprimer les tentatives spoliatrices par lesquelles on cherchait parfois à détourner de son cours, vers d’autres fins et d’autres destinations, le courant de quelque ruisseau ou le débit d’une source tributaire, au détriment du débit des levadas situées en aval.

Cette situation changea avec la promulgation du Code civil. Par l’effet d’interprétations trop littérales des articles 444 et 438, paragraphe unique, de ce Code, et de l’article 5 de la loi du 1er juillet 1867 qui l’approuva, naquit l’idée que l’ancien régime des levadas de Madère avait été compris dans la formule abrogatoire de cet article 5. On en conclut qu’à l’abri de la loi nouvelle, les propriétaires de fonds où se trouvaient des sources dans les conditions susdites pouvaient disposer librement de leurs eaux, nonobstant toute possession des levadas, lorsqu’il n’existait pas sur ces fonds d’ouvrages d’art qui la signalent aux termes de l’article 438, § unique, précité.

Ces idées se traduisirent aussitôt dans les faits : en de nombreux points de l’île furent entrepris des travaux destinés à détourner des ruisseaux dont elles étaient tributaires les eaux des fonds adjacents, et parfois les cours mêmes de ces ruisseaux, au profit exclusif des propriétaires de ces fonds et au préjudice des levadas, dont le débit diminuait ainsi progressivement.

Ainsi s’engagea une lutte d’intérêts qui donna lieu à d’innombrables procès. Les levadas les gagnèrent généralement devant les tribunaux de l’île, mais les perdirent devant les juridictions supérieures, où, faute d’une connaissance suffisante des circonstances locales et du régime spécial dont nous avons parlé, on trancha dans le sens contraire au droit qu’elles invoquaient.

Dans ces circonstances angoissantes, qui menaçaient d’extinction les levadas de Madère et de bouleversement complet toute l’économie locale, des requêtes furent adressées aux pouvoirs publics pour solliciter instamment l’adoption de mesures législatives propres à remédier au mal. Le remède fut apporté par la loi du 20 avril 1914, dont l’article 1er disposait ce qui suit :

Sont maintenus aux personnes juridiques – les levadas de l’île de Madère – les droits qu’elles avaient acquis, à la date de la publication du Code civil, sur certaines eaux déterminées provenant de sources situées dans des propriétés d’autrui. Bien entendu, les droits acquis par les levadas de Madère à la date de la publication du Code civil, et ainsi maintenus, sont ceux que leur reconnaissait la loi antérieure, c’est-à-dire le régime spécial dont nous avons indiqué les principes fondamentaux, à savoir :

  1. 1° Appartenaient aux levadas toutes les eaux provenant des sources situées dans les propriétés d’autrui riveraines des ruisseaux où ces levadas s’alimentent, et qui, par la disposition naturelle du terrain, venaient se réunir dans le lit de ces ruisseaux et former le courant capté et utilisé par elles, ainsi que les eaux qui s’écoulaient dans les aqueducs sur leur prolongement
  2. 2° L’acquisition de ce droit ne dépendait pas de l’existence d’ouvrages d’art dans les propriétés d’autrui d’où proviennent les eaux : pour fonder le droit des levadas sur ces eaux, il suffisait qu’elles vinssent, par simple action naturelle, se réunir au courant desdits ruisseaux et s’y intégrer, et qu’elles se trouvassent ainsi, pour ainsi dire, automatiquement en la possession des levadas.

Tels sont les droits que la loi du 20 avril 1914 maintint expressément dans son article 1, et implicitement dans son article 4, où les articles 438, 444 et 450 du Code civil sont déclarés interprétés selon les nouvelles dispositions. En effet, l’effet juridique et logique de l’article 4, à l’égard des eaux dont traite l’article 1, ne peut être autre que de bien souligner que l’acquisition des droits réservés par l’article 1 ne serait pas soumise aux restrictions établies par ces articles du Code civil, mais devait être régie par les principes en vigueur à la date de sa publication.

On ne comprendrait pas autrement la réserve faite dans l’article 1 : ce serait un contresens flagrant que de soumettre des droits acquis, que l’on entend expressément sauvegarder, aux exigences d’une loi postérieure à leur acquisition quant au titre et au mode de celle-ci.

Grâce à la loi du 20 avril 1914, le danger qui menaçait si gravement les intérêts considérables et multiples liés aux levadas de Madère se trouva en grande partie conjuré.

11Articles du décret de 1931 et autres sources

Le décret-loi n° 5787 du 10 mai 1919, qui substitua hâtivement un nouveau régime des eaux à celui qu’avait établi le Code civil, vint cependant remettre ces intérêts en péril.

Considérant donc que, dans l’intérêt de l’agriculture madérienne, il convient de réaffirmer et de maintenir les droits acquis par les levadas (canal d'irrigation), selon le régime séculaire sous l’empire duquel ils furent acquis ; et

Vu la représentation adressée au Gouvernement par l’Association d’agriculture de Madère (Associação de Agricultura da Madeira) ;

Usant de la faculté que me confère le n° 2 de l’article 2 du décret n° 12 740 du 26 novembre 1926, en vertu des dispositions de l’article 1 du décret n° 15 331 du 9 avril 1928, sur proposition des ministres de tous les départements : je décide de décréter, avec force de loi, ce qui suit : Article 1. Sont maintenus aux levadas de l’île de Madère les droits qu’elles avaient acquis à la date de la publication du Code civil, et réservés par l’article 1 de la loi du 20 avril 1914, sur les eaux qui les alimentent et qui proviennent de sources situées sur des fonds d’autrui.

Art. 2. La possession par une levada de certaines eaux qui naissent sur des fonds d’autrui et qui, par simple action naturelle, s’incorporent au courant dont elle s’alimente ou au débit de son aqueduc en un point quelconque de son parcours, suffit à établir le droit de cette levada sur ces eaux, sans qu’aucun ouvrage d’art soit nécessaire sur lesdits fonds ni qu’il en dépende.

Art. 3. Les propriétaires des terrains riverains de tout courant dont s’alimentent les levadas, ou de leurs aqueducs, qui, à la date de la publication du Code civil, avaient le droit d’arroser ces terrains avec des eaux dérivées de ce courant ou des sources affluant auxdits aqueducs, ou qui l’ont acquis ultérieurement de manière légitime, ne pourront, sous aucun prétexte, détourner ces eaux au-delà de ces mêmes terrains riverains, au préjudice du bénéfice que les levadas tirent des eaux d’égouttement (escorras) et des surplus des irrigations qui y sont pratiquées.

Art. 4. Les recherches et l’exploitation de sources sur les fonds visés à l’article 1 restent soumises aux dispositions des articles 2 et 3 de la loi du 20 avril 1914 en la matière, à cette modification près que la mesure dont traitait le paragraphe unique de l’article 3 sera effectuée avant les premières pluies d’automne et à la fin de février, deux années de suite.

Art. 5. Lorsque des travaux et des exploitations sur lesdits fonds entraînent une diminution du volume d’eau qu’une levada reçoit des sources de ces fonds, leurs propriétaires seront tenus de rétablir ce volume.

Art. 6. Les levadas de l’île de Madère, outre le droit de faire passer leurs aqueducs par les fonds d’autrui dans les formes de la loi générale, auront aussi un droit d’accès à ces aqueducs : le personnel chargé de leur entretien, de leur nettoyage et de leur désobstruction par leurs administrations respectives, ou par les « hereos », aux moments où l’usage de l’eau revient respectivement à chacun, pourra circuler le long de ces aqueducs par les sentiers ou chemins latéraux, selon l’ancienne coutume, chaque fois que ces services seront nécessaires pour assurer le libre cours de l’eau.

Art. 7. Les droits ainsi reconnus aux levadas comprennent celui d’établir, sur le fonds où se trouve l’une des sources visées à l’article 1 et où son exploitation l’exige, les canalisations nécessaires à la conduite de son débit, de la manière la moins incommode pour le propriétaire du fonds, et sans préjudice de ce qui est établi à l’article 4.

Art. 8. Sont ainsi interprétées, en ce qui concerne l’objet de la présente loi, les dispositions des articles 99 et paragraphe unique, 102, 105 et 145 du décret-loi n° 5787-III du 10 mai 1919, et toute législation contraire est abrogée.

Il est donc ordonné à toutes les autorités auxquelles incombent la connaissance et l’exécution du présent décret ayant force de loi de l’accomplir, de le faire accomplir et observer aussi entièrement qu’il le contient.

Les ministres de tous les départements le feront imprimer, publier et diffuser. Donné au palais du Gouvernement de la République, le 14 février 1931. – António Óscar de Fragoso Carmona »

Comme on le verra plus loin, le décret du 21 octobre 1943 intéresse particulièrement le sujet de ce chapitre et établit quelques dispositions nouvelles concernant la propriété des eaux d’irrigation et l’administration des levadas.

Le précieux travail juridique du docteur Guilherme Moreira intitulé Das Aguas no Direito Civil Português intéresse au plus haut point cette question, et tout particulièrement le long chapitre n° 21 de cet ouvrage si apprécié, intitulé Os direitos adquiridos sobre as aguas das nascentes e levadas na Ilha da Madeira, qui constitue une étude compétente et consciencieuse, même s’il faut peut-être s’écarter de certaines affirmations de cet illustre professeur et éminent jurisconsulte.

12Projets de concession ou de vente des levadas de l’État

X – Adjudication ou vente des levadas

L’idée de la concession, de l’adjudication ou de la vente des levadas de l’État à une entreprise privée, à la condition principale que les adjudicataires s’engagent à achever entièrement le réseau projeté de ces canaux d’irrigation, apparut dans la presse de Funchal vers 1882. Elle ne trouva toutefois aucun écho dans l’opinion publique, et aucune entreprise ne se présenta alors pour tenter d’obtenir cette concession, malgré les avantages qu’elle offrait.

En 1891, l’ingénieur militaire José de Ascensão Guimarães, associé à quelques propriétaires intéressés par le percement de la levada do Coquim, demanda la concession de l’exploitation de cet aqueduc, dont il achèverait la construction sans frais pour l’État. Cette demande ne fut pas accueillie, et l’on ignore dans quelles conditions elle avait été formulée.

Quelques années plus tard, un groupe de cultivateurs et de propriétaires des paroisses de Caniço (« roseau »), São Gonçalo (« saint Gonzalve ») et Santa Maria Maior (« Sainte-Marie-Majeure ») adressa au gouvernement central une requête demandant l’autorisation d’achever la construction de la levada destinée à irriguer ces localités ; ils disposaient pour cela de la somme de quarante contos (un million de réis) de réis. La proposition qu’ils présentèrent ne fut cependant pas retenue.

Vers 1893, notre compatriote le capitaine Manuel Alexandre de Sousa sollicita une vaste concession des eaux de cette île encore inexploitées, qu’il destinait à l’agriculture et aux usages domestiques et industriels, avec la faculté de rechercher et d’exproprier toutes sources, et en s’engageant à achever les levadas dans un délai de dix ans. Cette demande resta sans suite.

En vertu des dispositions du décret du 30 septembre 1892, les ingénieurs Carlos Roma Machado de Faria e Maia et Aníbal Augusto Trigo présentèrent au gouvernement, en juin 1895, une proposition pour l’achèvement et l’exploitation des levadas de l’État, après avoir mené une longue étude de la question. « Ils s’engageaient, dit un journal de l’époque, à achever les levadas en construction dans un délai de deux ans. Ils cédaient à l’État la prime de 10 pour cent sur les capitaux de première construction et d’installation à laquelle ils s’estimaient en droit de prétendre en vertu de l’article 1er du décret cité, ainsi que les trois quarts du revenu net excédant 6 pour cent de tout le capital employé dans la construction. Ils donnaient au gouvernement la faculté de racheter toute la concession au bout de 15 ans, moyennant l’indemnisation due. Ils donnaient enfin au gouvernement la faculté de fixer les prix de location de l’eau de la manière qu’il jugerait la plus favorable à l’agriculture, et s’engageaient en outre à ne pas dépasser le prix moyen de l’heure d’eau (hora de água, droit à une heure du débit de la levada par tour d’eau) dans chaque municipalité (concelho), prix qui serait déterminé en fonction du tour d’eau (giro) et du volume d’eau de chaque levada. Et comme, de cette manière, la recette ne pouvait garantir le capital de l’entreprise, les signataires de cette proposition demandaient au gouvernement de leur garantir un intérêt de 6 pour cent sur tout le capital qui serait employé à l’achèvement des levadas, les devis devant être approuvés par le gouvernement et les travaux contrôlés par ses agents. » Cette proposition n’aboutit pas davantage, malgré les avis favorables qu’elle recueillit dans tous les services officiels par lesquels elle dut passer. La presse et la politique partisane locales y contribuèrent, ainsi, peut-être surtout, que la requête du capitaine Alexandre de Sousa, qui faisait valoir ses droits de priorité au titre de la demande de concession présentée en 1893. Les ingénieurs Roma e Maia et Aníbal Trigo demandèrent alors que la concession, si elle devait être accordée, le fût par voie de concours public. Le Parlement promulgua la loi du 21 mai 1896, qui consacrait expressément le droit des levadas sur les eaux qui les alimentaient et autorisait le gouvernement à mettre au concours, selon les bases annexées à cette loi, la construction et l’exploitation des levadas madériennes. Ce concours fut ouvert par le décret du 18 juin 1896, avec les bases et conditions établies par la loi du 21 mai et dans le respect des clauses fixées par l’arrêté ministériel (portaria) du 22 juillet de la même année. Le 26 septembre 1896, l’adjudication fut prononcée en faveur du capitaine Manuel Alexandre de Sousa, qui avait offert un rabais de 70 pour cent sur la moyenne finale visée au paragraphe unique de la quatrième base, alors que les ingénieurs Roma e Maia et Aníbal Trigo n’avaient offert qu’un rabais de 21 pour cent. Il parut d’emblée à beaucoup que le concessionnaire ne pourrait, dans de telles conditions, respecter toutes les clauses du contrat. C’est ce qui arriva. L’adjudicataire prit en main la direction des levadas, mais, près de trois ans plus tard, n’ayant entrepris aucun travail de construction et se voyant dans l’impossibilité de remplir les conditions du concours, il demanda et obtint la résiliation du contrat ; tous les services des levadas repassèrent à la Direction des travaux publics du district le 22 juin 1899. Un an auparavant, le vicomte de Ribeira Brava, député de Madère, avait présenté au Parlement un projet de loi pour la vente des levadas, daté du 29 avril 1898, qui fut même approuvé par la Chambre des députés.

Alors que le contrat de concession des levadas était encore en vigueur, le gouverneur civil du district, le docteur José António de Almada, dans un office adressé au gouvernement le 6 novembre 1897, avait demandé l’application à cet archipel du décret du 1er décembre 1892, qui avait institué un nouveau régime hydraulique pour tout le pays, et avait suggéré la venue dans l’île d’un technicien compétent qui donnerait un avis fondé et consciencieux sur les avantages ou les inconvénients de l’application de cette loi. L’éminent ingénieur Adolfo Loureiro fut chargé de ces études ; il séjourna quelques mois à Madère et regagna le Royaume en avril 1898. Il estima que le décret pouvait s’appliquer à l’archipel madérien, moyennant quelques modifications tenant compte des conditions orographiques, hydrographiques et climatiques particulières de cette île.

En 1910, un projet de loi fut présenté à la Chambre des députés pour autoriser la vente des levadas et affecter son produit à l’achèvement de celles qui étaient en construction et au percement de nouvelles ; mais ce projet resta enterré au sein des commissions.

Le 11 février 1916, les députés vicomte de Ribeira Brava, le docteur Carlos Olavo Correia de Azevedo, le capitaine Américo Olavo Correia de Azevedo et le capitaine Manuel da Costa Dias présentèrent aux Cortes (Parlement portugais) trois projets de loi visant à accorder l’autonomie à la Junta Agrícola, à réformer le contrat dit de colonia (métayage madérien ; partage des récoltes, améliorations appartenant au tenancier) et à vendre aux enchères publiques les levadas que l’État possédait dans cette île et qui se trouvaient déjà alors aux mains de la Junta Agrícola. Une telle opposition s’éleva à Madère contre ces projets qu’ils ne furent même pas admis à la discussion parlementaire.

13Les levadas existantes

XI – Les levadas existantes

On compte à Madère environ deux cents levadas (canal d'irrigation), dont beaucoup sont de faible importance et ne servent qu'à irriguer des parcelles de terrain restreintes. Les plus importantes appartiennent à l'État. Parmi elles se distinguent la levada du Rabaçal, ouvrage gigantesque, et la Levada da Serra do Faial (« levada de la montagne de Faial »), longue de quelques dizaines de kilomètres. Appartiennent également à l'État les levadas du Furado (« percé »), du Juncal (« jonchaie »), de la Serra de São Jorge, de São Vicente et de Ribeira Brava.

Méritent une mention particulière, pour leur valeur et les services qu'elles rendent à l'agriculture, les levadas privées des Piornais (« genêtaies ») et de Santa Luzia (« sainte Lucie »), les plus importantes de toutes, ainsi que la Nova do Curral e Castelejo, la Madalena, le Bom Sucesso (« bon succès »), la Dona Isabel, les Moinhos, les Hortas et d'autres encore, toutes situées dans la municipalité (concelho) de Funchal.

Disséminées dans toutes les paroisses de l'île, il existe d'innombrables levadas, plus ou moins importantes selon les besoins locaux. Nous mentionnons ci-après, classées par paroisse, les levadas dont nous avons pu obtenir connaissance, et nous ferons connaître, au sujet de certaines d'entre elles, divers faits qui intéressent leur histoire.

  • Achadas da Cruz : Moinhos, Pereiras, Achada da Arruda, Terça, Lagos et Pico da Azeveda
  • Arco da Calheta : Rabaçal, Madre Grande et Paul
  • Arco de São Jorge : Arco Pequeno
  • Água de Pena : Juncal, Nova do Furado, Moinho da Serra, Nova et Lugarinho
  • Boaventura : Lombo das Faias, Achada Grande, Levada Grande, Serrão, Lombo do Serrão et Barreira
  • Calheta : Rabaçal, Raposo e Netos, Azenha et Levada Grande
  • Camacha : Azenha, Pico do Arvoredo, Telha, Madre de Água, Porto Novo, Ribeirinha et Salgados
  • Câmara de Lobos : Nova, Brás Gil et Fontal Figueira
  • Campanário : Roda et Madre de Água
  • Canhas : Cruzes, Galego et Serra
  • Caniço : Pico do Arvoredo, Baires, Azenha et Serra
  • Curral das Freiras : Achada, Fonte Gordinho, Rocha et Rochão
  • Estreito da Calheta : Rabaçal, Moinhos, Ribeiro do Farrobo, Nova et Ferreiros
  • Estreito de Câmara de Lobos : Estreito, Tis et Serra
  • Faial : Cruzinha, Água de Alto et Queimadas
  • Fajã da Ovelha : Rabaçal, Moinhos, Farrobo, Portela, Cova et Ribeira da Inês
  • Gaula : Pico dos Eirós, Ribeira da Metade, Roda et Levadinha
  • Machico : Nova, Rocha, Figueiras, Embarcadouro, Fonte da Velha et Alcanforados
  • Madalena do Mar : Madre de Água, Palmeira, Banda de Além, Vargem, Nateiro et Passo
  • Monte : Cales, Pisão, Corujeira et Ribeira das Cales
  • Paul do Mar : Rabaçal, Ribeira do Porto, Moinhos et Grande
  • Ponta Delgada : Grande, Cabouco et Lombo
  • Ponta do Pargo : Cabo, Lombada Velha, Ribeira da Vaca, Chiqueiro da Palha, Salão, Lombadinha, Amparo et Lombo
  • Ponta do Sol : Lombada, Ribeira de São Tiago, Nova das Terças e Rateira, Ribeira do Alto et Serra
  • Porto da Cruz : Furado et Castelejo
  • Porto Moniz : Moinhos, Serra, Lagoa, Santos, Poço Novo, Eira Velha, Morgado et Cabo do Calhau
  • Prazeres : Rabaçal, Ribeira de Inês, Água do Povo et Ribeiro
  • Quinta Grande : Quinta Grande
  • Ribeira Brava : Monte Medonho, Moinhos, Roda et Levadinha
  • Ribeira da Janela : Nova, Lombo Gordo, Cedros, Baixo et Cima
  • Santana : Queimadas, Castanheira, Levadinha, Salto António, Velha et Cantinho
  • Santa Cruz : Juncal, Nova do Furado, Roda, Levadinha, Morena, Moinhos et Almocreves
  • Santa Luzia : Santa Luzia et Hortas
  • Santo António : Curral e Castelejo, Madalena, Pico do Cardo, Lombo, Paredão, Negra et Serra
  • Santa Maria Maior : Bom Sucesso, Palheiro do Ferreiro, Pico do Infante et Cabeço
  • Santo da Serra : Juncal et Nova
  • São Gonçalo : Farrobo, Hortelã et Represa do Pasto
  • São Jorge : Velha, Nova et Asilo
  • São Martinho : Piornais et Curral e Castelejo
  • São Pedro : Moinhos et Ribeira de São João
  • São Roque : Dona Isabel, Esperança, Santana et Laranjeira
  • São Roque do Faial : Ribeiro Frio et Nova
  • São Vicente : Ribeira Grande, Folhadal, Barros et Ribeira do Inferno
  • Seixal : Chão da Ribeira, Serra de Água Farrobo
  • Tabua : Monte Medonho, Vinháticos et Ribeira da Caixa.

14Les levadas de l’État

XII – Levadas de l’État

Comme on l’a souvent répété, le captage de ces cours d’eau bienfaisants et très abondants, avec les importants aqueducs qui les conduisent et que nous appelons « levadas », fut dû à l’initiative des premiers colons. Cette œuvre vraiment remarquable, leurs héritiers et successeurs surent la poursuivre sans interruption, avec l’activité la plus efficace et la plus diligente, pendant la longue période de quatre siècles. Il est vrai que l’action de l’État se fit sentir de façon bienfaisante dans la concession intégrale des sources, dans le mode d’administration et de fonctionnement et encore dans divers secours d’ordre matériel, qui contribuèrent beaucoup au progrès et au développement de cette grande entreprise ; mais la construction des aqueducs, avec les pénibles travaux qui l’accompagnaient, était réalisée par les cultivateurs des terres, au prix de leur propre effort.

On reconnut bientôt que l’initiative privée était impuissante à réaliser une entreprise de plus grande envergure, aux résultats plus abondants et plus bienfaisants. Après de longues années de luttes, de sollicitations pressantes et des informations les plus judicieuses fournies par les autorités locales, on obtint enfin que le gouvernement de la métropole prît la résolution d’exploiter les riches sources perdues dans l’intérieur de l’île et procédât à la construction des grandes levadas qui fertilisent aujourd’hui les terres de plusieurs paroisses importantes.

Il y a un peu plus d’un siècle que le gouvernement central a pris en charge la construction de certaines levadas, qui sont à présent les débits les plus importants et les plus abondants dont se sert notre agriculture. Ces levadas auraient difficilement pu être construites par des entreprises privées, faute non seulement de capitaux, mais aussi d’une large initiative de la part des propriétaires et des cultivateurs. L’État ne tire pas des recettes nettes perçues un revenu qui compense les sommes considérables engagées ; mais la valorisation des terres et l’augmentation corrélative de leur revenu imposable, l’accroissement de la richesse publique, le progrès de l’industrie agricole et des autres industries qui s’y rattachent, l’abondance de produits destinés à l’alimentation publique, notamment les céréales et les légumes, etc., justifient pleinement l’entreprise du gouvernement dans la construction des levadas de Madère.

Certaines de nos levadas, tant celles de l’État que les privées, méritent, par leur grande importance et par les bienfaits inestimables qu’elles apportent à l’agriculture madérienne, que nous nous en occupions de façon particulière, à commencer par les plus importantes de toutes, celles du Rabaçal, qui constituent un facteur précieux de la richesse publique de la vaste et populeuse municipalité (concelho) de Calheta (« petite anse »).

Sont propriété de l’État, qui les entretient et les administre directement, les levadas du Rabaçal déjà mentionnées, ainsi que celles de la Serra do Faial (« montagne de Faial »), de Juncal (« jonchaie »), de la Serra de São Jorge (« montagne de São Jorge »), de São Vicente (« saint Vincent ») et Ribeira Brava (« rivière sauvage »), de la Ribeira do Inferno (« torrent de l’Enfer »), du Monte Medonho (« mont effrayant ») et du Furado (« percé »).

15La levada de Rabaçal : origines et projets

XIII – Levada do Rabaçal

Le pittoresque village (lugar, rang inférieur au bourg) de Rabaçal se trouve à l’intérieur de l’île, à une altitude de mille mètres au-dessus du niveau de la mer. Il est distant d’environ 15 kilomètres du bourg (vila) de Calheta, auquel le relie une bonne route construite il y a peu d’années. Les eaux captées à Rabaçal pour alimenter les levadas, comme nous l’avons dit plus haut, proviennent des sources de la Ribeira da Janela (« torrent de la Fenêtre ») et de plusieurs cours d’eau tributaires de ce même torrent, qui est le plus abondant de toute l’île. Ces sources naissent à l’extrémité occidentale du Paul da Serra (« marais de la montagne »), au centre d’un cirque de montagnes d’un accès long et difficile. Dès les premiers temps de la colonisation, cette région dut certainement attirer l’attention des premiers colons, non seulement par ses beautés naturelles, mais aussi et surtout par la richesse de ces débits si abondants, qui s’écoulaient inutilement vers l’océan. Aucune nouvelle ne nous est parvenue de tentatives qui auraient été faites, au cours des quatre premiers siècles, pour tirer parti de quelques-unes de ces eaux.

On a parfois affirmé que les premières tentatives d’utilisation des eaux de Rabaçal pour l’irrigation remontent à la domination philippine (1580–1640), mais aucun document ni aucune information de source sûre ne le confirme entièrement. Lorsque les travaux de construction commencèrent, en 1835, on découvrit des vestiges évidents d’anciennes explorations qui, selon toute probabilité, doivent remonter au troisième quart du XVIIIe siècle.

À cette affirmation se rattache de très près l’intéressante dépêche suivante du gouverneur et capitaine général de Madère João António de Sá Pereira, baron d’Alverca, adressée au sergent-major (sargento-mor, officier supérieur de rang de major) et ingénieur Francisco de Alencourt et datée du 8 octobre 1768 : « Dès réception de la présente, Votre Grâce partira avec l’ingénieur adjoint Francisco Salustiano da Costa en direction du bourg de Calheta, où elle devra chercher le docteur Francisco Cristovão de Ornelas e Vasconcelos et, en son absence, le juge ordinaire (juiz ordinário, juge laïc élu localement) de ce même bourg, auprès de qui elle apprendra quelle est la personne que le haut magistrat (desembargador) corregedor (magistrat royal d’un district judiciaire) a chargée d’instruire Votre Grâce des renseignements sur l’origine des eaux indiquées dans le papier ci-joint ; et, se rendant sur les lieux, Votre Grâce examinera la qualité et la quantité des sources, ainsi que le moyen le plus facile de tirer parti des eaux en les faisant passer aux terres dites de la – Cumiada –, et aux paroisses de Canhas, Arco da Calheta (« arc de Calheta »), Estreito, Prazeres (« joies »), Fajã da Ovelha (« replat de la brebis »), Ponta do Pargo (« pointe du Pagre »), et jusqu’à celle de Porto Moniz (« port de Moniz »), ou aussi loin que possible.

« Une fois tout cela examiné, Votre Grâce dressera un plan de tous ces lieux, en y indiquant les sources, la distance à laquelle il est possible de les conduire et les tracés par où elles doivent passer.

« Et pour que l’on connaisse l’intérêt que peut présenter l’utilisation desdites eaux, Votre Grâce établira une estimation et un devis de la dépense qui pourra être faite, et du profit qui pourra résulter de la mise en culture des terres de ces paroisses arrosées par ces eaux, le tout réglé selon la qualité et la production de ces terres et le prix des fruits et autres vivres de cette île. »

Le 31 du même mois de la même année, le baron d’Alverca adressa au ministre et secrétaire d’État du Royaume un long exposé sur les inestimables bienfaits qui résulteraient de cette entreprise, citant les célèbres lettres royales de Jean Ier, Jean II et Manuel Ier, auxquelles nous nous sommes déjà référé plus longuement au cours de cette modeste étude.

Il y a plus d’un siècle (1835), un document officiel déclarait que la levada (canal d’irrigation) de Rabaçal « prendra sa source aux premières sources de la Ribeira da Janela ; elle contournera une grande dépression en grossissant sans cesse jusqu’à Rossada sur une distance de 192 braças ; de là, elle se poursuit sur 310 braças au sud-sud-ouest et au nord-nord-est ; d’où elle courra encore 120 braças vers l’ouest-nord-ouest ; de là, cap au sud-sud-est, elle passera à un autre grand creux, dont le pourtour compte 432 braças jusqu’à Ligarte. Elle se dirigera alors vers le nord sur 432 braças, débouchant à l’est-sud-est dans une autre cavité de 120 braças jusqu’au Pico Gordo (« pic gras ») ; suivent encore 252 braças par le lombo (croupe entre deux vallées) da Aveira jusqu’au Pico do Cotum, où elle percera vers Calheta par Estrebarias (« écuries »), et s’y ajoutent encore 49 braças, le tout faisant 1963 braças. »

José Maria da Fonseca évalua les travaux de construction de la levada jusqu’au mont d’Estrebarias à environ 20 contos (un million de réis) de réis, somme très considérable pour l’époque. Auparavant déjà, en 1819, le gouverneur et capitaine général dom Sebastião Xavier Botelho, dans une dépêche adressée au gouvernement central, demandait avec insistance la construction d’une levada, proposant « que le Trésor royal (Real Fazenda) en fît l’avance, remboursée ensuite par une contribution annuelle imposée aux habitants des terres que ces eaux arroseraient, lesquelles leur appartiendraient ensuite en propriété, selon le plan qui conviendra le mieux ».

Nous croyons que toutes ces démarches restèrent infructueuses, car en 1830 le capitaine António Jacinto de Faria Andrade de Bettencourt demanda au gouvernement de la métropole, sous certaines conditions, la propriété des eaux de Rabaçal, afin de les exploiter pour son propre compte et de construire les levadas correspondantes.

16Construction et résultats

Il semble qu’en 1834, lorsque le gouverneur et capitaine général de Madère dom Álvaro da Costa de Sousa Macedo quitta le gouvernement, il avait déjà, en vertu d’ordres supérieurs reçus auparavant, ordonné le début des travaux d’exploration de ces eaux, mais que l’incertitude des temps et les événements politiques du pays ne permirent peut-être pas de les entreprendre. C’est à son successeur, l’illustre Luís da Silva Mousinho de Albuquerque, que revint la gloire d’avoir lancé ces travaux gigantesques, peut-être les plus importants jamais réalisés dans toute l’île.

Ces travaux commencèrent en 1835 et se poursuivirent pendant quelques années, mais avec une grande lenteur, avant d’être interrompus vers 1844. Si nous devons à Luís Mousinho le commencement de l’ouvrage, nous devons à José Silvestre Ribeiro le remarquable essor qu’il prit entre 1847 et 1852. On peut affirmer sans crainte d’être contredit que, sans les efforts titanesques déployés par Silvestre Ribeiro, les travaux du Rabaçal n’auraient peut-être pas été poursuivis, ou n’auraient été entièrement achevés que très tardivement.

Lorsqu’il prit en main l’administration du district en 1846, José Silvestre Ribeiro tourna sans tarder son attention vers cet ouvrage gigantesque, car il comprenait les avantages considérables qu’apporterait à l’agriculture de la vaste municipalité (concelho) de Calheta l’achèvement de cette grandiose entreprise. Mais ce n’est qu’en 1849, alors qu’il était député de Madère et qu’il obtint du gouvernement de la métropole une subvention annuelle de six contos (un million de réis) de réis affectée à ces travaux jusqu’à leur complet achèvement, que ceux-ci avancèrent avec une rapidité remarquable. Le percement du molete des Estrebarias, la partie la plus risquée et la plus difficile à exécuter de tout le projet, fut achevé le 5 novembre 1850. Grâce à l’impulsion que leur avait donnée Silvestre Ribeiro, les travaux se poursuivirent au fil des années, plus ou moins lentement, jusqu’à ce que, vers 1890, avec l’achèvement de la levada nouvelle, on les considérât comme définitivement terminés.

Nous devons rappeler ici une date mémorable dans l’histoire des travaux du Rabaçal – celle du 16 septembre 1855 –, où les eaux, traversant pour la première fois le tunnel des Estrebarias, passèrent du nord au sud de l’île pour fertiliser de vastes terres jusque-là incultes.

Les premiers travaux réalisés au Rabaçal en 1835 furent dirigés par le gouverneur Luís Mousinho de Albuquerque en personne, ingénieur distingué qui mena sur le site même des travaux diverses études importantes. De leur commencement jusqu’en 1843, l’ensemble des travaux fut dirigé par l’ingénieur Vicente de Paula Teixeira, qui fit toujours preuve du plus grand zèle et du plus grand dévouement envers cette entreprise, lui rendit des services très signalés et laissa son nom attaché à ces ouvrages. De 1843 à 1847, ils furent placés sous la direction du lieutenant-colonel du génie Manuel José Júlio Guerra. C’est en 1847 que le capitaine du génie Tiberio Augusto Blanc fut chargé de diriger ces travaux ; il fut le plus précieux auxiliaire que José Silvestre Ribeiro trouva pour leur donner l’essor qu’ils connurent de 1847 à 1851. C’est là encore un nom intimement lié à l’histoire des travaux du Rabaçal, qui ne doit pas tomber dans un honteux oubli. Un autre nom qu’il faut rappeler en cette occasion est celui du brigadier António Rogerio Gromicho Couceiro, qui fut directeur des travaux publics de ce district, puis gouverneur civil bienfaisant de Madère. C’est sous sa direction que les eaux traversèrent pour la première fois la galerie souterraine des Estrebarias, passant du nord au sud de l’île.

Au cours des travaux, dont la réalisation prit plus d’un demi-siècle, le plan primitif subit diverses modifications, selon ce que conseillaient les circonstances. Pour les mener à leur terme, on dépensa la somme considérable de près de 186 contos de réis ; mais la grandiose entreprise est là pour attester avec éloquence ce que valent le zèle, le dévouement et l’amour de quelques hommes pour la prospérité et le bien-être de notre terre.

Comme on le sait, il existe deux levadas du Rabaçal – la levada ancienne et la levada nouvelle. La première irrigue les paroisses de Prazeres, Fajã da Ovelha, Ponta do Pargo et Paul do Mar (« marais de la mer »), la seconde celles de Calheta, Estreito da Calheta et Arco da Calheta. Chacune d’elles a à sa source, en période d’étiage, un débit continu d’environ 80 litres par seconde ; toutes deux se divisent en six branches pour l’irrigation et elles ont distribué en 1906 2580 heures d’eau (horas de água, droits d’irrigation mesurés en heures d’écoulement).

Les travaux de la levada ancienne, qui ne s’achevèrent qu’en 1860, coûtèrent à l’État la somme de 69 369 420 réis (ancienne monnaie de compte portugaise ; 1$000 = 1 000 réis, 1:000$000 = un conto = 1 000 000 de réis) ; ceux de la levada nouvelle, qui, comme nous l’avons déjà dit, ne furent définitivement terminés qu’en 1890, s’élevèrent à 116 208 480 réis. Cette dernière levada est alimentée par les eaux des Vinte e Cinco Fontes (« vingt-cinq sources ») et de la Fonte do Cedro (« source du Cèdre ») ; le tunnel où passent ces eaux fut commencé en 1863 et achevé en 1877.

17La Levada da Serra

XIV – La levada da Serra

La plus longue des levadas de l’État, et la plus importante de toutes après celles du Rabaçal, est celle que l’on appelle levada da Serra, ou plus exactement Levada da Serra do Faial (« levada de la montagne de Faial »), parce qu’elle naît de plusieurs sources qui jaillissent dans les montagnes de cette paroisse (freguesia). De son point de départ jusqu’au Lombo da Raiz (« croupe de la Racine »), ses eaux coulent avec celles d’autres levadas, mais de ce point jusqu’au lieu-dit (sítio) de Choupana (« cabane ») elles sont conduites dans un aqueduc propre, sur une longueur d’au moins trente kilomètres. Du sentier qui longe cette levada se découvrent des panoramas variés et saisissants, à travers les paroisses de Santa Maria Maior (« Sainte-Marie-Majeure »), Camacha et Santo da Serra (« le saint de la montagne »). C’est une promenade incontournable pour bien des personnes désireuses de connaître quelques-unes des beautés naturelles de cette île.

Cette levada est destinée à fertiliser les terres de Caniço (« roseau »), São Gonçalo (« saint Gonzalve ») et Santa Maria Maior, et les tentatives faites pour approvisionner ces paroisses en eaux d’irrigation sont fort anciennes. À l’initiative de quelques particuliers, dit le travail déjà cité de l’ingénieur Adriano Trigo, se constitua en 1830 une société par actions, appelée Sociedade da Nova Levada do Furado, afin d’exploiter les eaux qui se perdaient dans le torrent de la Lage, situé dans la paroisse de Faial, et de les canaliser jusqu’au Pico do Infante (« pic de l’Infant ») pour les distribuer à ces paroisses. Les statuts de cette société, approuvés le 21 mars 1840, lui donnaient le droit de capter ces eaux et de les conduire jusqu’au Lombo da Raiz par le canal commun des levadas du Juncal et du Furado, que l’État possédait déjà à cette époque. De là jusqu’au Pico do Infante, les eaux devaient être amenées par un nouvel aqueduc construit aux frais de la société. En raison de difficultés financières, mais aussi de graves erreurs de nivellement, l’entreprise n’atteignit pas le but qu’elle s’était fixé, après avoir dépensé dans les travaux exécutés environ quarante-deux contos (un million de réis) de réis, somme déjà considérable pour l’époque. Elle parvint seulement, en utilisant les aqueducs des levadas du Furado et du Juncal, à conduire quelques eaux jusqu’à la municipalité (concelho) de Santa Cruz (« Sainte-Croix »), qui formèrent ce que l’on appelle la Levada dos Accionistas (« levada des Actionnaires »).

Après bien des difficultés, le gouvernement central prit l’initiative de construire une levada qui approvisionnerait en eaux d’irrigation les paroisses de Caniço, São Gonçalo et Santa Maria Maior. Les études et les travaux préparatoires commencèrent en 1861, et les efforts et démarches déployés pour mener ces travaux à bonne fin furent véritablement remarquables. C’est à partir de 1871 que les travaux prirent de l’ampleur, et ils furent définitivement achevés en 1905. Les 25, 26 et 27 septembre de cette année-là, les eaux commencèrent à parcourir le long aqueduc, et le dernier de ces jours eut lieu l’inauguration officielle et solennelle de cette amélioration si importante et si remarquable.

Pour mieux éclairer ce qui précède, il convient de préciser que les eaux de cette importante levada, destinée à l’irrigation des terres des paroisses de Caniço, São Gonçalo et Santa Maria Maior, coulent avec celles des levadas du Juncal et Nova do Furado jusqu’au lieu-dit du Lombo da Raiz, dans la paroisse de Santo da Serra, et qu’à partir de ce point elles courent dans un aqueduc propre jusqu’à leur terminus, en haut du Caminho do Meio (« chemin du Milieu »).

18Les autres levadas de l’État

XV – Autres levadas de l’État

L’une des plus anciennes levadas appartenant à l’État fut acquise par un contrat conclu en 1822 entre le premier comte de Carvalhal et la Junte du Trésor royal (Junta da Real Fazenda). En vertu de ce contrat, ce titulaire se réserva neuf jours d’eau sur l’une des branches (canal secondaire) de cette levada, dont jouissent aujourd’hui (1921) les héritiers du général dom Luís da Câmara Leme, neveu dudit comte de Carvalhal. Elle est alimentée par les sources qui coulent au Ribeiro Frio (« ruisseau froid ») et sert à l’irrigation de la paroisse (freguesia) de Porto da Cruz (« port de la Croix »). Longue de 8 kilomètres et demi, elle aboutit au lieu-dit (sítio) de Lamaceiros (« bourbiers »), où ses eaux sont séparées de celles des levadas du Faial, des Accionistas et du Juncal, avec lesquelles elles coulent en commun jusqu’à cet endroit.

Cet aqueduc est alimenté par les sources du Ribeiro Frio ; d’après une mesure effectuée vers 1910, son débit était de 40 litres par seconde. Il sert à l’irrigation, par deux branches, de la paroisse de Porto da Cruz.

La Levada do Juncal (« levada de la Jonchaie ») est peut-être aussi ancienne que celle du Furado ; elle fut construite aux frais de l’État dès les premières explorations de ses sources. Celles-ci sont captées dans la Ribeira do Juncal (« torrent de la Jonchaie ») et coulent sur une grande distance en commun avec celles du Furado. Leur séparation se fait au partiteur (caixa divisória) situé au lieu-dit de Lamaceiros ; elles continuent de là jusqu’au lieu-dit de Lombo da Raiz, d’où elles sont dérivées pour l’irrigation des paroisses de Santo António da Serra, Água de Pena et Santa Cruz. Elle mesure 15 kilomètres et demi depuis son origine jusqu’au lieu-dit de Lombo da Raiz, dans la paroisse de Santo da Serra. La levada du Juncal avait l’abondant débit de 92 litres par seconde et était affectée à l’irrigation par une seule branche, ce qui en faisait le plus riche débit de toute l’île pour les arrosages.

Une autre levada appartenant à l’État est celle de la Serra de São Jorge (« levada de la montagne de São Jorge »), qui irrigue les paroisses de São Jorge (« saint Georges »), Santana (« sainte Anne ») et Faial, et prend sa source au lieu-dit de Pé dos Poios (« pied des Terrasses »), dans la montagne de la première de ces paroisses. De construction récente, elle a remplacé la Levada da Fajã dos Vinháticos (« levada du replat des Vinháticos »). Celle-ci fut construite entre 1860 et 1904 ; elle fut abandonnée cette dernière année et remplacée alors par celle de la Serra de São Jorge. Sa longueur est de 11 kilomètres.

Malgré son nom, cette levada ne profitait guère, voire pas du tout, à la paroisse de São Jorge, car la quasi-totalité de son débit était destinée à l’irrigation des paroisses de Santana et du Faial. Mais en 1938, le Conseil général du district (Junta Geral), utilisant quelques sources abandonnées, fit construire une nouvelle « branche » de cette levada, qui fertilise les terres du lieu-dit appelé Ilha (« île »), au grand profit de toute cette région.

Appartient également à l’État la levada de São Vicente (« saint Vincent ») et Ribeira Brava (« rivière sauvage »), destinée à irriguer ces paroisses. La Levada do Monte Medonho (« levada du Mont effrayant »), qui naît en ce lieu, dans les montagnes de São Vicente, fertilisait cette paroisse ; en 1908, elle fut détournée de sa destination primitive et affectée à l’irrigation des paroisses de Ribeira Brava et de Tábua. Pour remplacer le débit du Monte Medonho, on construisit un nouvel aqueduc, la Levada da Ribeira do Inferno (« levada du torrent de l’Enfer »), ainsi appelée parce qu’elle prend sa source dans le torrent de ce nom ; elle alimente la paroisse de São Vicente.

Une communication émanant du Conseil général indique qu’au cours des trois dernières années (1938-1940), on a construit de nombreux kilomètres de nouveaux aqueducs, en particulier dans les paroisses de Caniço, São Gonçalo et Santa Maria Maior, ainsi qu’une importante « branche », longue de plus de deux mille mètres, qui conduit l’eau vers la paroisse de Ponta do Pargo (« pointe du Pagre »).

Il y a environ 50 ans que commença la construction de la Levada do Coquim, destinée à irriguer les terres des paroisses de Boaventura (« bonne fortune ») et de Ponta Delgada (« pointe effilée »). On dépensa pour ces travaux environ treize contos (un million de réis) de réis, et l’on estimait alors qu’avec dix contos de plus tous les ouvrages seraient achevés. Ce devait être un canal de deux à trois kilomètres de long, mais d’une importance capitale pour les terres très fertiles de la dernière de ces paroisses. Les travaux furent entièrement interrompus cinq ou six ans après leur commencement.

19Les levadas privées

XVI – Levadas privées

Comme on l’a dit plus haut, il existait dès le dernier quart du XVe siècle plusieurs levadas qui acheminaient d’abondantes sources, destinées surtout à la culture de la canne à sucre. On peut toutefois affirmer que les plus anciennes levadas sont contemporaines des premières exploitations agricoles. Les plus importantes d’entre elles, dont certaines existent encore, datent cependant du XVIe siècle.

Les premiers captages d’eau et la construction des aqueducs correspondants furent entrepris par les premiers colons, à la force de leurs propres bras ; au fil du temps, l’initiative privée joua toujours un rôle très important dans le tracé et l’entretien des levadas.

L’une des plus anciennes et la plus importante des levadas privées est celle de Santa Luzia, ainsi appelée parce qu’elle s’alimente aux eaux du torrent du même nom. Les archives du conseil municipal de Funchal conservent l’enregistrement d’une ordonnance royale (alvará régio) de 1515, par laquelle Manuel Ier ordonnait que le cours de cette levada ne fût plus modifié à l’avenir. Une communication adressée en 1813 au gouvernement de la métropole par le capitaine général et gouverneur de l’archipel contient quelques notes descriptives sur cette levada : elle prend naissance dans une haute région montagneuse qui porte les noms de Terreiro das Galinhas (« esplanade des Poules ») et de Terreiro de Água, à deux léguas de la ville. À ces sources vinrent ensuite s’ajouter celle du ruisseau dos Frades, puis, plus loin, celle du Pisão ; mais ce sont surtout les abondantes sources des Tornos (« tours de vanne ») qui grossissent le débit, outre bien d’autres sources qui se jettent dans ce même torrent. Toute l’eau se divisait en deux parts : l’une était destinée aux moulins, l’autre formait la Levada de Santa Luzia (« levada Sainte-Lucie »). Le même document affirme qu’« au début de l’endiguement, elle reçoit 250 pouces carrés d’eau et que sa longueur depuis ce point jusqu’à Socorro est de 2130 braças ». Le curieux document de 1515 mentionné plus haut est rédigé en ces termes : « Nous le Roi faisons savoir à vous, bachelier (bacharel, diplômé de l’université) Ruy Pires, juiz de fora (juge nommé par la Couronne, étranger au lieu) pour nous, investi d’une commission judiciaire extraordinaire (alçada) en notre cité de Funchal, et aux officiers du conseil municipal de ladite cité, que nous avons appris qu’une levada que les Balthazares et d’autres heréus possèdent sur le torrent de Santa Luzia, ils voulaient la relever plus haut qu’elle n’était, ce qui cause grand préjudice et dommage à ladite cité et à sa propreté, et va contre la défense que nous avons faite que jamais, en aucun temps, il ne fût fait sur ledit torrent d’innovation au-delà de ce qui existait au temps où nous fîmes grâce des eaux dudit torrent à ladite cité ; et parce que nous ne trouvons pas bon que ladite levada soit déplacée ni qu’on y fasse aucune innovation, nous vous mandons que, dès que ceci vous sera présenté, vous ordonniez de notre part auxdits Balthazares et heréus à qui elle appartient de ne toucher en rien à ladite levada ni de la déplacer d’où elle avait coutume d’être, sous peine de la perdre à notre profit ; et vous, juges et officiers, si vous y consentez, nous vous tiendrons pour condamnés à une peine de cinquante cruzados ; et si quelque changement a été fait à ladite levada, faites-la aussitôt remettre au point et en l’état où elle était anciennement ; et vous, juge, de tout ce que nous mandons ainsi, dressez un procès-verbal (auto) et faites transcrire ceci dans le livre du conseil municipal de ladite cité, afin qu’en tout temps l’on sache que nous l’avons ainsi ordonné et défendu, et nous vous avisons par notre lettre de vous y tenir ; et cette ordonnance restera entre vos mains, et exécutez-la ainsi. Fait à Almeirim le vingt-deux du mois de février ; Damião Dias l’a faite, l’an mil cinq cent quinze ; qu’il n’y ait point de doute là où il est écrit “dits” et “années” raturés, car je l’ai fait en vérité. Laquelle, sitôt transcrite, fut aussitôt remise et donnée audit bachelier Ruy Pires, juiz de fora, et je l’ai collationnée avec l’original, moi, Affonso Eannes, qui l’ai écrite. » (Livre 1 du Registre général, fol. 116 v°.) Au sujet du torrent de Santa Luzia et des levadas qu’il alimente, nous avons trouvé quelque part, pour l’année 1866, qu’il avait alors un débit de 185 litres par seconde et alimentait les levadas de Santa Luzia, des Moinhos et de Dona Isabel, dont les eaux cheminaient ensemble jusqu’au lieu-dit (sítio) de Fundoa de Cima (« Fundoa d’en haut »), à São Roque, où se trouvait la prise de la dernière de ces levadas. Depuis le lieu-dit de Fundoa, les eaux suivaient ensemble jusqu’à la Ribeira das Cales (« torrent des Chaux »), où elles se divisaient en deux parts égales pour former les levadas des Moinhos et de Santa Luzia. À cette époque, le jaugeage donnait 19,5 litres pour la levada de Dona Isabel et 83 pour chacune des deux autres. D’après un jaugeage effectué en 1901, le débit commun des trois levadas était de 153 litres par seconde, dont 63 pour celle de Santa Luzia, 55 pour celle des Moinhos et 34 pour celle de Dona Isabel. Après celle de Santa Luzia, l’une des plus importantes et des plus anciennes levadas privées est celle des Piornais, qui naît sur la rive gauche de la Ribeira dos Socorridos (« torrent des Secourus ») et sert à l’irrigation des paroisses (freguesia) de São Martinho (« saint Martin ») et de São Pedro (« saint Pierre »). Nous avons lu quelque part que le tracé de cette levada fut entrepris par Luís Doria Velosa, mort en 1546. Concernant celle-ci et les levadas du Castelejo et de la Ribeira dos Socorridos, les archives du conseil municipal de cette ville conservent un acte royal de 1562 par lequel la reine Catherine ordonnait qu’elles « fussent curées et nettoyées » en temps voulu, aux frais des heréus et des propriétaires.

Dans un intéressant « Mémoire » publié dans le Diário de Notícias de Funchal du 4 décembre 1921, on lit que « la levada dos Piornais prend naissance sur les versants qui forment la Ribeira dos Socorridos, et ses premiers ouvrages d’art se trouvent dans la paroisse de Curral das Freiras (« enclos des religieuses »), au lieu-dit de Fajã dos Chiqueiros (« replat des porcheries »), entre les torrents do Cidrão et do Gato, dans la municipalité (concelho) de Câmara de Lobos, à quinze kilomètres de la ville de Funchal ; là, les eaux se divisent en deux volumes égaux entre cette levada et la Nova do Curral e Castelejos, conformément aux dispositions de l’acte de transaction passé entre les deux le 13 février 1896 devant le notaire Alexandre Baptista Pereira. Elle poursuit ensuite son cours en recueillant diverses sources sur l’une et l’autre rive de la Ribeira dos Socorridos, jusqu’à entrer dans sa prise d’eau (madre), sur la rive gauche dudit torrent, au lieu-dit de Fajã do Poio (« replat de la terrasse »), paroisse de Santo António, municipalité de Funchal. À une cinquantaine de mètres, au lieu-dit du même nom, est construit le partiteur (caixa divisória) des eaux entre la Levada Nova de Câmara de Lobos (« levada neuve de Câmara de Lobos ») et celle des Piornais, conformément à l’acte du 19 décembre 1898, passé devant le même notaire, aux termes duquel la première reçoit un septième de l’eau et la seconde les six septièmes restants ».

Sur ces levadas, l’illustre commentateur des Saudades da Terra nous donne des informations fort intéressantes, que nous allons transcrire : « À cette époque (début du XVIe siècle), les principales levadas générales ou communes de l’île de Madère, artères par lesquelles, depuis lors jusqu’à aujourd’hui, bien que l’institution soit déjà dénaturée, circule en abondance le sang de sa vie agricole, le précieux filtre de son aisance et de son constant rajeunissement. Dès l’année 1515 existait la levada de Sancta Luzia, dans les faubourgs au nord de Funchal ; par une ordonnance royale de cette année (Arch. da Cam. do Funchal, tome I, fol. 116 v.), Manuel Ier ordonna qu’à l’avenir elle ne fût pas déplacée. Par une autre, du 26 septembre 1562 (ib. idem, tombo velho, fol. 135), la reine dona Catharina, régente au nom du roi Sébastien, prescrivit que les levadas de la Ribeira dos Soccorridos, des Piornaes et du Castellejo, à l’ouest de Funchal, fussent dégagées et nettoyées en temps voulu, aux frais des hereos et des seigneurs, la dépense étant avancée par la caisse de la douane (alfândega), jusqu’à concurrence de 120 000 réis ; et par une autre encore, du 19 octobre de la même année (liv. II du registre de la trésorerie royale (Provedoria), fol. 185), elle étendit une disposition analogue à toutes les autres levadas, “bisto se perderem muytas canas daçuquar e deixarem de se prantar outras por se nom tirarem e limparem as levadas em tempo” (vu que beaucoup de cannes à sucre se perdaient et que d’autres cessaient d’être plantées faute de dégager et de nettoyer les levadas en temps voulu), et confia aux donataires leur surintendance, tant à cette fin que pour “tirar novas levadas ou muda-las, destribuir” (ouvrir de nouvelles levadas ou les déplacer, distribuer) les eaux moyennant un certain prix “de preferência as pessoas que tevessem canaviaes ou engenhos” (de préférence aux personnes qui possédaient des plantations de canne ou des moulins), et prendre “conhecimento das demamdas sobre esso, decidimdoas, e dando apellaçom e agravo” (connaissance des litiges à ce sujet, en les tranchant, avec appel et recours). Enfin, le cardinal dom Henrique, régent au nom du même roi Sébastien, fit expédier trois ordonnances en 1563 : l’une pour que, sous la surintendance du plus ancien échevin (vereador) du conseil municipal de Funchal, les riverains des torrents procèdent régulièrement à leur nettoyage et à leur consolidation ; une autre pour que soient exécutées les dispositions antérieures sur le nettoyage annuel des levadas ; et une autre pour que, dans la distribution des eaux, les plantations de canne aient la priorité, leur prix étant fixé dans chaque capitainerie par le capitaine-donataire respectif, avec “hua pesoa honrrada, conforme a quantidade e o proveito que fezesem” (une personne honorable, selon la quantité et le profit qu’elles procureraient).

– Les deux premières ordonnances sont enregistrées aux Arch. da Cam. do Funchal, tombo velho, fol. 117, et tome II, fol. 75 ; la troisième aurait été inscrite au livre III de la Provedoria, fol. 99. »

Mérite également une mention particulière la levada dite de Dona Isabel (« levada de dona Isabel »), aussi connue sous le nom de levada da Fundoa, qui irrigue divers terrains des paroisses de São Roque, São Pedro et Santa Luzia. On ne sait pas exactement qui fut cette dona Isabel qui lui donna son nom, mais elle semble appartenir à la famille du titulaire du majorat (morgado) João Paulo Esmeraldo, qui, il y a un siècle, était l’unique propriétaire de cette levada. Plusieurs propriétaires ayant réalisé d’importants travaux sur cette levada et considérablement augmenté son débit, une association de heréus (copropriétaires des droits d’eau d’une levada) fut constituée par acte public du 5 avril 1825 ; cet aqueduc appartient aujourd’hui à un grand nombre de cultivateurs et de propriétaires.

La Levada do Bom Sucesso (« levada du Bon-Succès ») vit le jour en 1855, avec un faible débit et un aqueduc insuffisant. C’est vers la fin du XIXe siècle et dans les premières années du XXe siècle que l’on construisit la « caisse générale » de cette levada et que l’on acquit le bois de montagne (montado) des Lourais. Vers 1910 ou peu après, de nouvelles et importantes sources furent acquises.

La Levada dos Moinhos (« levada des Moulins ») est fort ancienne ; elle avait déjà un débit important au temps des premiers donataires. Elle fournissait la force motrice qui actionnait les nombreux moulins à eau échelonnés le long de son cours, lesquels appartenaient à ces mêmes donataires et constituaient l’un des meilleurs revenus dont ils jouissaient alors.

20La Levada dos Moinhos et les sources de Tornos

Son exploitation devait passer par diverses phases ; on trouve à son sujet cette notice relative à l’année 1855 : « L’eau de la Levada dos Moinhos (« levada des Moulins »), destinée au nettoyage de cette ville et aux arrosages, est répartie, tous les jours où l’on a le droit d’en disposer, selon la distribution qu’a adoptée la commission administrative (Comissão Administrativa) de cette même levada, à savoir : de six heures du matin à deux heures de l’après-midi, elle est affectée au nettoyage, de manière que toutes les habitations soient nettoyées au moins deux fois par semaine, et les hôpitaux, casernes et prisons tous les jours où cela est possible. De deux heures de l’après-midi jusqu’à six heures du matin exclusivement, elle est affectée aux arrosages et répartie entre 153 ayants droit. »

C’est le moment opportun d’évoquer brièvement les diverses questions qui opposèrent souvent le conseil municipal (Câmara Municipal) de Funchal et la commission administrative de la Levada de Santa Luzia (« levada Sainte-Lucie »). Elles naissaient de la nécessité d’approvisionner la ville en bonne eau potable, ce qui ne pouvait se faire avantageusement qu’avec la source des Tornos (« tours de vanne »), l’une des plus importantes qui alimentent les levadas de Santa Luzia et dos Moinhos. D’un débit commun, auquel appartiennent les Tornos, se séparent les deux branches qui forment ces levadas, celle dos Moinhos étant presque entièrement la propriété du conseil municipal. Pour exploiter la source des Tornos, la municipalité devait indemniser la « Levada de Santa Luzia », ce qui provoqua de longues discussions ; un accord fut finalement conclu entre les deux entités en 1912. L’acte correspondant est publié intégralement dans le Diário de Notícias de Funchal des 15, 16 et 17 juillet 1912.

Pour orienter et fonder cet accord, le conseil municipal nomma deux ingénieurs distingués chargés d’étudier cette question débattue. Ils rendirent un avis autorisé, dont nous allons transcrire les conclusions :

« Le débit moyen d’étiage de la levada de Santa Luzia étant de 63,162 par seconde, la Levada dos Moinhos, qui partage avec elle à volumes égaux l’eau du torrent dans un partiteur (caixa repartidora) construit au lieu-dit (sítio) de Cales, devrait disposer du même volume. Or les mesures effectuées à la tête de la levada (madre da levada) dos Moinhos n’indiquent qu’un débit de 50,101 par seconde, ce qui révèle une perte importante de 13,124 ou 13,161 d’eau en débit continu, due aux infiltrations et à l’évaporation. Cette perte provient exclusivement de la mauvaise conduite des eaux de cette levada dans la courte branche (lanço, ramal) située en aval du partiteur et en amont de son entrée dans la canalisation de la ville.

Si l’on admet donc pour la Levada dos Moinhos un débit de 63,162 par seconde et qu’on en déduit celui de 39,120 (plus que suffisant pour assurer les différents usages de la Levada dos Moinhos à l’intérieur de la ville), on voit qu’il restera encore au conseil municipal un volume d’eau important, soit un débit de 24,136 ou 24,142 par seconde. Ce débit, qui devra être utilisé hors de la Levada dos Moinhos et en amont de celle-ci, servira à compenser largement l’eau à canaliser depuis les sources des Tornos, lesquelles n’accusèrent qu’un débit de 17,124 par seconde en septembre 1900, lors du même étiage où eurent lieu les mesures des levadas dont nous faisons état.

Il ressort de ce qui précède qu’il y a de la marge pour maintenir tous les services de la Levada dos Moinhos à l’intérieur de la ville, tout en affectant une part importante de son débit à la compensation intégrale due aux autres levadas dérivées du même torrent, lorsque sera réalisé le captage des sources des Tornos. Et cette compensation à volumes égaux sera très favorable à ces dernières levadas, car il est évident que le volume d’eau des sources des Tornos leur parvient aujourd’hui très réduit « en raison des grandes et inévitables pertes par infiltration et évaporation sur son très long et abondant parcours ».

Outre ces levadas, de nombreuses sources furent peu à peu exploitées dans toute l’île pour l’irrigation, et l’on construisit de nombreux aqueducs pour la conduite et la distribution des eaux. Certes, beaucoup de ces levadas ont un débit peu abondant et n’irriguent que des terrains peu étendus, mais elles constituent toujours un facteur appréciable de richesse et de prospérité pour les localités qui les possèdent.

21Les eaux de Paul da Serra

XVII – Les eaux du Paul da Serra

Le plateau du Paul da Serra (« marais de la montagne »), le seul de quelque étendue à Madère, se trouve à 1500 mètres d’altitude ; il mesure cinq kilomètres et demi de long d’est en ouest et un peu plus de trois kilomètres dans sa plus grande largeur. Son importance tient étroitement aux services d’irrigation, car bon nombre des sources les plus abondantes qui alimentent les levadas (canal d'irrigation) y prennent naissance. C’est pourquoi nous avons jugé intéressant de transcrire ici quelques-unes des informations fournies par le Conseil général du district (Junta Geral do Distrito) sur divers travaux déjà réalisés sur ce plateau afin de tirer partiellement profit des eaux de pluie qui y tombent en grande abondance pendant la saison d’hiver. Ces informations portent sur la période de 1938 à 1940.

« Région où pluies et neiges sont les plus abondantes, il constitue un champ d’infiltration d’où proviennent les plus grands débits d’eau utilisés et utilisables pour l’irrigation.

« Sur le plateau ou sur ses versants naissent les torrents les plus abondants de Madère : la Ribeira da Janela, la Ribeira do Seixal, la Ribeira do Inferno, la Ribeira de São Vicente, la Ribeira da Ponta do Sol et la Ribeira da Madalena.

« Principales levadas qui en dérivent : la Levada do Pico da Urze, qui alimente abondamment Arco da Calheta et prend sa source à environ 1350 m d’altitude ; les Levadas do Rabaçal (1000 à 1100), qui irriguent la municipalité (concelho) de Calheta (laquelle a besoin de davantage d’eau) ; la Levada do Monte Medonho, qui alimente une partie de Ribeira Brava et de Tabua ; la Levada do Caramujo, qui irrigue São Vicente.

« Les eaux de la Ribeira do Seixal sont abondantes et utilisées presque exclusivement de jour. Les eaux de la Ribeira do Inferno ne servent pas à l’irrigation.

« Les eaux des Ribeiras da Ponta do Sol et da Madalena alimentent bien les localités respectives.

« À une certaine altitude naît une petite levada privée, dont l’eau est utilisée à Canhas.

« Il existe encore diverses levadas privées qui naissent à des altitudes plus basses, mais dont le débit ne dépend que dans une faible proportion des eaux infiltrées dans le Paul.

« De l’énorme volume d’eau qui tombe sur le Paul da Serra, une partie seulement s’infiltre ; le grand excédent s’écoulait vers les torrents.

« En favorisant la rétention d’un pourcentage plus élevé de l’eau qui tombe sur le Paul da Serra, ou sur l’un de ses “bords”, on obtiendra un débit plus important pour les sources. C’est dans ce but que le Conseil général a entrepris des travaux expérimentaux dans le lieu appelé “Campo Grande” du Paul da Serra, où l’on a construit un barrage pour retenir les eaux qui s’écoulent par le Ribeiro do Alecrim vers la Ribeira da Janela ; il y a déjà dépensé près de 100 contos.

« Dernièrement, dans l’intention de poursuivre des travaux de nature semblable, on a procédé à une reconnaissance d’autres points du plateau et constaté qu’il en existe où l’on peut construire des retenues d’un coût relativement faible mais d’une grande capacité. C’est le cas du Chão das Mesas et des Ariais ou Campo Pequeno, vers lesquels on peut dériver les eaux du Ribeiro do Lagedo, qui charrie en hiver d’énormes débits vers la Ribeira da Janela.

« À la suite des travaux déjà réalisés, nous avons appris que le volume des « yeux d’eau », ou sources, a augmenté en plusieurs points soumis à l’influence des infiltrations du plateau. Cette information est de nature à nous encourager à poursuivre les travaux. »

22Les eaux de Porto Santo

XVIII – Les eaux de Porto Santo

Lorsque les sécheresses se prolongent, ce qui arrive de temps à autre, la voisine île de Porto Santo (« port saint ») en subit les conséquences comme une véritable calamité publique. Il faut donc grandement louer l’attitude du Conseil général du district (Junta Geral do Distrito), sous la présidence du docteur João Abel de Freitas, qui y fit entreprendre d’importants travaux d’hydraulique agricole afin d’atténuer les crises causées par ces sécheresses et de favoriser considérablement l’agriculture de toute cette région. On jugea nécessaire de construire un grand fossé (vala), que ce président décrivit en 1942, dans un entretien accordé à un journal, dans les termes que nous allons reproduire.

« La construction, actuellement en cours, d’un fossé destiné à capter et à distribuer les eaux de pluie est peut-être l’ouvrage de plus grande portée économique et sociale jamais réalisé jusqu’ici dans l’île, non seulement parce qu’elle vient à point pour donner du travail à des centaines de bras, mais aussi par l’influence qu’elle devrait exercer sur le développement agricole de la région. Ce fossé a pour première fonction de capter les eaux qui, parfois en débits considérables, ruissellent des pentes du Pico do Castelo (« pic du Château ») et ont causé tant de dommages aux versants situés en contrebas. Une fois éliminée l’une des principales causes de la ruine dans laquelle se trouvent ces terrains, il est possible que l’on soit incité à reconstruire les murets et à reconstituer les terres disparues.

En second lieu, l’eau ainsi captée sera conduite, dans la partie du fossé dite de distribution, à travers des terrains sableux, aux lieux-dits de Camacha, Eira Velha (« vieille aire »), Areias (« sables »), etc., qui forment un réservoir naturel de grande capacité où s’infiltrera toute l’eau qui y sera canalisée ; c’est de ce vaste champ d’infiltration que provient l’eau de presque toutes les sources et de tous les puits existants.

On entend ainsi tirer parti, de deux manières, d’eaux jusqu’ici nuisibles : d’abord, de façon directe, par l’irrigation des terrains situés en contrebas du fossé ; ensuite, par l’accroissement des eaux souterraines et, par conséquent, du débit des sources. Il en résultera aussi une justification économique pour le creusement de nouveaux puits et, partant, l’extension des terres irriguées.

Un autre avantage de la construction de ce fossé est encore d’inciter à construire des puits ou des retenues, aux endroits les plus favorables le long de son tracé, où les eaux seraient retenues en vue d’une irrigation future, lorsqu’on constatera l’existence régulière d’excédents d’eau justifiant une telle construction. »

23Les levadas de l’État : statistiques de 1943

XIX – Encore les levadas de l’État

Pour compléter et éclairer davantage ce que nous avons exposé plus haut, nous insérons ci-après quelques données statistiques que le service (repartição) technique des Travaux publics du Conseil général du district (Junta Geral do Distrito) a eu l’obligeance de nous fournir. Elles renferment des informations précieuses et intéressantes sur les levadas de l’État dans cette île, qu’il importe beaucoup de consigner, car elles ne figurent dans aucun document officiel publié. C’est un rapport qui honore grandement le service qui l’a rédigé, et nous avons grand plaisir à le conserver dans ces modestes pages de l’Elucidário Madeirense. Il constitue en outre un exposé éclairant des travaux menés en 1943, sur ordre de ce service, pour mesurer les débits et la longueur des aqueducs correspondants, opération qui n’avait pas été effectuée depuis de nombreuses années.

« La Levada Velha do Rabaçal (« vieille levada du Rabaçal ») prend sa source aux Fontes do Risco (« sources du Risco »), à 1045 mètres d’altitude. Le canal principal mesure 24 000 mètres, y compris le Furado Velho, long de 450 mètres. Le débit est de 65 litres par seconde (3900 penas [unité traditionnelle de débit d’eau, environ 1/60 de litre par seconde]), mesure effectuée en août 1943. Elle irrigue les paroisses (freguesias) de Prazeres (« joies »), Paul do Mar (« marais de la mer »), Fajã da Ovelha (« replat de la brebis ») et Ponta do Pargo (« pointe du Pagre »), et se divise en trois branches (canaux secondaires). La première irrigue la paroisse de Prazeres, avec des tours d’eau (giro) de 19 jours et 12 heures ; la deuxième, avec la même durée de tour, irrigue Paul do Mar et Fajã da Ovelha ; la troisième branche irrigue les paroisses de Fajã da Ovelha et de Ponta do Pargo, également par tours de 19 jours et 12 heures.

La Levada Nova do Rabaçal (« levada neuve du Rabaçal ») prend sa source dans la Ribeira dos Cedros (« torrent des Cèdres »), à la cote de 990 mètres. Les sources dites Vinte e Cinco Fontes (« vingt-cinq sources ») et les captages de la Ribeira Grande ou do Risco alimentent cette levada. Le débit total mesuré aux sources, en août 1943, est de 86 litres par seconde (5160 penas). De l’origine jusqu’au Furado Novo, le canal mesure environ trois kilomètres. Le Furado Novo mesure 800 mètres ; à sa sortie, le canal s’étend sur 7 kilomètres vers l’est et 6 vers l’ouest. Comme la Levada Velha, cette levada est divisée en trois parts de débit égal : le premier tiers irrigue les paroisses d’Arco da Calheta (« arc de Calheta ») et de Calheta (« petite anse »), par tours de 18 jours et 12 heures ; le deuxième tiers, également par tours de 18 jours et 12 heures, irrigue la paroisse de Calheta ; le troisième tiers irrigue la paroisse d’Estreito da Calheta (« étroit de Calheta »), par tours de 19 jours et 12 heures. Le total des heures de chaque tour des levadas du Rabaçal est le suivant :

2 branches × 18,5 jours × 24 heures = 888 heures, 4 branches × 19,5 j × 24 heures = 1872 heures, soit au total 2760 heures. Sur ce total d’heures d’eau, 2690 sont affermées et les autres constituent ce qu’on appelle les heures non affermées (quebras).

La Levada do Caramujo (« levada de l’Escargot »), ou de la Ribeira do Inferno, prend sa source dans la Ribeira do Inferno (« torrent de l’Enfer »), au pied du Pico Ruivo do Paul (« pic roux du marais »), à la cote de 1185 mètres. Le canal mesure 6000 mètres et le débit de cette levada est de 20 litres par seconde (1200 penas).

La Levada do Lombo do Moiro (« levada de la Croupe du Maure »), ou du Monte Medonho, prend sa source dans les torrents de Folhadal, Pináculo et Monte Trigo, à la cote de 1450 mètres. Elle s’étend sur environ 10 600 mètres et son débit est de 18 l par seconde (1080 penas). Elle irrigue les paroisses de Ribeira Brava (« rivière sauvage ») et de Tabua (« massette ») par tours de 14 jours et 12 heures. Les eaux de cette levada étaient autrefois utilisées dans la paroisse de São Vicente (« saint Vincent »), où vont aujourd’hui celles de la Levada do Caramujo ; celle-ci fut construite par l’État afin d’être échangée contre la Levada do Lombo do Moiro, l’entretien et les réparations de la Levada do Caramujo restant à la charge de l’État. À Ribeira Brava, 926 heures sont affermées, et 410 à Tabua.

DésignationHeures (h)
4 branches × 14,5 j × 24 h =1392
Affermées1336
Heures non affermées56

La Levada da Serra de São Jorge (« levada de la montagne de São Jorge ») prend sa source au Caldeirão do Inferno (« chaudron de l’Enfer »), à 920 mètres d’altitude, et capte aussi les eaux du Caldeirão Verde (« chaudron vert »). Le débit total est de 40 l par seconde (2400 penas) et le canal mesure 11 000 mètres jusqu’à Venda Nova. Du canal principal partent trois canaux secondaires, qui irriguent le lieu-dit (sítio) d’Ilha, dans la paroisse de São Jorge, ainsi que les paroisses de Santana (« sainte Anne ») et de Faial (« bois de fayas »), par tours d’environ 14 jours. 788 heures et 15 minutes sont affermées.

La Levada da Serra do Faial (« levada de la montagne de Faial ») proprement dite prend sa source dans la Ribeira Seca (« torrent sec »), à 1100 mètres d’altitude ; elle reçoit aussi l’eau d’une levada appelée Levadinha de João Dias, longue d’environ 1000 mètres, en amont des captages de la Ribeira Seca. Contribuent également au débit de la Levada da Serra do Faial les sources de la Ribeira da Ametade, les sources situées entre le Furado do Lapão et le Lombo Furão, le Côrrego da Cabra, les sources de la Rocha do Gavino, le Corrego da Choupana (« cabane »), les sources de Feiteiras et d’autres petites sources réparties le long du canal principal. Le débit total mesuré à toutes les sources le 16 septembre 1943 atteignit 80 l par seconde (4800 penas). La longueur du canal principal, de la Ribeira Seca au lieu-dit de Choupana, dans la paroisse de Santa Maria Maior, est de 54 000 mètres. C’est la plus longue des levadas de l’État. Elle est divisée en quatre branches, dont le tour est de 27 jours. Le tour est divisé en demi-tours de 13 jours et 12 heures, chaque irrigant recevant à chaque fois la moitié du temps inscrit au cadastre. 4 branches × 27 j × 24 h = 2592 h. Distribution sans heures non affermées.

La Levada do Juncal (« levada de la Jonchaie ») prend sa source dans la Ribeira do Juncal ; elle est conduite avec celle de la Serra do Faial jusqu’au Lombo da Raiz (« croupe de la Racine »), dans la paroisse de Santo da Serra, sur 16 000 mètres, puis s’en sépare de nouveau pour irriguer les paroisses de Santo da Serra, Santa Cruz et Água de Pena. Au débit de la Levada do Juncal, qui est de 76 l par seconde à l’origine, s’ajoute la Levada dos Accionistas (« levada des Actionnaires »), levada privée qui irrigue les mêmes paroisses et prend sa source dans la Ribeira das Lajes. À partir du Lombo da Raiz, les levadas do Juncal et dos Accionistas cheminent ensemble dans le canal secondaire. Lors du partage des débits, un tiers revient à la Levada dos Accionistas et deux tiers à la levada do Juncal. Le tour de la levada do Juncal est de 16 j et 12 h, la distribution se faisant par deux branches, soit 792 heures par tour au total, sans heures non affermées.

La levada do Furado (« levada du Percé ») prend sa source au Ribeiro Frio (« ruisseau froid »), à 860 mètres d’altitude ; elle emprunte aussi le canal principal de la Levada da Serra do Faial jusqu’à Lamaceiros, sur 8500 mètres, puis se dirige vers Portela de Machico, Maiata et Porto da Cruz (« port de la Croix »), les irrigations se faisant par tours de 16 à 18 jours. Son débit est de 40 l par seconde (2400 penas). 579 heures et 15 minutes de cette levada sont affermées.

Les prix d’affermage des levadas de l’État, par heure et par an, sont les suivants :

LevadaPrix par heure et par an (escudos)
Levadas du Rabaçal54
Levada do Monte Medonho24
Levada da Serra de São Jorge27
Levada da Serra do Faial72
Levada do Juncal96
Levada do Furado27

Le Conseil général possède également la source du Serralhal (« champ de laiterons »), dans la paroisse de Caniço, dont les eaux, classées potables, rapportent chaque année 3410 escudos. Les recettes des levadas de l’État au cours des cinq dernières années furent les suivantes :

AnnéeRecettes (escudos)
1939351 263
1940364 283
1941448 401,45
1942461 318,55
1943470 180

Le Conseil général a porté une grande attention à la réparation des levadas dont il a la charge, surtout ces dernières années, car il entend mener à bien le grand ouvrage du revêtement imperméable de toutes celles qui sont encore « en terre ». C’est une entreprise de grande envergure, dont les effets se font déjà sentir depuis 1941 : la diminution des pertes par infiltration est déjà sensible sur toutes les levadas.

Pour intensifier les travaux de réparation, le Conseil général décida, en sa séance du 15 novembre 1940, d’instituer une surtaxe sur les redevances des eaux, en y contribuant lui-même pour une somme égale au montant de cette surtaxe, outre le crédit qu’il jugerait pouvoir voter pour les réparations habituelles. C’est cette surtaxe qui explique en partie la hausse des recettes à partir de 1941. Au cours des cinq dernières années, les sommes suivantes furent dépensées en réparations :

AnnéeDépenses de réparation (escudos)
1939116 432,80
1940113 933,60
1941208 200,80
1942201 725,15
1943147 623,25

24La mission technique et ses rapports

XX – La construction des nouvelles levadas

Les levadas sont, comme chacun sait et comme nous l’avons répété ici, les éléments les plus précieux de la prospérité de notre agriculture. Aussi la promulgation du décret du 26 juillet 1939 suscita-t-elle la plus vive satisfaction : il prévoyait l’envoi à Madère d’une mission spéciale chargée d’étudier les possibilités techniques et économiques dans les domaines hydroélectrique et hydro-agricole, considérés dans leur ensemble et dans leurs rapports mutuels. Cette commission technique, composée de fonctionnaires des plus compétents, ne se fit guère attendre. Dans les travaux qu’elle entreprit sans délai, elle fit preuve de la connaissance la plus approfondie du sujet et du zèle le plus ardent à résoudre les divers problèmes qui s’y rattachaient étroitement. À cette fin, la mission parcourut une part considérable de l’île, réalisa plusieurs études in loco, sollicita informations et éclaircissements auprès de diverses instances officielles, recueillit l’avis des intéressés par l’intermédiaire des personnalités les plus qualifiées de notre milieu, etc., manifestant ainsi le plus grand désir d’accomplir un travail utile, complet et consciencieux dans l’exercice de la délicate mission qui lui avait été confiée.

Vers la fin de l’année 1941, la commission acheva ses travaux de bureau, et ses rapports détaillés furent transmis aux instances supérieures : un rapport de caractère général et trois autres consacrés respectivement aux questions agricoles, aux matières électriques et aux sujets de génie civil.

Du « Relatorio Geral » (rapport général), nous pouvons présenter un bref sommaire des diverses matières qu’il contient, ce qui permettra de se faire une idée, quoique superficielle et incomplète, de l’étendue et de l’importance des travaux accomplis.

Il se divise en quatre parties distinctes :

  1. 1° Préliminaires
  2. 2° Conditions générales
  3. 3° Possibilités d’aménagement
  4. 4° Considérations finales. La deuxième partie se subdivise en chapitres :
    1. I Orographie
    2. II Esquisse géologique
    3. III Communications et répartition de la population
    4. IV Climat
    5. V Peuplement forestier
    6. VI Régime de la propriété
    7. VII Régime juridique des eaux
    8. VIII Levadas
    9. IX Agriculture
    10. X Industries de l’île de Madère.

Le chapitre VIII est particulièrement intéressant. Il traite d’abord des levadas privées, puis, plus longuement, des levadas de l’État, selon les points suivants :

  1. I Levadas do Rabaçal (ancienne et nouvelle)
  2. 2 Levadas do Caramujo et do Lombo do Moiro
  3. 3 Levadas da Serra de São Jorge, do Furado, do Juncal et da Serra do Faial
  4. 4 Résultats économiques de l’exploitation par l’État
  5. 5 Administration des levadas
  6. 6 Tentatives pour donner une destination définitive aux levadas de l’État.

Le chapitre X, consacré aux industries, traite des points suivants : A Leur état actuel ; B Possibilités de développement ; C Industries de transports collectifs et D Production et commerce de l’énergie électrique.

La troisième partie – Possibilités d’aménagement – comprend les chapitres suivants :

  1. A Ribeira de Machico (1er aménagement : Caniçal)
  2. B Ribeiras de São Jorge, do Faial et do Tem-te-não-caias :
    1. a) plan général
    2. b) Ribeira de São Jorge – 2e aménagement : Santana et Faial
    3. c) Ribeira de São Roque – 3e aménagement : Porto da Cruz
    4. d) Ribeiro Frio – 4e aménagement : hauteurs de Machico
    5. e) Ribeira do Juncal – 5e aménagement : Santo da Serra, Santa Cruz et Água de Pena
    6. f) Ribeiras de São Jorge, Seca et Ametade – 6e aménagement : Caniço, São Gonçalo et Santa Maria Maior
  3. O Ribeiro Bonito – 7e aménagement : São Jorge
  4. D Ribeira do Porco – 8e aménagement : Arco de São Jorge et Boaventura
  5. E Ribeira dos Moinhos – 9e aménagement : Ponta Delgada
  6. E Ribeira Grande – 10e aménagement : São Vicente
  7. G Ribeira da Ponta do Sol – 11e aménagement : Tabua et Ponta do Sol
  8. H Ribeiras de São Vicente, do Inferno, do Seixal et da Janela – 12e et 13e aménagements : Ribeira Brava, Câmara de Lobos, Serra de Água, Calheta et Ponta do Pargo
  9. Ribeira dos Cedros – 14e aménagement : Porto do Moniz
  10. J Ribeiro do Seixal – 15e aménagement : Seixal
  11. Ribeira de Santa Luzia – 16e aménagement : Santa Luzia
  12. L Levada do Pico – 17e aménagement : Pico dos Eirozes
  13. M Ribeira da Janela – 18e aménagement : Porto Moniz
  14. N Stockage, retenue et élévation des eaux, et eaux souterraines
  15. O Résumé et conclusions.

Il est possible, et peut-être probable, que les plans esquissés dans ces rapports, et transcrits ici, subissent des modifications lors de leur exécution ; mais nous supposons que, dans leurs grandes lignes, ils ne s’écarteront guère des projets conçus. Et comme leur réalisation demandera plusieurs années, nous avons jugé bon de consigner ici cette brève notice à leur sujet, à titre d’éclaircissement intéressant et apprécié.

25Les décrets de 1943 et le plan de travaux

C’est dans le Diário do Governo du 21 octobre 1943, et datés de ce même jour, que furent publiés les décrets n° 33 158 et 33 159. Ils prescrivent la construction d’un vaste réseau de canaux d’irrigation et fixent les règles à suivre pour réaliser une amélioration d’une valeur aussi inestimable. Depuis longtemps, Madère ne s’était vu accorder une mesure d’une telle portée, et qui doive profiter de si près à l’économie générale de l’archipel.

Nous ne pouvons donc nous soustraire au désir de transcrire les résumés que les journaux de Lisbonne et de Funchal firent de ces importants textes, afin de consigner ici les dispositions qui intéressent le plus ce sujet et qui compléteront ce que nous avons dit dans les chapitres précédents.

« S’agissant d’un vaste plan de travaux destiné à apporter à l’île de Madère une amélioration considérable de son économie agricole et de sa production industrielle, et considérant que les études comme l’exécution des ouvrages exigent une technique très spécialisée, le gouvernement a jugé bon de créer un organisme autonome, à caractère temporaire, chargé d’administrer et de diriger la construction des ouvrages neufs et la réparation des ouvrages existants. Cet organisme sera dénommé “Comissão Administrativa dos Aproveitamentos Hidráulicos da Madeira” (Commission administrative des aménagements hydrauliques de Madère) et comptera parmi ses membres un délégué du Conseil général du district autonome (Junta Geral do Distrito Autónomo) de Funchal.

Le coût de l’exécution et de l’administration des ouvrages prévus est estimé à 60 000 contos, répartis comme suit :

Aménagements hydrauliques – ouvrages d’irrigation, 20 798 contos ; centrales électriques principales (3), 15 890 contos ; et secondaires (2), 3462 contos.

Réseaux électriques – de transport et d’énergie, 5034 contos ; et de distribution générale, 1020 contos ; imprévus, 8790 contos ; et frais généraux des travaux, 5000 contos.

Les ouvrages inscrits au plan seront exécutés dans un délai de dix ans, répartis en deux phases de cinq ans chacune.

Au cours de la première devront être réalisés les ouvrages suivants : aménagements hydro-agricoles – Machico et Caniçal ; Ribeira Brava et Câmara de Lobos ; Ponta do Pargo et Calheta. Aménagements hydroélectriques – centrale de Serra de Água (« scierie à eau ») ; centrale de Calheta ; lignes de transport d’énergie et sous-station de Funchal. Au cours de la seconde devront être réalisés les autres ouvrages prévus dans le rapport de la mission technique qui a servi de base à l’élaboration du texte relatif à cette question. Les ouvrages prévus, y compris les frais généraux d’administration, seront financés à parts égales par l’État et par le Conseil général du district de Funchal. La charge annuelle sera donc de 6000 contos, chacune de ces deux entités devant fournir 3000 contos. Le Conseil général est autorisé à contracter un emprunt en deux tranches, chacune pouvant atteindre 15 000 contos, pour faire face aux charges de l’exécution du plan d’aménagements hydrauliques. La commission administrative sera habilitée à gérer les fonds qui lui seront attribués chaque année dans les budgets généraux de l’État et du Conseil général du district. Les ouvrages seront exécutés par ladite commission, qui devra en règle générale recourir au régime du marché de travaux (empreitada). L’élaboration des projets lui incombe également. Une autorisation ministérielle est en outre prévue pour que certaines études et le contrôle de certains ouvrages puissent être confiés à du personnel extérieur à la commission, sous le régime de la prestation de services, lorsque ces travaux ne peuvent être menés par son propre personnel technique.

L’exécution des ouvrages prévus permettra d’irriguer une superficie de 3111 hectares, soit environ 30 % de la surface actuellement irriguée, ce qui montre bien la grande valeur des nouveaux aménagements pour l’économie de Madère. L’assistance technique et le contrôle de l’État sont également autorisés pour les grosses réparations et l’amélioration des aménagements existants, afin d’éviter certains inconvénients constatés dans la pratique, sans pour autant abandonner les règles traditionnelles de l’île.

Quant aux aménagements destinés à la production d’énergie, on attend de leur exécution de précieux résultats, non seulement par l’influence qu’ils auront sur l’importation de combustibles, mais aussi par l’essor qu’ils donneront aux industries et aux autres activités économiques de Madère. Pour mesurer l’importance qu’auront les aménagements hydroélectriques prévus pour l’économie de l’île, il suffit d’observer que leur puissance permanente d’étiage atteint environ 5830 kW, puissance qui dépasse de beaucoup celle qui y est actuellement installée.

La solution de l’important problème dont il vient d’être question s’inscrit dans le vaste plan d’ensemble que le gouvernement s’est proposé de réaliser dans les Îles adjacentes. »

26Le cadre juridique des nouvelles levadas

La mise en œuvre de ce plan a commencé à Madère par les travaux routiers, dont la construction avance à bon rythme ; le plan routier a été lancé dans les districts de Ponta Delgada (« pointe effilée ») et d’Angra do Heroísmo, et l’on va maintenant procéder, dans cette île, à l’exécution des travaux d’aménagement hydraulique, suivant ainsi l’ordre qui semble le plus conforme aux intérêts nationaux.

Le taux d’intérêt des emprunts que le Conseil général sera autorisé à contracter ne pourra dépasser 4 % ; ces emprunts seront amortissables en vingt ans et tenus en compte courant pendant les cinq années d’exécution des travaux de chaque phase.

La commission administrative (Comissão Administrativa) se composera d’une personnalité dotée d’une longue expérience de l’administration publique, d’un délégué du Conseil général, d’un ingénieur civil d’une compétence reconnue dans les études de construction d’ouvrages hydrauliques et d’un licencié en droit titulaire du cours complémentaire de sciences politico-économiques, ou licencié en sciences économiques et financières, tous nommés par le gouvernement ; le premier en assurera la présidence et le dernier le secrétariat.

La commission aura pour organe exécutif un directeur délégué, qui sera son membre ingénieur civil. Ses travaux seront contrôlés par un ingénieur inspecteur supérieur des Travaux publics, qui informera le gouvernement de l’avancement des travaux et aura autorité pour s’opposer en son nom à toute résolution, lorsqu’il le jugera opportun.

Le personnel technique, administratif et subalterne nécessaire aux services sera engagé par contrat ou comme salarié, conformément aux lois en vigueur, sur proposition de la commission et avec l’approbation ministérielle.

Le personnel technique, y compris les membres de la commission, pourra concourir aux postes des cadres permanents des services apparentés du ministère des Travaux publics et des Communications dans les conditions fixées pour les fonctionnaires contractuels des cadres temporaires par le décret-loi n° 26 117 du 23 novembre 1935. Lorsqu’il appartient déjà aux cadres permanents ou temporaires dudit ministère, la doctrine du décret-loi n° 30 896 du 22 novembre 1940 lui est applicable, et le temps passé dans cette mission de service lui est compté, pour l’avancement et la retraite, comme service actif dans les cadres respectifs.

L’État et le Conseil général seront remboursés des dépenses engagées pour les ouvrages hydro-agricoles au moyen d’une « taxe d’amélioration et d’irrigation ».

Les projets d’aménagements hydro-agricoles reposeront sur le cadastre des propriétés bénéficiaires, constitué par le plan agrologique et parcellaire à l’échelle de 1/2500 et par le registre cadastral de tous les biens fonciers concernés par les travaux ; ce registre indiquera notamment, pour chaque bien, les revenus brut et net actuels et ceux qui résulteront de l’exécution de l’ouvrage, ainsi que les charges ou servitudes actuelles et futures.

Le cadastre, ainsi que le projet de statuts de l’association d’irrigants (Associação de Regantes) correspondante, seront soumis aux réclamations des intéressés et exposés pendant 30 jours en un lieu public de la paroisse (freguesia) dont relèvent les terrains touchés par les travaux.

La commission administrative procédera à l’acquisition ou à l’expropriation des terrains et des eaux privés et de tous droits antérieurs à l’aménagement qui y donneraient lieu ; elle conviendra également avec les corps administratifs de l’acquisition, par cession gratuite, échange ou achat, des terrains leur appartenant qui seraient nécessaires à l’exécution des travaux.

La mission technique créée par le décret-loi 29 718 du 26 juin 1939 est considérée comme dissoute ; elle remettra à la commission administrative, sur inventaire, les appareils, outils et matériel qu’elle a acquis.

Aussitôt les travaux achevés, la commission administrative constituera l’association d’irrigants de la levada (canal d’irrigation) concernée, conformément aux statuts approuvés : elle convoquera les irrigants par voie d’avis publics afin qu’ils se réunissent et élisent la direction, à laquelle les ouvrages et les statuts seront remis par procès-verbal (auto) en bonne et due forme. Un autre décret, publié lui aussi au Diário do Governo, porte sur cette question.

Les associations d’irrigants seront obligatoirement constituées par les propriétaires, usufruitiers, emphytéotes, fiduciaires, colons, fermiers et métayers des terrains bénéficiant des aménagements hydro-agricoles correspondants.

L’entretien et l’exploitation des ouvrages, de même que les résolutions des associations d’irrigants, seront contrôlés par la commission administrative et, après sa dissolution, par les Services hydrauliques relevant du Conseil général du district autonome (Junta Geral do Distrito Autónomo) de Funchal.

La taxe d’amélioration et d’irrigation (taxa de beneficiação e rega), destinée au remboursement des dépenses engagées pour les ouvrages hydro-agricoles, consistera en une annuité fixe par hectare, calculée à un taux d’intérêt n’excédant pas 3 % et variable selon les possibilités agricoles et économiques des terres, sur la base d’un remboursement en 50 ans.

Cette annuité constitue une charge réelle grevant le bien, et son montant peut être perçu avec la contribution foncière rurale, mais sur un document distinct.

Les frais d’exploitation et d’entretien de chaque aménagement hydro-agricole seront à la charge des bénéficiaires, au moyen du produit d’une taxe annuelle dite « d’exploitation et d’entretien », fixée par l’autorité supérieure en fonction des travaux à exécuter ou à prévoir, après avis de la direction de l’association d’irrigants.

L’utilisation des eaux d’irrigation est obligatoire sur les biens inscrits définitivement au cadastre ; le Conseil général ou l’association sont autorisés, avec l’approbation du gouvernement, à exproprier les biens qui ne les utiliseraient pas, à la valeur qu’ils avaient avant les travaux, majorée de la capitalisation des annuités déjà versées.

Lorsque, dans la zone desservie par les levadas du plan approuvé, certains biens ne sont pas irrigués et d’autres le sont déjà, la répartition se fera en donnant en règle générale la préférence à ceux qui ne le sont pas encore et dont les propriétaires, fermiers ou colons ne disposent pas d’eaux pouvant être économiquement acheminées vers ces biens. Lorsque les eaux d’une levada peuvent servir à la fois à l’irrigation et à la production d’énergie électrique, cette dernière utilisation se fera de manière à ne pas nuire au régime d’irrigation.

Une fois achevés les installations hydro-électriques et leur réseau général, on procédera à l’exploitation de la vente d’énergie sous le régime de l’affermage, pour toute l’île ou par zones, à moins que le gouvernement n’en décide autrement ; la mise aux enchères aura pour base la redevance progressive à verser à l’État et au Conseil général selon les tranches qui seront fixées dans le cahier des charges.

La compétence attribuée au gouvernement par les dispositions ci-dessus sera exercée par l’intermédiaire du ministre des Travaux publics et des Communications ».

La construction de quelques levadas est donc en voie de prochaine réalisation ; elles prolongeront la grandiose entreprise commencée il y a des siècles, qui constitue l’un des facteurs les plus importants de la prospérité de ce district.

27Terminologie usuelle des levadas

XXI – Terminologie usuelle

Chacun sait, et les pages précédentes l’ont bien souligné, que les « levadas » constituent le principal élément de l’agriculture madérienne et l’un des facteurs les plus importants de l’économie de tout notre archipel. Elles rendent encore d’autres services précieux : elles fournissent l’eau de tous les usages domestiques à quelques milliers de personnes qui vivent dans les lieux-dits riverains de ces mêmes levadas, elles donnent la force motrice nécessaire au fonctionnement de nombreux moulins à eau, et elles alimentent d’innombrables lavoirs publics en eau indispensable pour qu’on puisse s’en servir toute l’année. C’est le cas de l’abondant débit de la Levada dos Piornais (« levada des Genêtaies ») sur un parcours de plus d’une dizaine de kilomètres.

L’emploi de termes particuliers pour désigner les conditions et les moyens d’action propres au système d’irrigation madérien est vieux de quatre siècles déjà et répandu dans tout l’archipel. Bien qu’ils soient très connus et employés quotidiennement par les populations rurales, ils ne le sont pas pour un nombre considérable de citadins, et en particulier pour les personnes qui ne visitent Madère que brièvement et en passant. C’est surtout à elles que s’adresse la petite « nomenclature » ou « terminologie » que nous esquissons ici au sujet de nos aqueducs ou canaux d’irrigation.

Levadas

Bien que nous l’ayons déjà dit, nous répéterons que ce sont d’étroits canaux ouverts dans le sol, généralement construits en solide maçonnerie, qui n’atteignent pas un mètre de largeur et dont la profondeur dépasse rarement cinquante à soixante-dix centimètres. Elles partent presque toutes de points centraux de l’île, la plupart prenant leur source dans les torrents qui coulent au fond des ravins, et certaines mesurent des dizaines de kilomètres de long. Débit ou « volume » d’eau. – Le débit ou « volume » d’eau qui coule dans chaque aqueduc est assez variable, même lorsque ce « volume » est tout entier destiné à l’irrigation d’un seul endroit. Il devient plus variable encore lorsque le « volume » commun qui parcourt le canal se divise en deux, trois ou quatre parties, afin d’arroser autant d’endroits différents. Le volume de chaque linha (unité de profondeur des pêcheurs, environ 23 braças, soit env. 50 m) d’eau destinée à l’irrigation d’un seul point peut varier approximativement entre un débit continu de 12 et de 30 litres par seconde, soit de 720 à 1800 penas. Il existe des levadas au débit peu abondant, qui ne servent qu’à certaines cultures, et d’autres au débit plus important, qui peuvent servir indistinctement à tous les arrosages.

Tête de la levada (madre da levada) – On donne ce nom aux lieux d’origine de la levada ou à ses points de confluence avec d’autres aqueducs, ainsi qu’aux parois de maçonnerie ou d’argile qui forment ces mêmes levadas. À Madère, on appelait autrefois « madre de água » l’endroit où jaillissaient les sources ou « tornos » d’eau.

Canal de la levada (caixa da levada) – C’est l’aqueduc lui-même, abstraction faite du débit qui y coule.

Muret de la levada (mainel) – On appelle « mainéis » les parois de la levada, et en particulier la partie qui dépasse le sol adjacent.

Sentier de la levada (esplanada) – C’est l’étroit sentier qui, en général, longe la levada, contigu et parallèle à elle, sur presque toute sa longueur. Il sert généralement de servitude de passage et de chemin aux habitants du voisinage.

Partiteur (caixa divisória) – Certains aqueducs conduisent un débit abondant, destiné à être divisé en deux, trois ou quatre branches (lanço, ramal) ou aqueducs secondaires pour l’irrigation de divers points. Leur répartition rigoureuse se fait en un endroit aménagé à cet effet, qui porte le nom de « partiteur ».

Tunnels (furados) – À Madère, on donne le nom de « furados » aux petits tunnels ou étroits passages souterrains destinés au passage des aqueducs. Les plus importants sont le Furado Velho de la Levada Velha do Rabaçal (« vieille levada du Rabaçal »), long de 450 mètres, et le Furado Novo de la Levada Nova do Rabaçal (« levada neuve du Rabaçal »), qui mesure 800 mètres ; il en existe d’autres d’une longueur beaucoup plus réduite.

Branche – Lorsqu’un débit se partage afin d’irriguer divers points, on applique à chacune de ces divisions le nom de « branche » (lanço ou ramal), laquelle peut parfois être elle-même subdivisée.

Adufas – On conserve ce nom aux petites « vannes » pratiquées dans les murets ou parois des aqueducs et destinées à laisser s’écouler les eaux aux points où se fait l’irrigation.

Tour d’eau (giro) – Au sens large, on entend par « tour d’eau » toute la période d’irrigation, qui s’étend normalement du mois d’avril ou de mai à la fin de septembre. Au sens plus restreint, on appelle « tour d’eau » le temps écoulé entre l’arrosage d’un terrain et l’arrosage suivant, intervalle de jours qui, en général, ne varie pas pour une même levada. Il varie cependant d’une levada à l’autre, chaque « tour d’eau » durant de quinze à trente jours. Il arrive que le « tour d’eau » se divise : on a alors un « petit tour » et un « grand tour ».

On emploie l’expression « une année de tour d’eau » pour désigner le droit qu’ont les cultivateurs d’irriguer leurs terres pendant toute l’année, c’est-à-dire pendant la période normale des arrosages, en vertu de baux qu’ils ont passés avec les levadas de l’État ou encore avec les levadas privées. Quand on dit qu’une propriété rurale « a une heure d’eau dans le tour de quinze jours », il faut entendre que cette propriété jouit du droit d’être irriguée tous les quinze jours, pendant une heure, au cours de la période ordinaire d’irrigation.

Heréus

« C’est à présent, nous dit en 1873 l’illustre commentateur des Saudades, dans cette île de Madère, le propriétaire d’une portion quelconque d’eau dans une levada ; mais à l’origine c’était l’agriculteur ou colon partiaire (colono) qui cultivait des terres irriguées. » Bien que le docteur Azevedo nous apprenne que ce terme fut employé dans un sens analogue sur le continent portugais, il est certain que nous ne l’avons pas trouvé dans les dictionnaires modernes de la langue, et il nous semble qu’il n’est aujourd’hui employé que dans cet archipel, avec le sens indiqué.

Comme on l’a dit plus haut et comme le montrent divers textes législatifs, il existe à Madère plusieurs associations de heréus (détenteurs d’une part de l’eau d’une levada), légalement organisées et formées par les propriétaires des eaux des levadas, dotées d’une administration propre exercée par une « Commission » élue par ces mêmes heréus. Les levadas les plus importantes ont chacune leur administration, autonome et indépendante de celle des autres levadas. Dans un document officiel de l’année 1485, on trouve déjà le terme « heréu », avec un sens identique à celui qu’on lui donne aujourd’hui.

Juge de la levada

Pendant des siècles, l’État se considéra comme l’unique propriétaire des eaux destinées à l’usage commun des cultivateurs. La direction de tous les services relatifs à ces eaux incombait aux donataires, aux gouverneurs généraux et aux gouverneurs et capitaines généraux, qui nommaient à cet effet un « juge », généralement choisi parmi des personnes qualifiées de notre société. Les « heréus » s’affranchirent peu à peu de cette tutelle et acquirent la propriété des eaux ; ils en vinrent à nommer des commissions administratives, qu’une loi rendit autonomes et dotées d’une personnalité juridique propre, à condition que certaines clauses fussent respectées. Inutile de dire que ce régime ne concerne que les levadas privées, car celles de l’État, qui comptent à peine plus d’un siècle d’existence, sont administrées par les services des travaux publics compétents.

Sacadas

On donne communément ce nom aux « murets » de pierres et de mottes d’argile placés en travers des cours d’eau, qui détournent furtivement les eaux vers les terres riveraines de ces cours d’eau avant leur entrée dans les aqueducs, diminuant ainsi le débit des levadas.

Brise de terre (terral)

Ce terme désignait, et désigne encore en certains endroits, la contribution due par chaque « heréu » pour couvrir les frais d’entretien des levadas et la rémunération du personnel qui y était employé. Le locataire de l’eau, qui n’était pas « heréu », ne payait pas de « terral », mais versait à la même fin une modeste somme appelée « la vigia ».

Dans le service de l’irrigation, ces termes sont d’un emploi très courant : tornadouro (point où l’eau d’irrigation entre dans le champ), qui désigne l’endroit où le filet d’eau pénètre dans les terrains à irriguer ou dans les « regos » cultivés ; levadeiros, nom donné aux hommes chargés de répartir l’eau d’irrigation entre les diverses propriétés ; et minadoiros, les petites sources qui affleurent à la surface du sol.

Gardiens de levada (vigias)

Pendant la période d’irrigation, plusieurs hommes parcourent en permanence les berges des levadas afin de maintenir le libre passage de l’eau, en dégageant l’aqueduc de tout obstacle qui pourrait l’entraver.

28Les levadas et les forêts

XXII – Les levadas et les forêts

On dit quelque part, sans doute avec quelque hyperbole mais non sans pittoresque, que « les arbres sont les mères des levadas », pour exprimer l’étroite affinité qui unit la végétation forestière aux sources qui alimentent les aqueducs servant à l’irrigation madérienne. Cette étroite corrélation est une vérité des plus élémentaires, que reconnaissent jusqu’aux plus modestes cultivateurs. Elle fonde la nécessité évidente d’encourager et de maintenir un reboisement intensif, surtout sur les hauteurs des montagnes et tout particulièrement aux abords des sources elles-mêmes. Aussi, chaque fois que l’occasion se présente de traiter des « levadas », est-il de rigueur d’évoquer le riche et inestimable apport que les forêts fournissent aux débits qui forment ces mêmes « levadas ».

Chacun sait que les hauteurs boisées favorisent remarquablement la formation des brouillards, la condensation de la rosée et la chute des pluies, si bien que tout le couvert forestier peut être considéré comme l’un des plus puissants moyens d’attirer les eaux pluviales qui fertilisent une région. Ce phénomène météorologique se vérifie aisément à Madère, malgré la superficie limitée de ses huit cents kilomètres carrés.

La conservation indispensable des eaux, leur infiltration progressive dans le sol et leur répartition régulière sur les versants et les pentes sont dues en grande partie à la présence bienfaisante des forêts. C’est ainsi que s’alimentent les fontaines et les sources et que se forment les abondantes et précieuses réserves d’eau ; sans cela, les eaux de pluie se changeraient en torrents plus ou moins impétueux, qui causeraient les plus grands dégâts aux terrains riverains et se perdraient en outre dans les lits pierreux des ruisseaux.

Grâce à la répartition plus ou moins régulière et uniforme des eaux pluviales, que favorise le maintien des grands massifs boisés, on évite non seulement, comme on l’a dit, l’entraînement fréquent de nombreuses terres arables, mais on assure et consolide aussi la stabilité de nombreuses parcelles déjà cultivées et d’une production agricole de valeur, que les pluies torrentielles, faute de digues pour les contenir, détruiraient dans leur passage impétueux. C’est assurément là un bienfait inestimable que les forêts rendent, quoique de manière indirecte, à l’industrie la plus importante et la plus répandue de Madère, outre qu’elles préviennent et évitent des pertes incalculables.

La longue expérience des années démontre de manière irréfutable que le débit des levadas diminue en proportion directe de la destruction des forêts. Il est vrai que des conditions climatiques favorables et l’exploitation de nouvelles sources ont en partie compensé cette perte regrettable, mais le mal persiste et tend à s’aggraver de façon alarmante. Nul ne peut douter qu’avec le temps, si ce vandalisme déjà traditionnel se poursuit, les eaux d’irrigation seront réduites à des proportions bien limitées. L’industrie agricole, dont vit soixante-dix pour cent de la population madérienne, en serait profondément atteinte, et il en résulterait inévitablement un grave et peut-être irrémédiable déséquilibre de toute l’économie de l’archipel.

Ce n’est donc ni une insistance importune ni une redondance déplacée que de traiter, fût-ce pour la millionième fois, la question « vieille et rebattue », mais toujours neuve et actuelle, du boisement de nos montagnes.

Les énergiques mesures répressives émanant du gouvernement de la métropole pour combattre la destruction des forêts de cette île remontent loin. L’ordonnance royale (alvará régio) de Jean II, datée de 1493, est la plus ancienne dont on ait connaissance. D’autres textes législatifs lui succédèrent, notamment le célèbre « Règlement des bois (Regimento das Madeiras) » de 1515, que l’on a appelé le véritable « Code forestier de Madère ». Certaines de ces ordonnances contiennent des dispositions expresses sur les bienfaits que les bois apportent aux sources, et veillent à la conservation permanente de celles-ci afin de les réserver à l’important service de l’irrigation. D’autres mesures furent adoptées au fil du temps, comme l’ordonnance royale de Jean IV du 12 janvier 1641, qui condamne si sévèrement la pratique très préjudiciable « de détruire de plus en plus nos montagnes, par des coupes d’arbres continues et croissantes, au détriment de la nécessaire condensation atmosphérique, du régime des pluies et par conséquent du débit des levadas et des fontaines ».

Nous ne parlons pas de l’influence bienfaisante que les bois exercent sur divers aspects du climat, ni des services qu’ils rendent comme combustible, comme fourrage et comme matière première de certaines industries, ni d’autres usages précieux, car c’est là un sujet étranger à l’objet propre de ce chapitre.

29Législation et bibliographie

XXIII – Législation et bibliographie

À l’intention de qui souhaiterait une information plus détaillée sur ce sujet – si important pour notre terre – des aqueducs et des sources employés pour l’irrigation, dont nous n’avons tracé ici qu’une rapide esquisse, nous allons mentionner brièvement les principaux textes législatifs et les écrits les plus connus qui intéressent particulièrement cette matière et fournissent des éléments très appréciables pour son étude :

  • « Capítulo » de l’année 1451 de l’infant dom Fernando, grand maître de l’ordre du Christ, enregistré au folio 207 du tome 1er de l’« Arq. da Cam. do Funchal », ordonnant de nommer deux personnes chargées de la répartition des eaux d’irrigation
  • lettres royales (carta régia) des 7 mars et 8 mai 1493, qui consignent les droits des cultivateurs des terres sur les sources destinées à l’irrigation, intégralement transcrites aux pages 673 et suivantes des Saudades da Terra »
  • lettre royale du 9 février 1502, adoptant diverses dispositions qui facilitent la construction des aqueducs (« Saud. da Ter. », p. 688)
  • lettre royale du 2 février 1515, qui prend certaines mesures concernant diverses levadas (canal d'irrigation) au sujet des sources et de la distribution des eaux (Arq. da Cam. 1-116)
  • lettres royales des 26 septembre et 19 octobre 1562, qui traitent particulièrement des levadas de la « Ribeira dos Socorridos » (« torrent des Secourus »), des « Piornais » (« genêtaies ») et du « Castelejo » (« petit château ») (citées à la page 691 des « Saudades da Terra »)
  • trois lettres royales de l’année 1563, enregistrées à l’Arq. da Cam. et indiquées dans les Saud. à la page 691, établissant diverses dispositions en renfort des mesures déjà adoptées
  • lettres royales de 1644 et 1655, accordant des prêts pour la réalisation d’importantes améliorations des sources et des aqueducs
  • lettre royale du 5 mars 1770, confirmant les anciennes concessions, transcrite à la page 711 des « Saudades da Terra »
  • arrêté ministériel (portaria) du 13 juillet 1839 relatif à l’achèvement d’une levada construite au lieu-dit (sítio) de Ribeiro Frio (« ruisseau froid »), dans la paroisse (freguesia) de Faial
  • décret du 8 novembre 1839 ordonnant au Conseil général du district (Junta Geral) d’élaborer les règlements du service des levadas
  • arrêté ministériel du 1er mars 1840 approuvant les statuts de la Sociedade da Nova Levada do Furado
  • loi du 12 novembre 1841 établissant que la législation spéciale des eaux des levadas ne soit pas modifiée
  • loi du 11 juillet 1849 autorisant le gouvernement à achever les travaux de la Levada do Rabaçal
  • loi du 11 mars 1884 réglant le remboursement des prêts consentis pour les travaux des levadas
  • loi du 26 juillet 1888 permettant aux associations de « heréus » (copropriétaires des droits d'eau d'une levada) d’acquérir des biens immobiliers et leur conférant la capacité juridique
  • arrêté ministériel du 30 mai 1894 nommant une commission chargée d’étudier un règlement (regimento) pour les forêts et les eaux de Madère
  • décret du 9 novembre 1894 accordant une subvention pour la construction de la Levada do Furado (« levada du Percé »)
  • loi du 21 mai 1896 autorisant le gouvernement à adjuger la construction des levadas
  • décret du 18 juin 1896 ordonnant l’ouverture d’un concours pour l’adjudication
  • décrets du 13 novembre 1903, du 3 janvier 1905, du 24 août de la même année, du 29 août 1906 et du 6 novembre de la même année, ouvrant divers crédits pour la construction de nouvelles levadas
  • arrêté ministériel du 14 novembre 1910 concédant à titre provisoire l’exploitation des eaux de la Ribeira da Janela (« torrent de la Fenêtre ») non utilisées par les propriétaires riverains
  • loi du 20 avril 1914 maintenant aux entités juridiques « Levadas da Madeira » les droits acquis sur certaines eaux de sources situées dans des propriétés d’autrui
  • décret du 31 juillet 1928 autorisant la vente des levadas
  • décret du 14 février 1931 maintenant aux « Levadas » les droits qu’elles avaient acquis à la date de la publication du Code civil, sous réserve des droits de la loi du 14 avril 1914
  • décret du 26 juin 1939 envoyant à Madère une mission technique chargée de reconnaître les possibilités techniques et économiques dans leurs aspects hydroélectriques et hydro-agricoles conjugués
  • enfin, décrets nos 33 158 et 33 159 du 21 octobre 1943, qui autorisent la construction d’un vaste et important réseau de canaux d’irrigation et fixent les règles à suivre pour la réalisation de cette inestimable amélioration.

De tous les textes législatifs cités, il faut considérer comme les bases fondamentales, qui constituent les véritables lois organiques de la vie des levadas, les lettres royales de 1493, 1515 et 1563 et les décrets de 1841, de 1888, du 20 avril 1914, du 14 février 1931 et du 21 octobre 1943, bien que les autres renferment de précieux éléments pour qui voudrait acquérir une connaissance plus large de ce sujet important.

Parmi les écrits publiés sur les levadas de Madère, trois se distinguent nettement par leur relative ampleur, leur entière impartialité et leur compétence reconnue. Aucun ne constitue un travail d’ensemble : leurs auteurs, abordant la matière sous des angles restreints, n’ont pas voulu en faire une étude complète, mais seulement exposer la question dont chacun entendait s’occuper. Il est néanmoins certain que tous ces écrits renferment des données et des informations précieuses, indispensables à toute étude que l’on voudrait entreprendre. Ce sont : « Representação dirigida ao Governo acerca das águas de irrigação na Madeira », par les présidents de diverses associations de heréus, rédigée par le docteur Quirino Avelino de Jesus et publiée en 1897 en un opuscule de 34 pages ; « Plano Geral de distribuição das águas da Levada da Serra do Faial », par l’ingénieur Adriano Augusto Trigo, un volume de 138 pages publié en 1911 ; « das águas no Direito Civil Português », par le docteur Guilherme Alves Moreira, publié en 1920, qui contient un chapitre développé, numéroté 21 et intitulé « Os direitos adquiridos sobre as águas e levadas na Madeira ».

La concession ou adjudication des levadas, l’application du régime hydraulique du continent à Madère et les projets de vente de ces mêmes levadas suscitèrent dans la presse de Funchal des discussions longues et acharnées, où les passions politiques, les intérêts et les haines eurent une part abondante et déplorable. Il est néanmoins indubitable que ces articles, au nombre d’une centaine environ, fournissent des éléments appréciables à qui voudrait écrire l’histoire détaillée des phases qu’ont traversées la gestion et la direction des levadas madériennes.

On pourra consulter notamment le Diario do Comercio d’août et septembre 1896, le Diario do Comercio de mars, avril, août, septembre et octobre 1897 et d’avril 1898, le Diário Popular de juillet, août et novembre 1897 et d’avril, mai et juillet 1898, le Diário de Noticias de mai 1897 et d’avril et mai 1898, ainsi que le Correio do Funchal de janvier et février 1897. Les nombreux articles de la presse de Funchal sur le projet de vente des levadas de 1916, publiés en février et mars de la même année, furent réunis en un volume de 196 pages intitulé A Imprensa e os três projectos.

Outre les ouvrages et les journaux déjà cités, nous pouvons mentionner sur les levadas les publications suivantes :

  • Saudades da Terra, du docteur Gaspar Frutuoso, annotées par le docteur Álvaro Rodrigues de Azevedo
  • Apontamentos para o estado da crise agrícola no distrito do Funchal, par le docteur João da Câmara Leme Homem de Vasconcelos, Funchal, 1879
  • levadas da Madeira. Relatório justificativo da proposta apresentada pelo Consultorio de Engenharia e Architectura do Funchal no concurso para a adjudicação da Empresa de irrigação no arquipelago da Madeira, par Carlos Roma Machado de Faria e Maia et Aníbal Augusto Trigo, Lisbonne, 1896
  • As aguas e as levadas da Madeira, par Quirino Avelino de Jesus, article paru dans le n° 51 (mars 1898) de la revue Portugal em Africa, où il occupe les pages 81 à 127
  • et A Empreza das Levadas nas mãos de um aventureiro..., recours devant la cour d’appel (Relação) de Lisbonne, avec pour intimé Manuel Alexandre de Sousa et pour appelant Aníbal Augusto Trigo, Funchal, 1896, 41 p.

Dans les colonnes d’O Jornal, sous le titre général de « Problema Máximo », nous avons publié une série d’articles où nous défendions la nécessité de construire quelques levadas supplémentaires, d’entretenir et d’améliorer celles qui existent et d’exploiter de nouvelles sources, afin d’accroître le volume de leurs débits.

Dans cet article

Époque

Années citées · 66
  1. L’infant Ferdinand ordonna la nomination de deux responsables chargés de répartir l’eau d’irrigation.

  2. L’infant Ferdinand promulgua la plus ancienne loi connue sur les levadas, désignant deux hommes assermentés pour répartir l’eau d’irrigation.

  3. Une lettre ordonna que l’eau d’irrigation soit mise à la disposition de tous les détenteurs de droits d’eau (heréus) le dimanche. Il s’agit du premier emploi officiel de ce terme dans son sens moderne.

  4. Le roi Jean II promulgua des chartes réglementant l’eau d’irrigation, excluant tout droit privé sur les sources et réservant à la Couronne le bois de frêne et de cèdre. Ce sont les plus anciennes lois de ce type connues à Madère.

  5. Une lettre de Jean II ordonna aux capitaines de remettre en état les levadas obstruées, fixa à 500 cruzados l’amende infligée aux responsables des obstructions et mentionna leurs « terradas & trastes ».

  6. Le roi Manuel Ier confirma les anciennes lois de Madère sur l’eau et facilita la construction d’aqueducs (levadas).

  7. Le Regimento das Madeiras, premier code forestier de Madère, fut promulgué. Il ordonnait la plantation de pins et de châtaigniers et interdisait l’abattage d’arbres sans autorisation du conseil municipal.

  8. Manuel Ier publia à Almeirim une charte interdisant de modifier la Levada de Santa Luzia, à Funchal, qui existait déjà.

  9. Luís Doria Velosa, constructeur de la levada de Piornais, mourut.

  10. La reine Catarina ordonna le nettoyage des levadas de Socorridos, Piornais et Castelejo aux frais de leurs propriétaires.

  11. Un alvará de la reine régente Catarina étendit l’obligation de curage à toutes les levadas et les plaça sous l’autorité des capitaines-donataires, avec priorité aux champs de canne à sucre et aux moulins.

  12. Le cardinal Henri le Navigateur promulgua trois chartes sur le nettoyage des ruisseaux et des levadas et sur la tarification de l’eau, favorables à la canne à sucre.

  13. Une charte de Jean IV condamna la poursuite de l’abattage des forêts de montagne, préjudiciable aux précipitations et aux levadas.

  14. Des lettres royales de 1644 et de 1655 accordèrent des prêts pour améliorer les sources et les aqueducs (levadas) à Madère.

  15. Le baron de Alverca chargea des ingénieurs d’étudier les sources du Rabaçal, puis adressa au ministre un rapport sur les avantages de l’utilisation de leurs eaux.

  16. Une charte royale de Joseph Ier sur l’eau d’irrigation confirma les anciennes concessions, réaffirma que la répartition devait se faire en fonction des terres cultivées et déclara abusive la vente de l’eau.

  17. Le magistrat Veloso de Oliveira remit au gouvernement un rapport sur les juges des levadas.

  18. Le gouverneur indiqua que certaines levadas de Madère avaient coûté jusqu’à trente mille cruzados à leurs propriétaires.

  19. Le capitaine général envoya à Lisbonne une description de la Levada de Santa Luzia.

  20. Le gouverneur Sebastião Xavier Botelho pressa le gouvernement central de construire la levada.

  21. Le comte de Carvalhal vendit une levada à la Junta da Real Fazenda, en se réservant neuf journées d’eau.

  22. Une association de copropriétaires de la Levada de Dona Isabel fut constituée par acte authentique.

  23. Le capitaine António Jacinto de Faria Andrade de Bettencourt demanda au gouvernement la propriété des eaux du Rabaçal.

  24. La Sociedade da Nova Levada do Furado fut constituée en société par actions.

  25. La construction de la levada du Rabaçal commença sous la direction de Luís Mousinho de Albuquerque.

  26. La Junta Geral reçut l’ordre d’élaborer un règlement pour les levadas.

  27. Les statuts de la Sociedade da Nova Levada do Furado furent approuvés.

  28. Une loi déclara que la législation spéciale de Madère relative aux eaux des levadas et aux forêts restait en vigueur.

  29. Les travaux de la levada du Rabaçal furent interrompus.

  30. Les travaux des levadas progressèrent sensiblement sous le gouvernement de José Silvestre Ribeiro.

  31. José Silvestre Ribeiro obtint une subvention annuelle de six contos pour les travaux des levadas à Madère.

  32. Le gouvernement fut autorisé à achever la Levada do Rabaçal.

  33. Le percement du tunnel de la levada d’Estrebarias fut achevé.

  34. La construction de la levada de Bom Sucesso commença.

  35. L’eau de la Levada dos Moinhos fut affectée au nettoyage de la ville le jour et à l’irrigation, répartie entre 153 heréus, la nuit.

  36. L’eau du Rabaçal traversa pour la première fois le tunnel d’Estrebarias, du nord au sud de l’île.

  37. L’ancienne levada du Rabaçal fut achevée.

  38. La levada de Fajã dos Vinháticos fut construite ; elle fut abandonnée en 1904 et remplacée par la levada de São Jorge.

  39. L’État entreprit des études pour la Levada da Serra.

  40. Le creusement du tunnel de la nouvelle levada du Rabaçal commença en 1863 et s’acheva en 1877.

  41. Le débit du ruisseau de Santa Luzia fut mesuré à 185 litres par seconde.

  42. La loi approuvant le Code civil mit fin à l’ancien régime spécial des eaux, suscitant des incertitudes sur les droits relatifs aux levadas et provoquant des litiges.

  43. Le Code civil mit fin à la confirmation officielle des juges des levadas ; dès lors, les heréus (détenteurs de parts d’eau) élurent des commissions annuelles.

  44. Les travaux de la Levada da Serra s’accélérèrent.

  45. Álvaro Rodrigues de Azevedo publia à Funchal son édition annotée du livre II de « Nostalgie de la terre natale » de Gaspar Frutuoso, établie à partir de la copie d’Agrela et accompagnée de nombreuses notes, dont une liste des gouverneurs.

  46. La presse de Funchal proposa pour la première fois d’accorder en concession ou de vendre les levadas de l’État.

  47. Une loi sur l’eau, étendue par la suite à Madère, fut promulguée.

  48. Une loi accorda la personnalité juridique aux associations de heréus des levadas de Madère, leur permettant de posséder des biens.

  49. Un décret étendit à Madère la loi sur l’eau de 1884.

  50. La nouvelle levada du Rabaçal fut achevée et les travaux furent déclarés terminés.

  51. José de Ascensão Guimarães demanda la concession de la levada de Coquim, mais essuya un refus.

  52. Un décret instaura le régime hydraulique du Portugal continental, qui pouvait être étendu aux îles.

  53. Le capitaine Manuel Alexandre de Sousa sollicita une vaste concession portant sur les eaux inutilisées de l’île.

  54. Roma e Maia et Trigo proposèrent d’achever et d’exploiter les levadas de l’État.

  55. Un acte répartit l’eau à parts égales entre les levadas de Piornais et Nova do Curral.

  56. Une loi confirma le droit des levadas à leurs eaux et autorisa le gouvernement à confier leur construction par appel d’offres public.

  57. La concession des levadas fut attribuée au capitaine Manuel Alexandre de Sousa.

  58. Le gouverneur civil José de Almada demanda l’application à Madère du décret de 1892 sur les ressources en eau.

  59. L’ingénieur Adolfo Loureiro vint à Madère étudier le régime des eaux de l’île et retourna à Lisbonne en avril 1898.

  60. Le vicomte de Ribeira Brava présenta un projet de loi visant à vendre les levadas de l’État.

  61. Un acte répartit l’eau de Piornais en sept parts avec la Levada Nova de Câmara de Lobos.

  62. La concession des levadas fut résiliée et celles-ci revinrent à la direction des Travaux publics du district.

  63. Le débit des sources de Tornos fut mesuré pendant la saison sèche à 17 litres par seconde.

  64. Une mesure établit à 153 litres par seconde le débit cumulé des trois levadas de Santa Luzia.

  65. La Liga das Levadas fut fondée à Funchal.

  66. L’eau circula pour la première fois dans la Levada da Serra, officiellement inaugurée le 27 septembre 1905.

  67. Les levadas de Rabaçal distribuèrent 2 580 heures d’eau.

  68. La levada de Monte Medonho fut détournée pour irriguer Ribeira Brava et Tábua au lieu de São Vicente.

  69. Un projet de loi visant à vendre les levadas de l’État à Madère fut présenté au Parlement, mais resta sans suite en commission.

  70. Le débit de la levada de Ribeiro Frio fut mesuré à 40 litres par seconde.

  71. Un rapport d’ingénieur mesura les débits des levadas de l’État à Madère.

  72. Le conseil municipal de Funchal conclut un accord avec la Levada de Santa Luzia au sujet des sources de Tornos, obtenant le droit de prélever 18 litres par seconde.

  73. Une loi reconnut les droits acquis par les levadas avant l’entrée en vigueur du Code civil, notamment les droits sur les sources situées sur les terres d’autrui.

  74. Des députés madériens présentèrent des projets de loi visant à vendre les levadas et à réformer le contrat de colonia. Débattus dans la presse de Funchal, ces projets furent rejetés à la suite de l’opposition suscitée à Madère.

  75. Le décret-loi 5.787 instaura un nouveau régime des eaux qui menaçait les droits des levadas.

  76. Le recensement de 1920 dénombra 179 000 habitants à Madère.

  77. Le Diário de Notícias publia un mémoire sur la levada de Piornais.

  78. Un décret autorisa la vente des levadas.

  79. Le recensement de 1930 dénombra environ 211 000 habitants dans les cinquante paroisses de l’archipel de Madère, soit une hausse de 18 % en dix ans et une densité de 270,3 habitants par km².

  80. Un décret régla définitivement la propriété des eaux des levadas, en maintenant les droits acquis avant l’entrée en vigueur du Code civil.

Lieu

Lieux cités · 80
  1. Levadas · Sujet

    Funchal

  2. Água de Pena

    Machico. Paroisse irriguée par la levada du Juncal.

  3. Almeirim

    Portugal. Localité du Portugal où fut délivrée la charte de 1515.

  4. Angra do Heroísmo

    Portugal. District des Açores où un plan routier avait été lancé.

  5. Arco da Calheta

    Calheta. Paroisse irriguée par la nouvelle levada du Rabaçal.

  6. Areias

    Porto Santo. Site sablonneux recevant de l’eau acheminée par un canal.

  7. Beja

    Portugal. District du Portugal continental cité pour sa faible densité de population.

  8. Boaventura

    São Vicente. Paroisse que la levada du Coquim devait irriguer.

  9. Braga

    Portugal. Deuxième district le plus densément peuplé du Portugal continental, avec environ 140 habitants au km².

  10. Bragance

    Portugal. District du Portugal continental cité pour sa faible densité de population.

  11. Caldeirão Verde

    Santana. Ses eaux sont captées par la levada de São Jorge.

  12. Calheta

    Irriguée par la Levada Nova do Rabaçal ; emplacement d’une centrale électrique projetée.

+ 67 de plus

Personnes

Personnes citées · 59
  1. Noble qui vendit une levada à la Junta da Real Fazenda en 1822, en se réservant neuf jours d’eau.

  2. Ingénieur envoyé étudier le régime des eaux de Madère, reparti en avril 1898 après avoir recommandé le décret adapté.

  3. Ingénieur dont l’étude sur les levadas sert de source à l’histoire de la Levada da Serra.

  4. Scribe qui copia la charte de 1515 dans le registre du conseil municipal de Funchal.

  5. Notaire qui rédigea les actes de 1896 et 1898 répartissant les eaux de Piornais.

  6. Gouverneur et capitaine général qui, selon l’Elucidário, ordonna apparemment les travaux du Rabaçal avant de quitter ses fonctions en 1834.

  7. Commentateur de l’édition de 1873 de « Nostalgie de la terre natale » ; il est cité ici pour sa définition du terme heréu.

  8. Député qui coparraina les propositions de loi de 1916 sur les levadas.

  9. Ingénieur et coauteur de la proposition de 1895 concernant les levadas de l’État.

  10. Auteur d’une étude de 1879 sur la crise agricole dans le district de Funchal, citée à propos des levadas.

+ 49 de plus
  1. Capitaine qui demanda en 1830 au gouvernement de lui attribuer la propriété des eaux du Rabaçal afin de les exploiter lui-même.

  2. Gouverneur et capitaine général de Madère qui ordonna en 1768 la première étude des eaux du Rabaçal.

  3. Directeur des travaux publics, puis gouverneur civil de Madère, sous la direction duquel l’eau passa pour la première fois dans le tunnel d’Estrebarias.

  4. Député qui coparraina les propositions de loi de 1916 concernant le Conseil agricole, le contrat de colonia et la vente des levadas.

  5. Ingénieur qui proposa avec d’autres, en 1895, d’achever et d’exploiter les levadas de l’État, puis perdit l’appel d’offres de 1896.

  6. Général et neveu du comte de Carvalhal ; en 1921, ses héritiers détenaient les droits sur l’eau réservés en 1822.

  7. Scribe royal qui rédigea la charte de 1515.

  8. Magistrat de la comarca de Madère qui adressa en 1812 au gouvernement un rapport décrivant les juges chargés des levadas.

  9. Député de Madère qui présenta des propositions de loi visant à vendre les levadas en 1898 et en 1916.

  10. Notable de Calheta que les enquêteurs reçurent pour instruction de consulter en 1768.

  11. Ingénieur militaire chargé en 1768 d’étudier les sources du Rabaçal.

  12. Ingénieur adjoint envoyé avec Alencourt pour l’étude de 1768.

  13. Gaspar Frutuoso1522–1591

    Prêtre et chroniqueur açorien, auteur de « Nostalgie de la terre natale », cité ici à propos des premières levadas.

  14. Juriste et professeur dont le livre sur l’eau dans le droit civil portugais comporte un chapitre consacré aux droits relatifs aux levadas de Madère.

  15. Cardinal régent qui promulgua trois chartes en 1563 sur le nettoyage des levadas et la priorité accordée à la canne à sucre pour l’accès à l’eau.

  16. Femme non identifiée, probablement de la famille Esmeraldo, qui donna son nom à la levada de l’impératrice Élisabeth.

  17. Seigneur de Madère dont la lettre de 1461 est le plus ancien texte de loi connu sur les levadas ; elle désignait deux répartiteurs des eaux assermentés.

  18. Grand maître de l’Ordre du Christ dont le « Capítulo » de 1451 ordonna de désigner deux hommes pour répartir l’eau d’irrigation.

  19. Jean Iermort 1433

    Roi du Portugal dont la lettre refusant de reconnaître des droits privés sur les sources fut citée par Jean II.

  20. Roi du Portugal dont les lettres des 7 et 8 mai 1493 interdirent l’appropriation privée des sources à Madère.

  21. Roi du Portugal dont la charte du 12 janvier 1641 condamna l’abattage des arbres qui nuisait aux précipitations et aux levadas.

  22. Président du Conseil général du district de Funchal qui ordonna les travaux hydrauliques à Porto Santo et décrivit le canal dans un entretien en 1942.

  23. Détenteur d’un majorat qui, environ un siècle auparavant, était l’unique propriétaire de la levada de l’impératrice Élisabeth.

  24. José de Almada1880–1885

    Gouverneur civil qui demanda en 1897 que le décret national de 1892 sur l’hydraulique soit appliqué à Madère.

  25. Ingénieur militaire qui demanda sans succès, en 1891, la concession de la levada de Coquim.

  26. Estima à environ 20 contos le coût des travaux de la levada du Rabaçal jusqu’à Estrebarias.

  27. À la tête de l’administration du district à partir de 1846 et député de Madère, il obtint une subvention annuelle de six contos et fit considérablement progresser les travaux du Rabaçal entre 1847 et 1852.

  28. Roi du Portugal dont la disposition de 1770 réaffirma la répartition des eaux selon la superficie des terres cultivées.

  29. Capitaine d’infanterie de Paul do Mar dont la requête concernant l’eau d’une source conduisit à la disposition de 1770.

  30. Propriétaire d’un moulin à sucre actionné par la levada de Socorridos, selon Frutuoso.

  31. Homme qui entreprit la construction de la levada de Piornais ; il mourut en 1546.

  32. Gouverneur et ingénieur qui lança les travaux du Rabaçal en 1835 et dirigea les premières études sur place.

  33. Capitaine madérien qui obtint la concession d’une levada en 1896, révoquée en 1899 sans qu’il eût entrepris de travaux.

  34. Député qui coparraina les projets de loi de 1916 sur les levadas.

  35. Président de la République portugaise qui signa la loi sur les levadas du 20 avril 1914.

  36. Roi de Portugal qui confirma en 1502 les lois antérieures sur l’eau à Madère.

  37. Lieutenant-colonel du génie qui dirigea les travaux du Rabaçal de 1843 à 1847.

  38. Ministre qui contresigna la loi sur les levadas du 20 avril 1914.

  39. Juriste cité d’après la Revista de Direito au sujet du régime particulier de l’eau à Madère et des litiges relatifs au Code civil.

  40. Président de la République portugaise qui signa le décret sur les levadas du 14 février 1931.

  41. Rédigea la requête des associations de heréus de 1897 sur l’eau d’irrigation et un article de 1898 sur les levadas de Madère.

  42. Génois qui entreprit le premier la longue levada vers Machico et Caniçal, achevée plus tard par le roi.

  43. Reine régente au nom du roi Sébastien, qui ordonna en 1562 le nettoyage des levadas de Socorridos, Piornais et Castelejo.

  44. Roi de Portugal au nom duquel les régents délivrèrent les chartes relatives aux levadas de 1562–63.

  45. Juiz de fora de Funchal à qui fut adressée la charte de 1515 relative à la levada de Santa Luzia.

  46. Gouverneur et capitaine général qui préconisa en 1819 la construction d’une levada au Rabaçal.

  47. Capitaine du génie qui dirigea les travaux du Rabaçal à partir de 1847 et fut le collaborateur le plus précieux de Silvestre Ribeiro.

  48. Ingénieur qui dirigea les travaux du Rabaçal de 1835 à 1843.

  49. Ingénieur civil qui dirigea la Liga das Levadas et constitua ses archives sur les eaux de Madère.

Sur la feuille L

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