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Article nº 3316 Paroisse Santa Cruz Vol. III · p. 429–432 7 min de lecture

Santa Cruz (paroisse)

Titre original: Santa Cruz (Freguesia de)

Article consacré à la paroisse de Santa Cruz, l’un des plus anciens établissements de Madère. Elle doit son nom à une croix que Zarco y avait fait ériger lors de la découverte de l’île. L’article retrace ses débuts religieux et présente sa collégiale, ses chapelles, ses premiers habitants nobles et ses lieux-dits.

Santa Cruz (paroisse)

Étranger

Carte: Arquipélago da Madeira (18)

1Origine du nom

On lit dans l’Insulana :

« Il y avait tout près un bois ombreux où, d’un tronc antique abattu, fut façonné, sur l’ordre de Zargo, un saint et précieux gibet ; et au milieu de la vallée, alors si belle, ses Portugais le dressèrent, afin que, si un peuple s’y établissait, le nom de la Sainte-Croix lui demeurât ».

L’historien des îles dit aussi : « contournant un repli que fait la terre, ils entrèrent dans une belle anse, sur la plage, où ils virent une belle et délicieuse vallée couverte d’arbres disposés comme par ordonnance ; ils y trouvèrent à terre de vieilles souches abattues par le temps, dont le capitaine fit faire une croix, qu’il fit aussitôt dresser au sommet d’un arbre, donnant au lieu le nom de Sancta Cruz, où l’on fonda plus tard un noble bourg... »

Pour commémorer l’érection de la croix lors de la découverte, on fit élever à l’endroit même, selon la tradition, une croix monumentale de marbre, qu’un ouragan abattit en 1889 et qui fut reconstruite l’année suivante. L’ancienne croix de marbre portait les armes des Moniz, et ce fut probablement un membre de cette famille qui la fit construire. Ainsi s’explique pleinement l’origine du nom de cette paroisse (freguesia), qui est l’une des plus anciennes et l’un des lieux où la colonisation de Madère commença le plus tôt.

La paroisse gagna aussitôt en importance et se développa avec une rapidité remarquable. Elle rivalisa sans tarder avec la localité voisine et rivale de Machico, qu’elle finit bientôt par supplanter, à ce qu’on lit dans quelques documents anciens, à l’exception du rang dont jouissait Machico comme siège de la capitainerie et résidence des donataires.

Pour les paroisses les plus anciennes de cette île, comme Machico, Santa Cruz (« Sainte-Croix »), Câmara de Lobos (« repaire des phoques »), Ribeira Brava (« rivière sauvage »), etc., on ne connaît pas avec une entière précision l’année de leur création. Elles furent à l’origine des centres de population ou « domaines peuplés » (fazendas povoadas), avec leurs chapellenies (capela) et leurs chapelains particuliers, comme nous l’avons déjà fait remarquer à propos de la dernière de ces paroisses. Santa Cruz aurait été érigée en paroisse autonome dans le deuxième quart du XVe siècle. L’érudit annotateur des Saudades dit que « Santa Cruz fut créée peu après la constitution de celle de Machico, cette dernière n’ayant la préséance que parce qu’elle était le chef-lieu de la capitainerie ». Ce que nous avons dit ailleurs de la création de la paroisse de Machico (tome II, page 294) s’applique ici : il n’est guère probable que cette paroisse et celle de Santa Cruz aient été créées après celles de Câmara de Lobos, de Caniço (« roseau ») et de Ribeira Brava, comme le prétend le docteur Álvaro de Azevedo.

2Clergé, collégiale et chapelles

Le plus ancien acte concernant cette paroisse que cite l’Indice Geral do Registo da Provedoria est l’ordonnance royale (alvará régio) du 5 décembre 1580, qui fixa le traitement annuel du curé (vigário) à 24 756 réis (ancienne monnaie de compte portugaise ; 1$000 = 1 000 réis, 1:000$000 = un conto = 1 000 000 de réis). L’ordonnance du 9 juillet 1590 le porta à 15 000 réis en argent, 4 moios de blé et 2 pipas (tonneau et mesure de vin, env. 400–500 litres) de vin. On y ajouta encore 3000 réis par an en 1600. Le plus ancien curé connu par les archives paroissiales est frère Hercules da Cunha, natif de Calheta (« petite anse »), qui y exerçait déjà ces fonctions en 1538. Lui succédèrent João Drumond, vers 1597 le licencié Belchior Rebelo (1604), Francisco Duarte Morais (1622), António da Rocha (1637), Henrique Madureira de Figueiredo (1650), Tristão de Mendonça Vasconcelos (1674), Manuel Ferreira Teixeira (1687), le licencié António Ferreira de Andrade (1693) et Estêvão Lomelino de Vasconcelos (1709).

Par ordonnance royale du 27 août 1589 fut créée dans cette paroisse une desserte (curato), dotée d’une portion congrue annuelle de 20$00 réis, à laquelle l’ordonnance du 23 mai 1747 ajouta 40 000 réis, également par an.

Nous avons affirmé (volume II, page 294) que la collégiale de Machico avait été établie par l’ordonnance royale du 18 juin 1572. Or il est certain qu’à cette époque elle existait déjà, de même que celle de Santa Cruz : cet acte concernait l’augmentation du traitement des six bénéficiers des deux collégiales, qui passa de 10$00 réis à 12 000 réis par an. Les ordonnances royales du 9 juillet 1590 et du 2 janvier 1610 portèrent respectivement ces traitements à 21 000 réis par an, puis à 61 000 réis en argent, 2 moios de blé et 1 pipa de vin, également par an.

L’ordonnance royale du 17 novembre 1557 créa la charge de prédicateur. Cette charge fut ensuite confiée au gardien du couvent de la même paroisse, qui l’exerçait lui-même ou par ses religieux en vertu de l’ordonnance du 15 octobre 1644, avec un traitement de 30 000 réis par an.

Cette collégiale eut aussi une charge d’organiste, créée avant le 6 février 1592, puisqu’un acte de cette date en porte le traitement à 6000 réis par an.

La paroisse eut d’abord son siège dans une petite chapelle élevée dès les premiers temps de la colonisation, dont le vocable était probablement São Salvador, l’actuel saint patron de l’église paroissiale. Un ancien nobiliaire nous apprend que cette église fut construite en 1533 sous la direction de João de Freitas (volume II, page 54), gentilhomme de la Maison royale (fidalgo da Casa Real). Par une ordonnance (provisão) du 29 septembre de cette année, le roi lui accorda la grâce royale du chœur pour y établir le caveau de famille, le sien et celui des siens, en considération des dépenses et des peines que lui avait coûtées cette construction. L’église a connu diverses réparations et restaurations, et certains ont même avancé l’idée que les nefs latérales n’appartiennent pas à l’édifice primitif, ce qui nous paraît peu admissible. C’est la plus vaste église hors de Funchal ; elle compte trois nefs, bien qu’on lise quelque part que ces trois nefs ne sont pas nettement définies. Elle se trouve dans un état de conservation passable et l’on y trouve, dit l’annotateur des Saudades, « outre les autels, trois chapelles : le chœur, que le roi concéda à João de Freitas pour ses services, et notamment pour avoir donné le terrain de l’église et veillé à sa construction ; la chapelle de São Thiago, aujourd’hui du Santíssimo Sacramento, fondée par João de Morais ; et celle des Almas, qui appartient aux Pereira, originaires de Porto Santo (« port saint ») ».

Il existe dans cette paroisse les chapelles de São Pedro, Santo Amaro, Nossa Senhora dos Remédios (Notre-Dame-des-Remèdes), Nossa Senhora da Piedade (Notre-Dame-de-Pitié), Nossa Senhora da Conceição (Notre-Dame-de-la-Conception) et Santa Isabel. D’autres chapelles ont disparu sous l’action du temps et par la négligence des hommes : celles de Santa Catarina, São Lázaro, Nossa Senhora da Graça, São Gil, São Francisco Xavier, Nossa Senhora da Penha de França, Jesus Cristo, Nossa Senhora do Rosário, São José, São Fernando et São Sebastião. Il sera donné ailleurs dans cet ouvrage une brève notice sur ces chapelles.

3Familles notables et lieux-dits

Un grand nombre de nobles et de chevaliers s’établirent dans cette paroisse à l’époque de la colonisation ; certains d’entre eux instituèrent des maisons à biens substitués et furent la souche de familles distinguées. Parmi eux, nous citerons Antão Álvares de Carvalho, João Escórcio Drumond, João de Freitas (volume II, page 54), Urbano et João Baptista Lomelino (volume II, page 281), Pedro Álvares de Almadas Nuno da Costa, João Afonso Escudeiro (volume I, page 136), Pedro Lopes de Figueiredo, Rui Gramacho, Lopo Lordelo, Antão Álvares de Sousa, etc.

Plusieurs membres de la famille de João de Freitas se distinguèrent héroïquement dans nos campagnes d’Afrique et d’Asie, et les passages suivants, que nous avons trouvés dans un document ancien, intéressent le sujet de cet article : « Jordão de Freitas, dont les historiens de l’Asie rapportent longuement les actions, naquit dans le bourg (vila) de Santa Cruz et fut capitaine des Moluques, seigneur des îles d’Amboine et de Siam par donation de dom Manuel, roi de Ternate, en l’an 1537, confirmée par le roi Jean III en l’an 1543. Gonçalo de Freitas da Silva, son fils, natif du même bourg, servit vaillamment en Inde, où il eut la même seigneurie, confirmée par le roi Sébastien en l’an 1574. Jordão de Freitas da Silva, fils de ce dernier, fut envoyé comme ambassadeur en France pour recouvrer l’artillerie et les autres biens de la flotte qui s’y était perdue en l’an 1626 ; il mourut dans cette démarche, et pour ce service son fils Gonçalo de Freitas reçut la commanderie de Santa Maria de Lisbonne, dans l’ordre du Christ. »

Nous nous sommes déjà occupés dans cet ouvrage des illustres enfants de Santa Cruz que furent frère Remígio da Assunção (volume I, page 101) et le chanoine Alfredo César de Oliveira (volume III, page 9).

Les principaux lieux-dits de cette paroisse sont : Vila (« bourg »), Serrado da Vila, Morena, Estreito, Espigão, São Fernando, Palmeira, Rego, Regadinhas, Lombo da Calçada, Fonte dos Almocreves, Eiras Velhas, Bom Jesus, Fazenda, Lombada, Dona Mécia, Fajocos, Ribeira de Santa Cruz (« torrent de Santa Cruz »), Águas Belas (« belles eaux »), Moinho da Serra, Levadas, Roma, Moreno, Eiras, Janeiro, Terça, Santa Catarina, Cano, São Sebastião, Calçada de São Gil, São Gil (« saint Gilles ») et Relação. Cette paroisse compte 7054 habitants (1921).

Dans cet article

Époque

Années citées · 11
  1. Santa Cruz fut probablement érigée en paroisse autonome.

  2. L’église paroissiale de Santa Cruz fut construite sous la direction de João de Freitas, à qui son chœur fut concédé le 29 septembre.

  3. Jordão de Freitas reçut Amboine du roi de Ternate.

  4. Frère Hercules da Cunha était déjà vicaire de Santa Cruz.

  5. La charge de prédicateur fut créée dans la paroisse de Santa Cruz.

  6. Une charte augmenta la rémunération des bénéficiers des collégiales de Machico et de Santa Cruz.

  7. Une charte royale fixa le traitement annuel du vicaire de Santa Cruz.

  8. Des chartes royales créèrent des cures dans plusieurs paroisses, dont Porto Santo (20 000 réis par an), Calheta, Santa Cruz, Santa Maria Maior et São Pedro.

  9. Une charte augmenta les traitements du vicaire et des bénéficiers de Santa Cruz.

  10. Une tempête renversa à Santa Cruz la croix de marbre commémorant celle de Zarco ; elle fut reconstruite l’année suivante.

  11. Le recensement de 1921 releva la population des paroisses de Madère, dont 4 083 habitants à Sé, 3 107 à Santana et 7 061 à São Pedro.

Lieu

Lieux cités · 18
  1. Santa Cruz · Sujet

    Sujet de l’article.

  2. Águas Belas

    Santa Cruz. Localité de la paroisse.

  3. Amboine

    Indonesia. Îles concédées à Jordão de Freitas.

  4. Calheta

    Lieu de naissance du premier vicaire connu.

  5. Câmara de Lobos

    L’une des plus anciennes paroisses.

  6. Caniço

    Santa Cruz. Paroisse qu’Azevedo estimait plus ancienne que Santa Cruz.

  7. Dona Mécia

    Santa Cruz. Localité de la paroisse.

  8. Église Saint-Sauveur

    Santa Cruz. Église paroissiale construite en 1533, la plus grande en dehors de Funchal.

  9. France

    Destination de l’ambassade de Jordão de Freitas da Silva.

  10. Funchal

    Point de comparaison pour la taille de l’église.

  11. Machico

    Localité voisine et rivale, siège de la capitainerie.

  12. Moluques

    Indonesia. Îles où Jordão de Freitas exerça les fonctions de capitaine.

+ 6 de plus

Personnes

Personnes citées · 33
  1. Annotateur des Saudades, dont l’Elucidário conteste l’avis sur la date de création de la paroisse.

  2. Noble ayant compté parmi les premiers habitants de Santa Cruz.

  3. Noble ayant compté parmi les premiers habitants de Santa Cruz.

  4. Vicaire de Santa Cruz à partir de 1622.

  5. Vicaire de Santa Cruz à partir de 1687.

  6. Vicaire de Santa Cruz vers 1597.

  7. Chanoine originaire de Santa Cruz.

  8. Souverain de Ternate qui concéda des îles à Jordão de Freitas en 1537.

  9. Vicaire de Santa Cruz à partir de 1693 ou de 1709, selon la liste.

  10. Illustre frère originaire de Santa Cruz.

+ 23 de plus
  1. Vicaire de Santa Cruz à partir de 1604.

  2. Fils de Jordão de Freitas da Silva, qui reçut une commanderie de l’ordre du Christ en récompense des services de son père.

  3. Fils de Jordão de Freitas, né à Santa Cruz, qui servit en Inde ; sa seigneurie fut confirmée en 1574.

  4. Vicaire de Santa Cruz à partir de 1637.

  5. Originaire de Calheta et premier curé connu de Santa Cruz, où il exerçait en 1538.

  6. Roi du Portugal qui confirma la concession faite aux Freitas en 1543.

  7. Noble ayant compté parmi les premiers habitants de Santa Cruz.

  8. Membre de la famille Lomelino ayant compté parmi les premiers habitants de Santa Cruz.

  9. Fondateur de la chapelle de São Tiago dans l’église paroissiale.

  10. L’un des premiers vicaires de Santa Cruz.

  11. Découvreur de Madère qui fit ériger la croix ayant donné son nom à Santa Cruz.

  12. Noble de la Maison royale qui dirigea la construction de l’église paroissiale en 1533 et obtint que son chœur serve de sépulture familiale.

  13. Originaire de Santa Cruz et capitaine des Moluques, à qui le roi de Ternate concéda Amboine en 1537.

  14. Petit-fils de Jordão de Freitas, envoyé en France au sujet d’une flotte perdue en 1626 ; il mourut au cours de cette mission.

  15. Noble ayant compté parmi les premiers habitants de Santa Cruz.

  16. Vicaire de Santa Cruz à partir de 1674.

  17. Noble ayant compté parmi les premiers habitants de Santa Cruz.

  18. Noble ayant compté parmi les premiers habitants de Santa Cruz.

  19. Noble établi parmi les premiers à Santa Cruz.

  20. Roi qui confirma la seigneurie des Freitas en 1574.

  21. Noble établi parmi les premiers à Santa Cruz.

  22. Vicaire de Santa Cruz à partir de 1650.

  23. Membre de la famille Lomelino établi parmi les premiers à Santa Cruz.

Sur la feuille S

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