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Article nº 2171 Paroisse Machico Vol. II · p. 559–563 10 min de lecture

Machico (paroisse)

Titre original: Machico (Freguesia de)

Article consacré à la paroisse de Machico, lieu où débarquèrent les découvreurs Zargo et Tristão Vaz Teixeira et siège de la capitainerie de Machico. Il traite de sa découverte, de la fondation de la paroisse vers 1450, de son clergé et de ses rémunérations, de ses chapelles, des événements historiques, des sources minérales, des lieux-dits, de la population et de ses habitants illustres.

Machico (paroisse)
Carte: Madeira (25)

1Découverte et premier débarquement

Les traditions les plus anciennes et les plus glorieuses relatives à la découverte de cette île et à sa première colonisation sont indissolublement liées au nom du village (lugar, rang inférieur au bourg) qui devint ensuite la paroisse (freguesia), le bourg (vila) et le siège de la capitainerie de Machico. L’histoire de Madère commence à l’instant même où les caravelles commandées par João Gonçalves Zarco et Tristão Vaz Teixeira jetèrent l’ancre dans la baie pittoresque et enchanteresse de cette localité. À ce moment commence aussi l’histoire de Machico. Lorsqu’ils doublèrent le promontoire de São Lourenço, baptisé de ce nom peu auparavant, s’offrit aux yeux extasiés des navigateurs une anse petite mais belle, bordée d’une plage de galets roulés qui touchait à une riante vallée resserrée entre des montagnes abruptes et altières. Tout invitait à un premier débarquement. Il semble que les découvreurs abordèrent ici par un tiède et serein après-midi de juillet, alors que le soleil approchait déjà rapidement de son couchant. Malgré l’impatience qui s’emparait de ces esprits avides d’aventure et d’inconnu, les capitaines ne permirent pas que l’on foulât ce jour-là, pour la première fois, la terre vierge de cette île lointaine et ignorée. Le débarquement eut lieu le lendemain (voir Découverte de l’archipel), et l’historien des îles le décrit en ces termes :

« Dès que le jour se leva le lendemain, le capitaine envoya à terre une chaloupe, dont il confia la charge à Ruy Paes, afin qu’il allât voir la disposition et le site de la terre et lui rapportât des nouvelles de ce qu’il trouverait. S’y étant rendu, celui-ci ne put débarquer sur la plage, à cause des arbres qui s’avançaient jusqu’à la mer et des troncs que ceux-ci et le torrent y avaient amassés. De là, il alla vers le levant débarquer sur la falaise, où se trouvent des pierres et des hauts-fonds sur lesquels on peut aisément débarquer, si agitée que soit la mer, car l’endroit est abrité par la falaise ; et ce lieu s’appelle aujourd’hui le Desembarcadouro (« débarcadère »), où débarquèrent aussi les gens de Machin. Une fois à terre, ils la trouvèrent très gracieuse et riante, couverte de grands arbres et, par endroits, de prairies, ce que l’on voyait aussi depuis les navires. Ruy Paes alla avec ceux de sa compagnie entre les arbres et la mer et, trouvant du bois coupé et des traces d’hommes, ils les suivirent jusqu’au tronc du grand arbre où Machin avait séjourné, et trouvèrent la table et le crucifix que les Anglais avaient laissés, ainsi que les sépultures avec des croix à leur chevet ; ce dont ils furent saisis d’étonnement, bien qu’ils eussent tout entendu de la bouche de leur pilote. »

S’il fallait ajouter foi à la légende amoureuse de Robert Machin et d’Anne d’Arfet, nous devrions admettre que les découvreurs, en débarquant sur les plages de Machico, trouvèrent les sépultures des deux malheureux amants et y découvrirent l’épitaphe qui racontait leur funeste aventure et demandait que l’on élevât en ce lieu une chapelle sous le vocable du Christ. Ce qui paraît établi, en revanche, c’est que le jour même où les capitaines de la petite flotte effectuèrent leur premier débarquement, ils firent aussitôt dresser un autel improvisé, et l’un des religieux franciscains que Gonçalves Zarco avait emmenés avec lui y célébra le sacrifice de la messe. C’était une ardente manifestation de foi, qui rendait sans tarder à la Providence la plus humble action de grâces pour l’heureuse et importante découverte qu’ils venaient d’accomplir. On affirme que les découvreurs firent le vœu d’élever une église en ce lieu, et telle est la véritable origine de la fondation de la chapelle du Christ, ou chapelle du Seigneur-des-Miracles (Senhor dos Milagres) (voir Chapelle du Christ, p. 332 du Ier vol.).

Quelle est la véritable origine du nom de cette localité ? On ne sait rien de certain à ce sujet, bien que des hommes d’une grande envergure intellectuelle, comme Pinheiro Chagas, Camilo Castelo Branco, Álvaro Rodrigues de Azevedo et J. I. de Brito Rebêlo, se soient longuement occupés de la question. Lorsque nous traiterons de la légende de Machin, nous tâcherons de condenser les opinions de ceux qui ont abordé ce sujet avec la compétence la plus reconnue, en présentant un tableau succinct des diverses hypothèses et conjectures auxquelles l’explication du fait a donné lieu.

2Peuplement et fondation de la paroisse

Nul ne doute que Machico fut l’un des premiers lieux peuplés : un important noyau de population s’y forma d’emblée et se développa rapidement. Les renseignements détaillés sur sa plus ancienne colonisation et sur ses premiers colons nous font pourtant défaut, et l’on ignore même l’année précise de la création de la paroisse (paróquia). On sait seulement que le découvreur Tristão Vaz, ayant choisi ce lieu comme siège de sa capitainerie, s’y établit dès les premiers temps de la découverte et se consacra avec ardeur au peuplement et à la mise en culture de ses terres. Gaspar Frutuoso rapporte que, selon certains, le premier donataire (donatário) s’installa à Machico avec sa femme et ses enfants au mois de mai 1425. De nombreux terrains furent concédés en sesmaria (concession royale de terres aux colons, à charge de les cultiver) à des colons et à des gentilshommes venus du continent, si bien que Machico devint aussitôt une localité importante, qui rivalisa avec Funchal et la surpassa même, à en croire certains documents anciens.

Le docteur Álvaro de Azevedo situe en 1430 la création des paroisses de Câmara de Lobos (« repaire des phoques ») et de Calheta (« petite anse »), en 1440 celle des paroisses de Caniço (« roseau ») et de Ribeira Brava (« rivière sauvage »), et en 1450 celle de Machico. Cela a de quoi surprendre, si l’on considère que ce lieu fut l’un des premiers peuplés et l’un de ceux qui crûrent et prospérèrent le plus vite, qu’il fut en outre le siège d’une capitainerie et un centre très important de la première colonisation. Nous inclinons à croire que la paroisse de Machico fut créée vers le milieu du XVe siècle, tandis que les autres n’auraient été constituées, aux années indiquées, qu’en chapellenies curiales ou dessertes (curato) autonomes. Le lieu de Machico dut disposer d’un service religieux plus ou moins régulier dès la construction de la chapelle qu’y fit élever Tristão Vaz au tout début du peuplement et du défrichement des terres ; c’est en 1450 que dom frère Pedro Vaz, prieur (titre du curé) de l’ordre du Christ, envoya à Madère frère João Garcia comme premier vicaire de la paroisse de Machico, récemment créée. Il en alla de même à Funchal avec frère Nuno Cão, envoyé lui aussi par l’ordre du Christ pour desservir la paroisse du siège de la capitainerie et superviser les services religieux de toute l’île. Dans l’article Paroisses, nous avons avancé que la première paroisse créée à Madère eut son siège à Funchal ; nous ajoutons aujourd’hui que la fondation de celle de Machico dut lui être presque contemporaine, comme ce fut le cas des deux bourgs, créés à la même époque.

La paroisse (freguesia), comme on l’a dit, fut créée vers 1450 et étendait sa juridiction paroissiale à toute l’étendue de la capitainerie. On établit ensuite des chapellenies curiales, dépendant de l’église matrice (igreja matriz), dans les localités de Santa Cruz (« Sainte-Croix »), Porto Moniz (« port de Moniz »), São Vicente (« saint Vincent »), Ponta Delgada (« pointe effilée »), São Jorge (« saint Georges »), Santana (« sainte Anne »), Faial (« bois de fayas ») et Porto da Cruz (« port de la Croix »). Celle de Santa Cruz fut sans tarder érigée en paroisse indépendante, et les autres chapellenies devinrent peu à peu des paroisses autonomes. L’accroissement rapide de la population au siège de la capitainerie entraîna la création de nouveaux postes ecclésiastiques : une collégiale de six bénéficiers (beneficiado) fut instituée avant 1572, et une desserte par ordonnance royale (alvará) du 15 novembre 1576.

L’église paroissiale de cette paroisse compta en outre les postes de prédicateur, créé par ordonnance royale du 4 août 1590, d’organiste, créé par ordonnance royale du 27 novembre 1594, et de trésorier, dont nous ignorons la date de création.

L’Indice Geral do Registo da Antiga Provedoria mentionne les actes suivants relatifs aux charges ecclésiastiques de cette paroisse :

  • l’ordonnance royale du 11 février 1560, fixant la portion congrue du vicaire à 12 300 réis (ancienne monnaie de compte portugaise ; 1$000 = 1 000 réis, 1:000$000 = un conto = 1 000 000 de réis) par an en argent, 40 alqueires de blé et un quart de vin
  • l’ordonnance du 18 juin 1572, portant cette portion congrue à 34 000 réis au total
  • l’ordonnance du 8 mai 1591, ajoutant 7700 à cette somme
  • l’ordonnance du 27 octobre 1592, changeant ce traitement en 24 000 réis en argent, deux moios (mesure de grains valant 60 alqueires) de blé et deux pipas (tonneau et mesure de vin, env. 400–500 litres) de vin
  • l’ordonnance du 18 juin 1572, accordant à chaque bénéficier une portion congrue annuelle de 12 000 réis
  • l’ordonnance du 8 mai 1591, ajoutant à ce traitement un moio de blé et une pipa de vin
  • et l’ordonnance du 5 novembre 1741, commuant cette portion congrue en 6000 réis en argent, deux moios de blé et une pipa de vin.

Le vicaire (cura) reçut une portion congrue annuelle de 18 000 réis par l’ordonnance royale qui créa ce poste.

3Chapelles, événements, sources et habitants

Sur le territoire de cette paroisse furent érigées les chapelles du Senhor dos Milagres, dont nous nous sommes déjà occupés (vol. 1, p. 332), de São Roque, de Nossa Senhora do Rosário, de Nossa Senhora da Graça, de Nossa Senhora das Preces, de São Cristóvão, de Nossa Senhora do Amparo, de São José, de Santo António et de Santana, auxquelles nous reviendrons plus longuement ailleurs dans cet ouvrage. Parmi les faits qui intéressent l’histoire de cette paroisse, méritent une mention particulière les inondations de 1724 et de 1803 (voir Inondations, vol. 1, p. 54 et suivantes), l’attaque de l’escadre et des troupes miguélistes contre ce bourg (voir Occupation de Madère par les troupes miguélistes) et les tueries survenues dans l’église matrice (igreja matriz) de cette paroisse en mai 1870 (voir Émeutes populaires).

L’article Géologie a déjà fait brièvement mention du canal de lave qui se trouve sur la rive gauche du torrent, près de la quinta (domaine rural avec maison de maître) Santana, et à la page 265 du vol. 1 de cet Elucidário, nous avons transcrit la description qu’en donna Hartung dans son livre Geologische Beschreibung der Inseln Madeira und Porto Santo. Au sujet de ce canal, ou Furna do Cavalum (« grotte du Cavalum ») comme on l’appelle généralement, court une légende que M. le lieutenant-colonel A. Artur Sarmento a mise à profit dans l’un des chapitres de son livre Migalhas.

Dominant la mer, à l’extrémité ouest de la baie, se dresse l’ancienne chapelle Saint-Roch (São Roque), au pied de laquelle naissent les sources qui portent le nom du saint patron de cette chapelle et jaillissent de la falaise presque au niveau de la ligne d’eau de l’océan. Ces eaux possèdent d’excellentes vertus thérapeutiques, et leur usage est particulièrement recommandé dans certaines maladies de l’estomac. Le témoignage de nombreux malades et celui des médecins sont des preuves irréfutables de leur efficacité. Le conseil municipal (Câmara Municipal) fit procéder à l’analyse chimique et bactériologique de ces eaux, dont le résultat vint confirmer l’opinion que l’on s’en faisait. Elles attirent dans ce bourg un nombre considérable de personnes pendant la saison chaude. Pour cette raison, et grâce à sa plage de bains, la localité devient peu à peu une station thermale et balnéaire très fréquentée. Autre puissant attrait : la beauté enchanteresse du site et l’absence totale de fortes chaleurs, ce qui, dans l’ensemble, fait du bourg de Machico l’un des lieux les plus recherchés de Madère pour passer la saison estivale.

Dans l’article Fortifications (p. 45), nous avons déjà évoqué les forts qui défendaient cette localité. La démolition de la petite forteresse, vieille et inutile, qui fait face à la plus belle promenade publique du bourg, une belle allée de platanes anciens et vigoureux, s’impose.

Les principaux lieux-dits de cette paroisse sont : Vila, Pé da Ladeira, Pontinha (« petite pointe »), Estacada, Moinhos, Serra de Água, Azinhaga, Piquinho, Torre (« tour »), Terça, Fazenda, Moinho da Serra, Caramanchão (« tonnelle »), Murtinhal, Landeiros, Marco, Maroços, Ribeira Grande, Ribeira Seca (« torrent sec »), Poço do Gil, Paraíso, Graça, Banda de Além et Misericórdia.

Cette paroisse compte trois écoles publiques (1921), deux au chef-lieu du bourg et la troisième au lieu-dit de Caramanchão.

Le recensement de 1930 attribue à cette paroisse 10 114 habitants.

Le plus illustre enfant de Machico est Francisco Álvares de Nóbrega, connu sous le surnom de Camões Pequeno (« le petit Camões »), né au lieu-dit de Torre, dans cette paroisse, le 2 octobre 1772, et dont nous nous sommes déjà occupés dans cet Elucidário (vol. I, p. 60). Le docteur José António de Almada, né le 7 mars 1843 (vol. I, p. 48), fut lui aussi un fils distingué de cette localité.

Dans cet article

Époque

Années citées · 11
  1. Tristão Vaz s’installa à Machico avec sa femme et ses enfants.

  2. La paroisse de Machico fut créée et frère João Garcia y fut envoyé comme premier vicaire.

  3. Le traitement du vicaire de Machico fut fixé à 12 300 réis, auxquels s’ajoutaient du blé et du vin.

  4. Une charte royale créa une cure à Machico.

  5. Un poste de prédicateur fut créé à l’église de Machico.

  6. Un poste d’organiste fut créé à l’église de Machico.

  7. Une inondation dévasta Machico, faisant 26 morts et rasant plus de 80 maisons.

  8. La rémunération des bénéficiers de Machico fut convertie en une autre forme.

  9. La grande inondation du 9 octobre 1803, considérée comme la plus grande catastrophe de Madère, dévasta Funchal et d’autres parties de l’île. Elle fit environ 600 morts et détruisit l’église du Calhau, des murs bordant les cours d’eau, des ponts ainsi que des chapelles à Machico, Santa Cruz et ailleurs. Elle entraîna la mission d’Oudinot et l’extension de la ville vers l’extérieur.

  10. Lors d’élections remportées par l’opposition, les troupes tirèrent sur des émeutiers dans l’église paroissiale de Machico, faisant plusieurs morts. L’anarchie s’ensuivit à Madère.

  11. Le recensement de 1930 dénombra 10 114 habitants dans la paroisse de Machico.

Lieu

Lieux cités · 25
  1. Machico · Sujet

    Paroisse étudiée, lieu du débarquement des découvreurs et siège de la capitainerie.

  2. Calheta

    Paroisse dont Azevedo situe la création en 1430.

  3. Câmara de Lobos

    Paroisse dont Azevedo situe la création en 1430.

  4. Caniço

    Santa Cruz. Paroisse dont Azevedo situe la création en 1440.

  5. Caramanchão

    Machico. Lieu-dit doté d’une école publique.

  6. Chapelle du Seigneur-des-Miracles

    Machico. Chapelle fondée à la suite du vœu des découvreurs, sur le lieu de leur débarquement.

  7. Chapelle Saint-Roch

    Machico. Ancienne chapelle située à l’extrémité ouest de la baie, près des sources.

  8. Desembarcadouro

    Machico. Lieu de débarquement rocheux où Rui Pais descendit à terre.

  9. Faial

    Santana. Ancienne chapellenie dépendant de Machico.

  10. Fontes de São Roque

    Machico. Sources thérapeutiques attirant des estivants.

  11. Funchal

    Établissement rival et siège de la première paroisse.

  12. Furna do Cavalum

    Machico. Tunnel de lave près de Quinta Santana, objet d’une légende.

+ 13 de plus

Personnes

Personnes citées · 17
  1. Auteur qui reprit la légende de la furna de Cavalum dans son livre Migalhas.

  2. Historien qui situa la création de la paroisse de Machico en 1450.

  3. Amante légendaire de Robert Machin dans la légende fondatrice de Machico.

  4. Romancier qui examina l’origine du nom Machico.

  5. Poète connu sous le nom de Camões Pequeno, enfant le plus illustre de Machico, né à Torre.

  6. Prêtre envoyé par l’ordre du Christ pour desservir Funchal et veiller à la vie religieuse de l’île.

  7. Gaspar Frutuoso1522–1591

    Chroniqueur des îles qui rapporta que Tristão Vaz Teixeira s’installa à Machico en mai 1425.

  8. Géologue allemand qui décrivit le tunnel de lave de Machico.

  9. Érudit qui examina l’origine du nom Machico.

  10. Premier vicaire de la paroisse de Machico, envoyé en 1450.

+ 7 de plus
  1. Découvreur de Madère dont les caravelles mouillèrent d’abord dans la baie de Machico.

  2. Personnalité originaire de Machico.

  3. Prieur de l’ordre du Christ qui envoya le premier vicaire de Machico en 1450.

  4. Écrivain qui examina l’origine du nom Machico.

  5. Anglais légendaire dont les découvreurs auraient trouvé la tombe à Machico.

  6. Envoyé à terre en barque pour reconnaître Machico, il y trouva des traces du passage de Robert Machin.

  7. Codécouvreur de Madère qui fit de Machico le siège de sa capitainerie et s’y installa.

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