Découverte de l’archipel 1Importance de la question et légendes anciennes
Découverte de l’archipel
Titre original: Descobrimento do Arquipelago
La découverte de l’archipel de Madère, considérée comme le début de l’expansion maritime portugaise : légendes de voyages antérieurs, récits d’Azurara et des chroniqueurs ultérieurs sur l’arrivée de Zarco et de Tristão Vaz Teixeira à Porto Santo et à Madère, et débat sur le débarquement traditionnellement situé à Machico le 2 juillet 1419. S’appuyant sur des recherches ultérieures, des chartes royales et une liste d’études, l’article conclut que les îles étaient connues avant 1418, furent explorées vers 1418–1425 et peuplées à partir de 1425 environ.
1Importance de la question et légendes anciennes
On a déjà beaucoup écrit sur la découverte de l’archipel de Madère, mais l’époque précise où se produisit cet heureux et important événement demeure enveloppée d’épaisses ténèbres. La question n’intéresse pas seulement Madère : elle touche aussi l’histoire de nos découvertes maritimes, car cet événement marque le début glorieux de nos exploits homériques à travers continents et océans. La découverte de Madère est la grande stèle commémorative impérissable qui marque véritablement le commencement prometteur de notre odyssée de navigateurs. Avant d’aborder ces rivages inconnus, les Portugais n’avaient mené que des entreprises audacieuses, mais presque entièrement infructueuses ; ce n’est qu’ensuite qu’ils découvrirent les Açores, la Guinée, le Cap-Vert, São Tomé et Príncipe, l’Angola, le cap de Bonne-Espérance, l’Inde, le Brésil et cette multitude d’îles dispersées dans l’immensité de l’Atlantique et du Pacifique. La découverte de cet archipel ne représente pas seulement une remarquable extension territoriale de nos possessions en tant que nation : elle signale surtout notre première grande conquête comme navigateurs et futurs maîtres des mers. Pour une nation dont le rôle principal dans l’histoire fut celui des navigations et des conquêtes maritimes, la première découverte importante que nous fîmes ne peut qu’être tenue pour un événement grand et glorieux, et l’on devrait mettre le zèle le plus ardent à fixer avec une précision entière et absolue l’époque où il eut lieu. La vérité est que rien n’a été fait en ce sens. Bien qu’il existe au sein de l’Académie des sciences de Lisbonne (Academia das Sciencias de Lisboa) une commission spécialement chargée de promouvoir la commémoration de nos conquêtes et découvertes, nous n’avons pas connaissance qu’elle ait entrepris le moindre travail de recherche historique visant à déterminer précisément l’époque de certaines de ces découvertes et conquêtes, fondement sûr et indispensable à la célébration de ces mêmes commémorations.
Diverses légendes, conjectures et hypothèses font remonter la connaissance de Madère et d’autres îles de l’océan Atlantique à des époques très reculées, mais rien de positif n’a été établi à ce sujet. Dans l’article Atlantide, nous avons déjà évoqué la possibilité de l’existence de cette île dont parle le philosophe Platon, reprenant les anciennes traditions égyptiennes ; Madère pourrait peut-être n’être qu’un petit débris du grand cataclysme qui engloutit dans les abîmes de l’Océan l’Atlantide, peut-être mythologique.
Autour de l’existence supposée ou réelle de cette île, on a échafaudé bien des hypothèses et inventé des conjectures variées, qui n’intéressent guère que ceux qui voudraient approfondir ce sujet. Une autre légende, que mentionnent certains auteurs, est celle des îles de saint Brendan, moine irlandais qui aurait parcouru plusieurs îles de l’Atlantique, dont Madère aurait été l’une. D’autres affirment encore que les Phéniciens, les Arabes, les Carthaginois et les Normands, à diverses époques, longèrent les côtes occidentales de l’Afrique et visitèrent beaucoup des îles dispersées dans l’Atlantique, laissant dans certaines d’entre elles des traces de leur passage. De nombreux écrivains se sont notamment intéressés au Carthaginois Hannon et à son Périple, ou description de sa route maritime, et quelques auteurs réputés, à la critique autorisée, tiennent ce voyage pour authentique. On admettrait ainsi la possibilité que l’archipel de Madère ait été un point de passage de l’une ou de plusieurs de ces navigations douteuses et problématiques. On croit généralement, et sur les fondements les plus solides, que ces voyages ne se faisaient que de côte en côte. En cause : le retard de l’art de naviguer, le faible tonnage des embarcations, les terreurs qu’inspirait l’immensité de l’océan, la croyance en des animaux marins d’une taille énorme, capables d’engloutir ou de faire sombrer les navires, et encore d’autres légendes et superstitions. Les navigateurs prenaient surtout pour balises et points de repère les caps, promontoires et pointes les plus saillants de la terre, et ne se risquaient pas alors aux voyages en haute mer ni aux longues traversées lointaines qui les auraient trop éloignés de la vue de la terre ferme. C’est pour ces motifs de poids que, tout en admettant la possibilité de ces navigations reculées, toutes les probabilités plaident en faveur du fait, généralement accepté et reconnu, que l’archipel de Madère ne fut pas visité avant que João Gonçalves Zarco et Tristão Vaz Teixeira eussent gagné ces parages inconnus. L’éminent géographe et historien M. d’Avezac, dans la seconde partie de son remarquable ouvrage Iles de l’Afrique, aux pages 2 à 41, traite longuement des légendes et traditions auxquelles nous ne faisons ici qu’une brève allusion ; l’illustre annotateur des Saudades da Terra s’en occupe également dans l’une de ses savantes notes à l’ouvrage de Gaspar Frutuoso. Nous ne parlerons pas ici de la célèbre légende de Machim, car nous lui consacrerons un article particulier.
Sans même tenir compte de ces légendes et traditions, certains auteurs ont affirmé que les navires portugais ne furent pas les premiers à aborder les rivages de cet archipel. Notre savant compatriote et éminent chercheur, le docteur Jordão de Freitas, s’est fait l’écho de cette opinion dans son intéressant opuscule Quando foi descoberta a Madeira? (« Quand Madère fut-elle découverte ? »). Il y affirme qu’un frère mendiant espagnol du XIVe siècle fit un voyage à cette île et que, dans la relation qu’il en donna, publiée en 1877 dans le bulletin de la Société de géographie de Madrid, il mentionne clairement les îles Salvage, Desierta, Lecname et Puerto Santo. Soixante-dix ans plus tôt, le vicomte de Santarém avait déjà évoqué ce voyage du moine espagnol, mais sans lui accorder de crédit, et en le jugeant même dépourvu de toute valeur historique et géographique. D’autres encore se fondèrent principalement sur les mémoires historiques de l’académicien Joaquim José da Costa de Macedo, insérés dans les Memórias da Academia de Lisboa et publiés en 1816 et 1835, où ils crurent trouver la preuve la plus concluante que les Portugais avaient découvert les îles Canaries dans le deuxième quart du XIVe siècle. Ils en conclurent que l’archipel madérien aurait été découvert à cette époque et que les caravelles de l’Infant, commandées par Zarco et Tristão Vaz, ne furent donc pas les premières à aborder à Madère. L’illustre publiciste, le docteur Teófilo Braga, voulant dépouiller Henri le Navigateur de la gloire d’avoir été le véritable initiateur de nos grandes découvertes maritimes, partagea lui aussi cette opinion, mais sans avancer d’arguments décisifs, ni même de probabilités acceptables qui puissent donner à son audacieuse affirmation au moins une apparence de vérité. L’argumentation de Costa de Macedo repose surtout sur une lettre adressée par Alphonse IV au pape Clément VI, lettre copiée chez un auteur étranger et qui n’offre pas de garanties sûres d’authenticité. Ces divers problèmes historiques, que nous ne faisons ici qu’évoquer rapidement, furent traités par Aires de Sá dans son remarquable travail sur Gonçalo Velho Cabral, puis par João da Rocha dans l’ouvrage intitulé Lenda Infantista (« La légende de l’Infant »), publié en 1916. Cette dernière étude prouve abondamment, et sans craindre de contradiction bien fondée, que les Portugais ne furent pas aux Canaries dans le deuxième quart du XIVe siècle et que l’archipel madérien fut découvert par João Gonçalves Zarco et Tristão Vaz à l’époque communément indiquée par les historiens, sans avoir été connu auparavant d’autres navigateurs, portugais ou étrangers. La Lenda Infantista est, sur ce sujet, une œuvre complète et exhaustive, comme on a coutume de dire aujourd’hui, non seulement par l’infatigable et vaste travail de recherche historique qu’elle représente, mais surtout par la critique impartiale et juste avec laquelle elle est écrite, et encore par la dialectique sûre et serrée qui guide toute l’argumentation de son auteur.
2Azurara et les chroniqueurs
Il paraît établi que João Gonçalves Zarco et Tristão Vaz furent jetés par une violente tempête sur les rivages de l’île de Porto Santo (« port saint »). C’est ce qu’affirment les plus anciens chroniqueurs qui traitent de la découverte de cette île. Ces navigateurs couraient l’aventure des découvertes et l’exploration de l’inconnu, cherchant surtout à gagner les terres de Guinée, qui attiraient alors les navigations audacieuses des Portugais, lorsque la tempête les porta inopinément sur les côtes d’une île inconnue. Gomes Eanes de Zurara (voir ce nom), le plus ancien narrateur de ces événements, dit que « l’Infant, voyant leur bonne volonté (celle de Zarco et de Tristão), leur fit apprêter une barque pour qu’ils partent en armes contre les Maures, en les dirigeant de manière à aller à la recherche de la terre de Guinée... et comme Dieu voulait procurer tant de bien à ce royaume... il les guida de telle sorte que, par temps contraire, ils arrivèrent à l’île qu’on appelle maintenant de Porto Santo... raison pour laquelle ils quittèrent cette île et passèrent à l’autre, celle de Madère... ». Pour éclairer plus complètement ce texte de Zurara, nous transcrivons le judicieux commentaire qu’en fit le docteur Álvaro Rodrigues de Azevedo dans l’une des notes des Saudades :
« Au vu du texte de Zurara qui précède, il est clair que Zargo et Tristão Vaz, lorsqu’ils apparurent pour la première fois dans les eaux de cet archipel de Madère, n’y étaient conduits par aucune nouvelle de celui-ci, d’origine castillane, anglaise ou autre ; ils allaient “à la recherche de la terre de Guinée”, qui était le but constant de dom Henri, et selon le règlement (regimento) qu’il avait donné à ses navigateurs : nul autre que “DIEU LES GUIDA”, les poussant par temps contraire hors de la route qu’ils suivaient, jusqu’à ce que “AINSI ils arrivèrent à l’île qu’on appelle maintenant de Porto Santo” et que, “l’année suivante”, ces mêmes découvreurs “PASSÈRENT” de l’île de Porto Santo “à l’autre île, celle de Madère”.
Ils passèrent”, a fort bien dit Zurara ; car ce seul mot contient parfaitement toute l’histoire de la découverte de cette île, histoire bien plus ingénue et saine que toutes celles que l’on a imaginées depuis ; car il est physiquement impossible de séjourner quelque temps dans l’île de Porto Santo et, par temps clair, de ne pas distinguer nettement la terre de Madère, si haute qu’elle est. Sur ce point, Zurara a pour lui le témoignage unanime de tous ceux qui vivent ici, confirmé par celui de toutes les générations qui y ont vécu depuis Zargo. La découverte de l’une entraînait forcément celle de l’autre. – “Ils passèrent”, oui, les découvreurs portugais, et de leur propre mouvement, sans l’aventure de Machim ni l’avis d’un Castillan, simplement et sans détour, sur une mer d’huile ; et ainsi la découverte fut consommée.
À la lumière de la preuve qui résulte de l’examen des lieux, Zurara fut scrupuleusement véridique. Qu’on ne le taxe pas d’insuffisance, car il écrivit les mots exacts pour rapporter et affirmer le fait. “Dieu les guida par la main de la tempête jusqu’à l’île de Porto Santo ; et de là Zargo et Tristão Vaz passèrent à celle de Madère : tout est dit”. »
Les chroniqueurs qui, immédiatement après Zurara, traitèrent de la découverte de Madère furent João de Barros et Damião de Góis, dont les récits ne diffèrent pas pour l’essentiel de la description de l’auteur de la Chronica da Guiné. Avant Barros et Góis, il est certain que Diogo Gomes et Alvise Cadamosto, non en historiens ou en chroniqueurs mais en simples navigateurs, évoquèrent dans leurs récits la découverte de cet archipel ; on n’y trouve toutefois aucune affirmation qui contredise les assertions catégoriques des historiens cités, en particulier de Eanes de Zurara, qui fut contemporain des faits qu’il rapporta.
3La date du débarquement
En quelle année fut découverte l’île de Porto Santo ? Comme nous l’avons déjà fait remarquer plus haut, la date précise de cet événement n’est pas encore établie. Écoutons cependant le récit de Gaspar Frutuoso :
« Arrivés en peu de jours à Porto Santo... ils virent aussitôt depuis la mer cette noirceur... Et ils s’y attardèrent ainsi quelques jours... Un dimanche avant l’aube, trois heures avant le lever du soleil, il fit mettre les navires à la voile... Ils coururent un bon moment pour atteindre la noirceur... Et comme il était déjà midi... n’ayant guère avancé... ils virent... la terre... et, parce qu’il était déjà très tard, ils ne descendirent pas à terre ce jour-là... Le lendemain... ayant débarqué... il en prit possession... le jour de la Visitation de sainte Élisabeth, le deux juillet de l’année susdite 1419 ». Les passages du docteur Gaspar Frutuoso transcrits ci-dessus sont commentés par l’illustre annotateur des Saudades, le docteur Álvaro Rodrigues de Azevedo, en ces termes :
« Quant à ce que le 1er juillet, indiqué par le docteur Frutuoso, ait été le jour où Zargo arriva pour la première fois dans cette île, nous n’avons pas de raisons à y opposer ; au contraire, la minutie des circonstances antérieures, concomitantes et consécutives avec laquelle il l’indique porte à présumer que ce passage est l’un de ceux conservés de l’ancien manuscrit attribué à Gonçalo Aires, qui fut ensuite corrigé et augmenté par le chanoine Leite. »
Pour les lecteurs moins versés dans l’histoire madérienne, rappelons que Gonçalo Aires Ferreira fut l’un des compagnons de Zarco. On lui attribue un écrit intitulé Descobrimento da Ilha da Madeira, dont l’original se transmit par héritage, de père en fils, parmi les capitaines-donataires de Funchal. Sous le sixième capitaine et deuxième comte de Calheta, João Gonçalves da Câmara, le chanoine de la cathédrale de Funchal (Sé), Jerónimo Dias Leite, se servit de ce manuscrit pour rédiger les notes qu’il envoya au docteur Gaspar Frutuoso et que celui-ci mit à profit pour son importante œuvre As Saudades da Terra.
À tenir pour absolument certain le récit de Frutuoso, Madère aurait été découverte le dimanche 1er juillet 1419, et le premier débarquement aurait eu lieu sur la plage de Machico le lendemain, c’est-à-dire le lundi 2 juillet de la même année. À cette affirmation catégorique de l’auteur des Saudades, le docteur Manuel Sardinha oppose, dans un article publié dans le Diário de Notícias de cette ville, dont il est rédacteur, les judicieuses réflexions suivantes :
« Puisque le distingué Açorien écrit dans son “Descobrimento das Ilhas ou Saudades da Terra” que les navigateurs Gonçalves Zarco et Tristão Vaz Teixeira atteignirent Madère sur leur caraque “São Lourenço” un dimanche, premier jour du mois de juillet, cette découverte n’a pu avoir lieu qu’en 1414 ou en 1425, les années les plus proches de celles avancées où le 1er juillet tomba un dimanche. En 1420, le 1er juillet était un lundi. L’indication de Frutuoso comporte assurément une erreur : soit sur le jour de la semaine, soit sur le jour du mois. Alors que le 2 juillet 1419 était un dimanche ! » Le docteur M. Sardinha parvint à ces conclusions, entièrement exactes, après de sérieuses recherches et études ; on peut donc affirmer péremptoirement que le 1er juillet 1420 tomba un lundi et que le 2 juillet 1419 tomba un dimanche.
Il est évident que l’historien des îles commet une erreur manifeste en prétendant fixer avec tant de précision le jour de la découverte de Madère. Sauf avis plus autorisé, nous sommes enclins à croire que la caravelle São Lourenço doubla la pointe qui reçut ensuite ce nom et s’approcha de la baie de Machico dans l’après-midi du 1er juillet 1419, le débarquement ayant eu lieu le dimanche 2 juillet de la même année, jour de la Visitation de sainte Élisabeth.
4Nouvelles perspectives sur la connaissance antérieure des îles
Dans l’article reproduit ci-dessus, rédigé il y a bien des années, nous avons consigné les idées alors courantes et généralement admises sur la découverte de notre archipel. Depuis, de nombreux articles ont paru çà et là dans les journaux et plusieurs opuscules ont été publiés, sans trancher définitivement la question, notamment pour ce qui est de fixer avec certitude l’époque de cet événement, les noms des véritables découvreurs et les autres circonstances qui l’auraient accompagné. Il est pourtant indubitable que des éléments nouveaux et précieux ont été apportés à la solution de cet intéressant problème : de sérieux doutes se sont fait jour et des opinions divergentes sont nées de la discussion et de l’étude auxquelles cette matière débattue a donné lieu. Ainsi, certains principes se sont établis et des conjectures très probables ont été formulées, qui, mises au service d’une recherche historique plus rigoureuse, peuvent conduire à la vérité.
À la lumière des connaissances que nous possédons aujourd’hui, personne ne saurait soutenir comme un point incontestable que l’île de Porto Santo fut découverte en 1418 ou 1419 et Madère dans l’une des années suivantes, 1419 ou 1420, comme on l’a toujours affirmé en général, en répétant invariablement ce qu’en ont dit quelques-uns de nos plus anciens chroniqueurs. À moins d’attribuer au mot « découvrir » le sens qu’il eut de « reconnaître » ou de « retrouver », voire de « visiter », comme certains l’ont déjà judicieusement fait observer.
Ceux qui, ces dernières années, se sont occupés de cette question soutiennent qu’à la date à laquelle on attribue généralement la découverte de l’archipel, celui-ci était déjà connu des navigateurs portugais, comme plusieurs raisons portent à le croire. On sait qu’un relatif secret entourait alors les premières explorations maritimes, quant aux époques et aux lieux, et l’on affirme même que certains routiers et récits de ces voyages contiennent des erreurs commises à dessein afin de dissimuler, selon que les circonstances le conseillaient, les découvertes qui se faisaient à travers les mers inconnues.
5Exploration, sources et conclusions
Il est difficile d’admettre que les chartes royales de donation accordées à João Gonçalves Zarco et à Tristão Vaz, les deux nominations à la tête des capitaineries et d’autres documents officiels de l’époque ne fassent aucune allusion au fait de la découverte, alors qu’il est certain qu’on y évoque des circonstances personnelles de peu d’importance au regard d’un événement aussi remarquable et aussi honorable. Il faut d’ailleurs observer que ces documents furent délivrés alors que les travaux du peuplement étaient déjà avancés ; le silence recommandé au sujet des découvertes réalisées ne s’imposait donc plus. Ce qui paraît établi, et acquiert peu à peu valeur de vérité historique, c’est que João Gonçalves Zarco et Tristão Vaz, peu de temps avant d’entreprendre les rudes travaux de la colonisation madérienne, auraient effectué une « reconnaissance » de cet archipel, en préparation d’un peuplement prochain et en vertu d’ordres et d’instructions émanant de l’infant dom Henrique lui-même, Henri le Navigateur.
Pour obtenir une information plus sûre et plus étendue sur ce sujet et connaître les phases, légendaires et historiques, par lesquelles il est passé, il est indispensable de consulter la très remarquable étude du docteur Álvaro Rodrigues de Azevedo insérée dans les notes III-IV (p. 329-432) des Saudades da Terra, ainsi que les articles « Machico », « Machim » et « Madeira » du Diccionario Universal Portuguez Illustrado, dus à la plume du même écrivain, même si l’on doit s’écarter de certaines de ses conclusions à la lumière des importants travaux de recherche et de critique historiques réalisés ces dernières années. Outre ces savantes notes et les ouvrages qui y sont cités, il est absolument indispensable de consulter les écrits suivants, que nous indiquons ici à titre de simples ressources pour le lecteur désireux d’approfondir ce sujet : Memoria sobre a descoberta das ilhas de Porto Santo e Madeira, par E. A. de Bettencourt, Lisbonne, 1875 ; Desenvolvimentos, guerras e conquistas dos portugueses em terras do ultramar nos seculos XV e XVI, du même auteur, Lisbonne, 1882 ; As relações do descobrimento da Guiné e das ilhas dos Açores, Madeira e Cabo Verde, de Diogo Gomes, écrites en latin au début du XVIe siècle, traduites en portugais par Gabriel de Almeida en 1899 et publiées dans le Boletim da Sociedade de Geografia de Lisboa (17e série, 1898-1899, n° 5) ; Quando foi descoberta a Madeira, par Jordão de Freitas, Lisbonne, 1911 ; A Lenda Infantista, par João da Rocha, 1916 ; O Reconhecimento do Arquipelago da Madeira, par Pestana Júnior, Funchal, 1920 ; Apontamentos de Historia Insular, par João Cabral do Nascimento, Funchal, 1927 ; O Arquipelago da Madeira nos mapas e portulanos do século XIV, par António Ferreira de Serpa, dans l’Arquivo Histórico da Madeira I-125 et suivantes ; D. Francisco Manuel de Melo e o descobrimento da Madeira, par António Gonçalves Rodrigues, Lisbonne, 1935 ; A Relação de Francisco Alcoforado, par João Franco Machado, Lisbonne, 1936 ; Origens e evolução da cartografia náutica portuguesa, na época dos descobrimentos, par António Barbosa, publié dans la revue Ocidente (n° 8-1938) ; Zarco ou os efeitos da publicidade, par João Cabral do Nascimento, dans l’Arquivo Histórico da Madeira V-81 ; O Problema do descobrimento da Madeira, par António Álvaro Dória, publié dans la revue Ocidente (n° 19-1939 et n° 27-1940) ; Quem descobriu o arquipelago da Madeira, par Duarte Leite, articles parus dans le Primeiro de Janeiro, de Porto, les 28 mars et 4 avril 1939, et reproduits par les quotidiens de Funchal ; O Descobrimento do Arquipelago da Madeira, par M. Higino Vieira, Lisbonne, 1939. Avec les connaissances acquises jusqu’à ce jour sur cette question débattue, qui intéresse tant l’histoire de Madère, nous pourrons peut-être parvenir aux conclusions suivantes :
- 1° cet archipel était déjà connu des navigateurs portugais avant l’année 1418
- 2° on ignore l’année de la découverte primitive et les noms des premiers découvreurs
- 3° la « reconnaissance » effectuée par João Gonçalves Zarco et Tristão Vaz peut se situer dans les dernières années du premier quart du XVIe siècle, c’est-à-dire vers 1418 à 1425
- 4° les travaux de peuplement entrepris par ces deux premiers donataires durent commencer dans les premières années du deuxième quart du XVe siècle, c’est-à-dire en 1425 ou peu de temps après.
Nous irions loin si nous prétendions reproduire ici la longue série d’arguments avancés en faveur de ces conjectures probables ; mais la brièveté qu’il faut impérativement observer dans la rédaction de ces pages nous oblige à clore cet article déjà long et fastidieux.
Dans cet article
Époque
Années citées · 06-
Avant 1418, l’archipel était déjà connu des navigateurs portugais.
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Zarco et Tristão Vaz Teixeira explorèrent probablement l’archipel entre 1418 et 1425.
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Porto Santo fut découverte, selon la tradition, en 1418 (ou 1419) ; on attribua à tort à Bartolomeu Perestrelo une participation à cette découverte.
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Après avoir passé Ponta de São Lourenço, la caravelle São Lourenço s’approcha de la baie de Machico.
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Zarco débarqua pour la première fois à Madère, à Machico, le jour de la fête de la Visitation, où les franciscains qui l’accompagnaient auraient célébré la première messe. Le lendemain, il atteignit Porto do Seixo.
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Le peuplement de Madère commença sous les premiers capitaines-donataires, avec des colons venus du Portugal continental, dont certains trouvèrent d’abord refuge aux Ilhéus de Funchal.
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Les mémoires de Joaquim José da Costa de Macedo sur les Canaries furent publiés.
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Une description relative à la découverte de l’archipel, rédigée par un frère espagnol, fut publiée par la Société géographique de Madrid.
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João da Rocha publia Lenda Infantista, consacré à la découverte de l’archipel.
Lieu
Lieux cités · 08Étranger
- Canaries
Spain. Îles que les Portugais auraient atteintes au XIVe siècle.
Les îles Canaries forment un archipel voisin de Madère, dont les récits de la découverte divergent. Selon la tradition, leur roi Béthencourt les vendit à Henri le Navigateur en échange de terres à Madère. L’Elucidário relève de nombreux contacts entre les deux archipels, notamment des visites scientifiques, la tournée de l’Orphéon madérien en mai 1922 et le massacre de quarante jésuites dans leurs eaux.
- Guinée
Guinea. Destination que cherchaient à atteindre les navigateurs lorsqu’ils furent déportés de leur route.
La Guinée est une région côtière d’Afrique vers laquelle se dirigeaient, selon l’Elucidário, les découvreurs de l’archipel lorsqu’ils furent déportés de leur route. L’ouvrage indique aussi qu’Henri le Navigateur en céda le pouvoir temporel à la Couronne et que Daniel Telo Simões Soares y combattit en 1891.
- Îles Desertas
Santa Cruz · Desertas. Îles mentionnées dans la description du religieux espagnol.
Groupe d’îles proche de Madère, qui en était déjà séparé lors des dernières éruptions et partage avec elle des espèces endémiques. C’était la principale zone de récolte de l’orseille, et Thomas Vernon Wollaston y trouva 89 espèces de coléoptères. Ces îles furent étudiées par des expéditions scientifiques, notamment par les scientifiques de l’Endurance en 1914.
- Îles Selvagens
Funchal · Selvagens. Mentionnées dans la description du frère espagnol.
Petit groupe d’îles inhabitées, appartenant politiquement à l’archipel de Madère. L’Elucidário présente sa géographie, sa géologie, sa faune, l’histoire de sa propriété et ses légendes de trésors cachés, notamment les projets de Shackleton pour retrouver un trésor, et mentionne la chasse annuelle aux puffins et aux lapins. C’est le dernier habitat de la patelle Patella vulgata ; des naturalistes tels que Richard Thomas Lowe et Garreta l’ont étudié.
- Machico
Plage où eut lieu le premier débarquement.
La paroisse de Machico fut le lieu où débarquèrent les découvreurs Zargo et Tristão Vaz Teixeira et le siège de la capitainerie de Machico ; elle fut fondée vers 1450. L’Elucidário traite de son clergé et de ses rémunérations, de ses chapelles, des événements historiques, des sources minérales, des lieux-dits, de la population et de ses habitants illustres.
- Ponta de São Lourenço
Machico. Pointe doublée par la caravelle São Lourenço, dont elle reçut le nom.
La Ponta de São Lourenço est le long et étroit cap oriental de Madère, dans la paroisse de Caniçal. Son nom viendrait de la caravelle São Lourenço ; un phare se dresse sur l’un de ses îlots. L’Elucidário décrit sa géologie, sa végétation saisonnière, ses îlots, les formations calcaires fossiles de Piedade, ses escargots terrestres et son utilisation comme pâturage. Le vapeur Forerunner y fit naufrage en 1884, et un banc sous-marin s’étend entre le cap et les îles Desertas.
- Porto Santo
Première île atteinte par Zarco et Tristão Vaz Teixeira après une tempête.
Île de l’archipel, peuplée en même temps que Madère et formant l’une des trois capitaineries. Elle a toujours constitué une seule paroisse, placée sous le vocable de Notre-Dame de Pitié, dont l’église fut pillée à plusieurs reprises. L’Elucidário relate le raid de pirates maures de 1617, évoque sa propre Misericórdia et un canal destiné à recueillir les eaux de pluie, construit sur cette île sujette à la sécheresse.
Personnes
Personnes citées · 40-
Roi du Portugal dont une lettre au pape Clément VI fonde l’argumentation de Costa de Macedo.
- Álvaro Rodrigues de Azevedo1825–1898
Annotateur de « Nostalgie de la terre natale », dont les commentaires sont cités ici.
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Navigateur vénitien dont le récit mentionne la découverte.
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Auteur de « O Problema do descobrimento da Madeira » (1939–40).
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A écrit sur la présence de Madère sur les cartes et portulans du XIVe siècle.
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Auteur d’une étude de 1935 sur Francisco Manuel de Melo et la découverte.
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A écrit sur la cartographie nautique portugaise à l’époque des découvertes (1938).
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Pape auquel était adressée la lettre contestée d’Alphonse IV.
- D. Fr. Gabriel de Almeidamort 1674
A traduit en portugais le récit de Diogo Gomes en 1899.
- D. Frei João do Nascimento1897–1753
Auteur de Apontamentos de Historia Insular et de Zarco ou os efeitos da publicidade.
+ 30 de plus
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Chroniqueur dont le récit de la découverte suit celui d’Azurara.
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Auteur d’un récit en latin sur les découvertes de la Guinée et des îles de l’Atlantique.
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Auteur d’articles de presse publiés en 1939 sur l’identité du découvreur de Madère.
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Auteur d’un mémoire de 1875 sur la découverte de Porto Santo et de Madère.
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Auteur présumé d’un ancien récit de la découverte, étudié par João Franco Machado.
- Francisco Manuel de Melomort 1666
Écrivain du XVIIe siècle dont le récit de la découverte a été étudié par António Gonçalves Rodrigues.
- Gaspar Frutuoso1522–1591
Auteur açorien de Saudades da Terra, qui datait la découverte de Madère de juillet 1419.
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Chroniqueur de la Guinée, premier à avoir relaté la découverte.
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Compagnon de Zarco auquel est attribué un manuscrit intitulé Descobrimento da Ilha da Madeira.
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Navigateur auquel Aires de Sá a consacré une étude.
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Navigateur carthaginois dont certains pensent que le périple a pu passer par l’archipel.
- Henri le Navigateur1394–1460
Henri le Navigateur, qui soutint le voyage de Zarco et de Tristão Vaz Teixeira.
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Chanoine de la cathédrale de Funchal qui envoya à Frutuoso des notes tirées du manuscrit.
- João de Barros1496–1570
Chroniqueur dont le récit de la découverte suit celui d’Azurara.
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Auteur de Lenda Infantista (1916), qui défend la tradition attribuant la découverte à Zarco et à Tristão Vaz Teixeira.
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Auteur de A Relação de Francisco Alcoforado (1936).
- João Gonçalves da Câmara1414–1501
Sixième capitaine de Funchal et deuxième comte de Calheta, à l’époque duquel le manuscrit fut utilisé.
- João Gonçalves Zarcomort 1467
Navigateur portugais auquel est attribuée la découverte de Porto Santo et de Madère.
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Académicien qui soutenait que les Portugais avaient atteint les Canaries au XIVe siècle.
- Jordão Apolinário de Freitasné 1866
Chercheur madérien, auteur de Quando foi descoberta a Madeira?, qui cite le voyage antérieur d’un religieux espagnol.
-
Géographe français qui traite des légendes de la découverte dans Iles de l’Afrique.
-
Auteur de O Descobrimento do Arquipelago da Madeira (1939).
- Manuel Bettencourt Sardinhané 1865
Rédacteur du Diário de Notícias qui montra que Frutuoso s’était trompé sur le jour de la semaine correspondant au 1er juillet 1419.
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Auteur de O Reconhecimento do Arquipelago da Madeira (1920).
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Philosophe grec qui décrivit l’Atlantide, dont Madère pourrait être un vestige.
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Auteur d’une étude sur Gonçalo Velho Cabral qui aborde ces questions.
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Moine irlandais dont le voyage légendaire dans l’Atlantique aurait, selon certains, atteint Madère.
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Publiciste qui cherchait à contester la priorité d’Henri le Navigateur en soutenant la thèse d’une découverte antérieure.
- Tristão Teixeiramort 1470
Compagnon de Zarco lors de la découverte de Porto Santo et de Madère.
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Historien qui avait écarté le voyage du religieux espagnol, le jugeant sans valeur historique.