Régime forestier 1La forêt primitive
Régime forestier
Titre original: Regímen Florestal
Le régime forestier de Madère : la dense forêt primitive découverte par les premiers colons et sa destruction par le feu, l’abattage et l’exportation de bois ; les règlements royaux de 1493, 1515 et 1562, ainsi que les lois ultérieures destinées à la protéger. Le pâturage, la fabrication de charbon de bois, le commerce du bois et les abus liés aux permis d’abattage sont dénoncés. L’article traite aussi du rapport de José Augusto Fragoso de 1929, de l’histoire de l’administration forestière et des baldios, et plaide pour la création d’une Circunscrição Florestal.
1La forêt primitive
Le sujet étant étroitement lié au nôtre, nous évoquerons au passage le surprenant spectacle que dut offrir notre île à ceux qui, les premiers, vinrent à la recherche de ces contrées inconnues et lointaines, et surtout la vue de la luxuriante végétation qui les avait tous plongés dans un si profond émerveillement.
Il ne faut donc pas s’étonner de ce qu’on lit en maints endroits sur le « véritable effroi », mêlé de la plus stupéfiante surprise et de la plus saisissante admiration, qu’éprouvèrent les premiers et audacieux navigateurs devant le panorama, jamais vu pour eux, d’une merveilleuse forêt qui, en une masse compacte, s’étendait largement depuis le rivage paisible de l’océan jusqu’aux cimes des plus hautes montagnes. Des arbres de taille gigantesque, d’une végétation des plus exubérantes et sans la moindre interruption, couvraient densément les versants et les pentes, rendant inaccessibles des terrains qui devaient au plus vite être soumis à une exploitation agricole active.
Nous irions trop loin si nous voulions reproduire ici les intéressants témoignages que d’anciens chroniqueurs nous ont laissés sur cette riche et très abondante végétation forestière ; nous nous bornerons donc à donner un bref résumé de quelques-uns de ces témoignages historiques, contemporains des faits rapportés.
Nombreux sont les passages des Saudades da Terra (« Nostalgie de la terre natale ») consacrés à l’opulente végétation forestière de l’époque du premier peuplement. On y lit, entre autres, que l’île était « toute couverte d’arbres jusqu’à la mer… et si égale par le dessus qu’elle semblait faite à la main, sans qu’aucun arbre fût plus haut qu’un autre ».
Le navigateur portugais Diogo Gomes, qui visita Madère au début du XVe siècle, évoque lui aussi, en termes non moins expressifs, ces forêts touffues qui couvraient toute la surface de l’île.
Le Vénitien Alvise Cadamosto, qui servit dans la marine portugaise vers le milieu du XVe siècle et visita cet archipel, rapporte qu’au moment de la découverte l’île « n’avait pas un palmo (empan, environ 22 cm) de terre qui ne fût couvert d’arbres immenses… »
Un autre navigateur italien, Pompeo Arditi de Pesaro, lui aussi au service du Portugal, a laissé par écrit, en 1567, cette intéressante information : « elle n’est habitée qu’au bord de la mer, car dans la montagne, à cause de l’épaisseur des arbres qui y sont en très grande abondance et très hauts, si bien que, dit-on, à cause d’eux on marche deux ou trois léguas sans jamais voir le soleil… » Et l’on pourrait aisément invoquer d’autres témoignages si l’espace dont nous disposons le permettait.
Si la nature fit preuve d’une remarquable prodigalité dans l’abondance de ces bois si denses et si vastes, elle ne se montra pas avare dans la variété des essences forestières dont elle couvrit tout le sol madérien. On peut affirmer en vérité qu’à la richesse de la « quantité » s’ajoutait largement la richesse de la « qualité ». Pour le prouver, nous rappellerons qu’il est établi qu’existaient d’épaisses et vastes forêts de cèdres, de tis, de vinháticos, de frênes, de bruyères, de barbusanos et d’autres essences estimables, dont certaines ne subsistent plus que dans un… nostalgique souvenir.
Au vu de ce qui a été si souvent dit et que nous venons de répéter ici sommairement, on ne s’étonnera pas que notre chère île ait reçu le nom de Madeira [NdT : madeira signifie « bois » en portugais], que les siècles perpétuent et que la renommée a rendu universel. Par l’inouï vandalisme des hommes, l’usage de ce nom devient de moins en moins exact et légitime, et il s’établit un contraste flagrant entre son véritable sens et ce qu’il devrait réellement exprimer…
2Incendie, abattage et exportation du bois
En abordant ces rivages inconnus, les premiers colons reconnurent aussitôt la douceur du climat et la fertilité du sol, ce qui les encouragea vaillamment dans les travaux agricoles qu’ils allaient entreprendre. Mais ils se heurtèrent à un obstacle immense et presque insurmontable : la forêt gigantesque qui, en masse compacte, s’étendait depuis le bord de l’océan jusqu’aux sommets des montagnes.
L’incendie, allumé peut-être imprudemment, mais aussi rendu nécessaire par la force impérieuse des circonstances, ouvrit des clairières propices au défrichement des terres. Gaspar Frutuoso affirme, non sans hyperbole, que « la vallée étant très épaisse d’arbres, le feu prit de telle manière qu’il dura sept ans, accroché aux arbres, aux troncs et aux racines, tant à Funchal que dans la plus grande partie de l’île... » L’érudit commentateur des Saudades, sans accepter entièrement l’affirmation de l’historien des îles, ne met pas en doute l’intensité et l’étendue du violent incendie. Il n’est plus possible aujourd’hui de dire quelle fut approximativement l’étendue de son action destructrice ni quelles en furent les conséquences immédiates, mais plusieurs raisons portent à croire qu’il aurait atteint les proportions les plus effrayantes (voir II-140).
Après l’incendie, et en même temps que débutait la culture des terres, on procéda à un intense éclaircissement de la végétation forestière, qui fournissait en outre la matière première pour la construction des premières habitations.
De la surabondance des bois, de leur qualité appréciée et de la demande dont ils faisaient l’objet sur le continent et même à l’étranger naquit l’idée d’une vaste exportation et du trafic commercial correspondant. Une importante source de revenus se créa ainsi d’emblée, dans un milieu aussi restreint qu’était alors celui de Madère.
Une industrie nouvelle, quoique de caractère élémentaire, apparut avec la préparation des bois pour l’embarquement. Il fallait abattre les arbres, les scier et les adapter à l’usage particulier auquel ils étaient destinés.
C’est alors que vinrent les « scies à eau » (serras de água), qui se multiplièrent en divers points ; plusieurs lieux-dits (sítios) de diverses paroisses portent encore ce nom. C’étaient des « engins » assez rudimentaires, installés au bord de cours d’eau abondants, dont ils exploitaient la force motrice.
Ce passage du docteur Gaspar Frutuoso est des plus intéressants : « ...il y avait une si grande quantité de bois, si beau et si dur, qu’on emportait en maints endroits une abondance de planches, de poutres et de mâts, que l’on sciait tous avec des engins... et c’est en ce temps qu’on commença à en construire des navires à hune et à gaillard d’avant, car auparavant il n’y en avait point dans le Royaume (reino, c.-à-d. le Portugal continental) ».
Non moins intéressant est ce que nous lisons dans l’História de Portugal de Pinheiro Chagas (II-252), que nous allons transcrire textuellement : « Zurara, traitant des avantages résultant des découvertes, mentionne “les grandes hauteurs des maisons qui s’élèvent jusqu’au ciel et que l’on fait avec le bois de ces contrées”. À quoi le vicomte de Santarém ajoute en note : cette intéressante particularité indique que le bois transporté au Portugal... principalement de l’île de Madère, l’avait été en si grande quantité que son abondance avait fait changer le système de construction des immeubles urbains, en augmentant le nombre des étages... ».
Mérite une mention particulière la construction, alors pratiquée, d’un grand nombre d’embarcations de faible tonnage, destinées à la pêche et au transport de marchandises, qui étaient exportées vers le continent. Cette exportation dut être interdite en raison des abus commis dans l’emploi de la matière première.
Bien d’autres faits et circonstances relatifs à la densité et à l’étendue des forêts primitives pourraient encore être rapportés, mais une brièveté injuste nous oblige à les omettre.
Malgré la réalité de l’incendie primitif, Madère se repeupla rapidement d’essences arborées et il ne lui fallut pas de longues années pour se couvrir d’une végétation forestière étendue et abondante. Vinrent cependant la coupe, le commerce et l’exportation des bois, dont on usa et abusa largement, ce qui provoqua d’énergiques protestations et entraîna l’adoption de sévères mesures de répression, comme nous le verrons dans un article ultérieur.
Impuissant à modifier les conditions climatiques et la puissante fertilité des terres, le vandalisme des hommes ne se lassa pourtant pas de détruire systématiquement et sans relâche l’incomparable richesse forestière des montagnes. Il y eut d’abord le premier et violent incendie, aux grands effets destructeurs ; d’autres, de moindre importance mais toujours aux conséquences néfastes, se produisirent au fil du temps, certains purement accidentels, la plupart allumés par des mains criminelles, comme nous aurons l’occasion de le voir plus loin.
3Les règlements forestiers royaux
Vinrent ensuite le sciage, le commerce et l’exportation des bois, mais à une échelle si vaste et dans des proportions si démesurées qu’une répression énergique de la part du gouvernement de la métropole devint nécessaire. Elle se traduisit par la promulgation des lettres royales (carta régia) de 1515 et de 1562, dont seule la dernière est connue dans son intégralité ; elle est transcrite aux pages 463-471 des annotations des Saudades da Terra.
Dans l’ordonnance royale (alvará) de Jean II du 7 mars 1493, qui traite principalement de diverses concessions relatives aux sources et aux fontaines, on trouve ces curieuses paroles, qui touchent à notre sujet : « ... les frênes et les cèdres, que nous nous réservons, ils ne les utiliseront ni ne les couperont... si ce n’est pour quelque église ou hôtel de ville, ou pour celui à qui nous donnerons... licence par lettre de nous ». Disons à ce propos qu’il y a un demi-siècle ou un peu plus, il existait encore en divers points de l’île de nombreux massifs de notre cèdre indigène, ce bois si apprécié et si odorant, largement employé dans l’ébénisterie madérienne. Nous ne savons si l’on en trouve encore aujourd’hui quelques exemplaires, ne serait-ce que comme simple et nostalgique témoin du passé, dans quelque recoin des forêts de l’intérieur.
Bien que l’on ne connaisse pas toutes les dispositions du règlement (regimento) du 5 janvier 1515 évoqué plus haut, on sait qu’il ordonnait de planter des pins et des châtaigniers dans les terres les mieux adaptées à ces essences, et qu’il interdisait d’abattre des arbres sans la licence des conseils municipaux ; cet abattage ne pouvait en aucun cas être autorisé aux endroits où se trouvaient des sources ou des eaux courantes. Le même règlement contenait encore d’autres dispositions prohibitives, assorties des peines infligées aux contrevenants, comme on le déduit des références éparses que l’on rencontre en divers endroits.
La doctrine qu’il contenait fut élargie et complétée par le règlement du 27 août 1562, promulgué par la reine régente, la reine Catherine, que l’on peut véritablement appeler le « Code forestier de Madère ». Le savant commentateur des Saudades da Terra écrivait à son sujet en 1873 : « C’est un texte important pour l’histoire agricole de cette île ; il constitue sa législation forestière propre, encore en grande partie en vigueur aujourd’hui, et il est la source des règlements municipaux de toutes ses municipalités ».
Certes, du fait de l’évolution naturelle des connaissances humaines et des circonstances actuelles, de caractère strictement local, on ne saurait accepter dans toute leur plénitude les dispositions légales de ce texte. Nous sommes néanmoins forcés de reconnaître sa haute importance, son incontestable valeur juridique et le jugement très avisé avec lequel fut traitée la matière qu’il devait réglementer.
Dès son préambule, ce règlement (1562) rappelle la nécessité qui avait motivé le précédent règlement de 1515, en raison des graves abus qui se commettaient déjà alors, et souligne la nécessité plus grande encore d’adopter des mesures de répression plus énergiques pour mettre fin aux excès qui continuaient d’être commis.
Nous ne pouvons exposer en détail les principales dispositions de ce texte, mais nous ne manquerons pas d’évoquer, fût-ce brièvement, l’un ou l’autre point. Nous indiquerons ainsi :
- a) on ne pouvait abattre de bois sans licence des conseils municipaux, ces licences devant être visées par les donataires
- b) quiconque dépassait les limites des concessions accordées serait fouetté, mis à l’amende et banni (degredado) en Afrique, et devaient également être bannis ceux qui mettaient le feu à la montagne
- c) interdiction de couper des branches d’arbres pour nourrir le bétail
- d) interdiction de construire des navires, et même de petites embarcations, destinés à l’exportation
- e) interdiction d’abattre du bois à moins de « cent cinquante pas » des sources et des ruisseaux
- f) obligation faite aux propriétaires, en certains lieux, de planter certains arbres, et notamment des châtaigniers, etc.
Il semble que les prescriptions du règlement de 1515 aient été plus draconiennes encore que celles du règlement d’août 1562. Tous deux restèrent cependant pleinement en vigueur, puisque le second était destiné à élargir et à compléter les doctrines du premier, comme on l’a dit plus haut.
Les ouvidores, représentants des donataires dans les localités les plus importantes, devaient exercer un contrôle sévère sur l’observation des dispositions des règlements et faire appliquer aux contrevenants les peines prévues ; il est à présumer que ce contrôle laissait fort à désirer.
Comme nous l’avons déjà dit ailleurs, de nombreux textes sont enregistrés dans les archives du conseil municipal (Câmara Municipal) de Funchal, et l’on y voit « qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles on veillait avec grand intérêt à la conservation des forêts. En 1799 fut établie dans la paroisse (freguesia) de Monte (« mont ») une pépinière qui, de cette année à 1824, fit distribuer, pour le reboisement, plus de vingt mille arbres de différentes espèces.
Outre les « règlements » cités, intéressent tout particulièrement notre sujet, et renferment des mesures qui auraient dû être pleinement appliquées, le décret du 11 mars 1796, l’ordonnance royale du 18 octobre 1811 et la lettre royale du 14 mai 1804, expressément promulgués pour Madère.
Dans l’article « Arborisation » (I-75), nous avons fait mention d’autres mesures destinées à protéger et à développer notre patrimoine forestier ; nous y renvoyons le lecteur, pour éviter une répétition inutile et fastidieuse.
4Les ennemis de la forêt
Nos bois ont trois ennemis implacables : le berger, le charbonnier et le marchand de bois, ce dernier étant le plus dangereux et le plus nuisible. L’élevage du bétail, la fabrication du charbon et la coupe du bois devraient être absolument proscrits. Et si, en raison de circonstances impérieuses et à titre tout à fait exceptionnel, il fallait les permettre, aucune rigueur ne serait de trop dans leur contrôle, qui devrait être des plus sévères et des plus étroits.
C’est une grave erreur de supposer que l’élevage des bovins, des caprins et des porcins entretient une industrie appréciable, dont la suppression pourrait d’une manière ou d’une autre nuire à l’économie du district. Il suffira de dire qu’un nombre limité d’individus s’y adonne, et que ce n’est pas pour eux un moyen d’existence exclusif, puisqu’ils l’exercent en même temps que le métier d’agriculteur ou de simple ouvrier agricole. En général, le bétail paît librement, sans gardiens ni bergers, exposé à toutes les intempéries. Il n’existe pas d’enclos ni d’abris adéquats pour le protéger des rudes hivers, si bien que le nombre d’animaux qui succombent chaque année pour cette raison est toujours très considérable. Cette circonstance de poids suffirait à justifier, dans n’importe quel pays, l’interdiction absolue du libre pâturage du bétail dans les montagnes exposées.
Il est notoire que le bétail cause de grands ravages parmi les plantes encore jeunes et en pleine croissance, mais la vigueur luxuriante de notre végétation l’emporte en bonne partie sur l’attaque des fortes mâchoires de ces ruminants. Ce que l’opulence naturelle de nos bois ne peut vaincre, en revanche, c’est l’action nuisible et criminelle du berger.
Les troupeaux ne trouvent pas de milieu favorable à leurs pâturages sur des terrains couverts d’une végétation arborée dense : il leur faut un sol où dominent les fourrages et les plantes basses, indispensables à l’alimentation qui leur convient le mieux. Le berger prépare aussitôt ce pâturage tant désiré dans une clairière plus ou moins vaste, que la force destructrice des flammes lui offre sans difficulté. Les grands incendies de nos forêts ont ordinairement cette origine. Les pâtres n’hésitent pas un instant à transformer une forêt de beaux et grands arbres, qui ont mis des siècles à se former, en une étendue déserte et calcinée par le feu dévorant, afin qu’elle devienne bientôt un pâturage destiné à nourrir quelques maigres dizaines de chèvres et de brebis.
Les dommages qu’entraîne la fabrication du charbon sont si manifestes – non seulement par les innombrables et beaux arbres que l’on sacrifie pour obtenir ce combustible, mais aussi par le danger toujours imminent de voir éclater un violent incendie, comme cela s’est produit tant de fois – qu’il est inutile d’avancer un long cortège d’arguments pour condamner absolument l’autorisation d’une telle pratique, quelles que soient les clauses de sécurité que l’on pourrait invoquer à cette fin.
Les décrets du 23 juillet 1913 et du 22 septembre 1917, connus chez nous sous le nom de « Loi des pâturages du bétail dans les montagnes », établirent certaines dispositions relatives aux pâturages sur les propriétés privées et sur les terrains de l’État ou des municipalités, dans le but de prévenir les dommages causés par le libre pâturage du bétail. Ils n’atteignirent cependant pas le but souhaité et ne furent même jamais appliqués dans toute leur étendue, si bien que leur promulgation se révéla inutile ou peu profitable. Nous partageons l’opinion de ceux qui jugent nécessaire l’abolition ou la refonte complète de ces décrets. Et ce que nous venons d’exposer au sujet des pâturages vaut également pour les dispositions de ces mêmes décrets relatives à la fabrication du charbon de bois.
La hache a été à Madère le grand « arboricide ». Instrument si utile et si serviable, elle se transforme souvent en agent de destruction et de ruine. Il en fut ainsi dans les siècles passés et il en sera peut-être encore de même aux époques à venir.
Nous avons vu précédemment l’usage et l’abus que l’on fit de notre primitive et opulente végétation forestière. Les habitants imprévoyants ne se contentèrent pas de tirer parti, même largement, des avantages que cette inestimable richesse leur offrait comme combustible et comme matière première pour la construction des habitations, du mobilier et d’autres objets d’usage domestique.
Comme nous l’avons déjà dit, l’exportation de bois à grande échelle donna naissance à l’industrie du « sciage » et à l’adaptation appropriée des arbres en vue de leur embarquement. Dans le même temps, les abus et les excès commis entraînèrent la promulgation de plusieurs lois qui imposaient des peines sévères, allant jusqu’au fouet et à la déportation (degredo) vers les côtes d’Afrique.
5Les permis d’abattage et leurs abus
La conservation des forêts aurait dû trouver, comme nous l’avons déjà dit, sa protection la plus efficace dans le célèbre « règlement » (regimento) du 27 août 1562. Parmi d’autres dispositions salutaires, celui-ci comptait celles qui régissaient les licences délivrées par les conseils municipaux et contresignées par les donataires pour la coupe du bois dans nos forêts. Ce régime s’est maintenu à travers les temps et atteint déjà l’âge vénérable de 380 ans. Il serait intéressant et profitable de connaître, si l’on disposait pour cela des éléments indispensables, la manière dont il a été observé, c’est-à-dire de faire une évaluation approximative de ses bienfaits ou de ses méfaits.
C’est à l’abri de ces licences que le troisième ennemi implacable des épais boisements a arraché, arrache et continuera d’arracher à nos montagnes les bois précieux et abondants qui alimentent ses lucratives affaires. Il est évident que nos affirmations franches et catégoriques n’ont pas le caractère d’une généralité absolue, car nous savons que nous commettrions une injustice flagrante si nous prétendions le faire.
Une fois remplies toutes les formalités bureaucratiques, qui ne présentent pas de grandes difficultés, il faut compter avec le prestige social des pétitionnaires, avec la douceur bien connue de nos mœurs et avec la rareté du personnel de contrôle, sans parler des influences qui s’exercent souvent en faveur des intéressés.
Bien que le fait ne soit peut-être pas récent, on a vu infliger une peine pour l’abattage abusif d’un seul arbre, tout en laissant abattre des centaines et des centaines d’arbres à l’abri d’une licence qui ne l’autorisait pas. Le fait paraîtra étrange, mais il n’en correspond pas moins à une triste réalité.
6Le rapport Fragoso de 1929
En 1928, la commission exécutive du Conseil général du district (Junta Geral), reconnaissant la nécessité manifeste et impérieuse de remédier aux dégâts, déjà irréparables, causés aux boisements, et jugeant inefficaces les mesures alors appliquées pour conjurer ce mal, demanda au gouvernement central d’envoyer à Madère un fonctionnaire spécialisé dans les questions forestières. Celui-ci devait mener une vaste étude et présenter un rapport détaillé exposant les résultats des travaux auxquels il allait se consacrer avec compétence.
Cette délicate mission fut confiée à l’éminent ingénieur forestier José Augusto Fragoso. Après une longue étude menée in loco, il remit au Conseil général, à la mi-juin 1929, un rapport étendu contenant le plan de toutes les mesures à adopter.
Ce rapport fut d’emblée considéré comme le fruit d’un travail assidu et consciencieux, dans lequel un professionnel distingué avait su allier à la connaissance la plus approfondie des matières traitées le scrupule le plus rigoureux dans la solution de problèmes si délicats.
Il en ressort d’abord, comme mesure primordiale, la nécessité de promulguer un décret fixant les principes selon lesquels tous les services forestiers devront être orientés et dirigés, afin de leur donner la plus parfaite uniformité dans tout l’archipel. On sait en effet que certains conseils municipaux s’arrogent encore les privilèges consignés dans d’archaïques et obsolètes arrêtés municipaux (posturas), peut-être vestiges de l’ancien droit coutumier, aujourd’hui aboli.
La création d’une « circonscription forestière (circunscrição florestal) » dirigée par un ingénieur forestier est aujourd’hui une nécessité urgente, reconnue de tous, même si elle doit alourdir les budgets du Conseil général ; l’avenir se chargera de démontrer les bienfaits de cette mesure avantageuse. Il n’est donc pas surprenant que l’« Organização dos Serviços Florestais e Fomento Agrícola da Madeira », rédigée par l’ingénieur J. M. Fragoso, s’ouvre sur cette clause et sur l’indication du personnel dont devra être dotée la future « Circonscription forestière ». On ne comprend pas que certaines personnes, dépourvues de toute préparation technique particulière, puissent diriger des services de cette nature, qui exigent des connaissances spécialisées, lesquelles ne s’acquièrent que dans des établissements expressément destinés à cette fin.
Le rapport consacre d’abord un chapitre fort éclairant à la « Necessidade da Rearborização da Madeira » (« Nécessité du reboisement de Madère »), puis présente les six « Bases » sur lesquelles les services concernés doivent être modelés. Elles sont longuement développées dans les sous-chapitres « Organização dos Serviços Florestais », « Regimen Florestal », « Policia Florestal », « Protecção aos Arvoredos », « Fomento de Arborização » et « Disposições Gerais ». Vient ensuite une justification détaillée des idées suggérées et des diverses propositions avancées dans toute cette remarquable étude.
Le rapport conclut en indiquant les premiers travaux à entreprendre sans délai, dont nous donnons ce bref résumé :
- 1° obtenir, par décret, l’inclusion de tous les communaux (baldios) dans le « Régime forestier »
- 2° obtenir la création d’une « Circonscription forestière » dotée du personnel nécessaire et compétent
- 3° inscrire au budget une somme importante pour le démarrage des travaux
- 4° faire en sorte que le gouvernement central prenne ces services à sa charge et en garantisse la continuité
- 5° faire construire deux maisons aux endroits indiqués dans les « Bases »
- 6° poursuivre le boisement du Montado dos Barreiros (« pâturage boisé des glaisières ») et du Paul da Serra (« marais de la montagne »)
- 7° créer une pépinière près de Funchal
- 8° obtenir la promulgation d’un décret sur le régime pastoral.
Il est inutile de souligner que ces indications finales du Rapport concernent particulièrement les premiers travaux à entreprendre, et non l’ensemble des services à établir, longuement exposés dans ce même Rapport.
Par ce qui précède, nous n’entendons pas soutenir que cette vaste et solide étude doive être acceptée dans son intégralité ; il est même possible, voire probable, que des circonstances nouvelles obligent à y apporter des modifications profondes et indispensables. Ce qui semble toutefois établi, selon l’avis savant et autorisé de fonctionnaires versés dans ces questions, c’est qu’au moins dans ses grandes lignes et dans son ensemble judicieux, elle est adaptée aux conditions du milieu pour lequel elle a été conçue et peut apporter une aide excellente aux travaux à venir.
Tout le monde reconnaît de plus en plus la nécessité de créer une « Circonscription forestière », telle que nous l’avons sommairement esquissée dans ce modeste article, où une compétence éprouvée, le zèle le plus ardent et la plus grande indépendance orienteraient et dirigeraient avec hauteur de vues tous les services relevant de ce service.
7Police forestière et histoire administrative
Sur cette question capitale, les considérations que nous avons récemment consignées dans un journal de cette ville offrent un intérêt particulier. Nous en extrayons quelques passages, qui développent et éclairent ce qui vient d’être exposé sommairement.
Nous avons appris avec une vive satisfaction que le Conseil général du district (Junta Geral), attentivement soucieux de la conservation et du développement de nos forêts et de nos boisements, avait pris l’importante décision d’étendre son action de surveillance et de défense aux restes de l’ancienne et célèbre richesse forestière qui couvrait abondamment la presque totalité de nos reliefs montagneux.
Un périodique de la presse locale nous a récemment (1945) appris que, pour la mise en œuvre de cette judicieuse mesure, le nombre de « postes forestiers » était passé de quatorze à dix-neuf et qu’aux trente et un gardes existants on en avait ajouté onze. Il existe donc à présent un corps de quarante-deux gardes champêtres ou forestiers, ce qui permet d’assurer une surveillance plus étendue et plus efficace que celle exercée jusqu’ici.
Nous ignorons quelle est la superficie sur laquelle doit s’exercer ce contrôle permanent, ainsi que le secteur d’action propre à chaque poste forestier, mais nous sommes persuadés que cette récente réorganisation des services repose sur des bases qui répondent pleinement au but recherché. Notre île ayant une superficie d’environ soixante-quinze mille hectares, aux terrains d’un relief des plus accidentés, le nombre des membres de cette police forestière ne saurait être jugé excessif.
Le nombre ne suffit pas, cependant, à l’accomplissement complet des fonctions confiées à ce personnel : il importe aussi qu’il exécute fidèlement et diligemment les ordres et instructions émanant des services (repartições) qui dirigent ces activités. Il importe plus encore, et il devient plus nécessaire, que ces instances supérieures soient orientées, dirigées et encadrées par des règles fixant clairement leur sphère de compétence, et qu’elles ne rencontrent pas d’obstacles dans l’exercice de leur action administrative.
Quoi qu’on prétende, la vérité est qu’il n’existe aucun texte législatif couvrant l’ensemble des divers services relatifs à la conservation et au développement de nos boisements. Il devient donc absolument indispensable d’adopter un nouveau régime forestier, offrant une protection plus efficace et une surveillance plus sûre que celui qui a été en vigueur chez nous jusqu’à présent.
La direction des services forestiers fut d’abord confiée aux capitaines-donataires et à leurs « ouvidores » (juges), puis aux conseils municipaux ; les gouverneurs de l’archipel, et plus tard les gouverneurs civils du district, intervinrent aussi dans certains de ces services.
Depuis 1897, ils relèvent d’un service dirigé par un technicien forestier (regente florestal), qui s’est borné jusqu’à ce jour à faire quelques plantations d’arbres exotiques à Porto Santo (« port saint ») et à encourager le semis du pin maritime dans la région montagneuse de Madère. On ne s’est pas soucié jusqu’à présent de la conservation et de la propagation des arbres indigènes, et il est possible que beaucoup d’entre eux disparaissent sous peu, en raison des ravages qu’y font sans cesse les bûcherons, les charbonniers et le bétail.
La loi n° 26 du 9 juillet 1913 créa quatre sections forestières, divisées en zones : celle de Funchal reçut le n° 25 et fut rattachée à la quatrième section, dont le siège était à Lisbonne. Le décret du 8 mai 1918 établit huit circonscriptions forestières, Funchal étant inclus dans la sixième, dont le siège était à Lisbonne, ainsi que dix-huit régences forestières, celle de Funchal portant le n° 18 (1922).
Le décret du 11 mars 1911 et son règlement (regulamento), qui créa la Junta Agrícola (Conseil agricole) et en régla le fonctionnement, établit la Station agraire (Estação Agrária) ; c’est à ce service que revint la direction technique et administrative des affaires forestières à partir de 1919, année où ce Conseil fut supprimé.
Outre le célèbre « Règlement des bois (Regimento das Madeiras) » (voir Saudades, page 463), promulgué en 1562 et qui constitue pour l’époque un texte législatif remarquable, on peut dire qu’aucune autre disposition légale profitable ne fut édictée en la matière, malgré les divers décrets et mesures émanés du pouvoir central. Ceux-ci sont cités dans l’Elucidário Madeirense, mais ils n’ont pas produit les effets salutaires qu’on pouvait en attendre.
Au fil du temps, tous les conseils municipaux, s’estimant investis de droits imprescriptibles sur la végétation forestière des montagnes, élaborèrent divers arrêtés municipaux (posturas) destinés à en régler l’usage et l’exploitation. C’étaient des dispositions de caractère local, d’une portée administrative plus ou moins large, sans parfaite harmonie de principes entre elles, et leur application était très arbitraire. Aujourd’hui encore, de loin en loin, certaines séances du conseil de municipalités rurales invoquent d’anciens règlements municipaux tombés en désuétude et veulent en imposer le respect. Cela n’a rien d’étonnant, puisque l’on sait que le service central lui-même n’observe pas une uniformité constante dans l’adoption des mesures relatives aux diverses modalités de ces services.
8Les baldios et la nécessité d’une circonscription forestière
Il convient, comme nous le verrons, de dire ici quelques mots de ce qu’on appelle à Madère les communaux (baldios), qui touchent de près à notre sujet : ce sont les terrains non soumis à l’exploitation agricole, situés en général à plus de huit cents ou neuf cents mètres d’altitude. Ils appartiennent à des particuliers, aux conseils municipaux et à l’État, sans que les limites entre les divers propriétaires soient bien délimitées. Les « baldios » étaient autrefois, et sont encore en partie, séparés des terres cultivées par des haies ou des clôtures faites de pieux et de branches d’arbres, qui portent elles aussi le nom de baldios et sont surtout destinées à empêcher le bétail d’envahir les cultures.
Les limites de ces terrains n’étant pas fixées avec précision, il est aisé d’imaginer les abus qui ont pu se produire, les prétentions audacieuses qui surgissent de temps à autre et les fraudes employées par des individus entièrement dépourvus de scrupules pour s’en assurer la possession illicite et définitive.
Une grande partie de ces « baldios » était considérée comme « jouissance commune » (logradouros comuns) : les cultivateurs, à certaines conditions et sous le contrôle de la « Régie forestière » (Regência Florestal), y récoltaient du fourrage, des matières pour les engrais et du combustible. C’était pour eux un avantage appréciable, dont ils ne pouvaient se passer dans le dur labeur de leur existence active et modeste. Si nous admettons la réduction progressive de ces privilèges anciens et traditionnels par l’aliénation à des particuliers des « baldios » qui appartenaient à l’État ou aux municipalités, nous verrons gravement menacés la prospérité légitime, la précieuse économie domestique et le bien-être relatif de milliers de personnes aux ressources tout au plus moyennes, au profit d’un petit nombre de gens aisés mais peu scrupuleux.
Il n’y a pas longtemps, dans un service de l’État d’une municipalité (concelho) rurale, des terrains communaux furent vendus aux enchères publiques pour quelques modestes centaines d’escudos (monnaie portugaise depuis 1911, = 1 000 réis), sur le fondement de prétendus droits de propriété, alors que le public en jouissait en vertu d’un droit coutumier. Le conseil municipal (Câmara Municipal) avait pourtant fait savoir que ces terrains n’étaient pas des « jouissances communes », et ledit service n’en réalisa pas moins la vente, encaissant la contribution correspondante due au trésor public (1944).
Il est superflu d’insister sur la nécessité impérieuse et absolue de procéder, avec la plus rigoureuse exactitude possible, à la délimitation de ces « baldios », qu’ils appartiennent à l’État, aux conseils municipaux ou à des particuliers. L’exigent la conservation des boisements, la surveillance rigoureuse que doit exercer le corps forestier, l’orientation à adopter par le service central, ainsi que le maintien des avantages dont jouissent d’innombrables cultivateurs, comme nous l’avons rappelé plus haut.
Nous savons que dans plusieurs paroisses de cette île on s’étonne vivement de la facilité avec laquelle sont accordées des licences d’abattage pour diverses essences forestières devenues d’une rareté remarquable, et dont l’exploitation devrait être absolument interdite, comme elle le fut autrefois. Il est à propos de rappeler qu’un ancien arrêté municipal (postura) contient cette sage disposition : « Il est expressément interdit de couper le bois, le bois de chauffage, l’écorce et les branchages des arbres et arbustes suivants : laurier, til (Ocotea foetens, laurier de Madère), acajou de Madère (vinhático, Persea indica) et toutes autres essences forestières, arborescentes et arbustives, indigènes et acclimatées (à l’exception du pin), quels que soient la situation ou le lieu où elles croissent. Cette interdiction s’étend aux propriétaires mêmes des terrains où croissent lesdits arbres et arbustes, lesquels, s’ils enfreignent cette disposition, encourent comme toute autre personne la peine d’une amende de 2000 à 20 000 réis selon le dommage causé. » Certains ont donné aux groupes ou massifs d’arbres de ces espèces et d’autres essences très rares le nom de « forêts spontanées », qui doivent être conservées religieusement, comme l’étaient dans les temps reculés les forêts dites sacrées, objet du culte fervent de peuples anciens qui leur vouaient la plus profonde vénération.
Ces précieuses reliques de notre ancienne richesse forestière constituent pour les Madériens un « véritable titre de gloire », car elles sont indissolublement liées au nom donné à cette île et à cet archipel, nom que notre glorieux poète épique immortalisa en traçant la phrase si connue et si expressive : que do muito arvoredo assim se chama… (« qui doit son nom à l’abondance de ses arbres »).
Il est facile de présumer quels actes de vandalisme, voire de véritable extermination, ont dû être commis au fond de ces montagnes, dans nos boisements déjà si appauvris, à l’abri légal de cette prodigue libéralité de concessions et de licences, surtout par ceux qui se considèrent comme propriétaires de terrains « baldios », terrains qui devraient être le patrimoine légitime et inaliénable des pauvres et des moins favorisés par la fortune.
Jusqu’à notre époque, on tenait pour ennemis implacables des bois et des forêts les « bergers », les « charbonniers », les « bûcherons » et les « marchands de bois ». Sont venus récemment s’y ajouter ces ennemis nouveaux et plus dangereux, abrités derrière des droits douteux, protégés par certains services publics et fondés sur des licences élastiques et mal définies…
Mais il ne suffit pas…, comme l’expérience des siècles l’a abondamment démontré, de publier un certain nombre de textes législatifs, avec leur cortège pompeux d’« instructions » et de « règlements » destinés à assurer l’exécution entière et rigoureuse de ces mêmes lois.
Il est indispensable, absolument indispensable, que la direction supérieure des divers services forestiers soit confiée à un service qui, outre les qualités fondamentales de zèle et de probité qui doivent distinguer l’exercice des fonctions publiques, possède aussi l’ensemble des connaissances théoriques, et plus encore essentiellement pratiques, nécessaires au parfait accomplissement de ces services importants et spécialisés. Ce but ne peut être pleinement atteint que par la création d’une circonscription forestière (circunscrição florestal), comme nous l’avons maintes fois répété dans les pages de cet ouvrage.
Dans cet article
Époque
Années citées · 19-
Le roi Jean II promulgua des chartes réglementant l’eau d’irrigation, excluant tout droit privé sur les sources et réservant à la Couronne le bois de frêne et de cèdre. Ce sont les plus anciennes lois de ce type connues à Madère.
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Le Regimento das Madeiras, premier code forestier de Madère, fut promulgué. Il ordonnait la plantation de pins et de châtaigniers et interdisait l’abattage d’arbres sans autorisation du conseil municipal.
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La reine régente Catarina promulgua le Regimento das Madeiras, code forestier de Madère, qui soumettait l’abattage d’arbres à autorisation, ordonnait la plantation de châtaigniers et de pins et confiait la protection des forêts aux autorités locales.
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Pompeu Arditti rédigea son récit décrivant les denses forêts de Madère.
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Un décret forestier fut promulgué pour Madère.
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Une pépinière publique fut créée à Lombada, à Monte, sur un emplacement choisi par José Maria de Afonseca et désigné le 9 août 1799 ; elle distribua plus de vingt mille arbres destinés au reboisement jusqu’en 1823–24.
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Une lettre royale sur les forêts ordonna la plantation d’arbres sur les sommets de Madère et de Porto Santo ainsi que la punition des incendiaires de forêts.
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Une charte relative aux forêts fut promulguée pour Madère.
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Álvaro Rodrigues de Azevedo publia à Funchal son édition annotée du livre II de « Nostalgie de la terre natale » de Gaspar Frutuoso, établie à partir de la copie d’Agrela et accompagnée de nombreuses notes, dont une liste des gouverneurs.
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Les services forestiers de Madère furent placés sous l’autorité d’un service dirigé par un agent forestier.
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À la suite de l’affaire Hinton, un décret remplaça la loi sucrière de 1908. Il établit un nouveau régime du sucre et de l’alcool valable jusqu’en 1918, réglementa l’eau-de-vie et les distilleries, et créa le Conseil agricole de Madère et l’Estação Agrária.
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La loi agricole (n° 26) du 9 juillet 1913 créa la Chambre régionale d’agriculture, supprima le Conseil de district de l’agriculture et institua des sections agricoles et forestières, Funchal constituant la section n° 25.
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Le décret dit « loi sur le pâturage » réglementa le pâturage du bétail et la production de charbon de bois dans les montagnes madériennes, limitant la présence des porcs et des chèvres aux terrains clôturés de leurs propriétaires ; il ne fut jamais pleinement appliqué.
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Un nouveau décret sur les forêts et le pâturage fut adopté pour Madère, mais il fut jugé inefficace et ne fut jamais pleinement appliqué.
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Un décret institua huit districts forestiers et dix-huit circonscriptions forestières, Funchal constituant la circonscription no 18.
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Un décret modifiant le régime du sucre supprima le Conseil agricole ; sa station d’Areeiro passa au Conseil général et la Station agronomique prit en charge les questions forestières.
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La commission exécutive de la Junta Geral demanda au gouvernement central d’envoyer à Madère un spécialiste des forêts.
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José Augusto Fragoso présenta son rapport forestier à la Junta Geral.
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Des terres communales d’altitude furent vendues aux enchères publiques par un service de l’État dans une municipalité rurale.
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Le nombre de postes forestiers de Madère passa de 14 à 19, et celui des gardes forestiers fut porté à 42.
Lieu
Lieux cités · 09Étranger
- Afrique
Africa. Lieu de bannissement des auteurs d’infractions forestières.
L’Afrique est mentionnée comme destination d’expéditions et de soldats madériens ainsi que de condamnés exilés, et comme marché d’exportation du beurre madérien. Les explorateurs Capelo et Ivens traversèrent le continent, tandis que l’Afrique du Nord est indiquée comme région d’origine du palmier-dattier.
- Funchal
Lieu du grand incendie des premiers temps selon Frutuoso ; les archives de son conseil municipal conservent des lois forestières.
Capitale de l’archipel et siège de la principale capitainerie, où commença le peuplement ; elle devint un bourg vers 1451–52. Sa baie, la plus large de l’archipel, s’étend entre Ponta do Garajau et Ponta da Cruz et offre un mouillage abrité, bien que son port n’eût jamais fait l’objet d’une étude océanographique. L’Elucidário présente Funchal comme une station climatique, avec des données sur son climat, et relate les troubles de janvier 1906, la visite du prince danois en mai 1846 et la présence de cônes volcaniques récents dans la région.
- Lisbonne
Portugal. Siège de la section et de la circonscription forestières dont dépendait Funchal.
Capitale du Portugal, siège du tribunal de la Relação et de la Misericórdia dont les privilèges et les statuts furent étendus à Funchal. Henrique Franco de Sousa étudia à son Académie royale des beaux-arts, et Luiz José Baiardo s’y installa en 1821.
- Montado dos Barreiros
Funchal. Zone d’altitude où le rapport Fragoso recommandait de poursuivre le boisement.
Zone d’altitude où le rapport Fragoso recommandait de poursuivre le reboisement.
- Monte
Funchal. Paroisse où une pépinière d’arbres fut créée en 1799.
La paroisse de Nossa Senhora do Monte se trouve au-dessus de Funchal, à environ 600 m d’altitude, où l’apparition des feuilles est plus tardive qu’à Funchal. Elle comprend les lieux-dits Jardim Botânico, Igreja et Marmeleiros, ainsi que la Quinta de Santana. L’Elucidário y signale de nombreuses plantes, notamment des acacias et Sonchus fruticosus.
- Paul da Serra
Ponta do Sol. Plateau où le rapport Fragoso recommandait de poursuivre le boisement.
Le Paul da Serra est le seul vaste plateau de Madère. Situé à environ 1 500 m d’altitude, il s’étend sur quatre municipalités et les températures peuvent y descendre jusqu’à 0 °C. Les sources du Rabaçal et du Risco, la Ribeira da Tabua et la Ribeira da Janela prennent naissance à ses abords, et il alimente les principales levadas. L’Elucidário décrit sa végétation, les essais agricoles, les abris, les rassemblements pour la tonte des moutons, l’usage des terres communes et un projet routier inachevé.
- Porto Santo
Île où le service forestier planta des arbres exotiques.
Île de l’archipel, peuplée en même temps que Madère et formant l’une des trois capitaineries. Elle a toujours constitué une seule paroisse, placée sous le vocable de Notre-Dame de Pitié, dont l’église fut pillée à plusieurs reprises. L’Elucidário relate le raid de pirates maures de 1617, évoque sa propre Misericórdia et un canal destiné à recueillir les eaux de pluie, construit sur cette île sujette à la sécheresse.
- Portugal
Portugal continental, qui importait du bois de Madère.
Le Portugal, la mère patrie de Madère. L’Elucidário indique que des détachements d’artillerie furent envoyés du continent pour tenir garnison à Madère avant 1877, que Madère fut reliée au Portugal par câble télégraphique en 1874, et que l’île y expédiait autrefois du pastel des teinturiers et des présents de miel. Il compare favorablement les oranges et les olives du continent à celles de Madère et de Porto Santo.
Personnes
Personnes citées · 11-
Navigateur vénitien au service du Portugal qui décrivit l’île comme entièrement couverte d’arbres au moment de sa découverte.
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Navigateur portugais qui visita Madère au XVe siècle et décrivit ses forêts.
- Gaspar Frutuoso1522–1591
Auteur de « Nostalgie de la terre natale », cité à propos de l’incendie qui dura sept ans et des débuts du commerce du bois.
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Chroniqueur cité à propos des hautes maisons construites avec le bois provenant des terres découvertes.
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Roi dont la charte de 1493 réservait les frênes et les cèdres à la Couronne.
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Ingénieur forestier envoyé à Madère à la demande de la Junta Geral, qui présenta en 1929 un rapport sur la réorganisation des services forestiers de l’île.
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Poète épique portugais auquel il est fait allusion ici pour son vers selon lequel Madère tire son nom de l’abondance de ses forêts.
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Auteur d’une « Histoire du Portugal » cité à propos de l’influence du bois de Madère sur les constructions portugaises.
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Navigateur italien qui écrivit en 1567 que les forêts de montagne étaient si denses que le soleil restait invisible sur des lieues.
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Reine régente qui promulgua le règlement de 1562, appelé code forestier de Madère.
+ 1 de plus
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Historien dont une note attribue la construction de maisons plus hautes dans les villes portugaises à l’abondance du bois de Madère.