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Elucidário Madeirense Accueil
Article nº 0259 Agriculture, élevage et sylviculture Vol. I · p. 146–150 8 min de lecture

Reboisement

Titre original: Arborização

Passe en revue les efforts officiels de reboisement de Madère et de Porto Santo, depuis les règlements sur le bois de 1515 et 1562 jusqu’au début du XXe siècle, et préconise le reboisement au moyen d’espèces indigènes ainsi que l’interdiction totale du pâturage et de la production de charbon de bois.

Reboisement

1Règlements et plantations jusqu’en 1852

Depuis 1562, année où fut donné à cette île le second Règlement des bois (Regimento das Madeiras), jusqu’à nos jours, les gouvernements et les conseils municipaux (Câmara Municipal) se sont souvent efforcés de favoriser le reboisement de nos montagnes et d’empêcher la dévastation des boisements. Le règlement (regimento) du 27 août 1562 – on sait qu’il fut précédé d’un autre, daté du 15 janvier 1515, dont il n’existe toutefois aucun enregistrement dans les archives municipales – recommandait de planter des châtaigniers et des pins dans les terres propices à ces espèces. Il interdisait d’abattre des arbres sans l’autorisation des conseils municipaux, et cet abattage ne pouvait en aucun cas être permis aux endroits où se trouvaient des sources ou des eaux courantes.

Les archives du conseil municipal de Funchal conservent de nombreux actes qui montrent qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles on veillait davantage qu’aujourd’hui à la conservation des forêts. En 1799, une pépinière fut établie dans la paroisse (freguesia) de Monte (« mont ») ; selon un rapport présenté aux autorités compétentes par l’inspecteur de l’agriculture, elle distribua plus de 20 000 arbres entre cette date et le 10 août 1823.

La lettre royale (carta régia) du 14 mai 1804, rappelant l’observation de celle du 17 juin 1800, ordonna de semer et de planter au sommet des montagnes, tant à Madère qu’à Porto Santo (« port saint »), les espèces d’arbres auxquelles le terrain se montrerait propice. Malheureusement, parmi les semences que le gouvernement nous envoya à cette occasion, bien peu appartenaient à des essences faciles à adapter à notre sol et à notre climat. L’Abies canadensis et le Robinia Pseudacacia – le premier cultivé dans quelques quintas, le second naturalisé en bien des points des environs de Funchal – furent introduits à Madère le 29 octobre 1800, les semences ayant été envoyées par le gouvernement de Jean VI.

Cette même lettre royale de 1804 ordonnait aux conseils municipaux de planter des arbres sur les terrains communaux et de sévir rigoureusement et sans rémission, selon les Ordonnances, L.° 51, titres 75 et 76, contre ceux qui incendieraient les forêts et abattraient les arbres, le Règlement des bois de 1562 devant également être observé.

Les instructions du 18 octobre 1792 que le docteur António Rodrigues Veloso de Oliveira laissa au conseil municipal du bourg (vila) de Calheta (« petite anse »), lors de sa tournée d’inspection (correição) du corregedor, contiennent aussi quelques avis concernant la plantation d’arbres. Le 15 octobre 1804, le gouverneur Ascenso de Oliveira Freire recommanda aux conseils municipaux de Ponta do Sol (« pointe du Soleil »), de Calheta et de São Vicente (« saint Vincent ») de veiller au reboisement de leur municipalité (concelho) et au nettoyage des torrents. Ce gouverneur s’occupa aussi du reboisement de la municipalité de Funchal et de la manière d’élever le bétail sans nuire aux plantations.

Le 3 mai 1812, on lut en séance du conseil municipal de Funchal une communication de l’inspecteur de l’agriculture de Ribeira Brava (« rivière sauvage ») annonçant que 9233 arbres, dont 4795 mûriers, avaient été plantés dans son district.

Le 9 novembre 1814, le gouvernement intérimaire de Madère fit faire des semis de pins ; le conseil municipal de Funchal en fit autant le 14 du même mois, utilisant à cette fin des terrains dans les paroisses de Santo António (« saint Antoine ») et de São Martinho (« saint Martin »).

Vers 1821, on créa de nouveaux massifs de pins, le pin parasol étant alors l’espèce la plus recherchée pour les plantations. En 1840, le gouvernement fit satisfaire une demande de vingt moios de graines de pin, présentée l’année précédente par le conseil municipal de Funchal.

C’est pendant la période où le bienfaisant conseiller (conselheiro, titre honorifique du conseil royal) José Silvestre Ribeiro gouverna Madère (1846-1852) que la culture du pin maritime prit ici un grand essor. La correspondance relative au reboisement des montagnes, échangée entre José Silvestre et les conseils municipaux et administrateurs de municipalité de toute l’île, mérite d’être lue par tous ceux qui voudraient se faire une idée exacte et claire du zèle et de la haute compétence avec lesquels ce fonctionnaire sut traiter une question si étroitement liée à la prospérité du pays confié à son administration, comme on peut le voir amplement dans les trois volumes de l’ouvrage Uma Época Administrativa.

2Initiatives ultérieures et espèces indigènes

À partir de 1852, on ne peut guère signaler en matière de reboisement que la plantation d’un grand nombre d’arbres, ordonnée il n’y a pas bien longtemps par la Direction des travaux publics du district (Direcção das Obras Públicas do Distrito) sur les bords des levadas (canal d'irrigation) de l’État ; la création, après 1897, de quelques bois de pins à l’intérieur de l’ancienne haie (bardo) de la municipalité (concelho) de Funchal ; et l’envoi par le service des forêts à l’île de Porto Santo de diverses essences exotiques et indigènes, dont certaines y prospèrent fort bien.

Le tamaris et le Myoporum accuminatum sont deux espèces très bien adaptées aux terrains de Porto Santo : le premier fut introduit dans cette île par João António Pedroso en 1834, le second par l’éminent botaniste João Maria Moniz en 1893. Si l’on tirait convenablement parti de cette dernière espèce, on parviendrait en quelques années à former de grands massifs de verdure dans l’île déboisée de Porto Santo. En ce qui concerne Madère, nous estimons que c’est la flore indigène qui doit fournir les espèces nécessaires au repeuplement des montagnes. Préférer pour ce repeuplement les arbres exotiques aux arbres indigènes, comme on l’a malheureusement conseillé, c’est non seulement écarter sans motif valable les richesses forestières dont la nature a doté l’île, mais aussi entraver la réalisation d’une amélioration dont l’utilité n’a pas besoin d’être démontrée.

Nous ne mettons pas en doute qu’il existe des espèces originaires d’autres contrées susceptibles de s’acclimater dans la région montagneuse de Madère, en particulier dans les vallées de l’intérieur. Ce que nous ne voyons pas, c’est la nécessité de recourir uniquement à de telles espèces pour reconstituer nos forêts, alors que nous ne disposons pas de moins de trente-deux arbres et arbustes propres à couvrir les terrains et les altitudes les plus variés de l’île. Même si ce n’était pas pour nous un devoir de conserver religieusement les essences spontanées qui nous restent, il suffirait qu’elles offrent toutes un plus haut degré d’adaptation au sol et au climat de l’île pour leur donner la préférence dans les reboisements à entreprendre.

3Les ennemis de la forêt

Nos forêts ont deux ennemis implacables : le berger et le charbonnier. Il est indispensable de mettre fin, de la manière la plus absolue, au pâturage du bétail et à la fabrication du charbon de bois. Et il ne doit y avoir aucune exception, ni d’époque ni de lieu. Seule une mesure radicale de cette sorte, seule une interdiction étendue sans réserve à tous les cas et à toutes les circonstances, constituera un remède salutaire et efficace contre le grand mal qu’il faut combattre. Qu’on ne vienne pas rappeler l’existence des décrets du 23 juillet 1913 et du 22 septembre 1917 : ils n’ont jamais été appliqués dans toute leur plénitude et ne répondent plus entièrement à leur objet.

C’est une grave erreur de supposer que l’élevage des ovins, des caprins et des porcins fait vivre une industrie appréciable, dont la suppression pourrait en quelque manière se faire sentir sur l’économie du district. Il suffira de dire qu’il n’occupe qu’un nombre limité d’individus, pour lesquels il ne constitue pas un moyen d’existence exclusif, puisqu’ils l’exercent en même temps que le métier d’agriculteur ou de simple ouvrier agricole. En général, le bétail paît librement, sans gardiens ni bergers, exposé à toutes les intempéries, faute d’enclos ou d’abris adéquats qui le protègent des rigoureux hivers ; aussi le nombre d’animaux qui succombent chaque année pour cette raison est-il toujours très considérable. Cette circonstance de poids suffirait, dans n’importe quel pays, à justifier l’interdiction absolue du libre pâturage du bétail dans les montagnes exposées.

Il est notoire que le bétail cause de grands ravages parmi les jeunes plantes en pleine croissance, mais la vigueur luxuriante de notre végétation forestière surmonte en bonne partie l’assaut des fortes mâchoires de ces ruminants. Ce que l’opulence naturelle de nos forêts ne peut toutefois surmonter, c’est l’action néfaste et criminelle du berger.

Les troupeaux ne trouvent pas de milieu favorable à leur pâture sur des terrains couverts d’un boisement dense : il leur faut un sol où dominent les fourrages et les plantes de petite taille, indispensables à l’alimentation qui leur convient le mieux. Le berger prépare alors ce pacage tant désiré dans une clairière plus ou moins vaste, que la force destructrice des flammes lui offre sans peine. Les grands incendies de nos forêts ont ordinairement cette origine. Les pâtres n’hésitent pas un instant à changer une forêt d’arbres beaux et vigoureux, qui ont mis des siècles à se former, en une étendue déserte et calcinée par le feu dévorant, afin qu’elle devienne bientôt une place de pâturage destinée à nourrir quelques maigres dizaines de chèvres et de brebis.

Les dommages qu’entraîne la fabrication du charbon de bois sont si manifestes – non seulement par les innombrables et beaux arbres sacrifiés pour obtenir ce combustible, mais encore par le danger toujours imminent d’allumer un violent incendie, comme cela s’est produit tant de fois – qu’il est inutile d’aligner un long cortège d’arguments pour condamner absolument l’autorisation d’une telle pratique, quelles que soient les conditions de sécurité que l’on pourrait invoquer à cette fin.

Nous savons que certaines coupes d’arbres sont autorisées dans les forêts de l’État, selon des clauses que nous ignorons ; il convient d’apporter le soin le plus scrupuleux à l’octroi de ces permis et surtout d’exercer le contrôle le plus sévère sur leur exécution.

Dans les conditions climatiques favorables qu’offre notre milieu, si ces mesures sont adoptées et si l’on choisit judicieusement les essences forestières à replanter, nul ne doutera que, d’ici deux ou trois décennies, cette île pourra reprendre à juste titre le nom de Madeira, « ainsi nommée pour ses nombreux arbres », selon la formule consacrée de l’immortel chantre des Lusiadas.

Dans cet article

Époque

Années citées · 13
  1. Le Regimento das Madeiras, premier code forestier de Madère, fut promulgué. Il ordonnait la plantation de pins et de châtaigniers et interdisait l’abattage d’arbres sans autorisation du conseil municipal.

  2. La reine régente Catarina promulgua le Regimento das Madeiras, code forestier de Madère, qui soumettait l’abattage d’arbres à autorisation, ordonnait la plantation de châtaigniers et de pins et confiait la protection des forêts aux autorités locales.

  3. Le magistrat Veloso de Oliveira laissa au conseil municipal de Calheta des instructions pour la plantation d’arbres.

  4. Une pépinière publique fut créée à Lombada, à Monte, sur un emplacement choisi par José Maria de Afonseca et désigné le 9 août 1799 ; elle distribua plus de vingt mille arbres destinés au reboisement jusqu’en 1823–24.

  5. La ciguë et le robinier faux-acacia furent introduits à Madère à partir de graines envoyées par le gouvernement.

  6. Une lettre royale sur les forêts ordonna la plantation d’arbres sur les sommets de Madère et de Porto Santo ainsi que la punition des incendiaires de forêts.

  7. Le conseil municipal de Funchal apprit que 9 233 arbres avaient été plantés à Ribeira Brava.

  8. Le gouvernement provisoire ordonna de semer des pins à São Martinho et à Santo António.

  9. João António Pedroso introduisit le tamaris à Porto Santo.

  10. Sous le gouverneur civil José Silvestre Ribeiro, la plantation de pins maritimes augmenta considérablement à Madère.

  11. João Maria Moniz introduisit le myoporum à Porto Santo.

  12. Le décret dit « loi sur le pâturage » réglementa le pâturage du bétail et la production de charbon de bois dans les montagnes madériennes, limitant la présence des porcs et des chèvres aux terrains clôturés de leurs propriétaires ; il ne fut jamais pleinement appliqué.

  13. Un nouveau décret sur les forêts et le pâturage fut adopté pour Madère, mais il fut jugé inefficace et ne fut jamais pleinement appliqué.

Lieu

Lieux cités · 09
Carte: Arquipélago da Madeira (9)
  1. Calheta

    Conseil municipal qui reçut des instructions de plantation en 1792 et en 1804.

  2. Funchal

    Municipalité dont les archives du conseil et les plantations sont citées.

  3. Monte

    Funchal. Lieu où fut fondée une pépinière en 1799.

  4. Ponta do Sol

    Conseil municipal exhorté à reboiser en 1804.

  5. Porto Santo

    Île déboisée où la plantation d’arbres fut ordonnée et où des espèces exotiques furent introduites.

  6. Ribeira Brava

    Secteur où 9 233 arbres avaient été plantés en 1812.

  7. Santo António

    Funchal. Paroisse dont des terrains servirent à semer des pins en 1814.

  8. São Martinho

    Funchal. Paroisse dont des terrains servirent à semer des pins en 1814.

  9. São Vicente

    Conseil municipal exhorté à reboiser en 1804.

Personnes

Personnes citées · 07
  1. Gouverneur de Madère qui, en 1804, exhorta les conseils municipaux à reboiser leur territoire et à nettoyer les cours d’eau.

  2. Magistrat qui laissa au conseil municipal de Calheta des instructions pour la plantation d’arbres lors de son inspection de 1792.

  3. Jean VImort 1826

    Souverain portugais dont le gouvernement envoya des graines d’arbres à Madère en 1800.

  4. Introduisit le tamaris à Porto Santo en 1834.

  5. Botaniste qui introduisit le myoporum à Porto Santo en 1893.

  6. Gouverneur civil de Madère (1846–1852) sous lequel la plantation de pins maritimes augmenta considérablement.

  7. Auteur des Lusiades, cité au sujet de l’origine du nom Madère.

Sur la feuille A

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