Flore 1Étages de végétation et plantes introduites
Flore
Titre original: Flora
Présentation générale de la flore de l’archipel de Madère : les quatre étages de végétation définis par Richard Thomas Lowe selon l’altitude, la disparition d’espèces indigènes et la naturalisation de plantes introduites, ainsi que des statistiques sur les espèces indigènes, endémiques et ligneuses. Les botanistes qui étudièrent les plantes de l’île y sont également nommés.
1Étages de végétation et plantes introduites
Comme on le sait généralement, on trouve à Madère, en une compagnie familière et agréable, respirant le même air et éclairées par le même soleil, des plantes de presque tous les pays du monde, sans qu’il faille d’abris ou de serres pour la grande majorité d’entre elles – circonstance qui donne d’emblée une idée de l’excellence du climat et de la bonté du ciel qui le couvre et le protège. L’île offre un fragment rassemblé de la flore de latitudes très diverses : on y rencontre, à côté des espèces arborescentes au port fier et majestueux des pays intertropicaux, les plantes humbles et rampantes des régions septentrionales. À Madère, comme dans tous les pays montagneux où s’observent des conditions climatiques variées, les végétaux se répartissent de façon plus ou moins caractéristique en zones distinctes. Selon Richard Thomas Lowe, ces zones peuvent se ramener au nombre de quatre :
- la 1re zone, celle des cactus et des bananiers, qui s’étend du bord de l’océan jusqu’à environ 200 mètres d’altitude
- la 2e zone, celle de la vigne et des châtaigniers, qui comprend les terrains situés entre 150 et 750 mètres d’altitude
- la 3e zone, celle des lauriers et des bruyères, de 750 à 1650 mètres
- et la 4e zone, celle des hauts sommets, qui embrasse tous les points élevés allant de 1650 à 1850 mètres.
Cette classification n’exclut pas l’existence d’autres plantes qui occupent une place prépondérante et une grande extension dans chacune de ces zones. Ainsi en est-il de la canne à sucre, dont la culture est très répandue dans la première et dans une partie de la deuxième des zones mentionnées ; il en va de même de la culture de la vigne et encore de nombreux végétaux largement cultivés ici. Dans la détermination de ces zones, on reconnaît aisément le rôle que le facteur thermique joue dans la distribution des plantes ; de nombreux faits attestent toutefois qu’il n’est pas toujours le seul à délimiter les lignes de végétation de certaines espèces.
Il est incontestable que les incendies et l’exploitation agricole ont provoqué la disparition de nombreuses espèces végétales, peut-être abondantes avant le peuplement. En revanche, nombreuses sont les productions d’autres pays qui se sont naturalisées ou acclimatées à Madère, et certaines d’entre elles ont apporté à sa flore des modifications qui, dans bien des cas, ne s’accordent pas avec la situation géographique de l’île. La canne à sucre, venue des Indes orientales, la vigne, d’Europe et d’Asie centrale, le pin maritime, d’Europe, les acacias, d’Australie, et l’abundancia, du Mexique, sont des espèces plus ou moins acclimatées ou naturalisées qui impriment en bien des endroits à la végétation de notre île un caractère qui tranche nettement avec son caractère primitif.
2Nombre d’espèces et botanistes
La flore actuellement connue de l’archipel de Madère comprend 931 phanérogames, 50 cryptogames vasculaires, 265 muscinées et 916 thallophytes. Si l’on met toutefois de côté les plantes naturalisées, le groupe ou division des phanérogames ne compte plus que 641 espèces, et celui des cryptogames vasculaires 45. Parmi les phanérogames, 104 espèces sont considérées par nous comme endémiques et 55 sont communes à l’archipel de Madère et à d’autres groupes d’îles de l’Atlantique. Autrement dit, sur ces 641 espèces que nous avons coutume d’appeler indigènes, 159 ne se rencontrent pas dans les régions continentales voisines, bien qu’elles soient probablement les représentantes légitimes d’une flore qui y existait autrefois.
On connaît dans notre archipel 106 végétaux ligneux indigènes, arbres, arbustes et sous-arbrisseaux. Les deux premiers groupes, qui sont les plus importants, sont représentés par 34 espèces : 10 sont européennes, 1 est propre à Madère et aux Açores, 3 à Madère, aux Açores et aux Canaries, 11 à Madère et aux Canaries, et 9 sont particulières ou endémiques. Ces espèces se répartissent en 22 familles, dont 4 ne se rencontrent pas en Europe ; l’une d’elles est cependant représentée dans l’empire voisin du Maroc.
Si les phanérogames et les cryptogames vasculaires de Madère peuvent être considérées comme bien étudiées, grâce aux patientes recherches du baron de Castelo de Paiva, de João M. Moniz, de Gilbert Mandon, de Lowe, de Carlos de Menezes, du père Gonçalves da Costa et d’autres, on ne peut en dire autant des cryptogames cellulaires, bien qu’il existe sur certains de leurs groupes des travaux dignes de la plus haute estime, qui facilitent grandement la détermination des espèces. Les mousses, les lichens et les champignons sont les plantes cellulaires qui ont le plus retenu l’attention des collecteurs. Cela ne signifie pas pour autant que des explorations méthodiques et soigneuses, menées un jour dans de nombreuses régions de l’île, ne permettraient pas de découvrir bien des espèces de ces mêmes groupes encore jamais signalées sur notre terre.
Les éminents hommes de science Richard Thomas Lowe, sujet britannique, et Carlos Azevedo de Meneses, illustre Madérien, furent les botanistes qui étudièrent le plus en profondeur la flore de cette île. Ils laissèrent des travaux étendus et remarquables, dûment appréciés et loués par les savants qui cultivent cette spécialité scientifique.
Dans cet article
Lieu
Lieux cités · 04- Açores
Portugal. Archipel atlantique qui partage certaines espèces ligneuses indigènes avec Madère.
Les Açores sont un archipel de l’Atlantique qui partage certaines espèces végétales avec Madère. L’Elucidário mentionne l’installation aux Açores de familles madériennes comme les Bettencourt, l’interdiction en 1801 des vins açoriens à Madère et les importations de tabac açorien. Il indique également que des agriculteurs açoriens furent amenés à Madère pour y enseigner leurs méthodes de culture du maïs.
- Canaries
Spain. Archipel atlantique qui partage de nombreuses espèces ligneuses indigènes avec Madère.
Les îles Canaries forment un archipel voisin de Madère, dont les récits de la découverte divergent. Selon la tradition, leur roi Béthencourt les vendit à Henri le Navigateur en échange de terres à Madère. L’Elucidário relève de nombreux contacts entre les deux archipels, notamment des visites scientifiques, la tournée de l’Orphéon madérien en mai 1922 et le massacre de quarante jésuites dans leurs eaux.
- Maroc
Morocco. Pays voisin où se trouve également l’une des familles de plantes absentes d’Europe.
Le Maroc est mentionné comme le pays des places fortes portugaises où des Madériens, dont Zargo, combattirent les Maures et où Zargo obtint le titre de chevalier. Des captifs maures amenés de ses côtes rapportèrent leurs récits à Madère. C’était aussi le pays d’origine des princesses marocaines.
Personnes
Personnes citées · 06-
Noble cité parmi les chercheurs qui étudièrent les plantes à fleurs et les cryptogames vasculaires de Madère.
- Carlos Azevedo de Meneses1863–1928
Botaniste madérien qui, avec Richard Thomas Lowe, étudia la flore de l’île de la manière la plus approfondie et lui consacra de nombreux travaux.
- Francisco João Monizmort 1848
Cité parmi les botanistes qui étudièrent les plantes à fleurs et les cryptogames vasculaires de Madère.
-
Collecteur de plantes cité parmi les chercheurs qui étudièrent la flore de Madère.
-
Prêtre cité parmi les botanistes qui étudièrent la flore de Madère.
- Richard Thomas Lowe1802–1874
Botaniste britannique qui proposa de distinguer quatre étages de végétation selon l’altitude à Madère et fut l’un des deux botanistes ayant étudié sa flore de la manière la plus approfondie.