Observations phénologiques 1Introduction et le chêne
Observations phénologiques
Titre original: Observações Fenológicas
Reproduit un article du botaniste Carlos Azevedo de Meneses sur les observations phénologiques (apparition et chute des feuilles, repos hivernal) d’arbres introduits à Funchal et à Monte en 1905–1906, comparées à des données antérieures et à celles de Coimbra. L’article explique les longues périodes de repos végétatif à Madère par la sécheresse estivale et la forte chaleur nécessaire au bourgeonnement.
1Introduction et le chêne
À la page 15 du volume II du présent ouvrage, sous le titre « Phénologie », il est fait mention de quelques articles consacrés à ce sujet, dus à la plume du distingué botaniste Carlos Azevedo de Meneses. Nous en reproduisons un, paru dans l’ancienne revue Portugal Agrícola, que l’on a jugé utile de transcrire dans ces pages. « Le peu que l’on sait de la phénologie de Madère est dû aux observations du docteur Heer, réalisées en 1850 et 1851, et à celles que nous faisons dans cette île depuis 1902. Les observations portant sur la période écoulée entre septembre 1902 et le début d’avril 1905 ont été publiées dans une revue botanique française ; aujourd’hui, notre tâche se borne à présenter les données recueillies après cette dernière date, afin de jeter un peu plus de lumière sur le comportement phénologique de diverses essences introduites dans l’île et qui se développent bien sous notre climat. Des quatre espèces mentionnées dans les Instructions de Hoffmann–Ihne, seul le chêne (Quercus pedunculata) est fréquent à Funchal et dans ses environs ; il se distingue de toutes les autres essences que nous avons eu l’occasion d’observer par la précocité véritablement extraordinaire de sa feuillaison.
Parmi les nombreux chênes plantés sur la rive gauche de la Ribeira de São João (« torrent Saint-Jean »), deux débourrèrent le 3 décembre 1905 ; le 23 du même mois, les deux tiers de ces chênes portaient des feuilles nouvelles, et beaucoup d’entre eux étaient déjà convenablement feuillés. À la fin de janvier de l’année suivante, tous les sujets cultivés à Funchal avaient des feuilles, mais ils ne devinrent entièrement verts que dans la première quinzaine de mars.
Nous vîmes les premières feuilles jaunes le 16 septembre. Une fois jaunies, les feuilles restent sur les arbres et ne tombent que très tard, lorsque la feuillaison est déjà avancée. Dans la paroisse (freguesia) de Monte (« mont »), située à 600 mètres d’altitude, la feuillaison des chênes ne commença que le 15 janvier, c’est-à-dire 43 jours plus tard qu’à Funchal.
2Autres espèces observées
Du marronnier d’Inde (Æsculus Hippocastanum), également mentionné dans les Instrucções de Hoffmann–Ihne, nous n’avons pu observer que deux sujets plantés à Funchal. La décoloration des feuilles se manifesta le 3 septembre et les premières jeunes feuilles apparurent le 12 mars. Les fleurs commencèrent à paraître dans les huit premiers jours d’avril. Chez Platanus occidentalis, Vitis vinifera et M. Labrusca, la décoloration des feuilles se manifesta respectivement les 14, 15 et 21 septembre, et le débourrement eut lieu les 24, 22 et 20 février de l’année en cours. La feuillaison des platanes commença dans la paroisse de Monte le 6 mars, c’est-à-dire 12 jours plus tard qu’à Funchal. Les feuilles des platanes restaient elles aussi longtemps sur les arbres après avoir jauni, mais elles tombent toujours avant le début de la nouvelle feuillaison.
Chez Robinia Pseudo acacia, la décoloration des feuilles commença le 15 octobre, chez Tilia argentea le 18 du même mois et chez Ficus Carica le 2 novembre ; la feuillaison de ces mêmes arbres commença respectivement le 27 janvier, le 12 mars et le 24 janvier. Toutes ces observations concernent Funchal ; à Monte, le débourrement des espèces mentionnées eut lieu le 19 février, le 19 mars et entre le 21 et le 25 février.
Sur les chérimoliers (anoneira) (Anona cherimolia) de Funchal, les premières feuilles jaunes apparurent le 14 février de l’année en cours et les premières jeunes feuilles le 9 avril. Chez les châtaigniers de Monte, le débourrement eut lieu le 20 avril, et chez les noyers entre le 30 avril et le 5 mai.
Il ne nous a pas été possible de recueillir des données précises sur l’époque de la décoloration des feuilles des arbres aux environs de Funchal, mais nous avons remarqué plus d’une fois que cette décoloration est d’autant plus tardive que l’endroit où se trouvent les arbres est plus élevé.
Il ressort donc de ce qui précède que, pendant la période sur laquelle portent nos dernières observations, le repos végétatif a duré 163 jours pour le platane, 160 pour la vigne, 152 pour la vigne Labrusca, 170 pour le marronnier d’Inde, 78 pour le chêne, 104 pour le robinier, 145 pour le tilleul, 83 pour le figuier et 54 pour le chérimolier. Pour la période de 1903 à 1905, nous avons obtenu les moyennes suivantes du repos hivernal de ces mêmes espèces : platane 168 jours, vigne 162, vigne Labrusca 156, marronnier d’Inde 192, chêne 123, robinier 112, tilleul 166, figuier 125 et chérimolier 50.
D’après les notes phénologiques publiées par M. Adolpho Frederico Moller dans le Boletim da Sociedade Broteriana, la durée moyenne du repos végétatif à Coimbra, pour la période allant de la fin de 1903 au début de 1905, fut de 140 jours pour le platane, 154 pour la vigne, 136 pour le marronnier d’Inde, 154 pour le chêne, 146 pour le robinier et 156 pour le tilleul. En comparant ces chiffres à certains des précédents, on conclut que le robinier et le chêne se reposent plus longtemps à Coimbra qu’à Funchal, tandis que c’est l’inverse pour les autres espèces.
3Explication du long repos végétatif
On pourra s’étonner à première vue que certaines essences aient, à la latitude de Madère, un repos plus prolongé, et donc des périodes d’activité végétative plus courtes, que dans des pays plus septentrionaux. Mais le fait n’a rien d’anormal et s’explique aisément, comme nous allons le voir.
En premier lieu, les précipitations ne se répartissent pas à Coimbra de la même manière qu’à Funchal : alors que cette ville enregistre en moyenne 79 millimètres de pluie pendant les mois d’été, Funchal n’en reçoit que 16,9. La quantité moyenne de pluie relevée par le pluviomètre de l’observatoire de Coimbra est de 19,4 millimètres en juillet et de 15,3 en août, contre respectivement 1,1 et 2,4 millimètres à Funchal. Dans cette ville du continent, on compte pendant les mois d’été 21,5 jours de pluie ; à Funchal, 4,2 seulement.
Les sécheresses prolongées pendant la saison la plus chaude de l’année sont donc l’un des traits du climat de Funchal, et il doit en résulter un arrêt anticipé de l’activité vitale des plantes. Il est clair, par conséquent, que la chute des feuilles doit se produire chez nous plus tôt qu’à Coimbra, et d’autant plus tôt que les arbres sont plus sensibles à l’action de la sécheresse.
Voilà l’une des causes des longues périodes de repos observées à Madère. L’autre tient à la particularité qu’offrent certains arbres cultivés chez nous de ne commencer à débourrer qu’après avoir reçu une somme de températures bien supérieure à celle qui les fait entrer en végétation dans leurs pays d’origine.
Mais ce débourrement tardif, dans lequel A. de Candolle voulait voir une adaptation des arbres au climat, et A. Grisebach la survivance d’habitudes invétérées dans l’espèce, ne s’observe pas chez toutes les essences. Le chêne, par exemple, semble faire exception à la règle, exception d’autant plus surprenante qu’elle se vérifie aussi aux altitudes moyennes de l’île.
Il convient toutefois de noter que si le débourrement du chêne commence extraordinairement tôt à Madère, la feuillaison générale ne s’achève qu’au terme d’un délai assez long, comme nous l’avons montré au début de cet article. Cela semble indiquer chez l’espèce une certaine tendance, due à des habitudes héréditaires, à résister à l’influence des températures normales de feuillaison.
À partir du mois de septembre, il est fréquent de voir apparaître, tant sur les troncs des chênes que sur les sarments de la vigne, de nombreuses pousses précoces. Comme ces pousses ne s’accompagnent pas du gonflement général des bourgeons, il ne faut pas les prendre pour le début de la nouvelle feuillaison.
En comparant les données recueillies de 1903 à 1905 avec celles de nos observations de 1905 à 1906, on constate qu’au cours de cette dernière période de nombreux arbres débourrèrent à Funchal considérablement plus tôt, l’avance étant plus marquée chez le chêne que chez les autres espèces. Comme l’humidité est l’un des facteurs de la périodicité et que les précipitations furent extrêmement abondantes dans les derniers mois de 1905, contrairement à ce qui s’était produit les années précédentes, il est à présumer que ce fut la cause de l’entrée plus précoce de ces arbres en végétation. »
La revue botanique mentionnée plus haut est le Bulletin de l'Academie Intern. de Geogr. Botanique du Mans, nos 189 et 190 de 1905.
Dans cet article
Époque
Années citées · 03-
Le docteur Oswald Heer séjourna à Madère de l’hiver 1850 au printemps 1851 et y effectua des observations phénologiques.
-
Carlos Azevedo de Meneses réalisa sa première série d’observations phénologiques à Madère, publiée par la suite dans une revue française.
-
Les observations phénologiques antérieures de Meneses parurent dans le Bulletin de l’Académie Internationale de Géographie Botanique du Mans.
-
Deux chênes situés près de la Ribeira de São João, à Funchal, commencèrent à bourgeonner.
Lieu
Lieux cités · 04Étranger
- Coimbra
Portugal. Ville du Portugal continental dont les données sur le repos végétatif et les précipitations sont comparées à celles de Funchal.
Ville universitaire du Portugal continental où de nombreux Madériens étudièrent le droit ou la médecine, et où le père Luís Gonçalves da Câmara enseigna et dirigea le collège des jésuites. Elle accueillit le championnat universitaire de tennis de table de 1921 ; ses données relatives à la dormance et aux précipitations sont comparées à celles de Funchal.
- Funchal
Principal lieu des observations phénologiques.
Capitale de l’archipel et siège de la principale capitainerie, où commença le peuplement ; elle devint un bourg vers 1451–52. Sa baie, la plus large de l’archipel, s’étend entre Ponta do Garajau et Ponta da Cruz et offre un mouillage abrité, bien que son port n’eût jamais fait l’objet d’une étude océanographique. L’Elucidário présente Funchal comme une station climatique, avec des données sur son climat, et relate les troubles de janvier 1906, la visite du prince danois en mai 1846 et la présence de cônes volcaniques récents dans la région.
- Monte
Funchal. Paroisse située à environ 600 m d’altitude où l’apparition des feuilles était plus tardive qu’à Funchal.
La paroisse de Nossa Senhora do Monte se trouve au-dessus de Funchal, à environ 600 m d’altitude, où l’apparition des feuilles est plus tardive qu’à Funchal. Elle comprend les lieux-dits Jardim Botânico, Igreja et Marmeleiros, ainsi que la Quinta de Santana. L’Elucidário y signale de nombreuses plantes, notamment des acacias et Sonchus fruticosus.
- Ribeira de São João
Calheta. Des chênes plantés sur sa rive gauche furent observés en train de bourgeonner en décembre 1905.
La Ribeira de São João est le plus occidental des trois grands cours d’eau qui traversent Funchal. Elle prend sa source à Santo António, se jette dans la mer à São Lázaro et a autrefois porté plusieurs autres noms. Elle marquait la limite occidentale de l’ancien Funchal et des remparts projetés ; le premier établissement se trouvait sur sa rive droite, et ses sédiments ensablent l’anse de Pontinha. Un cours d’eau du même nom traverse également la paroisse de Fajã da Ovelha.
Personnes
Personnes citées · 05-
Botaniste qui voyait dans le bourgeonnement tardif une adaptation des arbres au climat.
-
Botaniste qui voyait dans le bourgeonnement tardif la persistance de caractères hérités.
-
Publia dans le Boletim da Sociedade Broteriana des notes phénologiques sur Coimbra, utilisées à des fins de comparaison.
- Carlos Azevedo de Meneses1863–1928
Botaniste madérien dont l’article sur les observations phénologiques à Madère est reproduit dans cette entrée.
-
Naturaliste qui réalisa des observations phénologiques à Madère en 1850 et 1851.