Cucurbitacées utiles 1Introduction et calebasse
Cucurbitacées utiles
Titre original: Cucurbitaceas uteis
Reproduction d’un article de C. A. de Meneses sur les six cucurbitacées utiles largement cultivées à Madère (la calebasse, le concombre, deux courges, la boganga et la chayote), décrivant leur botanique, leurs noms locaux, leurs modes de culture et leurs usages culinaires.
1Introduction et calebasse
Malgré sa longueur, nous avons jugé utile de reproduire intégralement l’excellent article que le coauteur de cet « Elucidario », C. A. de Meneses, publia dans une revue agricole au sujet des cucurbitacées cultivées dans cette île. Il contient en effet des renseignements curieux et intéressants, dont les agriculteurs madériens peuvent tirer grand profit, puisque ce groupe de plantes est largement cultivé dans toutes les paroisses de l’archipel.
« Les cucurbitacées utiles cultivées à grande échelle à Madère sont au nombre de six, à savoir : la calebassière, le concombre, la courge noire, la courge de Machado, la bogangueira et la chayote. Toutes ces plantes, par la rapidité de leur croissance, le peu de soins qu’elles exigent et la facilité avec laquelle elles s’adaptent à la grande majorité des terrains, sont justement appréciées des habitants de l’île, qui trouvent dans leurs fruits une source de revenus et une nourriture substantielle et abondante pendant une bonne partie de l’année. Bien que ces plantes soient connues hors du pays, nous donnerons sur chacune d’elles quelques éclaircissements, afin de faire connaître peu à peu les principales productions de Madère et les procédés adoptés ici dans la culture des différents végétaux utiles.
La calebassière (Lagenaria vulgaris), originaire d’Asie et d’Afrique tropicale, est une plante annuelle, pubescente, aux feuilles douces, flasques et à odeur musquée, aux fleurs monoïques, blanches, ouvertes en forme d’étoile. Les botanistes distinguent dans cette espèce différentes variétés, toutes fondées sur la forme ou la taille des fruits ; les trois suivantes se rencontrent à Madère : la var. Gourda, aux grands fruits (30 à 60 centimètres), plus larges dans leur partie supérieure que dans l’inférieure, dont la forme rappelle quelque peu celle d’un sablier ; la var. pusilla, aux fruits de même forme mais plus petits (8 à 18 centimètres) ; et la var. clavata, aux fruits très grands, pouvant dépasser 1 mètre de long, et généralement claviformes.
Les calebasses servent à faire de la soupe et parfois de la confiture ; une fois mûres, bien sèches et convenablement nettoyées à l’intérieur, elles peuvent servir à conserver des liquides. Les calebasses se prêtent à ce dernier usage lorsque, en les secouant, on constate que les graines sont parfaitement libres à l’intérieur du fruit. Les fruits de la variété pusilla sont très utilisés par les gens des campagnes pour transporter vins et eaux-de-vie lors des pèlerinages.
La calebassière se reproduit uniquement par semis, effectués de janvier à mars. Certains agriculteurs creusent des tranchées, qu’ils appellent caseiras, où ils jettent les graines et où ils ne laissent que les plants qu’il convient de garder ; d’autres se contentent de creuser de petites fosses dans le même but, mais seulement lorsque la terre a été travaillée quelque temps auparavant pour recevoir une autre culture. Les plantes restent à l’endroit même où elles lèvent, sauf s’il y a avantage à les repiquer en un meilleur point, faute d’une préparation convenable de la terre ou pour toute autre raison.
Le marcottage ne se pratique pas sur la cucurbitacée dont nous parlons, qui a besoin d’arbres, de treilles ou de tout autre support pour bien se développer. Les fruits apparaissent de septembre à octobre dans chacune des variétés que nous avons indiquées.
2Concombre et courge noire
Le concombre (Cucumis sativus), originaire du nord-ouest de l’Inde, est une plante connue dans le sud de l’Europe depuis une date reculée. À Madère, où il est assez cultivé, on le sème en mars et en avril, et en certains endroits de janvier à mai. Les semis se font en mantas ou caseiras, où l’on ne laisse que les pieds que l’on veut conserver ; lorsque ceux-ci ont atteint une certaine taille, on construit des claies de roseaux ou d’autres tuteurs, afin que les tiges ne rampent pas sur le sol. Lorsque les semis se font hors des mantas, il est avantageux que les jeunes plants soient transplantés avec leur motte, précaution qu’il convient aussi de prendre avec les autres cucurbitacées présentes dans l’île lorsqu’elles subissent la même opération.
L’espèce dont nous parlons est annuelle comme la précédente ; on la marcotte rarement, et elle fructifie de mai à septembre. Les concombres madériens sont oblongs, grands et parfois un peu courbés ; leur chair est verdâtre et leur peau devient jaune à maturité, si bien que la plante appartient à la variété flavus.
La courge noire (Cucurbita moschata), qui semble originaire de l’Orient, se reconnaît aisément à ses feuilles très rudes, tachées de blanc et à cinq lobes aigus ; ses fruits, grands, d’un vert foncé puis jaunes, sont de formes très variables et portent des côtes longitudinales obtuses, plus ou moins prononcées.
Cette cucurbitacée se multiplie ordinairement par boutures, ou baraços comme disent les Madériens, que l’on plante le plus souvent en mars et en avril dans des fossés ou caseiras plus ou moins profonds. Le marcottage des baraços se pratique en les courbant à la base et en leur faisant prendre une direction opposée à celle qu’ils avaient. La propagation par graines est également en usage : les plantes peuvent rester à l’endroit même où elles ont levé ou être placées en un lieu plus approprié. Si la terre est convenablement ameublie, on se dispense parfois de creuser des fossés.
Les courges noires, connues aussi sous le nom de courges de Guinée, sont normalement sphériques, mais il en existe aussi d’elliptiques, d’obovales, de piriformes (abóbora cabeça) ou en forme de massue (abóbora da rocha, courge de falaise). Les côtes qui caractérisent la forme typique sont très peu prononcées sur certains de ces fruits.
S’il est exact, comme l’affirment les agriculteurs madériens, que les courges à fruits piriformes et claviformes reproduisent leurs caractères par la graine, elles devraient désormais constituer une variété, au lieu d’être considérées, comme elles l’ont été jusqu’ici, croyons-nous, comme de simples variations de la forme à fruits sphériques. La Courge berbère ou bédouine de Naudin correspond à la forme à fruits claviformes, tandis que la Melonée ou Courge muscade des Marseillais semble correspondre à la forme à fruits obovales.
La courge noire a besoin de treilles pour bien se développer, mais ici ou là nous la voyons croître et fructifier sans aucun support. Convenablement sélectionnée, elle donne des fruits très savoureux, que l’on mange cuits à l’eau et au sel quand ils sont tendres, ou en soupe une fois développés. La courge jaune cuite avec du riz est un plat très apprécié des Madériens. Bien que la fructification de la courge ait lieu surtout en septembre et en octobre, on peut dire que les courges ne manquent pas à la consommation de la population d’août à janvier.
La courge étant une plante monoïque, certains agriculteurs ont coutume de féconder artificiellement les fleurs femelles pour accroître la production. Les courges destinées à être consommées jaunes se cueillent lorsque le jaunissement est déjà bien visible et se placent dans des endroits ensoleillés. Si l’on prend la précaution de les retourner de temps à autre, leur conservation est assurée pendant longtemps.
La cucurbitacée dont nous parlons est une plante annuelle, comme les précédentes, mais elle peut exceptionnellement, et sans recourir à de nouveaux marcottages, durer deux ans, comme nous avons déjà eu l’occasion de l’observer.
3Courge Machado et boganga
La courge de Machado (Cucurbita Pepo), que l’on suppose originaire de la région de la mer Caspienne, se distingue de l’espèce précédente par ses feuilles dépourvues de taches blanches et par ses fruits portant dix côtes bien marquées. Les spécimens madériens entrent dans le groupe artificiel créé par Naudin des Citrouilles proprement dites, caractérisé par des fruits grands ou moyens, ovés, obovés ou elliptiques.
Cette espèce se reproduit uniquement par semis ; on met les graines en terre de janvier à mars. Ce n’est qu’exceptionnellement que l’on marcotte les plants. Les fruits sont le plus abondants d’août à octobre, et leur saveur est bien moins agréable que celle des courges noires.
La courge de Machado, que certains appellent courge de Catôa, est rare dans les parties basses de l’île et ne devient abondante qu’au-dessus de 150 ou 200 mètres. On la cultive dans des caseiras ou en dehors d’elles, et elle pousse parmi les cannaies, sur les murs ou appuyée sur des treilles. Selon Brotero, l’abóbora porqueira, l’abóbora menina, l’abóbora moganga et l’abóbora chita ou chilacaiota, cultivées au Portugal, sont des variétés de Cucurbita Pepo.
La bogangueira (cucurbita melanosperma), originaire d’Asie et introduite de Tenerife en 1836 ou 1837, est une espèce extrêmement répandue, au nord comme au sud de l’île. Ses feuilles sont à cinq lobes, parfois quelque peu rugueuses, avec des lobules peu profonds et arrondis ; ses fleurs sont jaunes et ses fruits grands et elliptiques, sans aucune côte. Richard Thomas Lowe admit dans cette espèce l’existence de deux variétés : la variété picta, aux fruits mouchetés de vert et de blanc, et la variété lactea, aux fruits entièrement blancs. Les Madériens appellent les fruits de la première variété bogangas rajadas (« bogangas rayées »), et ceux de la seconde bogangas brancas (« bogangas blanches »).
Le mot boganga, d’où dérive bogangueira, est exclusivement madérien et semble être une corruption de moganga, nom que l’on donne au Portugal à une sorte de courge. Toutefois, les mogangas étant produites, comme nous l’avons vu plus haut, par Cucurbita Pepo, tandis que les bogangas proviennent de Cucurbita melanosperma, comme nous l’avons également dit, il nous semble qu’il convient d’adopter le terme madérien, car on évite ainsi de confondre des espèces parfaitement distinctes. Dans certaines parties de Madère, on donne aux bogangas les noms d’abóboras moiras (« courges mauresques ») et d’abóbora de Tenerife (« courge de Tenerife »).
La bogangueira est très rustique ; elle se propage par semis ou par bouture et peut être cultivée dans des caseiras ou en tout autre endroit approprié. Elle se passe de tuteurs, car elle vient parfaitement à même le sol, mais elle exige le marcottage, tout comme la courge noire. On peut la planter ou la semer toute l’année, mais la meilleure époque pour ces opérations va de mars à octobre. Les fruits sont le plus abondants de juin à novembre, mais on en trouve aussi à d’autres mois de l’année.
La soupe de boganga est jugée fade, voire d’un goût désagréable, par la grande majorité des étrangers et des Portugais du continent qui visitent l’île ; les habitants, en revanche, et surtout les classes populaires, la mangent avec plaisir, en particulier lorsqu’on y ajoute des fèves, des haricots ou d’autres légumes. La confiserie que les Madériens appellent chila (confiserie faite des filaments des graines de courge) ou chilacaiota se prépare avec les filaments (funicules) des graines lorsque les fruits sont parfaitement mûrs.
4Chayote et pratiques générales de culture
La caiota (Sechium edule) est originaire d’Amérique centrale ; c’est la seule cucurbitacée vivace cultivée à Madère. Monoïque, elle a des tiges glabres, des feuilles rugueuses à la face supérieure, à 5-7 lobes, des fleurs blanches, d’un blanc verdâtre ou jaunes, et des fruits obovales ou obovales-claviformes, à une seule graine, le plus souvent un peu comprimés. Ces fruits, que l’on désigne du même nom que la plante, et aussi de celui de pepinelas, sont tantôt verts, tantôt blancs, plus ou moins hérissés de piquants à l’extérieur, et apparaissent durant l’automne et une partie de l’hiver. Leur saveur est agréable, surtout dans la variété verte ; on peut les manger en soupe ou cuits à l’eau salée, et l’on en fait aussi une confiture très semblable à celle de la boganga.
La caiota se propage par ses fruits entiers, que l’on plante dans de petites fosses en janvier et février. Quelques cultivateurs ont coutume de les placer dans leur position naturelle, mais le plus souvent on les enfonce dans la terre couchés, ou bien le germe vers le bas, car on dit que la racine, tubéreuse et très riche en fécule, prend ainsi de plus grandes proportions. Cette racine, quoique comestible, est peu utilisée à Madère.
La plante dont nous parlons est plus connue dans l’île sous le nom de pepinela que sous celui de caiota. En Amérique centrale et aux Antilles, on lui donne ce dernier nom, ainsi que celui de chocho. Comme le mot pepinela, authentiquement madérien, ne figure pas dans les dictionnaires de la langue, certaines personnes ont coutume d’appeler pimpinelas les fruits de la caiota, ce qui est évidemment une erreur : la pepinela appartient à la famille des cucurbitacées et la pimpinela à celle des ombellifères, et il n’existe entre les deux plantes ni affinités ni ressemblances d’aucune sorte.
La caiota fructifie rarement la première année, mais à partir de la deuxième elle donne des fruits abondants. Elle peut dans certains cas vivre plus de 10 ans, et il lui faut des treilles ou d’autres supports pour bien se développer. Avant d’être plantés, les fruits sont mis à germer, et l’on n’a coutume de les mettre en terre que lorsque les tiges ont atteint 20 à 30 centimètres de long, parfois davantage. Lorsque les fruits sont plantés à l’envers, il faut courber ces tiges pour qu’une partie en reste hors de terre.
Des cucurbitacées que nous avons mentionnées, seule la courge noire est largement cultivée à Porto Santo (« port saint ») ; on y trouve toutefois les melons, rares à Madère, et les pastèques, presque inconnues dans cette île.
En quelques points des environs de Funchal apparaissent la Cucurbita Pepo aurantia, aux fruits sphériques imitant des oranges, et une variété de Cucurbita maxima, que l’on appelle improprement abóbora menina, caractérisée par des péponides petits, déprimés et d’une forme très curieuse.
La culture de la calebasse, du concombre, des deux courges et de la boganga se fait toujours dans des terres convenablement fumées. On répand dans les rigoles ou les fosses du fumier d’enclos (curral) ou des broussailles, et ce n’est qu’ensuite que l’on procède aux semis ou à la plantation des boutures. Le marcottage de la courge et de la boganga, pratiqué généralement deux mois après la plantation, s’accompagne lui aussi de fumures.
Certains agriculteurs ont coutume d’étêter les tiges centrales lorsqu’elles ont atteint une certaine croissance, afin d’obtenir des rameaux latéraux plus vigoureux et plus productifs. Les rameaux de troisième ordre, appelés netos (« petits-fils »), sont largement supprimés, surtout sur les courges, pour fortifier les plantes et leur faire porter davantage de fruits. Sur le concombre, ce nettoyage ne se fait pas toujours, certains le jugeant nuisible à la plante.
La courge noire, la boganga et le concombre se sèment parfois dans des terres non fumées, les fumures n’étant alors apportées qu’au moment du marcottage. Chez les espèces qui se multiplient par boutures, celles-ci doivent être protégées par des couvertures tant qu’elles n’ont pas pris. Des arrosages fréquents sont très utiles pendant la saison chaude, mais ils peuvent nuire à la qualité des fruits à l’approche de la maturité. Lorsque deux fruits apparaissent près l’un de l’autre sur un rameau de courge, l’usage est d’en supprimer un pour que celui qui reste prenne plus de vigueur ; en revanche, l’écimage des rameaux fructifères ne se pratique sur aucune des cucurbitacées madériennes, les soins des cultivateurs se bornant à ôter les pousses inutiles à mesure qu’elles apparaissent.
La caiota se passe de fumure dans les jardins de Funchal, mais il n’en va pas toujours de même dans les terres épuisées des campagnes. Une fois les fosses fertilisées, on peut toutefois dire que la plante n’exige plus aucun soin, pourvu qu’elle dispose des treilles ou des supports dont elle a besoin pour étendre ses rameaux.
Dans cet article
Époque
Années citées · 01Lieu
Lieux cités · 03Étranger
- Funchal
Environs où poussent un Cucurbita pepo ressemblant à une orange et une variété de Cucurbita maxima.
Capitale de l’archipel et siège de la principale capitainerie, où commença le peuplement ; elle devint un bourg vers 1451–52. Sa baie, la plus large de l’archipel, s’étend entre Ponta do Garajau et Ponta da Cruz et offre un mouillage abrité, bien que son port n’eût jamais fait l’objet d’une étude océanographique. L’Elucidário présente Funchal comme une station climatique, avec des données sur son climat, et relate les troubles de janvier 1906, la visite du prince danois en mai 1846 et la présence de cônes volcaniques récents dans la région.
- Porto Santo
Île où seule la courge noire est largement cultivée, aux côtés des melons et des pastèques.
Île de l’archipel, peuplée en même temps que Madère et formant l’une des trois capitaineries. Elle a toujours constitué une seule paroisse, placée sous le vocable de Notre-Dame de Pitié, dont l’église fut pillée à plusieurs reprises. L’Elucidário relate le raid de pirates maures de 1617, évoque sa propre Misericórdia et un canal destiné à recueillir les eaux de pluie, construit sur cette île sujette à la sécheresse.
- Tenerife
Spain. Île d’où la boganga fut introduite à Madère en 1836 ou 1837.
Tenerife est l’une des îles Canaries. L’Elucidário mentionne son célèbre dragonnier de La Orotava, abattu par une tempête le 23 janvier 1868, l’introduction à Madère de la boganga depuis cette île en 1836 ou 1837, ainsi que le mélange qui s’y pratiquait entre le vin de Madère et un vin local bon marché. L’île fut aussi une terre d’origine d’immigrants canariens venus à Madère.
Personnes
Personnes citées · 04-
Botaniste portugais cité pour avoir considéré plusieurs courges portugaises comme des variétés de Cucurbita pepo.
- Carlos Azevedo de Meneses1863–1928
Coauteur de l’Elucidário, dont l’article paru dans une revue agricole sur les cucurbitacées madériennes est reproduit dans cette notice.
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Botaniste dont la classification des formes de courges est citée pour établir des correspondances avec les variétés madériennes.
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Naturaliste qui distingua deux variétés de boganga, picta et lactea.