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Article nº 3833 Donataire, gouverneur ou dirigeant Vol. III · p. 654–666 33 min de lecture

Zarco (João Gonçalves)

Titre original: Zargo (João Gonçalves)

João Gonçalves Zarco (ou Zargo), découvreur de Madère et premier capitaine-donataire de Funchal : l’orthographe et l’origine de son nom, son lieu de naissance incertain, son ascendance noble et son service auprès du prince Henri à Ceuta et à Tanger, ses résidences et son gouvernement de la capitainerie, sa famille et ses armoiries, sa mort (établie en 1467) et sa sépulture au couvent Sainte-Claire, les objets qui lui sont attribués, dont son épée contestée, la statue de Francisco Franco inaugurée en 1934 et l’épopée « L’Épopée de Zarco ».

Zarco (João Gonçalves)

1Importance de la découverte et nom Zarco ou Zargo

João Gonçalves Zarco fut une figure homérique des débuts de nos entreprises et de nos navigations maritimes. Il conduisit la plus importante découverte qu’aient accomplie les marins portugais dans le premier quart du XVe siècle, sous l’impulsion féconde et glorieuse du grand Infant, Henri le Navigateur. La découverte de Madère est la grande stèle commémorative (padrão) impérissable qui marque véritablement le début prometteur de notre odyssée de navigateurs. Elle ne représente pas seulement une remarquable expansion territoriale de nos possessions en tant que nation : elle signale surtout notre première grande conquête en tant que navigateurs et futurs maîtres des mers.

Le nom de l’illustre navigateur reste indissolublement lié à ce fait grandiose de notre histoire. On n’a guère mis en relief l’influence que cette grande découverte exerça sur la poursuite de nos entreprises maritimes, mais on ne saurait douter qu’elle fut des plus remarquables. Le découvreur et premier colonisateur de Madère doit donc occuper une place de choix dans les pages les plus brillantes de nos chroniques maritimes.

Gonçalo Velho Cabral, qui découvrit les îles de São Miguel et de Santa Maria, s’est acquis un nom plus auréolé dans l’histoire, car un éminent biographe a retracé en détail son profil de navigateur, au prix d’un vaste travail de recherche historique, avec ce soin minutieux qu’un descendant fier de ses aïeux met à exalter les exploits de ses ancêtres. João Gonçalves Zarco n’eut pas de descendant pour écrire sa biographie, et l’on ne fit à son sujet aucune recherche dans les archives publiques, hormis le peu que le docteur Álvaro Rodrigues de Azevedo trouva dans les documents conservés au greffe municipal de cette ville. Il en résulte une remarquable pénurie de renseignements sur le grand navigateur, et il est extrêmement difficile de tenter une modeste esquisse biographique où les traits les plus caractéristiques de sa figure de guerrier, de navigateur et de colonisateur soient au moins ébauchés dans leurs grandes lignes (1921).

Zarco ou Zargo ? À cette question, l’érudit commentateur de Frutuoso, qui était aussi un philologue distingué, répond que la première forme est la plus authentique pour écrire ce nom de famille et qu’elle a pour elle les auteurs les plus estimés, mais qu’elle est devenue désuète et que l’usage a adopté la seconde. Nous avons consulté les plus anciens chroniqueurs et écrivains qui se sont occupés, même sommairement, du découvreur de notre archipel, tels que Gomes Eanes de Zurara, João de Barros et Damião de Góis : nous avons constaté que tous écrivirent Zarco, et que les relations des voyages de Diogo Gomes, contemporain de Henri le Navigateur, et d’Alvise Cadamosto (1450) adoptent une graphie identique. Dans une lettre royale (carta régia) d’Alphonse V, de l’année 1449, on lit la forme très archaïque de Zarquo, qui correspond à celle de Zarco adoptée par nos anciens chroniqueurs. Le célèbre historien des îles, qui rédigea son œuvre dans le dernier quart du XVIe siècle, emploie la forme déjà modernisée de Zargo ; il faut tenir pour une erreur du copiste ou une faute d’impression la graphie Zarco que l’on rencontre à deux ou trois endroits des Saudades, alors qu’il est certain que Gaspar Frutuoso écrit Zargo bien des dizaines, et peut-être des centaines de fois. Ce fut aussi la graphie toujours adoptée par l’annotateur de cet ouvrage. Toutes les raisons incitent à suivre aujourd’hui la forme orthographique qu’employèrent l’illustre auteur des Saudades da Terra (« Nostalgie de la terre natale ») et son érudit commentateur.

Quelle est l’origine du nom de famille Zarco ou Zargo, que porta l’illustre découvreur de Madère ? João de Barros, puis Damião de Góis, dans le sillage desquels marcha le chroniqueur des îles Gaspar Frutuoso, affirmèrent que Zarco ou Zargo était un surnom né d’un fait héroïque accompli par le navigateur, et non un nom de famille hérité de sa noble ascendance. Le savant annotateur des Saudades ne partage pas l’avis de ces chroniqueurs : selon lui, les versions données par Frutuoso ne peuvent être tenues pour vraies et ne sont qu’un exemple de plus du procédé général suivi dans l’invention des légendes, qui consiste à personnifier et à décomposer en une fable, plus ou moins vraisemblable, le nom propre dont l’origine est inconnue. À l’appui de son assertion, il cite quelques anciens nobiliaires où l’ascendance du découvreur figure sous le nom de Zarco ou Zargo.

Il ne sera pas tout à fait hors de propos de rapporter ici, bien que très sommairement, les versions présentées par Gaspar Frutuoso et que nous avons évoquées plus haut. Lors de l’un de nos affrontements au Maroc, un Maure, cavalier hardi et adroit, défia l’un des guerriers portugais en un combat acharné ; celui-ci fut vaincu, payant héroïquement de sa vie sa bravoure extrême. Un autre cavalier portugais, et semble-t-il quelques autres encore, lui succédèrent dans ce combat opiniâtre, et tous connurent le même sort funeste, si bien que le capitaine de notre place forte refusa que d’autres vies fussent sacrifiées à la fureur féroce de ce Maure endiablé. Paraît alors un cavalier qui ne s’était pas encore signalé par sa valeur, et qui supplia avec les plus vives instances qu’on lui permît d’affronter le Maure victorieux. Écoutons à présent l’auteur des Saudades, dans son style naïf et pittoresque : « Et aussitôt le soldat demanda le cheval d’un cavalier, qu’il choisit à cet effet ; et, le montant, la targe au bras et dans l’autre main un morceau de bois, il marcha vers le Maure, qui, le voyant escarmoucher, vint à lui fort orgueilleux. Et chaque fois que celui-ci voulait frapper le chrétien, ce dernier ne faisait rien d’autre que d’écarter de lui la lance du Maure, ce qu’il fit jusqu’à ce que, dès qu’il vit le moment et l’occasion, lançant vivement son cheval sur le Maure, il lui assena à découvert un si grand coup que, l’ayant étourdi, il le prit par les cheveux et le livra prisonnier au capitaine ; par lequel exploit il fut dès lors connu du roi. De ce vaillant soldat, dit-on, descendit João Gonçalves le Zargo, son fils ou petit-fils ; et d’autres disent que ce fait d’armes fut accompli par ce même João Gonçalves ; et parce que le Maure que lui, ou son père, ou son aïeul tua s’appelait Zargo, ce même nom de famille et ce nom leur restèrent, ou lui restèrent. »

Notre première conquête africaine ayant eu lieu en 1415 et Madère ayant été découverte quatre ou cinq ans plus tard, il est difficile de croire que le grand-père du découvreur, sans doute déjà fort avancé en âge à cette époque, ait pu être le héros de cet exploit. Il serait plus vraisemblable de l’attribuer au père, et bien plus encore au navigateur lui-même ; mais il semble que le chroniqueur lui-même n’y ait guère accordé de crédit, car il ajoute à son récit ces mots : « l’information que je tiens de l’île de Madère raconte ce commencement d’une autre manière :... ». Aussitôt après, il nous dit qu’au siège de Tanger « Zargo se montra si bon chevalier qu’il donna des preuves de sa grande vaillance, combattant valeureusement sous les yeux des Infants, qui pour cette raison l’estimaient beaucoup. En ce lieu et dans ce combat, il fut blessé à un œil par un carreau d’arbalète que lui tirèrent les ennemis, et ils lui crevèrent un œil. Et comme en ce temps-là on appelait zargo celui qui n’avait qu’un œil, ce nom lui resta comme insigne et honneur de sa chevalerie ; car il y donna de telles preuves et s’y distingua comme un si bon chevalier que son courage et son habileté à la guerre ne furent pas d’un faible secours pour permettre à l’infant Henri le Navigateur de se sauver et de regagner la mer, alors que l’infant Ferdinand restait déjà captif par trahison et par ruse, comme le rapporte abondamment la Chronica d’El-Rey D. Duarte ».

Frère Francisco Brandão écrit dans la Monarchia Lusitana : « Il n’y a pas lieu d’accepter l’explication que le docteur Gaspar Fructuoso donne dans l’histoire des Îles, disant qu’il s’appelait.... Zarco par surnom, parce qu’il était borgne ou parce qu’il avait tué en Afrique un Maure qui s’appelait Zarco.... ».

Toujours au sujet de l’origine du nom de famille du découvreur, l’une des notes des Saudades reproduit le passage suivant d’un ouvrage généalogique de José Freire Monterroio Mascarenhas : « La famille Zarco est presque aussi ancienne que le Royaume, car dès le XIIe siècle on en trouve des mentions dans ses archives. Bien que nous sachions qu’il existe un lugar dans la province de l’Alentejo, près du bourg de Viana, portant le nom de Zarco, il nous a toujours paru qu’elle n’en tira pas son nom, et que celui-ci ne provenait pas d’un manoir, mais d’un surnom ; car ce mot zarco, en castillan comme en portugais, désigne l’homme aux yeux verdâtres, ce qu’Antonio de Nebrixa, dans son Diccionário, explique en latin par le mot glaucus ; Jeronymo Cardoso dit de même dans son Vocabulário, ainsi qu’Ambrosio Calepino dans son Diccionario ; et c’est ainsi qu’il fut donné comme surnom à une personne, de qui il passa comme nom à ses descendants ».

2Lieu et date de naissance, et ascendance

Le lieu de naissance de João Gonçalves Zargo nous est resté inconnu. Le docteur Álvaro de Azevedo écrit « que les auteurs doutent de sa terre natale : les uns veulent qu’il soit né à Tomar, parce que la famille des Zarcos y possédait un domaine, comme le dit le chroniqueur Brandão ; d’autres à Lisbonne ; et quelques-uns à Matosinhos ou à Porto, où, selon Lousada, les Zarcos avaient une chapelle.

Quelques-uns des anciens nobiliaires madériens font naître Zargo à Matosinhos, et l’écrivain Francisco Manuel de Melo, descendant du découvreur, affirme lui aussi qu’il était originaire de cette localité. Le troisième capitaine-donataire (capitão-donatário) de Funchal, Simão Gonçalves da Câmara, petit-fils du découvreur, quitta sa capitainerie et s’établit à Matosinhos, où il mourut en 1530 (tome I, page 207). On conjecture que le fait d’en être peut-être originaire, des traditions familiales ou des biens que la famille possédait en ce lieu déterminèrent sa retraite en ce point du continent. Tous ces motifs ne constituent pas des preuves concluantes en faveur de la naissance du grand navigateur à Matosinhos, mais ce sont assurément des présomptions dignes de toute considération. Ajoutons qu’on nous a encore assuré il y a peu qu’il existe dans cette localité une tradition selon laquelle le découvreur de cet archipel y serait né.

Quelle est la date exacte de sa naissance ? On lit dans l’une des annotations à l’œuvre de Frutuoso : « on ne sait pas au juste en quelles années vécut João Gonçalves Zarco. Du fait qu’il était jeune homme en 1419 et que son fils aîné, João Gonçalves da Câmara, mourut à quatre-vingt-sept ans en… mars 1501, et naquit donc en 1414, nous inférons que Zargo naquit vers 1395 ». Il nous semble qu’il faut placer la naissance de Zargo peu après 1390, ce qui lui donnerait entre 25 et 30 ans au moment de la découverte, puisque certains chroniqueurs le considèrent alors comme un jeune homme encore peu avancé en âge. N’oublions pas qu’il s’était déjà distingué comme navigateur et s’était conduit héroïquement lors du second siège de Ceuta.

S’il faut en croire le généalogiste Freire Mascarenhas, déjà cité, João Gonçalves Zarco était le fils de Gonçalo Esteves Zarco et de dona Brites, fille de João Afonso, de Santarém, intendant (vedor) de la maison du roi Jean Ier. Gonçalo Esteves, qui vécut sous les règnes d’Alphonse IV, de Pierre Ier et de Ferdinand, était le fils d’Estêvão Pires Zarco, qui se disait avocat (Vogado) dans la maison du roi et exerça d’importantes charges dans la magistrature.

Certes, le nom du navigateur Gonçalves Zargo ne gagne pas un surcroît de gloire à avoir d’illustres aïeux et à appartenir à une famille de traditions nobles, chose d’ailleurs capitale à l’époque ; mais la vérité oblige à dire que le découvreur de l’archipel était de noble lignée et qu’à ce titre il fréquentait comme familier la maison de l’infant dom Henri, Henri le Navigateur. Les vieux chroniqueurs Eanes de Azurara et João de Barros le disent, l’historien des îles l’affirme, et on lit la même chose dans les généalogies madériennes les plus anciennes et les plus dignes de foi. Dans un nobiliaire de José Freire Monterroio de Mascarenhas, dont le manuscrit se trouve à la Bibliothèque publique de Lisbonne et que nous avons cité plus haut, figure une généalogie de Zargo qui fait remonter au XIIe siècle les ascendants connus de l’illustre navigateur. À notre sens, l’une des preuves les plus complètes de son origine noble est son mariage avec dona Constança Rodrigues de Sá, fille de Rodrigo Aires de Sá, qui fut représentant du Portugal à Rome et y épousa dona Cecília Colona, fille du marquis et prince de Colona, de l’une des familles les plus anciennes, les plus nobles et les plus considérées du patriciat romain. Un éminent chercheur du continent vient encore de nous le confirmer, après plusieurs recherches menées dans de vieux documents faisant autorité (1921). Il faut noter qu’un mariage contracté à cette époque dans de telles conditions, alors que Zargo n’avait pas encore acquis la renommée d’illustre découvreur et n’était pas l’opulent capitaine-donataire de Funchal, n’aurait pu se faire que si l’époux était une personne de qualité et d’ascendance noble avérée. Aires de Sá, qui ne perd aucune occasion d’exalter hyperboliquement les mérites du découvreur des Açores et qui, avec une injustice manifeste, parle parfois du découvreur de Madère, dit que João Gonçalves Zargo « était un homme d’origine modeste… qui réussit à s’élever dans la maison de l’infant dom Henri et qui devient colon » ; mais la vérité est qu’il n’apporte aucune preuve à l’appui de son affirmation, laquelle se trouve d’ailleurs en contradiction formelle avec ce que disent les chroniqueurs, les nobiliaires et les usages de l’époque.

3Carrière et résidences à Funchal

Selon le généalogiste Freire Monterroio, déjà cité, Gonçalves Zargo commença « tout jeune à servir l’infant dom Henrique » et fit donc un long apprentissage à l’école de cet illustre et bienfaisant prince. Zargo se distingua comme navigateur et accomplit plusieurs voyages le long de la côte africaine, qui était alors l’épreuve reconnue, l’apprentissage ardu et éprouvé de nos hardis marins. Certains écrivains, parmi lesquels Francisco Manuel de Melo, affirment que l’illustre navigateur fut le premier à introduire sur ses navires l’usage des pièces d’artillerie ; ce perfectionnement de l’art de la guerre sur l’océan serait donc dû à son génie inventif et à son ardeur guerrière. Il exerça la charge de capitaine (capitão) des côtes maritimes de l’Algarve et livra en mer plusieurs combats contre les Maures et les Castillans, faisant toujours preuve d’une extrême vaillance.

Le découvreur de Madère se distingua aussi comme soldat vaillant et audacieux, et les chroniques nous ont laissé des mentions très élogieuses de sa conduite héroïque à Ceuta et à Tanger. Dans la première de ces places fortes, il fut armé chevalier, et lors de la désastreuse affaire de Tanger il contribua grandement à ce que l’embarquement de l’infant dom Henrique se fît à l’abri des assauts des Maures. Frutuoso écrit à ce sujet : « grâce à l’habileté et à l’effort de ce chevalier João Gonçalves le Zargo, l’infant dom Henrique se retira et embarqua sur les navires qui se tenaient en mer à cet effet, le Zarco restant toujours à terre pour recueillir les gens qu’il put et soutenant vaillamment l’élan et le poids des Maures, qui fondaient sur lui pour atteindre l’Infant. Et, une fois rembarqués avec la perte de nombreux Portugais, João Gonçalves se retira grièvement blessé, à grand-peine et au péril de sa vie, les Maures étant innombrables. Pour ce grand service que ce magnanime João Gonçalves le Zargo rendit à l’Infant, et pour d’autres qu’il avait rendus au Roi, on le tenait en grande estime, et le Roi lui confiait des charges d’importance, où il se montrait toujours très chevaleresque ». Ses descendants perpétuèrent les glorieuses traditions paternelles : nombre d’entre eux, et surtout ses successeurs à la tête de la capitainerie, se distinguèrent vaillamment dans les places fortes d’Afrique, comme nous l’avons déjà rapporté dans les articles que nous leur avons consacrés dans le premier volume de cet ouvrage (1921).

Peu après la découverte de cet archipel et le partage des capitaineries, Gonçalves Zargo s’établit à Funchal avec sa femme et ses enfants et entreprit le peuplement et la colonisation de sa capitainerie donataire (donataria). « Le capitaine João Gonçalves Zargo, disent les Saudades…, abritant les navires près des îlots qui se trouvent au cap de ce lieu, parce qu’il y avait là une belle anse, résolut de faire à terre sa demeure de bois, qu’il fit aussitôt bâtir tout contre la mer, en un lieu élevé, où l’épouse du capitaine (capitoa, femme du capitaine-donataire) Constança Rodrigues fonda plus tard une église de Santa Catharina. » C’est près de ce petit sanctuaire que Zargo eut sa première demeure, sans doute une habitation plus que modeste et inconfortable, construite en bois, de plain-pied et dépourvue de tout apparat architectural, comme le furent toutes les premières maisons bâties chez nous.

Nous avons déjà dit ailleurs que c’est dans la retraite solitaire de Santa Catarina que Zargo dirigea les premiers travaux de la colonisation et jeta les fondements du futur bourg (vila), qui progressa rapidement et atteignit de son vivant même un développement remarquable. Il y rêvait sans doute au progrès de la capitainerie dont il était le donataire (donatário) et à la grandeur de la maison qu’il avait fondée, entrevoyant dans un avenir proche les honneurs et les privilèges dont seraient comblés ses descendants et successeurs. Peut-être avait-il deviné que le monarque le récompenserait par les marques de la noblesse et le droit de porter des armoiries, voyant déjà les parchemins de ses petits-fils ornés de la couronne de comte et de grand du Royaume, en hommage aux services rendus par leur aïeul…

Quelques années plus tard, le découvreur transféra sa résidence sur la rive gauche du torrent, au pied de la colline qui prit plus tard le nom de Pico dos Frias (« pic des Frias »), près de la chapelle qu’il y avait édifiée sous le vocable de São Paulo ; on affirme que ce fut la première maison d’habitation bâtie en pierre à Funchal.

Son établissement définitif, où il passa la plus grande partie de sa vie, se trouvait dans les environs immédiats du lieu où il fit élever l’église de la Conceição de Cima. Un ancien manuscrit rapporte : « il résolut aussi de se faire une demeure, comme il le fit sur une hauteur qui domine la vallée de Funchal, juste en face d’une église de Nossa Senhora da Conceição destinée à servir de caveau de famille pour lui et les siens ». C’est l’actuelle église Sainte-Claire (Santa Clara), et sa résidence est l’ancien manoir des titulaires du majorat Lomelino, connu aujourd’hui sous le nom de Quinta das Cruzes (« domaine des Croix »), comme on peut le voir plus en détail dans l’article Demeures de Zargo, à la page 395 du IIe volume de cet ouvrage, auquel nous renvoyons le lecteur.

4Gouvernement de la capitainerie

On sait que João Gonçalves Zarco se consacra avec ardeur à la colonisation de sa capitainerie, dont le chef-lieu gagna rapidement en importance. Un quart de siècle après le début de son peuplement, du vivant même du découvreur, il fut élevé au rang de bourg (vila), et quelque cinquante ans plus tard il reçut les privilèges de cité, par ordonnance royale (alvará régio) du 21 août 1508. On connaît peu de chose, dans le détail, du gouvernement du premier donataire, mais on ne sait rien non plus qui puisse discréditer l’administration publique de sa capitainerie. Une accusation a cependant été portée contre lui : celle d’avoir allumé l’incendie dévorant qui détruisit une part considérable de la forêt primitive et luxuriante couvrant cette île depuis le rivage de l’océan jusqu’aux crêtes des montagnes. Ce fait, relaté avec quelque développement à la page 140 du 2e volume de l’Elucidário, fut certainement une témérité hasardeuse, dont les premiers colons ne surent peut-être pas mesurer les funestes conséquences. Mais il est certain aussi qu’une colonisation rapide et étendue imposait l’impérieuse nécessité de détruire en partie ces fourrés épais et impénétrables, que seul un incendie pouvait réduire aux proportions indispensables pour permettre une exploitation agricole immédiate. Selon João de Barros, il semble que cet incendie, par la vaste étendue sur laquelle il se propagea, causa de sérieux dommages et embarras à la colonisation primitive ; il est également indubitable que Madère se repeupla rapidement d’essences forestières et se couvrit en peu de temps d’une végétation vaste et opulente. C’est du 1er novembre 1450 que date la lettre de donation (carta de doação) par laquelle Henri le Navigateur accorda à João Gonçalves Zarco la capitainerie de Funchal, qui, aux termes de cette même lettre, devait se transmettre à ses successeurs directs. Cette lettre de l’Infant fut confirmée par les lettres royales du 25 novembre 1451 et du 16 août 1461. Les privilèges et prérogatives accordés par ces actes étaient pour l’essentiel les mêmes que ceux consignés dans les lettres de donation faites aux donataires Tristão Vaz Teixeira et Bartolomeu Perestrelo. Les attributions des donataires étaient d’une latitude excessive et même extrêmement discrétionnaires, car ils détenaient toute la juridiction civile et criminelle, à l’exception de l’application de la peine de mort ou de la mutilation. Ils étaient seigneurs de l’eau et du vent, c’est-à-dire qu’eux seuls pouvaient posséder des moulins à vent ou à eau ; leur étaient aussi réservés les droits de fabrication du pain et de vente du sel. Ils percevaient en outre la dixième partie des revenus destinés à l’Infant et jouissaient de l’importante prérogative de distribuer les terres incultes. Tout cela procurait aux capitaines-donataires de Funchal un revenu annuel considérable, et la maison des donataires de cette capitainerie devint l’une des plus opulentes du pays. Le 4e descendant de Zarco et 5e donataire fut fait comte de Calheta et grand du royaume. Les donataires de Funchal se firent construire un palais à Lisbonne pour y résider et vivaient avec un grand faste dans la capitale. Nous n’avons pas connaissance que Gonçalves Zarco se soit réservé dans cette île, pour lui-même ou pour ses successeurs dans la capitainerie donataire (donataria), des terres ou des biens fonciers ; mais on sait qu’il fit donation à ses autres enfants et à ses gendres de vastes territoires, comme celui de la Lombada (« longue croupe »), à Ponta do Sol (« pointe du Soleil ») (volume II, page 277), et d’autres encore.

Parmi les premiers donataires de Madère, Zarco fut celui qui jouit du plus grand prestige et de la plus grande influence, grâce sans doute aux qualités personnelles qui se réunissaient en lui, et pas seulement au fait d’être de plus haute condition que Tristão Vaz Teixeira, comme le dit Barros dans sa première Décade. Le choix même de la capitainerie semble déjà révéler la supériorité du donataire de Funchal. Les conditions particulières du chef-lieu de la capitainerie donataire – son admirable situation, l’ampleur du lieu-dit (sítio) pour le développement d’une agglomération populeuse, l’étendue du port, la fertilité du sol, le pittoresque du lugar (agglomération d’un rang intermédiaire entre le bourg et la paroisse) et la douceur du climat –, comparées à l’infériorité flagrante de l’autre capitainerie de Madère quant à la nature des terrains, au climat, au manque de plages et de débarcadères, à la difficulté des communications, etc., ne laissent aucun doute sur les préférences accordées à Gonçalves Zarco dans le partage de la terre découverte par les deux navigateurs. Par la suite, avec le développement rapide et remarquable de Funchal, l’influence des donataires de cette capitainerie ne cessa de croître. Ils en abusaient parfois, étendant leur juridiction aux autres capitaineries donataires et empiétant manifestement sur les attributions d’autrui, ce à quoi contribuait pour une bonne part l’administration désastreuse des capitaines-donataires de Machico et de Porto Santo (« port saint »). Cela était dans une certaine mesure sanctionné par les gouvernements de la métropole, qui ne réprimaient pas ces abus et qui, dans des documents officiels, appelaient le donataire de Funchal le capitaine de l’île, comme si la capitainerie de Machico n’existait pas.

5Famille, descendants et armoiries

Comme nous l’avons indiqué plus haut, João Gonçalves Zargo épousa Constança Rodrigues de Sá ou de Almeida, qui, selon les généalogistes les plus autorisés, était la fille de Rodrigo Aires de Sá, ambassadeur du Portugal à Rome, et de Cecília Colona, de la très noble famille romaine des marquis de Colona. On lit à son sujet dans un article nobiliaire : « Famille patricienne romaine, dont l’origine remonte à Pietro de Colona, seigneur d’un château près de Rome, qui vécut vers 1100. Son arrière-arrière-petit-fils Seiarra de Colona fut élevé au rang de marquis en 1289 ; ses descendants furent plus tard faits princes de Colona et de Palestrina, ainsi que grands d’Espagne, et elle compte parmi les familles italiennes de la plus haute lignée.... » Selon toute vraisemblance, et d’après les généalogies que nous avons pu consulter, le découvreur de notre archipel, lorsqu’il vint entreprendre les travaux de colonisation, amena avec lui sa femme Constança Rodrigues de Sá, son fils aîné João Gonçalves da Câmara et sa fille Helena Gonçalves da Câmara ; le troisième fils, Rui Gonçalves da Câmara, 3e capitaine-donataire (capitão-donatário) de l’île de São Miguel, était très probablement déjà né à Madère. Dans l’article Fils et gendres de Zargo (volume II, page 31), nous nous sommes déjà occupés, quoique brièvement, des premiers descendants du découvreur, et nous y renvoyons nos lecteurs. Nous devons seulement rectifier ici l’information relative à Garcia Gonçalves da Câmara, qui est fils légitime de João Gonçalves Zargo et de Constança Rodrigues, et non fils naturel de l’illustre navigateur, comme on le lit dans cet article : cette information provenait d’une source moins autorisée, que nous tenions alors pour digne de foi. Dans l’article Donataires, nous avons rendu compte de la succession immédiate des capitaines-donataires de Funchal, descendants en ligne directe du découvreur jusqu’à la domination philippine, et nous avons consacré à chacun d’eux un article particulier assez développé, aux pages 201 et suivantes du 1er volume de cet ouvrage.

Zargo eut une descendance nombreuse et brillante, qui se répandit à Madère, aux Açores, au Brésil et au Portugal continental ; certains de ses membres furent à l’origine d’illustres maisons titrées. L’un de ses descendants, le grand écrivain dom Francisco Manuel de Melo, écrit :

« .... João Gonsalves Zarco, homme fameux parmi les nôtres, car, sans compter les maisons plus anciennes dont on ne garde pas mémoire faute de certitude, nous avons eu au Portugal peu d’hommes d’une descendance aussi opulente : trois comtes de ce nom, Calheta, Vila Franca et Atouguia, lui doivent leur lignée masculine..... Et par mariages, 21 titres de ce royaume procèdent de João Gonsalves. » Alphonse V, par un diplôme du 4 juillet 1460, accorda à l’illustre découvreur l’usage d’armoiries, que le même diplôme décrit ainsi : « un écu noir et au pied une montagne verte sur laquelle est assise et placée une tour d’argent entre deux loups d’or... ». Dans cette lettre royale (carta régia), le découvreur est désigné sous le nom de João Gonçalves de Câmara de Lobos (« repaire des phoques »), et ses successeurs auraient dû le porter ainsi, ce qui, en vérité, ne semble pas s’être produit, pas même chez Zargo lui-même. De ses armoiries, de l’erreur historique qu’on y relève, du nom de famille Câmara porté par ses descendants, etc., nous avons déjà dit l’essentiel dans l’article Câmara, à la page 198 du volume I de cet Elucidário.

6Mort et sépulture

Gonçalves Zargo mourut à un âge très avancé. Un ancien manuscrit le dit de façon pittoresque : « Il parvint à une si grande vieillesse qu’il se faisait porter dans les bras de ses hommes pour prendre le soleil couchant, qui le fortifiait beaucoup. De là, il réglait les affaires de sa juridiction, gouvernant et rendant la justice avec un entendement intact, sans jamais connaître la faiblesse d’esprit de l’homme décrépit. » Certains anciens nobiliaires donnent le navigateur pour mort en 1451, d’autres en 1461, et un autre encore en 1471. On ne sait rien de certain à ce sujet. L’année 1451 ne peut être admise, car la lettre royale (carta régia) du 4 juillet 1460 montre que Zargo vivait encore cette année-là. La date de 1461, tenue pour la plus probable, est celle qui s’accorde le mieux avec les 40 années d’administration de la capitainerie que lui attribua l’historien des îles. D’autre part, si nous admettons qu’il naquit entre 1390 et 1395, comme nous le disons plus haut, il faudrait supposer qu’il avait de 66 à 71 ans au moment de sa mort, ce qui ne correspond certainement pas à l’âge avancé dont parlent les chroniqueurs, surtout pour cette époque. Si l’on retient 1471 comme année de sa mort et 1390 comme celle de sa naissance, il aurait atteint 81 ans, et l’affirmation unanime des chroniqueurs sur sa décrépitude serait alors entièrement justifiée. On peut aussi avancer qu’il serait peut-être né avant 1390, et dans ce cas les dates de 1451 et de 1461 auraient elles aussi leur justification possible. Ce ne sont là que de simples conjectures : il n’existe pas, pour l’heure, d’éléments qui nous permettent de fixer avec précision l’année de la mort du grand découvreur.

« Il plut à Dieu de le rappeler à lui, dit le manuscrit cité, après qu’il eut gouverné l’île.... non comme son seigneur, mais comme le père et le compagnon de tous ses habitants. » La dépouille mortelle du découvreur fut inhumée dans l’église de la Conceição de Cima, aujourd’hui église Sainte-Claire (Santa Clara), qu’il avait fait élever pour lui servir de caveau de famille, à lui et à ses descendants. Le tombeau de Zargo se trouvait dans le chœur, selon l’usage généralement suivi pour les fondateurs et patrons des églises. On lit quelque part « que l’ouvrage fut disposé de telle sorte que la sépulture.... se trouva au milieu du chœur, surmontée d’un tombeau de pierre si haut qu’il la rend singulièrement vénérable et respectable ». On dit que, bien des années plus tard, les religieuses obtinrent l’enlèvement de ce fastueux mausolée, qui leur masquait la vue de l’autel ; c’est peut-être à cette occasion que l’on procéda à la translation des cendres du découvreur de Madère dans le caveau de son gendre Martins Mendes de Vasconcelos.

Nous inclinons à croire que cet attentat – l’enlèvement du mausolée et la translation des restes du découvreur –, s’il eut réellement lieu, dut se produire sous la domination philippine, lorsque les donataires de Funchal cessèrent de résider dans l’île et n’exercèrent plus qu’un gouvernement purement honorifique ; il est en effet difficile de croire qu’ils auraient permis cette profanation de la sépulture de leur illustre ancêtre, fondateur de l’opulente maison dont ils jouissaient. Le commentateur de Frutuoso rapporte que le sarcophage de Martim Mendes de Vasconcelos porte une inscription en capitales gothiques, illisible tant elle est usée, et que l’on voit sur le pavement voisin une grande dalle de marbre portant l’épitaphe suivante :

Sépulture du capitaine Gaspar Mendes de Vasconcelos, qui la fit faire pour lui et ses héritiers, la première dalle qui fut posée ici ayant été retirée, comme descendant du premier Martim Mendes de Vasconcelos, qui gît ici et qui vint en cette île épouser Elena Gonçalves da Câmara, fille de João Gonçalves Zarco, son découvreur. Elle fut faite en l’an 1710

Cette épitaphe ne fait aucune référence aux cendres du découvreur, et l’inscription en lettres gothiques ne le concerne pas davantage, semble-t-il, d’après ce que nous a dit la personne qui tenta de la déchiffrer. Se rapporte-t-elle à Martim Mendes de Vasconcelos ? Certains ont même supposé que la dalle vint du Portugal et qu’elle y couvrait la sépulture d’un ascendant du gendre de Zargo. Lorsqu’en mars 1919 on souleva le plancher du chœur de l’église Sainte-Claire, on y découvrit deux dalles funéraires portant des épitaphes relatives aux 2e, 3e et 5e capitaines-donataires de Funchal, comme nous l’avons déjà relaté aux pages 217 et suivantes du IIe volume de cet ouvrage. On n’y trouva rien qui concernât le découvreur.

7Monuments, objets attribués à Zargo et « L’Épopée de Zarco »

La chapelle Sainte-Catherine (Santa Catarina), la chapelle Saint-Paul (São Paulo), la Quinta das Cruzes (« domaine des Croix ») et tout particulièrement l’église de Santa Clara sont des monuments modestes mais mémorables, qui rappellent avec éloquence le découvreur et la découverte de Madère. Ces édifices doivent inspirer aux pouvoirs publics, et surtout aux corps administratifs qui ont leur siège à Funchal, le respect et la vénération que l’on témoigne partout aux objets et aux choses intimement liés à la vie des hommes illustres. Il leur incombe la très grave obligation de conserver ces édifices et de les préserver, autant que possible, des outrages du temps. Et, comme nous l’avons déjà dit en d’autres pages de ce livre, l’occasion est bien choisie pour évoquer tout particulièrement l’épée à deux mains (montante) de João Gonçalves Zargo, toujours conservée dans la maison des Cruzes. Une tradition constante, transmise de génération en génération au sein de la famille qui la possédait, l’attribue sans aucun doute à l’illustre découvreur. Elle fut toujours considérée comme telle, et la profonde vénération dont cette relique fut entourée en ce lieu de tout temps confirme encore davantage la véracité de son origine. C’est une arme ancienne, destinée à être maniée des deux mains, et dont la facture n’a rien de remarquable. Elle n’a certes aucune valeur intrinsèque ou artistique, mais elle vaut beaucoup par ses quelque cinq cents ans d’existence et, plus que tout, pour avoir appartenu au grand navigateur qui découvrit cet archipel. C’est peut-être l’épée que Gonçalves Zargo brandit au Maroc lors de ses assauts contre les Maures, où il gagna sa renommée de chevalier vaillant et audacieux. Cette relique vénérable se trouve dans notre ville entre les mains d’un étranger, qui la conserve avec toute l’estime qu’elle mérite. Elle devrait pourtant être en possession du conseil municipal (Câmara Municipal) de la ville. Il revient à ce corps administratif d’en promouvoir l’acquisition et de la garder religieusement dans ses archives, jusqu’à ce qu’elle puisse figurer dignement au musée d’art et d’antiquités qui devra nécessairement être fondé un jour dans cette ville (1921).

L’idée d’ériger dans cette ville un monument à l’illustre découvreur de Madère est ancienne, mais jamais on n’ébaucha la moindre tentative sérieuse pour la concrétiser et acquitter ainsi la dette contractée envers sa glorieuse mémoire. C’est en 1918 que le Conseil général du district (Junta Geral) fit exécuter la maquette de la statue de Zargo, qui doit s’élever sur l’avenue du Docteur Manuel de Arriaga, dans le prolongement de l’Entrada da Cidade (« entrée de la ville »). Œuvre du distingué sculpteur madérien Francisco Franco, la maquette fut exposée au Teatro Municipal (« théâtre municipal ») le 2 mars 1919. Lors des fêtes du cinquième centenaire de Madère, on posa sur cette avenue la première pierre du monument, cérémonie d’une solennité exceptionnelle, déjà décrite à la page 163 de ce volume (1921).

Hors de la ville, tout en haut de la montagne, dominant tout Funchal, se dresse sur le Terreiro da Luta (« esplanade de la Lutte ») une statue en bronze de João Gonçalves Zargo. Elle représente l’illustre découvreur au moment où la caravelle qu’il commandait approchait de cette île alors inconnue. Ce monument, sorti du ciseau du sculpteur Francisco Franco, est dû exclusivement à l’initiative d’un ancien négociant et éminent Madérien, le commandeur Manuel Gonçalves.

Le poète madérien Francisco de Paula Medina e Vasconcelos publia à Lisbonne en 1806 un poème qu’il intitula Zargueida, dont Inocêncio Francisco da Silva dit, ainsi que de la Georgeida : « Il prétendit emboucher la trompette épique, mais on voit que cette entreprise dépassait de beaucoup son talent ; aussi, dans les deux essais qu’il composa dans ce genre, ne parvint-il jamais à s’élever au-dessus de la médiocrité. Il y a toutefois, dans l’un comme dans l’autre, des épisodes qui ne déparent pas sa muse et qui se lisent avec plaisir. » De toutes les compositions de Medina e Vasconcelos, la Zargueida est celle qui lui valut le plus grand renom, et elle demeure aujourd’hui encore la plus connue. C’est un poème épique en oitava rima (huitains), modelé sur les formes classiques de l’épopée antique. Il se divise en dix chants et compte plus de cinq mille vers. Il traite de la découverte de Madère par João Gonçalves Zargo, dont le nom de famille sert de titre au poème. Il renferme une série d’épisodes intéressants et quelques heureuses digressions poétiques, parmi lesquelles se détache la légende de Robert Machin. Ce n’est qu’au chant X qu’est décrite la découverte de cette île. Le poème est précédé d’un sonnet dédié à Bocage, auquel cet éminent poète répondit par un autre sonnet, qui est sans aucun doute la plus belle pièce de ce volume (1921).

Les paragraphes qui précèdent sur Gonçalves Zargo, transcrits textuellement de la première édition de cet ouvrage, doivent être confrontés avec ce qui est exposé aux pages 354 et suivantes du vol. I de la 1re édition, pour un éclaircissement plus complet du sujet et aussi en rectification de certaines affirmations faites alors, notamment les remarques relatives à la date précise de la découverte et aux noms de ceux qui accomplirent cette entreprise, fortuite ou délibérée (voir I-355). D’autres informations nouvelles, que nous présentons ci-après, offrent également un intérêt particulier pour ce sujet.

8Orthographe, mort, épée et statue

L’article « Alguns Documentos do Mosteiro de Santa Clara do Funchal », publié aux pages 171 et suivantes du volume IV de l’Arquivo Histórico da Madeira, entend fixer la véritable « graphie » du nom de famille du capitaine-donataire de Funchal : il faudrait écrire Zargo et non Zarco, comme on le trouve orthographié en bien des endroits. Il reproduit un document de l’année 1447, où ce nom figure, en reproduction et en « fac-similé », sous la forme Zargo. Une question vient naturellement à l’esprit : au cours des vingt-deux années écoulées entre le début du peuplement et l’année 1447, João Gonçalves aurait-il toujours écrit son nom avec un g, et jamais avec un c ? Ces variations dans les prénoms, noms, noms de famille et surnoms ne sont pas rares aujourd’hui, et elles étaient plus fréquentes encore aux époques passées. Le document cité fournit une présomption qu’il ne faut pas rejeter entièrement, mais il n’établit pas une affirmation incontestable dont il ne serait pas permis de douter.

Il convient de noter que Gaspar Frutuoso, auteur des Saudades da Terra, le docteur Álvaro Rodrigues de Azevedo, son illustre commentateur, et la quasi-totalité des écrivains qui s’en sont occupés ont employé la forme Zarco et non Zargo.

Les conjectures formulées sur l’année probable de la mort de João Gonçalves Zargo ont été entièrement dissipées grâce aux éléments apportés par le précieux écrit du distingué écrivain João Cabral do Nascimento, paru dans le Diário de Notícias de Funchal du 23 avril 1927 : il y prouve indubitablement que Zargo mourut en 1467, ce qui constitue une information appréciable pour l’histoire madérienne.

Dans l’Arquivo Histórico déjà cité, pour l’année 1939, parut un long article sur l’« épée à deux mains » (montante) de João Gonçalves Zargo, dont il a été question plus haut. Il cherchait à réfuter l’opinion courante selon laquelle elle aurait appartenu à celui à qui on l’attribue depuis des siècles, ce qui n’a pas été prouvé de manière incontestable. Comme on le sait, cette épée fut acquise par le généreux industriel Henrique Hinton, qui l’offrit au Musée municipal de Funchal (Museu Municipal do Funchal), où elle est déposée. Sur ce sujet, l’article publié dans le Diário da Madeira du 16 novembre 1939 présente un intérêt particulier ; les lecteurs désireux d’approfondir la question devront le consulter.

Le juste hommage à rendre à la mémoire de João Gonçalves Zargo, évoqué plus haut, trouva son plein accomplissement le 28 mai 1934 avec l’inauguration solennelle de la statue érigée sur l’Avenida Arriaga (« avenue Arriaga »), comme il a déjà été décrit à la page 394 du volume II de cet Elucidário.

Dans cet article

Époque

Années citées · 20
  1. João Gonçalves Zarco naquit probablement peu après 1390.

  2. Le Portugal conquit Ceuta, sa première conquête africaine, avec la participation de membres de l’ordre du Christ.

  3. Madère fut découverte par João Gonçalves Zarco et Tristão Vaz Teixeira sous l’égide d’Henri le Navigateur. La découverte est le plus souvent datée de 1419, mais certains la situent en 1420.

  4. Un document orthographie « Zargo » le nom de famille du donataire.

  5. Une lettre royale d’Alphonse V écrit le nom de Zarco sous la forme « Zarquo ».

  6. Le récit de voyage de Cadamosto, qui orthographiait le nom Zarco, mentionnait le vin et la culture de la vigne à Madère.

  7. Le prince Henri accorda à João Gonçalves Zarco la capitainerie de Funchal.

  8. Confirmation royale de l’octroi de la capitainerie de Funchal à Zargo.

  9. Par une charte d’Alphonse V, Zarco fut anobli sous le nom de João Gonçalves de Câmara de Lobos et reçut des armoiries portant une tour et des loups.

  10. L’Elucidário considère 1461 comme l’année la plus probable de la mort de Zargo, tout en estimant que 1471 est également possible.

  11. Alphonse V confirma la donation de Madère et l’octroi de la capitainerie à Zargo.

  12. João Gonçalves Zarco mourut vers 1467 et son fils lui succéda à la tête de la capitainerie de Funchal.

  13. João Gonçalves da Câmara, fils aîné de Zarco, deuxième capitaine-donataire de Funchal et fondateur du couvent Sainte-Claire, mourut à Funchal à l’âge de 87 ans (les sources indiquent le 25 ou le 26 mars).

  14. Par charte royale, Manuel Ier éleva Funchal au rang de cité, la première des territoires portugais d’outre-mer.

  15. Simão Gonçalves da Câmara, capitaine de Funchal, mourut presque sans ressources à Matosinhos, et son fils João Gonçalves da Câmara prit personnellement la direction de la capitainerie.

  16. Gaspar Mendes de Vasconcelos fit réaliser une nouvelle pierre tombale en marbre, portant une inscription, pour Martim Mendes de Vasconcelos dans l’église du couvent Sainte-Claire.

  17. Le poème épique Zargueida de Francisco de Paula Medina e Vasconcelos fut publié à Lisbonne.

  18. La Junta Geral commanda la maquette de la statue de Zargo.

  19. Le rehaussement du sol du chœur de l’église Sainte-Claire à Funchal mit au jour les pierres tombales des deuxième, troisième et cinquième capitaines-donataires, mais pas celle de Zarco.

  20. La maquette de la statue de Zarco réalisée par Francisco Franco fut exposée au théâtre municipal de Funchal.

  21. João Cabral do Nascimento publia l’article établissant l’année de la mort de Zargo.

  22. Le monument à João Gonçalves Zargo, œuvre de Francisco Franco, fut inauguré solennellement sur l’Avenida Arriaga, à Funchal.

  23. Le Diário da Madeira publia un article sur l’épée de Zarco.

Lieu

Lieux cités · 31

Étranger

Carte: Arquipélago da Madeira (30)
  1. Algarve

    Portugal. Côte que Zargo protégeait en qualité de capitaine.

  2. Avenida Arriaga

    Funchal. Emplacement choisi pour la statue de Zargo.

  3. Câmara de Lobos

    Nom employé dans la concession des armoiries de Zargo.

  4. Ceuta

    Spain. Lieu où Zargo combattit et fut fait chevalier.

  5. Chapelle Saint-Paul

    Funchal. Chapelle construite par Zargo près de sa seconde résidence.

  6. Chapelle Sainte-Catherine

    Funchal. Église fondée par son épouse près de sa première maison en bois.

  7. Couvent Sainte-Claire

    Funchal. Ses documents comprennent un acte de 1447 dans lequel le nom est écrit « Zargo ».

  8. Église Sainte-Claire

    Funchal. Église que Zargo fit construire pour servir de sépulture familiale, aujourd’hui Santa Clara.

  9. Entrada da Cidade

    Funchal. L’avenue en est le prolongement.

  10. Funchal

    Siège de la capitainerie et lieu de résidence de Zargo.

  11. Lisbonne

    Portugal. Lieu de naissance proposé.

  12. Lombada

    Ponta do Sol. Terre que Zargo concéda à l’un de ses enfants ou à un gendre.

+ 18 de plus

Personnes

Personnes citées · 48
  1. Découvreur de Madère et premier capitaine-donataire de Funchal, auquel cette notice est consacrée.

  2. Roi dont une lettre de 1449 emploie la forme Zarquo.

  3. Annotateur de « Nostalgie de la terre natale », de Frutuoso, qui mena des recherches sur Zargo dans les archives municipales de Funchal.

  4. Navigateur vénitien dont le récit des années 1450 écrit le nom « Zarco ».

  5. Lexicographe cité à propos du sens de « zarco ».

  6. Lexicographe cité pour le sens « glauque » de « zarco ».

  7. Capitaine-donataire de Porto Santo, bénéficiaire d’une concession semblable à celle de Zargo.

  8. Poète auquel est dédié le sonnet de « L’Épopée de Zarco » et qui répondit par un sonnet.

  9. Mère de Zargo, fille de João Afonso de Santarém.

  10. Noble romaine de la famille Colonna, mère de l’épouse de Zargo.

+ 38 de plus
  1. Noble romaine de la famille Colonna, mère de l’épouse de Zargo.

  2. Épouse de Zargo, qui fonda l’église de Santa Catarina à Funchal.

  3. Épouse de Zargo, qui vint avec lui à Madère.

  4. Écrivain dont un article de presse paru en 1927 démontra que Zargo mourut en 1467.

  5. Chroniqueur cité au sujet de l’orthographe et de l’origine du nom de Zargo.

  6. Contemporain du prince Henri dont les récits de voyage écrivent le nom Zarco.

  7. Grand-père paternel de Zargo, avocat et magistrat au service du roi.

  8. Auteur de Monarchia Lusitana, qui rejeta l’explication du nom proposée par Frutuoso.

  9. Poète madérien qui publia l’épopée « L’Épopée de Zarco » en 1806.

  10. Sculpteur madérien qui réalisa la maquette de la statue de Zargo et le bronze du Terreiro da Luta.

  11. Écrivain et descendant de Zargo qui affirma que celui-ci était né à Matosinhos et avait été le premier à utiliser des canons à bord des navires.

  12. Fils de Zargo, présenté ici comme légitime et non comme enfant naturel, par rectification.

  13. Gaspar Frutuoso1522–1591

    Auteur de « Nostalgie de la terre natale », à la fin du XVIe siècle, qui écrivait Zargo et rapporta les légendes liées à ce nom.

  14. Descendant qui fit réaliser la pierre tombale de 1710 au couvent Sainte-Claire.

  15. Chroniqueur du XVe siècle qui écrivait le nom Zarco.

  16. Père de Zargo selon Freire Mascarenhas.

  17. Découvreur de São Miguel et de Santa Maria, aux Açores, comparé à Zargo.

  18. Industriel qui acheta l’épée réputée avoir appartenu à Zargo et en fit don au musée municipal de Funchal.

  19. Fille de Zargo et épouse de Martim Mendes de Vasconcelos.

  20. Henri le Navigateur, sous le patronage duquel Zargo servit et découvrit Madère.

  21. Prince capturé lors du siège désastreux de Tanger.

  22. Bibliographe cité pour avoir jugé médiocre « L’Épopée de Zarco ».

  23. Jean Iermort 1433

    Roi au service duquel se trouvait le grand-père de Zargo.

  24. Lexicographe cité à propos du sens de « zarco ».

  25. Grand-père maternel de Zargo, intendant de la maison du roi Jean Ier.

  26. João de Barros1496–1570

    Chroniqueur qui écrivait le nom « Zarco » et le considérait comme un surnom.

  27. Fils aîné de Zargo, dont l’âge à sa mort en 1501 sert à estimer l’année de naissance de son père.

  28. Généalogiste qui fit remonter la famille Zarco au XIIe siècle et expliqua que son nom signifiait « aux yeux verts ».

  29. Auteur selon lequel les Zarco possédaient une chapelle à Matosinhos ou à Porto.

  30. Fils de Zargo, probablement né à Madère, 3e capitaine-donataire de São Miguel.

  31. Manuel Gonçalvesc. 1867–1916

    Ancien négociant qui finança la statue de Zargo au Terreiro da Luta.

  32. Gendre de Zargo, dans la tombe duquel les restes de ce dernier ont peut-être été transférés.

  33. Fondateur de la famille Colonna vers 1100.

  34. Héros de la légende reprise dans « L’Épopée de Zarco ».

  35. Beau-père de Zargo et représentant du Portugal à Rome.

  36. Membre de la famille Colonna élevé au rang de marquis en 1289.

  37. Troisième capitaine-donataire de Funchal et petit-fils de Zargo, qui se retira à Matosinhos et y mourut en 1530.

  38. Capitaine-donataire de Machico et codécouvreur, dont la concession était semblable à celle de Zargo.

Sur la feuille Z

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