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Article nº 2454 Autre bâtiment Funchal Vol. II · p. 755–759 8 min de lecture

Demeures de Zargo

Titre original: Moradias de Zargo

Présente les résidences successives de João Gonçalves Zarco à Funchal : une maison en bois près de la chapelle Santa Catarina, une maison en pierre près de São Paulo et sa dernière demeure près de l’église Conceição de Cima (Santa Clara), que l’auteur identifie à l’actuelle Quinta das Cruzes. Retrace également l’histoire des propriétaires ultérieurs de cette maison et de l’épée à deux mains attribuée à Zarco.

Demeures de Zargo

Étranger

Carte: Madeira (12)

1L’importance des demeures de Zarco ; la première résidence

Il n’est certes pas essentiel pour l’histoire de Madère d’établir avec certitude les lieux où João Gonçalves Zarco éleva ses maisons d’habitation, et ce n’est pas non plus un point capital de recherche pour la biographie de l’illustre navigateur et colonisateur de notre archipel. Il n’est pourtant pas sans intérêt de connaître avec une entière exactitude les endroits où il établit sa résidence et où s’écoulèrent les trois ou quatre décennies de son long séjour dans cette île. Ces lieux doivent inspirer aux pouvoirs publics, et en particulier aux corps administratifs qui siègent à Funchal, le respect et la vénération que l’on accorde partout aux objets et aux choses intimement liés à la vie des hommes illustres. Déterminer avec une précision absolue les édifices et les enclos étroitement attachés à son existence, c’est éveiller chez les Madériens la vénération due à sa mémoire et encourager les généreuses initiatives visant à perpétuer dignement, chez nous, cette mémoire glorieuse et inoubliable.

L’historien des îles rapporte : « … le capitaine João Gonçalves Zargo…, abritant les navires près des îlots qui se trouvent au cap de ce lugar (agglomération d’un rang intermédiaire entre le bourg et la paroisse), parce qu’il y avait là une belle anse, résolut de construire à terre sa demeure de bois, qu’il fit aussitôt au bord de la mer, en un lieu élevé, où l’épouse du capitaine (capitoa, femme du capitaine-donataire) Constança Rodrigues fonda plus tard une église de Santa Catharina. » Ce fut le premier établissement de Zargo, et la chapelle que fit construire l’épouse du navigateur fut aussi le premier temple érigé à Madère. La petite chapelle primitive connut plusieurs reconstructions et réparations au fil des siècles ; l’actuelle date du milieu ou de la fin du XVIIe siècle. C’est pourtant le seul édifice qui, à Funchal, rappelle véritablement le fait de la découverte. À ce titre, il devra être conservé religieusement. Dans sa petitesse, sa modestie et sa pauvreté, il commémore le début de nos brillantes découvertes maritimes et représente pour les Madériens, outre la découverte, le commencement du peuplement et de la colonisation de cet archipel. La chapelle conserve sur le seuil de son portail la date de 1425, qui correspond à l’année de la construction primitive. C’est auprès de ce petit temple que João Gonçalves Zargo eut, pendant quelques années, sa première demeure, construite peut-être avec les riches et odorants cèdres qui abondaient partout en forêts épaisses. Ce devait être sans doute une habitation plus que modeste et inconfortable, d’un seul niveau et dépourvue de tout apparat architectural, comme le furent toutes les premières habitations construites chez nous. On lit quelque part que ce n’est que plus tard qu’un certain João Manuel éleva au Campo do Duque (« champ du Duc ») la première maison à étage, bâtie en bois de cèdre travaillé, ce qui suscita à l’époque une admiration non négligeable.

Depuis la retraite solitaire de Santa Catarina – car le premier noyau de population, le plus dense, avec ses habitations, se forma sur la rive gauche du torrent le plus oriental de Funchal –, Zarco dirigea les premiers travaux de colonisation et jeta les fondements du futur bourg (vila), qui progressa rapidement et atteignit, de son vivant même, un développement extraordinaire. Il y rêvait sans doute du progrès de la capitainerie, dont il était le donataire (donatário), et de la grandeur de la maison qu’il avait fondée, entrevoyant dans un avenir proche les honneurs et les privilèges dont seraient comblés ses descendants et successeurs. Peut-être avait-il deviné que le monarque le récompenserait des marques de la noblesse et du droit à des armoiries, voyant déjà les parchemins de ses petits-fils ornés de la couronne de comte et de grands du Royaume (reino, c.-à-d. le Portugal continental), en hommage aux services rendus par leur aïeul…

2La maison près de São Paulo et la dernière résidence

Quelques années plus tard, Zargo transféra sa résidence sur la rive gauche du torrent, au pied de la colline qui prit plus tard le nom de Pico dos Frias (« pic des Frias »), à proximité de la chapelle qu’il y avait élevée sous le vocable de São Paulo. On affirme que ce fut la première maison d’habitation construite en pierre à Funchal. C’est dans ces parages que fut érigé le premier hôpital, sur un terrain donné par Gonçalves Zargo en 1454 ; il y fonctionna pendant quelques années, jusqu’à son transfert sur la rive gauche de la Ribeira de João Gomes (« torrent de João Gomes »).

Le séjour de João Gonçalves Zargo dans ses deux premières demeures ne semble pas avoir été très long. Il s’établit définitivement, et passa la plus grande partie de son existence, dans les environs immédiats du lieu où il érigea l’église da Conceição de Cima. Un ancien manuscrit rapporte : « il résolut aussi de se bâtir une demeure, comme il le fit sur une hauteur qui domine la vallée de Funchal ; et juste en face une église de Nossa Senhora da Conceição (Notre-Dame de la Conception) pour son caveau de famille et celui des siens, que l’on se mit à appeler Nossa Senhora de Cima, parce qu’elle était fondée sur un éperon de falaise au pied d’un pic ». C’est dans ce temple, qui prit ensuite le nom d’église Sainte-Claire (Santa Clara), que reposent les dépouilles mortelles de l’illustre navigateur, et ce fut certainement dans les maisons d’habitation qu’il édifia à proximité qu’il acheva sa carrière terrestre. On lit dans le manuscrit déjà cité : « le grand Gonçalves Zargo parvint à un âge si avancé qu’il se faisait porter dans les bras d’hommes pour se mettre au soleil, ce qui le fortifiait beaucoup. De là il réglait les affaires de sa juridiction, gouvernant et rendant la justice avec un entendement intact, sans jamais connaître la faiblesse d’un homme décrépit ».

Au vu de plusieurs documents que nous avons examinés attentivement, nous sommes parvenus pour la première fois à établir que l’ancienne résidence de Gonçalves Zargo correspond à l’ancien manoir des titulaires du majorat (morgado) des Lomelino, qui conserve aujourd’hui le nom de Quinta das Cruzes (« domaine des Croix »), bien qu’au fil des siècles elle ait subi des transformations si profondes qu’à présent il ne doit plus rien y subsister de la construction primitive.

3Les propriétaires ultérieurs et l’épée de Zarco

Il semble que cette ancienne et noble demeure soit restée en la possession de ses descendants. Il est certain, en effet, qu’un siècle après sa mort elle appartenait à son petit-fils Pedro Gonçalves da Câmara, époux de dona Joana de Eça, première dame de chambre de la reine Catherine. En 1575, elle se trouvait en la possession et l’usufruit d’un petit-fils de ceux-ci, nommé lui aussi Pedro Gonçalves da Câmara, qui, par acte public du 16 septembre de cette année-là, la vendit à son proche parent Francisco Gonçalves da Câmara, petit-fils de João Gonçalves Zargo. C’est ce Francisco Gonçalves da Câmara qui gouvernait la capitainerie de Funchal, en l’absence de son neveu João Gonçalves da Câmara, sixième donataire (donatário), lorsqu’en 1566 la ville fut attaquée par les corsaires français, qui s’y livrèrent à un terrible pillage et massacrèrent quelque trois cents personnes. Gaspar Frutuoso écrivait en 1590 que Gonçalves da Câmara résidait aux abords du couvent de Santa Cruz « dans un palais grand et somptueux ».

Cette demeure passa ensuite à une fille de Francisco Gonçalves da Câmara, nommée dona Joana de Noronha, puis au fils de celle-ci, António de Carvalhal Esmeraldo, qui la possédait en 1624. À la fin du XVIIe siècle, elle appartenait à Francisco Esmeraldo Henriques, qui y fonda la chapelle de Nossa Senhora da Piedade (Notre-Dame-de-Pitié). Le haut du portail porte toujours la date de 1692, mais l’acte de donation est de 1695, et c’est cette année-là que le culte commença à y être célébré. On trouve dans cette chapelle un caveau de marbre qui renfermerait, affirme-t-on, la dépouille mortelle d’Urbano Lomelino, fondateur du couvent qui exista dans le bourg (vila) de Santa Cruz et l’une des souches de la famille Lomelino dans cette île. La demeure des Cruzes fut incorporée, probablement par alliance matrimoniale, à la fondation inaliénable (instituição vincular, majorat ou chapellenie) de cet important majorat (morgadio), en une année que nous ne pouvons déterminer. Elle resta dans cette famille jusqu’à nos jours et devint il y a peu d’années la propriété des barons de Jardim do Mar.

C’est le moment opportun d’évoquer tout particulièrement l’épée à deux mains (montante) de João Gonçalves Zargo, qui fut toujours conservée dans cette maison et qu’une tradition constante, transmise de génération en génération au sein de la famille qui la possédait, attribue sans aucun doute à l’illustre colonisateur. Elle a toujours été considérée comme telle, et la profonde vénération dont cette relique y fut de tout temps l’objet confirme encore davantage l’authenticité de son origine. C’est une arme ancienne, destinée à être maniée des deux mains, dont la facture n’a rien de particulièrement soigné. Elle n’a certes aucune valeur intrinsèque ou artistique, mais elle vaut beaucoup par ses cinq cents et quelques années d’existence et, plus que tout, pour avoir appartenu au grand navigateur qui colonisa cet archipel. C’est peut-être l’épée que Gonçalves Zargo brandit au Maroc, lors de ses assauts contre les Maures, où il gagna sa renommée de chevalier vaillant et audacieux. Cette vénérable relique se trouve dans cette ville entre les mains d’un étranger, qui la conserve avec l’estime qu’elle mérite vraiment. Elle devrait pourtant être en la possession du conseil municipal (Câmara Municipal) de cette ville. Il incombe à ce corps administratif d’en promouvoir l’acquisition et de la garder religieusement dans ses archives, jusqu’à ce qu’elle puisse figurer dignement dans le musée d’art et d’antiquités qu’il faudra nécessairement fonder un jour dans cette ville (1921).

L’épée à deux mains attribuée à João Gonçalves Zargo se trouve aujourd’hui au Musée municipal.

Dans cet article

Époque

Années citées · 07
  1. Constança Rodrigues de Almeida fonda à Funchal la chapelle et l’hospice de Santa Catarina, réputés être la première église et la première institution charitable de Madère ; la date de 1425 est gravée sur le portail de la chapelle.

  2. Zargo fit don d’un terrain près de la chapelle Saint-Paul pour le premier hôpital de Funchal.

  3. Des corsaires huguenots français commandés par Montluc et guidés par Gaspar Caldeira débarquèrent à Praia Formosa et pillèrent Funchal. Ils prirent d’assaut la forteresse de São Lourenço et profanèrent la cathédrale ainsi que le couvent Sainte-Claire, dont les religieuses s’enfuirent au Curral ; Gaspar de Braga mourut en leur résistant. Cette attaque, survenue pendant la capitainerie de Francisco Gonçalves da Câmara, entraîna la construction de nouvelles fortifications côtières.

  4. Pedro Gonçalves da Câmara vendit la maison de Zarco à Francisco Gonçalves da Câmara.

  5. António de Carvalhal Esmeraldo possédait la maison considérée comme l’une des demeures de Zarco.

  6. Un acte de donation fut établi pour la chapelle de Piedade et le culte y débuta ; son portail porte la date de 1692.

  7. L’auteur exhorta la municipalité de Funchal à acquérir l’épée de Zarco.

Lieu

Lieux cités · 12
  1. Moradias de Zargo · Sujet

    Funchal

  2. Campo do Duque

    Funchal. Emplacement de la première maison en cèdre à deux étages.

  3. Chapelle Saint-Paul

    Funchal. Chapelle construite par Zarco près de sa maison en pierre.

  4. Chapelle Sainte-Catherine

    Funchal. Chapelle fondée par l’épouse de Zarco, à côté de sa première maison en bois.

  5. Église Sainte-Claire

    Funchal. Ancienne église Conceição de Cima où Zarco est inhumé.

  6. Funchal

    Ville où se trouvaient les résidences de Zarco.

  7. Maroc

    Morocco. Pays où Zarco aurait pu manier son épée contre les Maures.

  8. Musée municipal de Funchal

    Funchal. Conserve aujourd’hui l’épée attribuée à Zarco.

  9. Pico dos Frias

    Funchal. Colline au pied de laquelle se dressait la deuxième maison de Zarco.

  10. Quinta das Cruzes

    Funchal. Domaine que l’auteur identifie comme la dernière résidence de Zarco.

  11. Ribeira de João Gomes

    Funchal. Ruisseau au bord duquel le premier hôpital fut transféré par la suite.

  12. Santa Cruz

    Ville où Urbano Lomelino fonda un couvent.

Personnes

Personnes citées · 14
  1. Épouse de Zarco, qui fonda la chapelle Santa Catarina à côté de sa première maison.

  2. Fils de Joana de Noronha, propriétaire de la maison en 1624.

  3. Propriétaire de la maison à la fin du XVIIe siècle, qui y fonda la chapelle Notre-Dame de Pitié.

  4. Petit-fils de Zarco, qui gouverna la capitainerie de Funchal lors du pillage par les Français en 1566 et acheta la maison en 1575.

  5. Gaspar Frutuoso1522–1591

    Historien des îles, cité à propos de la première maison de Zarco et du palais de Câmara.

  6. Épouse de Pedro Gonçalves da Câmara et première dame de chambre de la reine Catherine.

  7. Fille de Francisco Gonçalves da Câmara, qui hérita de la maison.

  8. Sixième donataire de Funchal, absent en 1566.

  9. Découvreur et premier capitaine-donataire de Funchal dont les résidences font l’objet de cette notice.

  10. Homme auquel est attribuée la construction de la première maison en cèdre à deux étages de Funchal, à Campo do Duque.

+ 4 de plus
  1. Petit-fils de Zarco, propriétaire de la maison des Cruzes un siècle après la mort de Zarco.

  2. Arrière-petit-fils de Pedro l’Ancien, qui vendit la maison en 1575 à Francisco Gonçalves da Câmara.

  3. Reine de Portugal au service de laquelle se trouvait Joana de Eça.

  4. Fondateur du couvent de Santa Cruz et ancêtre des Lomelino, qui serait inhumé dans la chapelle de Piedade.

Sur la feuille M

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