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Article nº 0786 Division administrative ou ecclésiastique Vol. I · p. 469–472 8 min de lecture

Capitaineries

Titre original: Capitanias

Présente les capitaineries, premières divisions administratives des territoires d’outre-mer du Portugal, et les trois capitaineries de l’archipel de Madère : Porto Santo, Machico et Funchal, avec leurs concessions, leurs privilèges, leurs titulaires et leurs fortunes diverses.

Capitaineries

1Les capitaineries et Porto Santo

Dans le système primitif de colonisation, nos possessions d’outre-mer étaient divisées, pour les besoins de leur administration publique, en provinces plus ou moins étendues, auxquelles on donnait alors le nom de capitaineries. Chacune avait pour chef, ou autorité suprême locale, le capitaine-donataire (capitão-donatário), qui jouissait en général de vastes pouvoirs dans la conduite des diverses affaires publiques. Les premières capitaineries de nos découvertes et conquêtes furent celles de l’archipel de Madère : l’une avait son siège dans l’île de Porto Santo (« port saint »), les deux autres à Machico et à Funchal.

La première ne comprenait que la petite île de Porto Santo. Son premier donataire fut Bartolomeu Perestrelo, qui compta parmi ses plus anciens colons et fut, peut-on affirmer, le fondateur du bourg (vila) de Vila Baleira, chef-lieu de cette capitainerie. Certains auteurs ont commis l’erreur de considérer Perestrelo comme un navigateur, voire comme le découvreur de Porto Santo, induits en erreur par le fait qu’il en avait été le premier donataire, ce qui n’allait pas toujours de pair avec la découverte. La lettre d’Henri le Navigateur faisant donation de l’île de Porto Santo à Bartolomeu Perestrelo date du 1er novembre 1446, c’est-à-dire plus de vingt ans après le début de la colonisation de l’archipel. Nous devons supposer que Perestrelo s’était établi à Porto Santo avec tous les privilèges et prérogatives accordés aux donataires, et que la lettre de l’Infant ne fut que la confirmation légale et authentique de ces privilèges. Nous devons croire de même en ce qui concerne les deux autres capitaineries de Madère. Dans la lettre de donation (carta de doação), Henri le Navigateur déclare : « Je donne la charge de mon île de Porto Santo à Bartolomeu Perestrelo, fidalgo (gentilhomme de la petite noblesse) de ma maison, afin que ledit Bartolomeu Perestrelo la maintienne pour moi en justice et en droit ; et, à sa mort, il me plaît que son fils aîné, ou tout autre s’il en est ainsi, tienne cette charge de la manière susdite, et ainsi de descendant en descendant en ligne directe... qu’il ait... juridiction... au civil et au criminel, sauf la peine de mort ou la mutilation d’un membre... » Cette lettre mentionne divers droits, prérogatives et exemptions accordés au premier donataire, notamment la perception de diverses contributions et impôts. La capitainerie de Porto Santo demeura en la possession et sous l’autorité des descendants de Bartolomeu Perestrelo jusqu’à l’époque où la domination philippine, avec la nomination de gouverneurs généraux, réduisit les donataires de l’archipel à une position très subalterne et presque purement honorifique ; ils continuèrent toutefois à percevoir d’importants revenus en vertu des privilèges primitifs qui leur avaient été concédés. Lorsque le Portugal tomba sous le joug castillan, Diogo Perestrelo Bisforte était le 6e capitaine-donataire de l’île de Porto Santo.

2Les concessions de Machico et de Funchal

L’île de Madère fut divisée en deux capitaineries, dont les sièges étaient Funchal et Machico. Aussitôt après la découverte, pour entreprendre la colonisation et le peuplement des terres, les deux découvreurs procédèrent sans tarder à leur partage et à leur délimitation : ils fixèrent une ligne de séparation qui partait de la Ponta da Oliveira (« pointe de l’Olivier ») pour aboutir à la Ponta do Tristão (« pointe de Tristão »). Frutuoso écrit : « … Ponta de Oliveira, où l’on planta une balise marquant le partage (repartição) des deux capitaineries, que ce torrent sépare, celle de Machico restant au levant et celle de Funchal au couchant ; et c’est par là, dit-on, que passe la démarcation, depuis le bord de la mer au sud jusqu’à l’autre côté, au nord », et il ajoute en un autre endroit : « … vient aboutir à l’autre pointe du côté sud, où l’on planta un rameau ou un bâton d’olivier, venu du Royaume, pour servir de balise à cette juridiction, d’où la pointe garda le nom de Ponta da Oliveira … »

La lettre de donation de la capitainerie de Machico à Tristão Vaz Teixeira par Henri le Navigateur est datée du 8 mai 1440. Le donateur y déclare : « je donne charge à Tristão, chevalier de ma maison, en mon île de Madère, de la terre depuis dix pas au-delà du torrent de Caniço, en remontant le long du torrent, et de là en traversant la montagne jusqu’à la pointe de Tristão… ». Ce diplôme est conçu en des termes identiques à la lettre de concession délivrée en faveur de Bartolomeu Perestrelo, tout en étant de six ans plus ancien que celle-ci. L’observation que nous avons déjà faite au sujet de la donation de Porto Santo s’applique ici : il faut supposer qu’en 1440 il n’y eut qu’une confirmation de droit, mais que la donation existait de fait bien auparavant. Le fils, le petit-fils et l’arrière-petit-fils de Tristão Vaz lui succédèrent dans la capitainerie ; le dernier, nommé Diogo Teixeira, en fut destitué pour incapacité à la gouverner, et mourut bien plus tard à Funchal, en 1540. En 1541, le monarque donna la capitainerie à António da Silveira, qui s’était grandement distingué en Inde ; il la vendit quelques années plus tard au comte de Vimioso, et elle passa ensuite à son fils Francisco de Portugal, qui mourut dans un combat naval dans les mers des Açores. Cette capitainerie donataire (donataria) fit alors retour à la Couronne. Sous la domination castillane, Tristão Vaz da Veiga (voir ce nom) fut investi de la charge de capitaine-donataire (capitão-donatário) de Machico.

C’est dans la lettre royale (carta régia) du 16 août 1461, par laquelle Alphonse V confirme la donation de l’archipel de Madère à son oncle Henri le Navigateur, publiée à la page 451 et suivantes des Saudades da Terra (« Nostalgie de la terre natale »), que se trouve inséré le diplôme concédant la capitainerie de Funchal à João Gonçalves Zarco, daté du 1er novembre 1450. Les donations des capitaineries de Porto Santo, de Machico et de Funchal datent respectivement de 1446, 1440 et 1450. Il est fort étrange que la plus récente soit celle de Funchal, postérieure même à celle de Porto Santo, alors que bien des raisons portent à supposer que la concession faite à Gonçalves Zarco fut la plus ancienne de toutes. Nous ne savons expliquer ce fait, sur lequel l’érudit annotateur des Saudades garde le plus complet silence.

Les privilèges et prérogatives accordés à João Gonçalves Zarco par la donation de la capitainerie de Funchal ne diffèrent pas essentiellement de ceux des autres capitaineries. Quant aux impôts et contributions que les donataires (donatário) pouvaient percevoir à leur propre profit, les lettres de donation mentionnent les suivants : eux seuls pouvaient posséder des moulins ou des moulins à eau pour moudre les céréales ; toutes les scies hydrauliques leur paieraient un marc d’argent (marco de prata, env. 230 g d’argent) par an ; la vente du sel leur appartenait en exclusivité ; nul ne pouvait avoir de fours ou de fabriques de pain, sinon pour l’usage domestique ; la dîme des revenus royaux leur revenait, et ils pouvaient concéder des terres en sesmaria (concession royale de terres aux colons, à charge de les cultiver) à des conditions que les diplômes de donation ne précisent pas. En outre, ils avaient la haute main sur toutes les affaires de l’administration publique et jugeaient et condamnaient dans tous les crimes, à l’exception des causes de mort et de mutilation. (voir Donataires).

3Les fortunes diverses des capitaineries

La capitainerie de Porto Santo n’atteignit jamais un haut degré de prospérité. L’exiguïté du milieu, l’abandon auquel la métropole la voua dès les premiers temps de la colonisation, les fréquentes attaques des pirates, la mauvaise administration de certains donataires et gouverneurs, l’orgueil prétentieux de nombre de ses habitants, qui dédaignaient le travail parce qu’ils descendaient d’anciens gentilshommes, l’indolence de ses habitants, due aux conditions climatiques et à d’autres causes encore : tout cela contribua notablement au faible développement de cette capitainerie donataire (donataria) (voir Quintos e Oitavos).

La capitainerie de Machico, placée dans des conditions bien différentes de celles de Porto Santo, se développa rapidement et connut une prospérité remarquable, mais de courte durée. Peu à peu, Funchal devint le grand entrepôt commercial de l’archipel, le centre de l’intense activité de ses habitants, le pôle d’attraction de tant de visiteurs portugais et étrangers, la cour de la noblesse madérienne, qui abandonna ses terres et ses manoirs pour mener la vie convoitée et amollissante des localités populeuses, etc. La capitainerie donataire de Machico commença alors à déchoir de la prospérité qu’elle avait atteinte et perdit bientôt toute l’importance qu’elle avait eue comme centre commercial, industriel et agricole. Ce qu’en dit Gaspar Frutuoso est fort expressif et éloquent :

« ... et aussi, à sa mort (le donataire dom Francisco de Portugal, qui mourut peu après 1580), cette capitainerie devint vacante et revint à la couronne, et elle se trouva en tel état qu’on ne trouvait pas, dans cette populeuse juridiction de Machico, une personne qui pût aisément entretenir un cheval, hormis deux ou trois. Toute cette grandeur se changea en pauvreté ; et ce fut un songe passé, au regard des peines qu’endura ensuite toute la population de cette si noble lignée et de cette si prospère capitainerie : et si tout fut en abondance pour les ancêtres, les descendants l’ont bien payé ensuite, eux qui sont réduits au dernier degré de la pauvreté, car il n’y eut jamais d’abondance qui, avec le temps, ne vînt à manquer. Ainsi tourne le monde, auquel nous nous fions tant, sans jamais finir de nous détromper de ses tromperies. »

Seule la capitainerie de Funchal se développa rapidement et progressivement, avec un essor remarquable, et atteignit en peu de temps un degré de prospérité véritablement extraordinaire : sa capitale fut élevée au rang de bourg (vila) en 1451, de cité en 1508 et devint siège d’évêché en 1514.

Dans cet article

Époque

Années citées · 09
  1. Le prince Henri accorda la capitainerie de Machico à Tristão Vaz Teixeira.

  2. Le prince Henri accorda par charte la capitainerie de Porto Santo à Bartolomeu Perestrelo.

  3. Le prince Henri accorda à João Gonçalves Zarco la capitainerie de Funchal.

  4. Alphonse V éleva Funchal au rang de bourg ; Machico et Baleira (Porto Santo) devinrent probablement des bourgs et des municipalités vers la même époque.

  5. Alphonse V confirma la donation de Madère et l’octroi de la capitainerie à Zargo.

  6. Par charte royale, Manuel Ier éleva Funchal au rang de cité, la première des territoires portugais d’outre-mer.

  7. La bulle Pro excellenti praeeminentia du pape Léon X créa le diocèse de Funchal, mettant fin à la suprématie spirituelle de l’ordre du Christ ; l’église devint une cathédrale, dom Diogo Pinheiro fut nommé premier évêque et frère Nuno Cão premier doyen.

  8. Diogo Teixeira, capitaine de Machico destitué, mourut à Funchal sans héritier légitime, et la capitainerie revint à la Couronne.

  9. Le roi Jean III accorda la capitainerie de Machico à António da Silveira (un article indique 1542).

Lieu

Lieux cités · 10

Étranger

Carte: Arquipélago da Madeira (9)
  1. Açores

    Portugal. Eaux où Francisco de Portugal mourut au combat.

  2. Funchal

    Siège de la capitainerie de Funchal, devenu par la suite ville et siège épiscopal.

  3. Inde

    India. Lieu où António da Silveira se distingua.

  4. Machico

    Siège de la capitainerie de Machico.

  5. Ponta da Oliveira

    Santa Cruz. Extrémité sud de la frontière entre les deux capitaineries de Madère.

  6. Ponta do Tristão

    Porto Moniz. Extrémité nord de la frontière entre les capitaineries.

  7. Porto Santo

    Siège de l’une des trois capitaineries.

  8. Ribeira do Caniço

    Santa Cruz. Cours d’eau cité comme limite dans l’acte de concession de Machico.

  9. Vila Baleira

    Porto Santo. Capitale de la capitainerie de Porto Santo, fondée par Perestrelo.

Personnes

Personnes citées · 12
  1. Roi qui confirma en 1461 la donation de Madère au prince Henri.

  2. Il se distingua en Inde, reçut la capitainerie de Machico en 1541 et la vendit plus tard au comte de Vimioso.

  3. Premier capitaine-donataire de Porto Santo (concession de 1446) et fondateur de Vila Baleira.

  4. Acheta la capitainerie de Machico à António da Silveira.

  5. Sixième capitaine-donataire de Porto Santo lorsque le Portugal passa sous domination castillane.

  6. Arrière-petit-fils de Tristão Vaz Teixeira, destitué de la capitainerie de Machico pour incapacité ; mort à Funchal en 1540.

  7. Fils du comte de Vimioso et capitaine de Machico, tué lors d’une bataille navale au large des Açores, à la suite de laquelle la capitainerie revint à la Couronne.

  8. Gaspar Frutuoso1522–1591

    Auteur de Saudades da Terra, cité au sujet de la frontière de la capitainerie et du déclin de Machico.

  9. Henri le Navigateur, seigneur de l’archipel, qui concéda les trois capitaineries.

  10. Découvreur de Madère auquel la capitainerie de Funchal fut concédée en 1450.

+ 2 de plus
  1. Investi de la charge de capitaine-donataire de Machico sous la domination espagnole.

  2. Codécouvreur de Madère auquel la capitainerie de Machico fut concédée en 1440.

Sur la feuille C

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