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Elucidário Madeirense Accueil
Article nº 1221 Loi, charte ou décret Vol. I · p. 709–711 5 min de lecture

Donations

Titre original: Doações

Retrace les donations royales (doações) de l’archipel de Madère au XVe siècle, depuis les chartes de 1433 par lesquelles le roi Duarte accorda les îles à Henri le Navigateur et à l’ordre du Christ, en passant par les grands maîtres de l’Ordre, jusqu’à la charte de 1497 par laquelle Manuel Ier fit définitivement de Madère une terre de la Couronne.

Donations

1Les premières donations à Henri le Navigateur et à l’ordre du Christ

Il est fort à présumer, bien que les chroniqueurs ne le disent pas et qu’on ne connaisse aucun document qui le prouve, que ce fut Jean Ier lui-même qui donna ou, plutôt, confirma la possession de l’archipel de Madère à son fils, Henri le Navigateur, à l’audacieuse initiative duquel on devait principalement la découverte de cet archipel.

Bernardo de Brito rapporte dans la Monarchia Lusitana qu’en 1433, année où commença le règne de dom Duarte, son frère dom Henrique lui avait fait « donation de ces trois îles pour la couronne du Royaume (reino, c.-à-d. le Portugal continental), c’est pourquoi le roi les lui rendit aussitôt, se réservant le droit de battre monnaie, les cas de mort et d’amputation d’un membre ; et, pour lui rendre sa seigneurie, il les donna à l’ordre (du Christ) l’année indiquée ». Il ne faut pas entendre là, à proprement parler, une donation de l’infant dom Henrique au roi, car il ne pouvait la faire, mais seulement la reconnaissance, chez le nouveau monarque, du droit primordial et fondamental, en tant que chef de la nation, sur les terres nouvellement découvertes, qui faisaient partie intégrante de cette même nation.

Le tome Ier des Archives du conseil municipal (Arquivo da Câmara Municipal) contient, et les Saudades da Terra transcrivent à la page 325, la lettre royale (carta régia) de dom Duarte, datée du 26 septembre 1433, qui donne à l’ordre du Christ « à tout jamais tout le spirituel de nos îles de Madère et de Porto Santo (« port saint ») et de l’île Déserte... » À la même date, et du même monarque, une autre lettre, insérée dans l’ouvrage Alguns documentos do Arquivo Nacional da Torre do Tombo acerca da avançada e conquistas dos portugueses, accorde par grâce royale lesdites îles à l’infant dom Henrique.

Il faut comprendre que la donation à l’ordre du Christ concernait la juridiction spirituelle, et celle faite à dom Henrique la seigneurie temporelle de l’archipel. Toutefois, l’infant étant grand maître de l’ordre, on conclut de la lecture de cette lettre qu’il aurait eu sur les îles de l’archipel la seigneurie la plus absolue, ce qui n’empêcha pas l’intervention royale de se faire parfois sentir dans l’administration des affaires de ces îles. « Il faut cependant remarquer, poursuit Bernardo de Brito, déjà cité, que l’infant, sachant qu’après sa mort les conquêtes ne pourraient être poursuivies avec les ressources de l’ordre et qu’il fallait le bras royal, répartit tout ce qu’il avait découvert de telle manière qu’il laissât l’ordre agrandi et ennobli, et la couronne du Royaume élargie. Ainsi fit-il donation du temporel de ces îles et du continent de Guinée aux rois de Portugal, et réserva-t-il à l’ordre le spirituel, dont les rois jouissent aujourd’hui en tant que maîtres, et c’est pourquoi ils ont les dîmes et les présentations de ces églises. Dès l’année 1439, alors que le roi dom Duarte était en possession de l’état temporel des îles de Madère, de Porto Santo et des Desertas (« îles désertes »), que l’infant lui avait de nouveau données, la spiritualité en fut concédée à l’ordre, par une lettre faite à Lisbonne le 20 mai de cette année-là... » Par des lettres royales d’Alphonse V, du 11 mars 1449 et du 17 août 1459, ce monarque confirma la donation faite à l’infant dom Henrique par le roi dom Duarte le 26 septembre 1433.

2Les successeurs à la grande maîtrise

L’ouvrage déjà cité Alguns documentos do Arquivo Nacional etc. reproduit une lettre de l’infant dom Henrique, datée du 18 septembre 1460, par laquelle il fait une nouvelle donation de ces îles, pour le spirituel, à l’ordre du Christ, ce que nous ne savons pas expliquer de façon satisfaisante, puisque les donations antérieures, citées plus haut, existaient déjà. L’infant dom Henrique mourut le 13 novembre 1460 et, dès le 3 décembre de la même année, Alphonse V signa une lettre royale (carta régia) donnant l’archipel de Madère à son frère, l’infant Ferdinand, qui succéda à dom Henrique dans la grande maîtrise de l’ordre du Christ et, par conséquent, dans les privilèges que celui-ci détenait sur les terres découvertes.

Dans la charge de grand maître de l’ordre du Christ, dom Fernando eut pour successeur son fils, l’infant dom João, duc de Viseu, et celui-ci son frère Diogo, duc de Viseu, qui fut assassiné par Jean II. Nous ne connaissons pas les lettres de donation de ces îles qui leur auraient été délivrées, si toutefois elles le furent.

À l’infant Diogo succéda dans cette grande maîtrise son frère dom Manuel, plus tard roi. La charge de chef de ce puissant ordre, qui rendit de si remarquables services à notre pays, passa à la Couronne et fut dès lors exercée par le monarque, avec tous les privilèges, prérogatives et exemptions qui s’y rattachaient.

3Madère devient une terre de la Couronne

Les donations avaient pris fin et Madère était devenue domaine de la Couronne (realenga). Le document qui l’atteste, transcrit à la page 479 des Saudades da Terra, est du plus haut intérêt. Il s’agit de la lettre royale (carta régia) de Manuel Ier, du 27 avril 1497, dans laquelle le roi déclare qu’« il nous paraît chose juste et nécessaire que ladite île, avec sa seigneurie, ses rentes et sa juridiction, appartienne seulement à notre dite couronne pour toujours, et aux rois nos héritiers et successeurs... que jamais ladite île ni partie d’icelle ne soit donnée par nous ni par nos successeurs, ni à titre gracieux, ni à vie, ni à titre héréditaire, ni de quelque autre manière que ce soit, à quelque personne que ce soit, de quelque état, condition et prééminence qu’elle soit... nous jurons sur le signe de la croix et sur les saints Évangiles, sur lesquels nous posons corporellement les mains, de l’accomplir et de le maintenir ainsi intégralement... et nous prions et recommandons vivement aux rois nos héritiers et successeurs, par notre bénédiction et sous peine de la malédiction de Dieu et de la nôtre, de toujours l’accomplir ainsi et de le conserver à jamais... ». Avec l’incorporation de la grande maîtrise de l’ordre du Christ à la Couronne en 1497, puis la création du diocèse de Funchal en 1514, la juridiction de cet ordre dans l’archipel devint presque nulle.

Bien que nous ayons dit plus haut que les donations cessèrent, il est certain qu’il y eut un simulacre de donation, fait par Jean IV cinq jours avant sa mort, en faveur de sa fille Catherine, qui épousa Charles II d’Angleterre. Cette donation obéissait à des fins mal éclaircies ; elle était tout à fait illégale et ne fut jamais véritablement exécutée. Nous en traitons dans un article particulier.

Nous ne traitons pas ici des donations faites aux donataires, car nous les avons déjà évoquées dans les articles Capitaineries et Donataires.

Dans cet article

Époque

Années citées · 07
  1. Le roi Duarte concéda l’archipel au prince Henri, en exigeant que la monnaie du royaume y circule, et en confia la juridiction spirituelle à l’ordre du Christ.

  2. Une charte délivrée à Lisbonne attribua la juridiction spirituelle sur les îles à l’ordre du Christ.

  3. Alphonse V confirma la donation des îles à Henri le Navigateur.

  4. Alphonse V confirma de nouveau la donation des îles à Henri le Navigateur.

  5. Henri le Navigateur délivra une charte de donation attribuant la juridiction spirituelle sur les îles à l’ordre du Christ et évoquant le début de leur peuplement.

  6. Henri le Navigateur, seigneur de Madère, mourut.

  7. Alphonse V concéda l’archipel à l’infant Fernando, qui hérita ainsi de la seigneurie de Madère après Henri le Navigateur.

  8. La charte de Manuel Ier fit de Madère, de manière permanente et inaliénable, une terre de la Couronne, au même titre que la grande maîtrise de l’ordre du Christ, portant un coup majeur aux privilèges des donataires.

  9. La bulle Pro excellenti praeeminentia du pape Léon X créa le diocèse de Funchal, mettant fin à la suprématie spirituelle de l’ordre du Christ ; l’église devint une cathédrale, dom Diogo Pinheiro fut nommé premier évêque et frère Nuno Cão premier doyen.

Lieu

Lieux cités · 06

Étranger

Carte: Arquipélago da Madeira (5)
  1. Funchal

    Siège du diocèse créé en 1514.

  2. Guinée

    Guinea. Côte africaine dont Henri céda la souveraineté temporelle à la Couronne.

  3. Îles Desertas

    Santa Cruz · Desertas. Îles comprises dans les concessions de 1433.

  4. Lisbonne

    Portugal. Lieu où fut délivrée la charte du 20 mai 1439.

  5. Porto Santo

    Île comprise dans les concessions de 1433.

Personnes

Personnes citées · 13
  1. Roi qui confirma la donation faite à Henri le Navigateur en 1449 et 1459, puis concéda l’archipel à l’infant Fernando en 1460.

  2. Auteur de la Monarchia Lusitana, cité au sujet des premières donations des îles.

  3. Fille de Jean IV et épouse de Charles II, roi d’Angleterre, bénéficiaire d’une donation fictive de Madère.

  4. Roi d’Angleterre, époux de Catherine de Bragance.

  5. Roi du Portugal dont les chartes du 26 septembre 1433 concédèrent les îles à Henri le Navigateur et à l’ordre du Christ.

  6. Henri le Navigateur, à qui est attribuée la découverte de Madère et qui reçut la seigneurie temporelle de l’archipel en 1433.

  7. Grand maître de l’ordre du Christ après son frère João, assassiné par Jean II.

  8. Fils de Fernando, auquel il succéda comme grand maître de l’ordre du Christ.

  9. Frère d’Alphonse V qui succéda à Henri le Navigateur comme grand maître et seigneur de Madère en 1460.

  10. Jean Iermort 1433

    Roi de Portugal présumé avoir le premier concédé Madère à son fils Henri le Navigateur, ou lui en avoir confirmé la concession.

+ 3 de plus
  1. Roi de Portugal qui tua l’infant Diogo.

  2. Roi qui, cinq jours avant sa mort, fit à sa fille Catarina une concession illégale de Madère, restée sans effet.

  3. Grand maître devenu roi, dont la charte du 27 avril 1497 fit de Madère une possession permanente de la Couronne.

Sur la feuille D

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