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Article nº 0693 Paroisse Calheta Vol. I · p. 368–371 7 min de lecture

Calheta (paroisse)

Titre original: Calheta (Freguesia de)

Article consacré à la paroisse de Calheta, sur la côte sud-ouest de Madère, l’un des plus anciens lieux de peuplement de l’île. Il traite de l’origine de son nom, de ses premiers habitants, de son église, de ses chapelles, de son clergé, de l’émeute de 1834 et de ses localités.

Calheta (paroisse)

Étranger

Carte: Madeira (21)

1Nom et premiers peuplements

Il est très vraisemblable que le nom de cette paroisse (freguesia) vienne de la petite baie ou anse qui lui sert de débarcadère, car tel est le sens véritable du mot calheta. L’Encyclopedia Portuguesa de Maximiliano de Lemos, à propos de cette paroisse, indique qu’elle possède une plage ou calheta sans abri, qui lui donne son nom. Gaspar Frutuoso, décrivant la première exploration de la côte menée par Zarco, affirme qu’« ayant longé la côte sur bien deux léguas sans trouver où débarquer, ils arrivèrent dans une grande baie où, désireux de connaître la terre, ils débarquèrent entre des rochers, y aménageant à la main un débarcadère auquel le capitaine donna le nom de Calheta ». Dans un ancien manuscrit, nous avons trouvé l’information suivante, qui nous paraît intéressante : « longeant la côte sans trouver où débarquer, ils arrivèrent dans une grande baie et y débarquèrent, aménageant à la main un débarcadère entre des rochers, et à cette petite rigole qu’ils firent le capitaine donna le nom de Calheta ». Le mot est tombé en désuétude, mais il était fréquemment employé à l’époque de nos découvertes maritimes. Dans les archipels des Açores et du Cap-Vert, plusieurs ports et anses portent le nom de calheta, et cette dénomination s’étend aussi aux localités qui les jouxtaient. Telle doit donc être la véritable origine du nom de cette paroisse.

C’est l’une des plus anciennes paroisses de l’île et l’une des premières que les premiers colonisateurs commencèrent à mettre en valeur. Le découvreur y prit une grande lombada (longue croupe entre deux vallées) pour son fils João Gonçalves da Câmara, et de vastes terres sur la rive droite du torrent pour sa fille dona Beatriz Gonçalves, qui épousa Diogo Cabral. À celui-ci, son beau-père fit don d’autres terres en sesmaria (concession royale de terres aux colons, à charge de les cultiver) ; il y fit construire la chapelle Notre-Dame-de-l’Étoile (Nossa Senhora da Estrela), où il institua un majorat (morgadio) et où il fut inhumé (voir Cabral et Nossa Senhora da Estrela).

Parmi les plus anciens colons de cette paroisse figurent le docteur Pedro Berenguer de Lemilhana (voir Berenguer), qui donna son nom au lieu-dit (sítio) appelé aujourd’hui encore Lombo do Doutor (« croupe du Docteur ») ; Luís de Atouguia, qui reçut des terres en sesmaria sur le lombo (croupe entre deux vallées) qui prit le nom de Lombo do Atouguia ; João Rodrigues Mondragão (voir Mondragão), originaire de la Biscaye ; et Francisco Homem de Gouveia, fondateur du majorat des Reis Magos (voir ce nom), à Estreito da Calheta (« étroit de Calheta »), sans compter d’autres qui y fondèrent des chapellenies (capela) assorties de majorats (instituições vinculares). Furent également d’anciens colons de cette paroisse le chevalier napolitain Afonso de Aragão, dont nous avons déjà parlé dans l’article Aragão, ainsi que João Assuna Teixeira et João Salviato, qui y possédèrent de nombreuses terres en sesmaria. Gaspar Frutuoso mentionne encore João Rodrigues Castelhano, dont il dit : « ... qu’on l’appela ainsi parce qu’il parlait castillan, bien qu’il fût génois de nation ; c’est un riche domaine de cannes, avec son chapelain. Ce João Rodrigues maria à Funchal deux filles très riches, et c’est à elles qu’appartiennent aujourd’hui les meilleurs domaines de l’île : il eut de nombreux esclaves, dont cinq lui tuèrent un facteur (feitor, agent royal) ; il les livra à la justice, et ils furent pendus à Vila da Calheta (« bourg de Calheta ».

2Église, clergé et chapelles

La création de cette paroisse (freguesia) remonte à 1430. Elle eut d’abord son siège dans la chapelle da Estrela, où elle ne semble pas être restée de longues années. Son saint patron devint ensuite le Saint-Esprit, dans l’église du Saint-Esprit (Espírito Santo) de Calheta. Nous n’avons trouvé aucune mention de l’année de sa première construction ; nous savons seulement qu’elle fut reconstruite en 1639.

Dès la création de la paroisse, le curé perçut une portion congrue annuelle de 8000 réis (ancienne monnaie de compte portugaise ; 1$000 = 1 000 réis, 1:000$000 = un conto = 1 000 000 de réis), qui augmenta progressivement par des ordonnances royales (alvará régio) successives. La dernière dont nous ayons connaissance, celle du 20 avril 1626, fixa ce traitement à 18 000 réis en argent, quatre moios de blé et une pipa (tonneau et mesure de vin, env. 400–500 litres) de vin. La desserte (curato) fut créée par l’ordonnance royale du 27 août 1589, avec une portion congrue de 20 000 réis par an.

La paroisse eut autrefois une collégiale comptant 4 bénéficiers, un trésorier et un prédicateur, outre le curé et le vicaire (cura). S’il faut en croire ce que nous avons lu il y a peu dans un journal, cette collégiale connut pendant quelques années une errance continuelle, passant à brefs intervalles d’église en église et de chapelle en chapelle : elle eut son siège de 1811 à 1815 dans l’église du couvent des franciscains, de 1815 à 1821 dans la chapelle Saint-Antoine (Santo António), quelques mois de cette dernière année dans la chapelle de la Miséricorde de Calheta (Misericórdia da Calheta), et de 1821 à 1834 dans l’église matrice (igreja matriz).

Méritent une mention particulière le plafond du chœur de l’église paroissiale, construit comme celui de notre cathédrale (Sé Catedral), et tout spécialement le tabernacle, œuvre d’une rare valeur artistique, en ébène, orné de délicates incrustations d’argent, offert par le roi Manuel Ier. Il est regrettable que cette précieuse pièce d’art religieux du XVIe siècle ait été quelque peu négligée dans sa conservation : son ancienneté, sa valeur historique et les remarquables beautés artistiques qu’elle renferme exigeaient les soins les plus attentifs et les plus scrupuleux pour prévenir et empêcher, autant que possible, l’action corrosive et destructrice du temps.

Ce fut l’une des paroisses de Madère qui comptèrent le plus grand nombre de chapelles, dont nous pouvons énumérer les suivantes : São José, Santa Quitéria, Jesus-Maria-José, São Pedro de Alcântara, Nossa Senhora da Piedade, São João Baptista, Nossa Senhora da Boa Morte, São Francisco Xavier, Nossa Senhora da Penha de França, Nossa Senhora da Estrela, Nossa Senhora da Vida, Nossa Senhora de Monserrate, Almas, Nossa Senhora do Bom Sucesso, Nossa Senhora da Nazaré et Santa Catarina. Il n’en subsiste plus guère, et elles étaient presque toutes des fondations inaliénables (instituição vincular, majorat ou chapellenie). Nous en traiterons dans les articles consacrés aux chapelles.

Cette paroisse posséda le couvent Saint-François (São Francisco) de Calheta, de l’ordre séraphique, dont nous traiterons dans un article particulier.

Il y eut ici une Misericórdia (Sainte Maison de la Miséricorde, confrérie charitable laïque), avec sa maison et sa chapelle, dont nous parlerons dans l’article consacré aux Misericórdias de cet archipel.

Parmi les enfants les plus distingués de cette paroisse figurent les prêtres, les docteurs António Veloso de Lira et António João de França Bettencourt, dont nous traitons plus longuement à leur place respective.

3L’émeute de 1834 et autres informations

Le 10 juillet 1834, un peu plus d’un mois après l’instauration du gouvernement constitutionnel à Madère, de graves troubles éclatèrent dans cette paroisse (freguesia). Leur cause cachée était une protestation contre le nouvel ordre des affaires publiques, bien qu’il n’y parût pas ostensiblement. Sous prétexte que la population allait être accablée de lourds impôts, un nombre considérable d’individus se soulevèrent, provoquant des désordres et commettant des violences qui firent trois morts et d’autres blessés plus ou moins grièvement. La révolte menaçait de s’étendre, et l’autorité s’employa à l’étouffer avec énergie en envoyant dans cette paroisse un détachement d’infanterie et une force de marine de la frégate D. Pedro, qui mouillait alors dans notre port. La population ne se laissa pas intimider par la présence de la force armée et lui opposa même une certaine résistance, si bien que celle-ci se vit contrainte d’user d’une extrême rigueur : quelques hommes du peuple tombèrent sous les balles, en un nombre que nous ne pouvons préciser. On procéda ensuite à une vaste enquête judiciaire (devassa) et à d’innombrables arrestations. Le jugement eut lieu en janvier 1836 : sept accusés furent condamnés à la déportation (degredo) à perpétuité en Angola, quelques-uns à la déportation temporaire, et le père João

Rodrigues Pestana à la déportation à perpétuité au Mozambique, où il mourut.

L’ingénieur des mines Eugène Arckermann, dans son livre L’Ile de Madère considerée au point de vue scientifique, p. 60 et suivantes, évoque assez longuement les traces de pétrole découvertes au lieu-dit (sítio) du bourg (vila) de cette paroisse, à environ 300 mètres de l’agence des vapeurs côtiers. Quelques prospections furent menées sur place, sans résultat appréciable.

Les principaux lieux-dits de cette paroisse sont : Lombo da Estrela (« croupe de l’Étoile »), Lombo do Salão (« croupe du Salon »), Lombo do Brasil (« croupe du Brésil »), Lombo do Doutor (« croupe du Docteur »), Lombo do Atouguia et Vila.

Elle possède deux écoles publiques, une pour chaque sexe.

Cette paroisse se trouve à environ 38 kilomètres de la ville par la route du littoral, et, par la même route, à quelque 11 kilomètres de Ponta do Sol (« pointe du Soleil »), chef-lieu de la circonscription judiciaire (comarca). Elle compte 4665 habitants.

Dans cet article

Époque

Années citées · 08
  1. La paroisse de Calheta fut créée, avec un premier siège à la chapelle de l’Estrela.

  2. Des chartes royales créèrent des cures dans plusieurs paroisses, dont Porto Santo (20 000 réis par an), Calheta, Santa Cruz, Santa Maria Maior et São Pedro.

  3. Un décret royal fixa la portion congrue du curé de Calheta à 18 000 réis, auxquels s’ajoutaient du blé et du vin.

  4. L’église paroissiale d’Espírito Santo, à Calheta, fut reconstruite.

  5. Le chapitre collégial de Calheta siégea dans l’église du couvent franciscain.

  6. Le chapitre collégial de Calheta siégea dans l’église paroissiale.

  7. Une émeute contre le nouveau gouvernement constitutionnel éclata à Calheta et fut réprimée par des soldats et des marins.

  8. Les émeutiers de Calheta furent jugés ; sept furent condamnés à l’exil perpétuel en Angola et un prêtre à l’exil au Mozambique.

Lieu

Lieux cités · 21
  1. Calheta · Sujet

    Paroisse décrite dans cet article.

  2. Açores

    Portugal. Archipel comptant plusieurs lieux appelés Calheta.

  3. Angola

    Lieu d’exil de participants à l’émeute de 1834.

  4. Biscaye

    Spain. Région d’origine du colon Mondragão.

  5. Cap-Vert

    Cape Verde. Archipel comptant plusieurs lieux appelés Calheta.

  6. Cathédrale de Funchal

    Funchal. Son plafond servit de modèle à celui du chœur de l’église de Calheta.

  7. Chapelle de la Miséricorde de Calheta

    Calheta. Siège provisoire du chapitre collégial en 1821.

  8. Chapelle Notre-Dame-de-l’Étoile

    Calheta. Chapelle construite par Diogo Cabral, premier siège de la paroisse.

  9. Chapelle Saint-Antoine

    Calheta. Siège du chapitre collégial de 1815 à 1821.

  10. Couvent Saint-François de Calheta

    Calheta. Couvent franciscain qui abrita le chapitre collégial de 1811 à 1815.

  11. Église du Saint-Esprit de Calheta

    Calheta. Église paroissiale, reconstruite en 1639.

  12. Estreito da Calheta

    Calheta. Lieu où se trouvait le majorat de Reis Magos.

+ 9 de plus

Personnes

Personnes citées · 19
  1. Chevalier napolitain parmi les premiers habitants de Calheta.

  2. Prêtre éminent né dans la paroisse de Calheta.

  3. Prêtre éminent né dans la paroisse de Calheta.

  4. Fille de Zarco, qui reçut des terres sur la rive droite du cours d’eau de Calheta ; épouse de Diogo Cabral.

  5. Diogo Cabralmort 1486

    Gendre de Zarco, qui fit construire la chapelle de Nossa Senhora da Estrela, y fonda un majorat et y fut inhumé.

  6. Ingénieur des mines qui décrivit des traces de pétrole près du bourg de Calheta dans son livre sur Madère.

  7. L’un des premiers habitants, qui fonda le majorat de Reis Magos à Estreito da Calheta.

  8. Gaspar Frutuoso1522–1591

    Chroniqueur cité à propos du nom donné par Zarco à Calheta et du colon João Rodrigues Castelhano.

  9. L’un des premiers colons de Calheta, détenteur de nombreuses terres concédées en sesmaria.

  10. Fils de Zarco, à qui fut attribuée une vaste croupe de terrain à Calheta.

+ 9 de plus
  1. Découvreur de Madère, qui donna le nom de Calheta au lieu de débarquement et y concéda des terres à ses enfants.

  2. Planteur génois de canne à sucre à Calheta, dont les esclaves furent pendus dans le bourg après avoir tué son régisseur.

  3. L’un des premiers colons de Calheta, originaire de Biscaye.

  4. Prêtre condamné en 1836 à l’exil perpétuel au Mozambique pour l’émeute de Calheta de 1834 ; il y mourut.

  5. L’un des premiers colons de Calheta, détenteur de nombreuses terres concédées en sesmaria.

  6. L’un des premiers colons, détenteur de terres concédées en sesmaria sur la croupe appelée plus tard Lombo do Atouguia.

  7. Roi qui fit don à l’église paroissiale de son tabernacle en ébène et en argent.

  8. Éditeur de l’Encyclopedia Portuguesa, cité à propos de l’origine du nom de Calheta.

  9. L’un des premiers colons, qui donna son nom au lieu-dit Lombo do Doutor.

Sur la feuille C

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