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Article nº 0520 Paroisse São Vicente Vol. I · p. 297–301 9 min de lecture

Boaventura (paroisse)

Titre original: Boaventura (Freguesia da)

Paroisse de la côte nord de Madère, dans la municipalité de São Vicente, séparée de Ponta Delgada en 1836 ; l’article traite de l’origine obscure de son nom, de son histoire religieuse, de ses levadas, de ses lieux-dits et d’une anecdote locale sur le général Beresford.

Boaventura (paroisse)
Carte: Madeira (19)

1Nom et origines

Malgré toutes nos recherches, l’origine du nom de cette paroisse nous est restée entièrement inconnue. Pour en découvrir au moins l’origine probable, il fallait établir avec précision la véritable graphie de cette étrange dénomination, ce qui ne nous paraît pas présenter une mince difficulté. Boaventura ou Boa Ventura ? Nous ne saurions le dire, car ce nom apparaît écrit sous les deux formes. La première semble être la plus ancienne et elle est sans doute la plus courante et la plus usuelle ; toutefois, nous ne connaissons aucune raison particulière de préférer l’une ou l’autre. Nous ne pouvons que nous perdre en simples conjectures ou en hypothèses plus ou moins ingénieuses, mais peut-être fort éloignées de la vérité.

Ni les archives paroissiales de cette paroisse (freguesia), ni aucun document ancien, ni même la tradition locale ne disent rien de l’origine de ce nom. Existait-il peut-être sur le continent portugais quelque village (lugar, rang inférieur au bourg) ou localité dont les premiers colons auraient repris le nom, comme cela arrivait fréquemment, pour le donner à ce lieu-dit (sítio), devenu plus tard paroisse ? L’hypothèse ne serait qu’une simple probabilité, et elle n’a même pas le moindre fondement, car il n’existe au Portugal aucune paroisse, aucun lieu-dit ni aucun village qui porte ce nom, d’après les recherches auxquelles nous avons procédé.

Les terres qui forment la paroisse de Boaventura (« bonne fortune ») appartinrent pendant près de trois siècles à la paroisse de Ponta Delgada (« pointe effilée »), dont elles furent détachées en 1836. Dès le milieu du XVIe siècle, et même avant cette époque, Boaventura portait déjà ce nom, donc bien avant la création de la desserte (curato) et son érection en paroisse indépendante. Aux premiers temps de la colonisation, Pedro Gomes Galdo fut l’un des colons qui y possédèrent les premiers de vastes terres en sesmaria (concession royale de terres aux colons, à charge de les cultiver) ; il est considéré comme l’un des plus anciens colons de cette paroisse, qui relevait alors, comme nous l’avons dit, de la paroisse de Ponta Delgada. On attribue à ce Pedro Galdo ou à l’un de ses descendants la fondation de la chapelle Saint-Christophe (São Cristóvão), au lieu-dit qui porte encore aujourd’hui ce nom.

2Cure et paroisse

À mesure que la population s’accroissait et s’étendait vers l’intérieur, les habitants de Boaventura (« bonne fortune ») souhaitèrent la création d’une desserte (curato) qui leur facilitât l’accomplissement de leurs devoirs religieux. Ils profitèrent du séjour de l’évêque diocésain dom Manuel Coutinho dans l’église paroissiale de Ponta Delgada pour exposer au prélat la distance qui les séparait de l’église matrice (igreja matriz), la difficulté des chemins, surtout à la mauvaise saison, et les graves dangers auxquels ils s’exposaient. Le prélat ordonna alors au curé de l’époque, Luís Gonçalves Caldeira, de demander la création d’une desserte dans la paroisse (freguesia) de Ponta Delgada, avec son siège à Boaventura, les raisons présentées par les pétitionnaires étant en tout point recevables.

Par ordonnance royale (alvará régio) du 4 février 1733, Jean V autorisa le prélat diocésain à créer cette desserte ; nous ne savons ni quand elle fut définitivement pourvue, ni quelle juridiction ou quelles attributions lui furent conférées. Elle resta cependant dépendante de la paroisse de Ponta Delgada, dont elle s’affranchit peu à peu jusqu’à devenir une paroisse autonome. Les baptêmes commencèrent à y être célébrés en 1790, mais les mariages ne furent célébrés à Boaventura qu’après son érection en paroisse. Le siège de la desserte fut la chapelle de Santa Quitéria (sainte Quitterie), construite par la population en 1731. Les vicaires (cura) y avaient leur résidence effective et portaient les secours spirituels aux habitants du village (lugar, rang inférieur au bourg), certains actes du culte étant célébrés dans l’église matrice de Ponta Delgada. Aux termes de l’ordonnance du 4 février 1733 déjà citée, le vicaire reçut à l’origine une portion congrue d’un moio (mesure de grains valant 60 alqueires) et demi de blé et d’une pipa (tonneau et mesure de vin, env. 400–500 litres) et demie de vin, portion congrue qui fut augmentée par la suite.

L’administrateur du diocèse (governador do bispado, en l’absence de l’évêque ou pendant la vacance) et vicaire capitulaire António Alfredo de Santa Catarina Braga, par ordonnance du 18 novembre 1836, érigea en paroisse la desserte de Boaventura, la détachant entièrement de la juridiction de la paroisse de Ponta Delgada. Les prêtres qui y exerçaient les fonctions religieuses continuèrent quelque temps à s’intituler vicaires, mais cette desserte, comme d’autres qui existèrent dans le diocèse, était autonome, avec une vie civile et religieuse propre et sans dépendance envers une autre paroisse. Le prieur (titre du curé) fut Joaquim Gomes Lume, et le premier vicaire titulaire (vigário colado, institué à vie dans le bénéfice) Francisco José Rodrigues de Andrade, en 1843.

Comme nous l’avons dit, la desserte fut établie dans la chapelle de Santa Quitéria, construite en 1731, agrandie ou plutôt reconstruite en 1835, et où fut fixé le siège de la nouvelle paroisse, créée l’année suivante. Elle fut édifiée au lieu-dit (sítio) de Serrão, l’endroit le plus central et le plus agréable de la paroisse. L’image de sainte Quitterie fut offerte en 1721 à l’église de Ponta Delgada par Manuel de Freitas Vasconcelos, habitant de Funchal, et transportée dans la nouvelle chapelle peu après sa construction. Boaventura eut les chapelles de São Cristóvão (saint Christophe) et de Sant’Ana (sainte Anne), qui n’existent plus, et en 1918 on commença à construire une chapelle au lieu-dit de Fajã do Penedo (« replat du rocher »), dédiée au Cœur Immaculé. Nous en traiterons dans les articles consacrés aux chapelles.

3Levadas, routes et industrie

Cette paroisse possède les levadas (canal d'irrigation) de l'achada (replat, plateau) Grande, dont la construction est due principalement à Policarpo José de Abreu et à Manuel João de Freitas Galdo ; la Levada Grande (« grande levada »), qui étend son irrigation jusqu'à Ponta Delgada ; la Levada das Faias (« levada des Fayas »), dont le tracé est dû en bonne partie à João Pedro de Andrade ; la Levada da Achada dos Alves e Pastel, dont l'initiateur fut ce même Policarpo José de Abreu ; et encore la levada da Achada ou do Serrão. Toutes prennent leur source dans le torrent dos Moinhos. Comme nous l'avons déjà dit dans l'article consacré à la paroisse d'Arco de São Jorge (« arc de São Jorge »), on projeta il y a bien des années la construction d'une levada qui, partant du torrent do Porco, au lieu-dit (sítio) de Falca, servirait à l'irrigation des deux paroisses ; les études et les devis correspondants furent même réalisés au début du dernier quart du XIXe siècle. Le projet n'aboutit pas, bien que le chanoine Feliciano João Teixeira, député de Madère, eût défendu au parlement l'idée de cette construction lors de la session législative de 1890.

Sur la route qui relie cette paroisse à celle d'Arco de São Jorge, un tronçon situé sur la rive droite du torrent do Porco et surplombant la mer porte le nom d'Engrosa, en raison de son tracé en lacets sur l'escarpement vertical d'une haute falaise. C'est dans les fentes de cette falaise que pousse en abondance la plante connue sous le nom d'ensaião (Sempervivum glandulosum, de la famille des Crassulacées), dont William Longman écrivit ceci dans le Frazer's Magazine d'août 1875 : « ... elles poussent avec une telle profusion qu'elles se chevauchent les unes les autres, et atteignent un tel développement qu'elles dépassent tout ce que l'on voit en ce genre à Kew ou dans d'autres jardins botaniques. Les plus communes dépassent la taille d'un chapeau. À leur extrémité, elles présentent une couleur rouge brunâtre, qui passe graduellement à un vert clair vers le centre ».

Au lieu-dit de São Cristóvão exista une petite fabrique de tuiles, faites d'une argile dense et rougeâtre que l'on trouvait dans les environs ; elle donnait un produit très résistant, auquel l'air marin ne causait pas le moindre dommage. Nous avons lu quelque part que « ... d'autres espèces d'argiles se remarquent, intercalées entre les basaltes, certaines de couleur blanchâtre, qui pourraient être utilisées avec profit dans l'industrie céramique ».

4L’anecdote de Beresford et les données générales

Les titulaires du majorat (morgado) de la famille Lício de Lagos possédaient des terres de majorat (terras vinculadas) dans cette paroisse, et au lieu-dit (sítio) de Silveira (« ronceraie ») ils firent bâtir une grande maison, qui ne fut jamais entièrement achevée. C’est au facteur (feitor, agent royal) de ces titulaires du majorat et de ces terres, qui résidait à Boaventura, que serait arrivée, affirme-t-on, l’intéressante et pittoresque aventure que voici. Le général Beresford était arrivé à Madère en décembre 1807, à la tête des troupes britanniques qui occupaient Madère pour la seconde fois. Toutes les autorités et tous les officiers supérieurs allèrent présenter leurs hommages au général anglais. Le colonel et titulaire du majorat Lício, qui commandait le règlement (regimento) de milices de São Vicente et qui se trouvait alors sur ses terres de Boaventura, ne pouvait faire exception à la règle. Le facteur, qui se trouvait par hasard à Funchal et qui était lieutenant adjudant de ce régiment, persuada la dame du majorat (morgada), épouse du colonel Lício, qu’il valait mieux épargner à monsieur les fatigues d’un voyage, et il lui soumit l’ingénieuse idée d’endosser lui-même l’uniforme de colonel et de se présenter au général anglais comme le commandant du régiment de milices du bourg (vila) de São Vicente ! L’idée, aussitôt conçue et acceptée sans réticence par la dame du majorat, fut mise sans délai à exécution par le bon et naïf facteur. Beresford, apprenant qu’il avait devant lui un adjudant novice déguisé en colonel, lança avec rudesse les seuls mots de portugais qu’il connaissait peut-être alors : Para o Pico (« Au Pic »). Et voilà notre pauvre lieutenant et facteur conduit sous escorte à la forteresse do Pico (« du Pic »), maudissant sans doute l’heure où lui était venue la malheureuse idée d’endosser l’uniforme de son chef, maître des terres qu’il administrait. En tournant le dos au général Beresford, il eut pourtant une phrase qui devint célèbre et qui, dans une certaine mesure, l’immortalisa dans la tradition locale. Reconnaissant l’erreur qu’il avait commise, il lâcha, mi-contrit, mi-ironique, ce mot génial : « Je voyais bien que ça allait tourner à la bêtise ! » Tel fut l’épilogue de sa triste et malheureuse aventure.

Les principaux lieux-dits de cette paroisse sont : Igreja, Pastel, Pomar, Ribeira do Moinho, Roçada, Cabo da Ribeira, Achada do Castanheiro, Levada, Lombadinha, São Cristóvão, Serrão, Achada do Pereira, Travessa, Achada Grande, Falca, Achada da Madeira, Lombo do Urzal, Serra de Água, Quebradas, Lamaceiros, Achada do Moledo, Fajã do Penedo, Fajã Grande, Sabugueiros et Silveira. La paroisse est traversée par les torrents do Porco et dos Moinhos ; à l’embouchure du premier se trouve la plage du petit débarcadère dit Porto da Boaventura (« port de Boaventura »), où mouillent des barques et où les vapeurs de cabotage débarquent marchandises et passagers.

Cette paroisse appartient à la municipalité (concelho) et à la circonscription judiciaire (comarca) de São Vicente, dont les chefs-lieux sont distants d’environ 9 kilomètres et demi. Elle confine aux paroisses d’Arco de São Jorge, de Ponta Delgada, de São Vicente et de Curral das Freiras (« enclos des religieuses »).

On y compte deux écoles, une pour chaque sexe, toutes deux situées au lieu-dit Igreja. C’est dans cette paroisse que naquit le père António Alexandrino de Vasconcelos, dont nous avons déjà parlé dans l’article consacré à la paroisse d’Arco de São Jorge. Lorsque le grand poète Antero de Quental séjourna à Madère il y a quelques années, il passa quelque temps dans la paroisse de Boaventura. Sa population est de 3900 habitants. Sur le territoire de cette paroisse se trouve la célèbre Serra das Torrinhas (« montagne des Tourelles ») (voir ce nom).

Dans cet article

Époque

Années citées · 09
  1. Une statue de Santa Quitéria fut offerte à l’église de Ponta Delgada.

  2. Les habitants de Boaventura construisirent la chapelle de Santa Quitéria à Serrão.

  3. Le roi Jean V autorisa la création d’une cure à Boaventura.

  4. Les baptêmes commencèrent à être célébrés à Boaventura.

  5. Le 24 décembre 1807, l’escadre de l’amiral Samuel Hood mouilla devant Funchal avec des troupes commandées par le général Beresford. Ce fut le début de la seconde occupation britannique de Madère, qui dura jusqu’en octobre 1814 ; Henrique Veitch fut nommé consul britannique pendant cette occupation.

  6. Boaventura fut érigée en paroisse indépendante, séparée de Ponta Delgada.

  7. Le premier vicaire titulaire de la paroisse de Boaventura fut nommé.

  8. Le chanoine Feliciano João Teixeira défendit au Parlement la construction de la levada de Ribeira do Porco.

  9. La construction de la chapelle de Fajã do Penedo commença.

Lieu

Lieux cités · 19
  1. Boaventura · Sujet

    São Vicente

  2. Arco de São Jorge

    Santana. Paroisse voisine reliée par une route et concernée par un projet de levada.

  3. Boaventura

    São Vicente. Sujet de l’article.

  4. Chapelle Saint-Christophe

    São Vicente. Ancienne chapelle dont la fondation est attribuée à Pedro Galdo.

  5. Curral das Freiras

    Câmara de Lobos. Paroisse limitrophe.

  6. Église Sainte-Quitterie

    São Vicente. Chapelle de 1731 devenue le siège de la cure, puis de la paroisse.

  7. Engrosa

    São Vicente. Tronçon de route à flanc de falaise célèbre pour ses joubarbes.

  8. Fajã do Penedo

    São Vicente. Lieu où la construction d’une chapelle commença en 1918.

  9. Forteresse do Pico

    Funchal. Forteresse où Beresford envoya l’intendant.

  10. Levada das Faias

    São Vicente. L’une des levadas de la paroisse.

  11. Levada Grande

    São Vicente. Levada irriguant les terres jusqu’à Ponta Delgada.

  12. Ponta Delgada

    São Vicente. Paroisse mère dont Boaventura fut détachée en 1836.

+ 7 de plus

Personnes

Personnes citées · 17
  1. Poète portugais qui séjourna quelque temps à Boaventura lors d’une visite à Madère.

  2. Prêtre né à Boaventura.

  3. Gouverneur diocésain qui érigea Boaventura en paroisse en 1836.

  4. Évêque de Funchal qui ordonna de demander la création d’une cure pour Boaventura.

  5. Chanoine et député de Madère qui défendit au Parlement le projet de levada de Ribeira do Porco en 1890.

  6. Premier vicaire titulaire de Boaventura, en 1843.

  7. Jean Vmort 1750

    Roi qui autorisa la création de la cure de Boaventura par une charte de 1733.

  8. Principal artisan de la Levada das Faias.

  9. Premier curé de Boaventura.

  10. Titulaire d’un majorat et commandant du régiment de milice de São Vicente, dont l’intendant se fit passer pour lui devant Beresford.

+ 7 de plus
  1. Curé de Ponta Delgada qui demanda la création de la cure de Boaventura.

  2. Habitant de Funchal qui offrit la statue de Santa Quitéria en 1721.

  3. Coconstructeur des levadas d’Achada Grande.

  4. L’un des premiers habitants de Boaventura, où il détenait des terres concédées en sesmaria ; la fondation de la chapelle de São Cristóvão lui est attribuée.

  5. Promoteur des levadas d’Achada Grande et d’Achada dos Alves e Pastel.

  6. Général britannique commandant la deuxième occupation britannique de Madère à partir de décembre 1807, qui fit emprisonner un intendant s’étant fait passer pour un autre.

  7. Écrivain anglais qui décrivit les joubarbes d’Engrosa dans Frazer’s Magazine en 1875.

Sur la feuille B

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