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Choléra en 1856 et 1910 (Le) 1Arrivée et propagation du choléra en 1856
Article nº 0978 Épidémie Vol. I · p. 550–554 10 min de lecture

Choléra en 1856 et 1910 (Le)

Titre original: Colera-Morbus em 1856 e 1910. (A)

Récit des deux épidémies de choléra à Madère : la flambée catastrophique de juillet à octobre 1856, apportée par un régiment d’infanterie venu de Lisbonne, qui fit officiellement 7 041 morts (environ 10 000 selon la tradition), et l’épidémie bien moins grave de 1910–1911, qui fit 556 morts sous la direction du docteur Carlos França.

Choléra en 1856 et 1910 (Le)

1Arrivée et propagation du choléra en 1856

Beaucoup gardent encore en mémoire, et la tradition locale conserve bien vivant, le souvenir de l’horrible calamité qui ravagea cet archipel de juillet à octobre 1856 et coûta la vie à près de dix mille de ses habitants.

Le choléra sévissait intensément à Lisbonne et, dans le quartier de Belém, l’épidémie s’était déclarée avec une virulence extraordinaire. Dans ce quartier était caserné le 1er régiment d’infanterie, que le gouvernement central, par une imprévoyance criminelle, avait envoyé à Madère. Il y arriva dans l’après-midi du 28 juin, débarqua aussitôt et alla occuper l’ancien couvent Saint-François (São Francisco), alors désaffecté. Le 2 juillet, le régiment alla se caserner au collège Saint-Jean-l’Évangéliste (Colégio de São João Evangelista), où l’on ouvrit les ballots et les bagages ; c’est alors que se déclarèrent les premiers cas de choléra chez quelques hommes de troupe de ce régiment. Le premier Madérien atteint fut un marin nommé Manuel Rodrigues, qui habitait à proximité du couvent Saint-François et avait été en contact avec quelques soldats du 1er d’infanterie.

L’épidémie commença à se propager avec une grande intensité, surtout dans le quartier de Santa Maria (« sainte Marie »), puis s’étendit à toute la ville et gagna rapidement les paroisses (freguesias) suburbaines et rurales. C’était désormais un incendie qui faisait rage partout. Elle atteignit le comble de sa violence le 31 juillet, fauchant en vingt-quatre heures, dans les limites de la ville, 162 de nos compatriotes.

Hors de Funchal, l’épidémie se manifesta d’abord dans la paroisse de Ponta do Pargo (« pointe du Pagre »), le 11 juillet, puis à Machico le 14, et successivement dans les autres paroisses, dont certaines n’eurent qu’un très faible taux de mortalité. C’est à l’hôpital de la Misericórdia que l’afflux de malades fut le plus fort : certains jours, il fut impossible d’y admettre des cholériques, tant les malades étaient nombreux à remplir les salles et toutes les pièces où l’on pouvait jeter une paillasse. L’hôpital militaire et le bâtiment du dépôt de mendicité (asilo de mendicidade) furent aménagés pour accueillir les cholériques, et des hôpitaux provisoires furent installés dans les paroisses de Santo António (« saint Antoine »), Ribeira Brava (« rivière sauvage »), Machico, Ponta do Sol (« pointe du Soleil ») et d’autres encore.

« Si l’épidémie, dit un rapport officiel, s’était montrée terrifiante dans la municipalité (concelho) de Funchal par les ravages qu’elle causait, ses horreurs redoublèrent dans les municipalités rurales, car, outre le grand nombre de victimes, la population luttait aussi contre la faim et n’avait ni médecins ni remèdes pour secourir les malades. » L’état d’abattement, de détresse et de misère où tombèrent ces municipalités était vraiment indescriptible. Beaucoup de malades mouraient faute de tout secours médical, d’autres s’éteignaient faute de nourriture. La plupart des hôpitaux provisoires étaient dans un état déplorable, et tous manquaient des secours les plus élémentaires. Les malades gisaient à même le sol, sur de mauvaises paillasses, et l’on y observait souvent la promiscuité des sexes aussi bien que celle des vivants et des morts. Devant cette situation, les autorités décidèrent que les sous-délégués techniques Branco et Brand parcourraient l’île, en apportant des médicaments et d’autres secours aux cholériques. Il n’était pas possible de faire davantage. Selon les données officielles, le choléra fit 7041 victimes, mais on a toujours affirmé que le nombre de ceux qui succombèrent à l’épidémie fut d’environ dix mille. Dans la municipalité de Funchal moururent 2014 personnes : 311 dans la paroisse de la Sé (cathédrale de Funchal), 519 à São Pedro, 376 à Santa Maria Maior (« Sainte-Marie-Majeure »), 69 à São Roque, 129 à São Martinho, 315 à Santa Luzia, 214 à Santo António, 83 à Monte et 88 à São Gonçalo.

Les paroisses rurales où la mortalité fut la plus forte furent celles de Ponta do Pargo, avec 328 décès, Machico 319, Câmara de Lobos (« repaire des phoques ») 393, Campanário 206, Ponta do Sol 281, Tabua 161, Serra de Água 143, Ponta Delgada (« pointe effilée ») 409, São Vicente (« saint Vincent ») 307, Estreito de Câmara de Lobos 139, etc. À l’hôpital de la Misericórdia moururent 619 personnes, à celui de Santo António 119 et à celui du dépôt de mendicité 63.

2Secours et sources pour l’épidémie de 1856

Dans l’article consacré au gouverneur civil António Rogério Gromicho Couceiro, nous mettrons en relief l’action véritablement providentielle que cette autorité exerça chez nous et la profonde reconnaissance que Madère lui doit pour les services éminents qu’elle rendit à tout l’archipel. Nous voulons aussi évoquer ici le docteur António da Luz Pita, délégué du conseil de santé du Royaume (reino, c.-à-d. le Portugal continental). Se trouvant à Lisbonne en qualité de député de cette île, il partit aussitôt pour Funchal à bord du vapeur de guerre Mindelo, porteur des secours que le gouvernement central avait envoyés sans délai, et accompagné de quelques médecins venus du continent prêter leurs services cliniques dans l’île. Ces premiers secours consistaient en une grande quantité de médicaments, beaucoup de linge, de lits et de paillasses, etc., ainsi qu’en un crédit de six contos (un million de réis) de réis (ancienne monnaie de compte portugaise ; 1$000 = 1 000 réis, 1:000$000 = un conto = 1 000 000 de réis) ; de nouveaux et abondants envois suivirent par la suite. Le corps médical se distingua par son dévouement extraordinaire : trois médecins madériens et un Anglais, le docteur Ross, en furent victimes.

Nous irions trop loin si nous voulions entrer dans d’autres détails et des notes plus circonstanciées sur la terrible épidémie qui ravagea cet archipel en 1856.

Qui voudra une connaissance plus approfondie du sujet pourra consulter la seconde partie du rapport officiel publié en 1866 et les articles parus dans le Heraldo da Madeira (« Héraut de Madère ») au mois d’octobre 1908.

3Le choléra de 1910-1911

Le choléra en 1910. L’épidémie de choléra qui se déclara à Funchal en octobre 1910 n’atteignit pas, même de loin, les proportions du choléra morbus de 1856. Bien que sa durée ait été sensiblement la même, le nombre des malades et celui des victimes furent très inégaux. Selon les données officielles, l’épidémie de 1856 fit 7041 victimes, celle de 1910-1911 seulement 556. La maladie était peut-être d’une nature moins virulente, mais il faut surtout attribuer cet écart de mortalité aux moyens mis en œuvre pour enrayer l’épidémie. Les temps ont bien changé. Les ressources dont disposait la science aux deux époques sont entièrement différentes et ne souffrent pas la moindre comparaison. On comprend aujourd’hui plus exactement les devoirs qui incombent tant aux autorités qu’aux populations rurales ; l’hygiène n’est plus un vain mot, surtout dans les centres populeux, et on l’observe avec une certaine rigueur, principalement lors des maladies épidémiques. Tout cela contribua puissamment à ce que le choléra de 1856, dont on se souvient encore avec tant d’horreur, et celui de 1910 aient été si disproportionnés par leur contagion, leur propagation et les ravages causés. Nous eûmes en outre la bonne fortune de trouver à la tête des divers services de lutte contre l’épidémie un médecin des plus remarquables. Homme de science et bactériologiste très distingué, esprit essentiellement organisateur, d’une énergie rare et prudente, d’une abnégation et d’un zèle sans bornes, doté aussi de la plus incontestable autorité morale, il rendit à cette terre, en une époque si calamiteuse et dans des circonstances si difficiles et si désolantes, des services qui ne pourront jamais être oubliés. Son nom prestigieux reste indissolublement lié à l’histoire de notre archipel, au rang de ceux qui ont le plus mérité la reconnaissance et la gratitude de ses habitants.

Les premiers cas qui attirèrent l’attention des médecins furent ceux de deux sœurs habitant près du Paiol (« poudrière ») : l’une tomba malade le 20 octobre 1910, l’autre le 23 du même mois, et cette dernière mourut le 4 novembre suivant. On prit aussitôt les précautions nécessaires : isolement du domicile, désinfections, examen médical des contacts, etc. Deux autres cas apparurent ensuite dans la Rua da Imperatriz Dona Amélia (« rue de l’Impératrice Amélie »), puis on en enregistra d’autres en divers points de la ville. Bientôt la maladie surgit à Câmara de Lobos, à Machico et dans d’autres localités. La population commençait à s’alarmer. Vivement impressionnée par la diffusion de la maladie, la plus haute autorité du district réunit le Conseil consultatif d’hygiène (Junta Consultiva de Higiene) le 17 novembre ; on prit alors des mesures plus énergiques et plus efficaces, tandis qu’elle pressait le gouvernement central d’adopter des dispositions extraordinaires et d’envoyer les ressources indispensables dont Madère ne pouvait disposer.

Le gouvernement central envoya à Madère, avec des pouvoirs extraordinaires, le docteur José Alfredo Mendes de Magalhãis, en qualité de haut-commissaire de la République. Il rendit d’excellents services et, durant tout son séjour parmi nous, se montra toujours désireux de contribuer efficacement à l’extinction de l’épidémie. En juste hommage à ces services, une séance solennelle fut tenue en son honneur au conseil municipal de cette municipalité (concelho) ; à cette occasion, on lui conféra le titre de citoyen d’honneur de Funchal et l’on inaugura son portrait dans la salle d’honneur de l’hôtel de ville. Outre des crédits extraordinaires destinés à couvrir les lourdes dépenses de la lutte contre l’épidémie, le gouvernement envoya aussi un contingent de troupes, car on craignait à juste titre des troubles à l’ordre public.

La mesure la plus judicieuse prise par le gouvernement de la métropole fut cependant l’envoi du docteur Carlos França. Arrivé à Funchal le 22 novembre, il prit, après quelques jours de travail de laboratoire et d’autres études indispensables, la direction de l’ensemble des services sanitaires et de la lutte contre le fléau qui menaçait de ravager toute l’île. Il fit preuve d’emblée non seulement de l’orientation la plus sûre et de la compétence la plus éprouvée, mais aussi d’un zèle ardent et du dévouement le plus fervent dans l’exercice des multiples fonctions qu’il dut remplir au cours d’une mission si laborieuse et si périlleuse. Du continent vinrent sept médecins, plusieurs infirmiers et un analyste de l’Institut bactériologique Câmara Pestana (Instituto Bacteriológico Câmara Pestana) qui, avec les médecins de Madère, rendirent de bons services et firent preuve d’une véritable abnégation dans les tâches qui leur furent confiées.

Des hôpitaux pour cholériques fonctionnèrent au Lazareto de Gonçalo Aires (« lazaret de Gonçalo Aires ») et dans les paroisses (freguesias) de Santo António, Câmara de Lobos, Ribeira Brava, Santa Cruz (« Sainte-Croix ») et Machico.

L’épidémie sévit dans les municipalités de Funchal, Santa Cruz, Machico, Câmara de Lobos, Ponta do Sol et Porto Santo (« port saint »). Elle épargna les paroisses de Madalena, Serra de Água, Curral das Freiras et Santo da Serra, ainsi que toute la municipalité de Calheta, à l’exception de Fajã da Ovelha (« replat de la brebis »), où il n’y eut que deux cas. Les treize paroisses de toute la côte nord de Madère furent également épargnées. Le nombre des décès, par municipalité, fut de 210 à Funchal, 161 à Câmara de Lobos, 71 à Ponta do Sol, 75 à Machico, 26 à Santa Cruz et à Porto Santo, soit un total de 556.

Nous irions trop loin si nous voulions entrer dans le détail de la manière dont les divers services sanitaires furent organisés et fonctionnèrent, et plus loin encore si nous voulions relater les nombreux épisodes et circonstances dignes d’une mention particulière, mais qui dépassent les limites de cet article. Qui voudra le faire n’aura qu’à consulter le brillant et copieux ouvrage du docteur Carlos França intitulé A Epidemia Cholerica da Madeira 1910-1911. Relatorio apresentado ao ministro do interior ; il y trouvera tout ce qui peut intéresser cette période calamiteuse de l’histoire madérienne.

Dans cet article

Époque

Années citées · 03
  1. Le régiment d’infanterie no 1 débarqua à Funchal en provenance de Lisbonne, frappée par le choléra.

  2. Une épidémie de choléra, introduite par le régiment d’infanterie n° 1, ravagea Madère de juillet à octobre 1856. Selon la tradition, elle fit environ dix mille morts et laissa de nombreux orphelins. Álvaro Rodrigues de Azevedo, Luiz Albino Gonçalves et d’autres apportèrent leur aide pendant l’épidémie.

  3. Les premiers cas de choléra apparurent parmi les soldats cantonnés au Colégio de Funchal.

  4. L’épidémie de choléra atteignit son paroxysme, faisant 162 morts à Funchal en 24 heures.

  5. Le rapport officiel sur l’épidémie de choléra de 1856 à Madère fut publié.

  6. Une épidémie de choléra sévit à Madère d’octobre 1910 à février 1911. Le premier cas apparut près de Paiol le 20 octobre ; le docteur Carlos França vint à Funchal pour diriger la lutte contre la maladie, et l’épidémie fit naître l’idée d’un asile pour orphelins.

Lieu

Lieux cités · 20

Étranger

Carte: Arquipélago da Madeira (20)
  1. Belém

    Portugal. Quartier de Lisbonne où le régiment contaminé avait été cantonné.

  2. Câmara de Lobos

    Durement touchée lors des deux épidémies.

  3. Collège Saint-Jean-l’Évangéliste

    Funchal. Bâtiment où apparurent les premiers cas parmi les soldats.

  4. Couvent Saint-François

    Funchal. Ancien couvent où le régiment fut d’abord logé.

  5. Fajã da Ovelha

    Calheta. Seul lieu de Calheta touché en 1910, avec deux cas.

  6. Funchal

    Principal foyer des deux épidémies.

  7. Lazareto de Gonçalo Aires

    Funchal. Utilisé comme hôpital pour les malades du choléra en 1910.

  8. Lisbonne

    Portugal. Le choléra sévissait à Lisbonne, d’où provenait la contamination de 1856.

  9. Machico

    Touchée lors des deux épidémies, elle disposait d’hôpitaux pour les malades du choléra.

  10. Paiol

    Funchal. Les premiers cas de 1910 apparurent à proximité.

  11. Ponta Delgada

    São Vicente. 409 décès y furent enregistrés en 1856.

  12. Ponta do Pargo

    Calheta. Premier lieu touché hors de Funchal en 1856, avec 328 décès.

+ 8 de plus

Personnes

Personnes citées · 08
  1. Délégué à Madère du conseil de santé du royaume et député, il apporta de Lisbonne les secours du gouvernement en 1856.

  2. Gouverneur civil de Madère, salué pour son action remarquable dans l’organisation des secours pendant l’épidémie de choléra de 1856.

  3. Sous-délégué à la santé qui parcourut l’île avec des médicaments pendant l’épidémie de 1856.

  4. Sous-délégué à la santé qui parcourut l’île avec des médicaments pendant l’épidémie de 1856.

  5. Bactériologiste qui dirigea les services sanitaires chargés de combattre l’épidémie de 1910-1911 et rédigea le rapport officiel à son sujet.

  6. Haut-commissaire de la République envoyé à Madère avec des pouvoirs extraordinaires en 1910 ; il fut nommé citoyen d’honneur de Funchal.

  7. Manuel Rodrigues1697–1916

    Marin vivant près du couvent Saint-François, il fut le premier Madérien à contracter le choléra en 1856.

  8. Rossmort 1856

    Médecin anglais mort en soignant des malades pendant l’épidémie de 1856.

Sur la feuille C

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