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Article nº 0235 Autre bâtiment Funchal Vol. I · p. 137–140 5 min de lecture

Angústias (cimetière)

Titre original: Angústias (Cemitério das)

Histoire du cimetière des Angústias à Funchal, depuis le petit lieu de sépulture de la Misericórdia aménagé en 1818 jusqu’au cimetière municipal béni en 1838, avec sa chapelle, ses sépultures remarquables, le conflit autour de l’interdit de 1877 et le monument érigé en 1917 aux victimes du bombardement allemand.

Angústias (cimetière)

Étranger

Carte: Madeira (9)

1Origines et construction

En 1662, Diogo da Costa Quintal fonda sur les terres de son majorat (morgadio) la chapelle Notre-Dame-des-Douleurs (Nossa Senhora das Angústias), qui donna son nom à la rue passant à proximité ainsi qu’au lieu-dit (sítio) environnant. Nous ne pouvons préciser aujourd’hui si la chapelle de Nossa Senhora das Angústias qui se trouve dans la quinta (domaine rural avec maison de maître) du même nom (Quinta Lambert [« domaine Lambert »]) est la reconstruction de l’ancienne chapelle de même dénomination, ni si c’était là que se trouvait la propriété liée à un majorat de Diogo da Costa Quintal. Nous penchons néanmoins pour l’affirmative. C’est en ce lieu-dit d’Angústias (« angoisses ») que l’évêque de ce diocèse, dom Joaquim de Meneses e Ataíde, alors président (provedor) de la Sainte Maison de la Miséricorde (Santa Casa da Misericórdia), à laquelle il rendit les plus éminents services, fit construire en 1818 un petit cimetière exclusivement destiné à l’inhumation des personnes décédées à l’hôpital Sainte-Élisabeth (Hospital de Santa Isabel). Il s’élevait sur un terrain appartenant à João de Carvalhal, qui l’avait cédé gratuitement à cette fin. Lorsqu’une loi interdit les inhumations dans les églises, le conseil municipal (Câmara Municipal) de Funchal obtint de la Sainte Maison de la Miséricorde la cession du petit cimetière des Angústias et demanda à João de Carvalhal, devenu entre-temps comte, de lui vendre les terrains contigus afin d’agrandir le cimetière. Celui-ci offrit aussitôt et généreusement à la municipalité tous les terrains nécessaires à cet agrandissement, ce qu’il fit savoir au conseil municipal par une lettre datée du 8 juillet 1836.

Les travaux de construction du nouveau cimetière commencèrent sans tarder et s’achevèrent en mai 1838. Le 8 juillet de cette même année eut lieu la bénédiction solennelle du cimetière, donnée par le vicaire capitulaire et administrateur du diocèse (governador do bispado, en l’absence de l’évêque ou pendant la vacance), António Alfredo de Santa Catarina Braga ; la cérémonie revêtit le plus grand éclat et la plus grande solennité. La chapelle fut construite quelques années plus tard. Les travaux de construction et de décoration s’achevèrent en novembre 1844, et elle fut bénie le 15 décembre de la même année par l’évêque du diocèse, dom José Xavier de Cerveira e Sousa.

Les allées du cimetière furent aménagées ultérieurement et successivement, les plus récentes il y a encore peu d’années. La plus ancienne, tracée dès l’origine, est celle qui longe tout le cimetière, contre les murs de clôture, à l’exception de l’allée centrale, qui date elle aussi de la construction primitive. La porte en bois, qui ferme l’entrée intérieure du cimetière, appartenait au couvent Saint-François (São Francisco).

2Sépultures, interdit de 1877 et monument aux victimes de la guerre

L’église de ce couvent était la véritable nécropole de l’ancienne noblesse madérienne. De nombreuses familles y avaient leurs caveaux de famille, certains d’un marbre beau et riche. Lorsqu’en 1865 on démolit le couvent et l’église pour élever à leur place un édifice destiné à l’hôtel de ville, la dalle funéraire qui recouvrait la dépouille du fondateur fut retirée de l’intérieur du temple et placée au cimetière das Angústias ; on déposa sous elle de nombreux ossements exhumés à l’occasion de cette démolition. Au centre de la pierre tombale fut inscrite cette épitaphe : « Caveau des ossements exhumés de l’ancien couvent et de l’église de São Francisco (auxquels se réfère l’inscription primitive), transférés le 2 mai 1865. » L’inscription primitive gravée sur le pourtour de la dalle dit ceci : « Ci-gît Lois Alvares da Costa, qui fonda cette maison en l’an 1473, et son fils Francisco Alvares da Costa, premier ouvidor et intendant des finances royales (vedor da fazenda) en ces îles de Madère. » Ce cimetière compte de nombreux caveaux et mausolées particuliers, parmi lesquels se distingue celui de la famille Carvalhal. Un individu s’étant suicidé en cette ville le 4 mars 1877, la sépulture ecclésiastique lui fut refusée par l’autorité épiscopale, alors exercée par le prélat dom Manuel Agostinho Barreto, arrivé à Funchal quelques jours plus tôt pour prendre le gouvernement du diocèse. Malgré la décision du prélat, le conseil municipal (Câmara Municipal) ordonna l’inhumation du suicidé dans l’enceinte réservée aux catholiques ; l’évêque diocésain frappa alors le cimetière d’interdit par une ordonnance (provisão) du 16 mars 1877. Le prélat traita la question avec une remarquable franchise du haut de la chaire de la cathédrale de Funchal (Sé), dans un discours véhément resté mémorable. L’affaire fut portée devant la presse, qui s’en occupa abondamment, chacun selon ses opinions. Il parut à ce sujet, à Porto, un intéressant opuscule intitulé A Sepultura Eclesiástica e os Suicidas, écrit par le docteur Cassiano Neves, qui s’attachait surtout à réfuter les affirmations du journal A Lei, publié alors à Funchal.

Au cimetière das Angústias reposent les restes de nombreux Madériens éminents, ainsi que de diverses personnes nées hors de Madère, parmi lesquelles nous pouvons citer Marceliano Ribeiro de Mendonça, le doyen António Joaquim Gonçalves de Andrade, le docteur António da Luz Pita, José António Monteiro Teixeira, le comte do Canavial, la vicomtesse das Nogueiras, les comtes do Carvalhal, l’évêque dom Manuel Agostinho Barreto, le chanoine docteur Augusto Frederico Castilho, etc., etc.

Dans l’enceinte de ce cimetière s’élève depuis peu un beau monument, destiné à commémorer l’attentat barbare commis par les sous-marins allemands qui bombardèrent la ville de Funchal, et tout particulièrement consacré à perpétuer la mémoire des dizaines de victimes de la férocité germanique qui y reposent, et qu’une heureuse et pieuse initiative a voulu préserver de l’oubli pour les générations futures. Le 3 décembre 1917, premier anniversaire de ce deuil et de ce tragique événement, après une cérémonie religieuse célébrée à la cathédrale, eut lieu l’inauguration du monument, qui revêtit un éclat particulier ; plusieurs orateurs y prononcèrent des discours éloquents et patriotiques sur l’hommage qu’on allait rendre à ces pauvres victimes de la barbarie allemande. Le monument, qui se dresse à droite de l’entrée du cimetière, est dû au ciseau du sculpteur lauréat Francisco Franco et à la louable initiative du banquier Henrique Vieira de Castro, qui non seulement ouvrit la souscription destinée à le financer par un généreux don, mais encore conduisit tous les travaux, des premiers jours de la construction jusqu’à l’inauguration définitive. Le tombeau-monument, confié à la garde et à l’entretien du conseil municipal de Funchal, coûta environ deux contos (un million de réis) de réis (voir Bombardement de Funchal).

Dans cet article

Époque

Années citées · 09
  1. Luís Álvares da Costa fonda avec son fils le couvent franciscain de São Francisco à Funchal.

  2. Diogo da Costa de Quintal construisit la chapelle de Nossa Senhora das Angústias à Funchal.

  3. L’évêque dom Joaquim de Meneses e Ataíde aménagea un petit cimetière pour l’hôpital Santa Isabel.

  4. João da Câmara de Carvalhal offrit un terrain pour agrandir le cimetière des Angústias.

  5. La construction du nouveau cimetière municipal des Angústias fut achevée.

  6. Le cimetière des Angústias, à Funchal, fut solennellement béni.

  7. La chapelle du cimetière des Angústias, à Funchal, fut construite et bénie par l’évêque Cerveira e Sousa le 15 décembre 1844.

  8. Des ossements et la pierre tombale du fondateur du couvent Saint-François, démoli à Funchal, furent transférés au cimetière des Angústias.

  9. Après qu’un suicidé de Funchal, privé de sépulture religieuse, eut été enterré au cimetière des Angústias, l’évêque Barreto frappa le cimetière d’interdit ; Cassiano das Neves publia à Porto une brochure sur l’affaire.

  10. Le monument aux victimes du bombardement allemand de Funchal en 1916 fut inauguré au cimetière des Angústias.

Lieu

Lieux cités · 09
  1. Cimetière des Angústias · Sujet

    Funchal

  2. Angústias · Sujet

    Funchal. Lieu-dit où le cimetière fut construit.

  3. Cathédrale de Funchal

    Funchal. Cathédrale où l’évêque prêcha au sujet de l’affaire de 1877 et où eut lieu l’office de 1917.

  4. Chapelle Notre-Dame-des-Douleurs

    Funchal. Chapelle de 1662 qui donna son nom à la rue, au lieu-dit et au cimetière.

  5. Couvent Saint-François

    Funchal. Couvent démoli dont la porte, la pierre tombale et les ossements furent transférés au cimetière.

  6. Funchal

    Ville où se trouve le cimetière, bombardée par des sous-marins allemands.

  7. Hôpital Sainte-Élisabeth

    Funchal. Hôpital dont les défunts furent enterrés dans le cimetière de 1818.

  8. Porto

    Portugal. Ville où fut publiée la brochure de Cassiano Neves.

  9. Quinta Lambert

    Funchal. Domaine doté d’une chapelle portant la même dédicace, peut-être la chapelle d’origine reconstruite.

Personnes

Personnes citées · 18
  1. Bénit le nouveau cimetière le 8 juillet 1838.

  2. Personnalité madérienne inhumée au cimetière des Angústias.

  3. Doyen de la cathédrale, inhumé au cimetière des Angústias.

  4. Personnalité inhumée au cimetière des Angústias.

  5. Chanoine inhumé au cimetière des Angústias.

  6. Auteur d’une brochure sur la sépulture religieuse des suicidés, écrite en réaction au conflit de 1877.

  7. Évêque de Funchal qui, en tant que provedor de la Misericórdia, aménagea ici le premier petit cimetière en 1818.

  8. Évêque qui frappa le cimetière d’interdit en 1877 à la suite de l’inhumation d’un suicidé et qui y est lui-même enterré.

  9. Noble titrée inhumée au cimetière des Angústias.

  10. Fonda la chapelle de Nossa Senhora das Angústias en 1662 sur une terre de son majorat.

+ 8 de plus
  1. Fils de Luís Álvares da Costa et magistrat royal à Madère, nommé sur la pierre tombale transférée.

  2. Sculpteur du monument érigé en 1917 aux victimes du bombardement.

  3. Banquier qui finança et soutint la réalisation du monument de 1917 aux victimes du bombardement.

  4. Propriétaire terrien, devenu par la suite comte, qui donna un terrain pour le cimetière aménagé en 1818 et pour son agrandissement en 1836.

  5. Noble titré inhumé au cimetière des Angústias.

  6. Évêque qui bénit la chapelle du cimetière le 15 décembre 1844.

  7. Fondateur du couvent Saint-François en 1473, dont la pierre tombale fut transférée au cimetière.

  8. Personnalité inhumée au cimetière des Angústias.

Sur la feuille A

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