Surprise 1Le naufrage et le cortège funèbre des marins français
Surprise
Canonnière française torpillée par un sous-marin allemand dans le port de Funchal le 3 décembre 1916, causant la mort de 33 membres de son équipage et de 7 Portugais. L’entrée décrit les cérémonies de novembre et décembre 1921, au cours desquelles les dépouilles des marins français furent rapatriées et celles des victimes madériennes déposées dans un monument au cimetière d’Angústias.
1Le naufrage et le cortège funèbre des marins français
Canonnière française torpillée par un sous-marin allemand dans le port de Funchal le 3 décembre 1916 ; 33 membres de son équipage et 7 Portugais y trouvèrent la mort, comme il a été rapporté à la page 159 du volume I de cet ouvrage. Lorsque nous avons parlé du général Mangin, nous avons eu l’occasion de dire que les dépouilles mortelles des marins français qui reposaient au cimetière des Angústias (« Angoisses ») avaient été transférées à bord du croiseur Jules Michelet le 28 novembre 1921 ; il nous reste à ajouter qu’un imposant cortège se forma à cette occasion et accompagna ces dépouilles jusqu’à la Pontinha (« petite pointe »).
Long d’environ un kilomètre, le cortège s’ouvrait par un détachement à cheval de la Garde républicaine, suivi des enfants des écoles et des collèges avec leurs institutrices, du corps enseignant primaire, de l’association des étudiants de Funchal avec sa bannière de procession, de la Banda Republicana Artístico Madeirense, des professeurs du lycée, des scouts, des chauffeurs, des associations sportives, de la Banda dos Artistas Funchalenses, des pompiers, de diverses associations, de la Croix-Rouge, du personnel du canot de sauvetage de Funchal, de la police civile et de la garde fiscale (Guarda Fiscal, corps des douanes), du personnel de la capitainerie du port (Capitania do Porto), du personnel subalterne de la douane, des sergents de l’armée, du « Grémio 5 de Outubro », des employés anglais du télégraphe, de l’Associação Comercial, de la presse, des employés de la douane, du Conseil général du district (Junta Geral), du clergé, des Sœurs de la Charité, des médecins, de la magistrature, du conseil municipal (Câmara Municipal), d’un contingent de marins du croiseur français Cassiopée, de plusieurs officiers anglais ayant combattu pendant la Grande Guerre, des officiers de la garnison, de trois affûts portant des couronnes, encadrés par des marins français, de deux affûts portant les cercueils, encadrés par des sous-officiers français, des officiers français des navires mouillés dans le port, du général Mangin, du gouverneur civil, du secrétaire général et du gouverneur militaire, du prélat diocésain, de l’amiral Pugliesi-Conti, du corps consulaire, de la fanfare du croiseur Jules Michelet, d’un détachement de marins du même navire, d’un détachement du 27e régiment d’infanterie avec sa musique, et d’un peloton d’infanterie de la Garde républicaine.
Avant que le cortège ne se mît en marche, prirent la parole le docteur José Joaquim Teixeira Jardim, président du conseil municipal, le consul de France, le commandant militaire João Maria Ferraz, le commandant Artur Sarmento, l’étudiant José Duarte Soares, l’amiral Conti et le capitaine du port Romano Vital Gomes. À la fin des discours, la fanfare du Jules Michelet joua d’abord A Portuguesa, puis La Marseillaise.
2Messe et embarquement des dépouilles des marins français
La chapelle du cimetière das Angústias, où se trouvaient les dix cercueils de châtaignier contenant les restes mortels des marins de la Surprise, était drapée de crêpe et brillamment ornée de fougères et d’autres plantes. Au sommet de la façade flottait le pavillon français et, au-dessous, se détachaient les lettres R. F. entrelacées en rouge. Aux murs étaient suspendues deux bouées portant l’inscription suivante : Surprise–3–12–916.
Dans cette même chapelle, le prélat diocésain, dom António Manuel Pereira Ribeiro, célébra une messe à laquelle assistèrent les autorités supérieures du district, le général Mangin, l’amiral Conti, les officiers de la garnison militaire de Madère ainsi que les officiers et marins des croiseurs Jules Michelet et Cassiopée. Pendant la cérémonie, la fanfare du premier de ces navires exécuta la marche funèbre de Chopin, tandis qu’un détachement de marins français montait la garde d’honneur à la porte de la chapelle. À la porte du cimetière, la garde d’honneur fut assurée par un détachement d’infanterie, accompagné de sa musique, et par un autre de la Garde républicaine.
Les 10 cercueils contenant la dépouille des marins français furent portés à bord d’une chaloupe du Jules Michelet, tandis que la fanfare du bord et la musique du 27e régiment d’infanterie jouaient La Marseillaise. Dans la même chaloupe prirent place le général Mangin, l’amiral Conti et d’autres officiers de la marine française ; la forteresse de São Tiago (« saint Jacques le Mineur ») tira alors une salve.
Au moment des adieux, le général Mangin et l’amiral Conti exprimèrent une fois encore leur gratitude aux autorités civiles, ecclésiastiques et militaires pour la part qu’elles avaient prise aux hommages rendus aux marins de la Surprise.
Le Jules Michelet, qui transportait les cercueils renfermant les restes mortels des marins français, quitta le port de Funchal à destination de Brest à 7 heures et demie du soir, ce même 28 novembre.
3Inhumation des victimes madériennes
Le 3 décembre 1921, soit cinq jours après les honneurs rendus aux marins français, eut lieu au cimetière des Angústias la cérémonie de translation des restes des Madériens victimes du torpillage de la canonnière Surprise vers le tombeau-monument que l’opulent banquier Henrique Vieira de Castro y avait fait construire. Ces restes, conservés dans trois urnes, se trouvaient dans la chapelle du cimetière, où, à 9 h 30 du matin, le prélat diocésain célébra une messe, suivie de l’absoute rituelle et de la bénédiction de la sépulture. Dans la chapelle et dans l’allée du cimetière, on voyait encore les décorations qui avaient servi lors des honneurs rendus aux marins français.
Le cortège se forma vers 15 heures, dans l’ordre suivant :
- les enfants du Colégio Alexandre Herculano, avec leur directrice
- les pensionnaires de l’orphelinat de l’Hospice
- un détachement de la Garde républicaine
- les sergents de la garnison militaire de Funchal
- des représentants du personnel maritime de la maison Blandy
- les étudiants de Funchal
- les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul
- la colonie française
- des représentants du clergé
- des représentants des maisons de broderie
- la corporation (grémio) des employés de commerce
- médecins et avocats
- fonctionnaires
- dames de la Croix-Rouge
- le conseil municipal (Câmara Municipal)
- les urnes, portées par des pompiers volontaires et encadrées par des échevins (vereadores)
- quelques femmes, parentes des victimes
- le corps consulaire
- les autorités civiles et militaires, et le prélat diocésain
- les officiers de la garnison
- et la fanfare des Artistas Funchalenses.
Prirent la parole le président du conseil municipal, le docteur Teixeira Jardim, le major Alberto Artur Sarmento et le capitaine de frégate Vital Gomes ; les urnes furent ensuite portées jusqu’au monument, où elles furent déposées. La fanfare des Artistas joua A Portuguesa après chacun des discours prononcés au cimetière, et l’hymne national retentit de nouveau, joué par cette même fanfare et par celle du 27e régiment d’infanterie, lorsque les urnes furent descendues dans le tombeau. À cet instant solennel, un détachement d’infanterie et un autre de la Garde républicaine rendirent les honneurs militaires.
Les édifices publics et les consulats gardèrent toute la journée leurs drapeaux en berne, et de nombreux commerces fermèrent à demi leurs portes, les fermant même complètement pendant toute la durée des cérémonies. On avait fait de même lors des cérémonies du 28 novembre, et l’on peut affirmer, sans crainte d’être démenti, que Madère sut rendre un hommage digne tant aux Français qu’aux Portugais traîtreusement tués dans le port de Funchal au matin du 3 décembre 1916. Voir Bombardement de Funchal, Angústias (cimetière) et Mangin (général).
T
Dans cet article
Époque
Années citées · 02-
Le sous-marin allemand U-38 torpilla trois navires dans le port de Funchal, dont la canonnière française Surprise (33 membres d’équipage et 7 Portugais tués), puis bombarda la ville, provoquant une panique générale. Un monument réalisé par Francisco Franco commémora ensuite les victimes.
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Le général Mangin se rendit à Funchal à bord du croiseur Jules Michelet, qui repartit pour la France avec les dépouilles des marins de la Surprise après un cortège parti du cimetière des Angústias.
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Les victimes madériennes du naufrage de la Surprise furent inhumées dans un tombeau-monument au cimetière d’Angústias.
Lieu
Lieux cités · 05Étranger
- Brest
France. Port français où le Jules Michelet transporta les dépouilles.
Brest est un port français. L’Elucidário le mentionne comme destination du Gueydon et comme port où le Jules Michelet transporta la dépouille. Il constituait également l’extrémité européenne du câble télégraphique dont la réparation permit de recueillir des échantillons de lave.
- Cimetière des Angústias
Funchal. Cimetière où furent enterrées les victimes et où eurent lieu les cérémonies de 1921.
Cimetière municipal de Funchal, issu d’un petit lieu de sépulture de la Misericórdia datant de 1818 et construit en 1836–38. Il possède un portail en basalte sculpté, une morgue et un monument érigé en 1917 à la mémoire des victimes du bombardement allemand. Le 2e comte de Carvalhal et le doyen Andrade figurent parmi les personnes qui y sont enterrées.
- Forteresse de São Tiago
Funchal. Forteresse qui tira une salve lors de l’embarquement.
Forteresse située sur le front de mer de Funchal, à l’extrémité orientale de la plage de débarquement, datant de 1614, sous la domination espagnole, et reconstruite en 1767 ; elle abrita ensuite une batterie d’artillerie de montagne. Des prisonniers y furent détenus en 1823 et en 1828, le drapeau républicain y fut hissé le 7 octobre et elle ouvrit le feu lors du bombardement de Funchal en 1916.
- Pontinha
Machico. Jetée jusqu’à laquelle le cortège accompagna les dépouilles françaises.
La Pontinha est une avancée côtière à l’extrémité occidentale de la baie de Funchal. D’abord appelée Ilhéus, du nom de deux îlots rocheux, elle fut ensuite reliée à la côte par des murs et par un brise-lames achevé en 1889. L’Elucidário retrace l’histoire de ses forts, de sa chapelle, de son phare, de son quai de débarquement et de sa route, ainsi que les dégâts causés par les tempêtes en 1757 et 1892 et l’installation, en 1901, d’un poste de désinfection maritime. Des visiteurs de marque, tels que le nonce et l’archiduchesse Léopoldine, y débarquèrent. Un lieu-dit du même nom figure aussi parmi les principaux lieux-dits de la paroisse de Machico.
- Port de Funchal
Funchal. Port où le Surprise fut torpillé en 1916.
La baie de Funchal est le plus grand port de l’archipel de Madère et le premier des îles adjacentes. L’îlot se trouve à son extrémité occidentale, et la baie est située à 4 milles du port de Câmara de Lobos. L’Elucidário donne les statistiques de son trafic maritime de 1901 à 1943 et rapporte notamment des visites de corsaires et de navires de guerre.
Personnes
Personnes citées · 09- Alberto Artur Sarmentoné 1878
Commandant de l’armée qui prit la parole lors des deux cérémonies de 1921.
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Général français présent à Funchal en 1921 pour le rapatriement des dépouilles des marins de la Surprise.
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Évêque de Funchal qui célébra les messes pour les victimes de la Surprise en 1921.
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Riche banquier qui finança le tombeau-monument des victimes madériennes au cimetière d’Angústias.
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Président du conseil municipal de Funchal qui prit la parole lors des deux cérémonies de 1921.
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Commandant militaire de Madère qui prit la parole lors de la cérémonie de novembre 1921.
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Étudiant qui prit la parole au nom des étudiants de Funchal en novembre 1921.
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Amiral français qui prit la parole et participa aux cérémonies de 1921 en hommage aux victimes de la Surprise.
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Capitaine de frégate et capitaine du port de Funchal qui prit la parole lors des deux cérémonies de 1921.