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Article nº 2255 Hôpital ou asile Funchal Vol. II · p. 628–639 23 min de lecture

Asiles d’aliénés

Titre original: Manicómios

Les asiles d’aliénés de Madère : la prise en charge initiale des personnes atteintes de troubles mentaux, détenues à l’hôpital ou dans des cellules de police depuis une demande de « Tronco » formulée en 1493, puis la fondation de l’asile d’aliénés Câmara Pestana à la Quinta do Rochedo en 1906. L’article présente aussi la Casa de Saúde de São João de Deus, au Trapiche, dirigée par les frères de saint Jean de Dieu à partir de 1922, ainsi que le rôle ultérieur de l’asile Câmara Pestana, réservé aux femmes et confié aux sœurs hospitalières.

Asiles d’aliénés

Étranger

Carte: Madeira (22)

1Première prise en charge des personnes atteintes de troubles mentaux et campagne en faveur d’un asile

Dans les archives du conseil municipal de cette ville, nous avons trouvé la mention d’une demande adressée en 1493 par le Sénat (senado, le conseil municipal) de Funchal pour la construction d’un Tronco, nom que l’on donnait alors à la maison destinée à la détention des aliénés. Nous croyons que cette demande ne reçut pas de réponse favorable de la part du gouvernement de la métropole ou de la grande maîtrise de l’ordre du Christ, et nous ignorons où pouvait se trouver le lieu où l’on recueillait les malheureux frappés d’aliénation mentale, notamment les pauvres et les miséreux, à supposer qu’une maison spécialement affectée à cette fin humanitaire ait existé.

Le règlement (regimento) de l’hôpital civil de cette ville, rédigé en 1816 – un excellent travail pour l’époque, extrêmement minutieux, qui descend parfois jusqu’à des détails superflus –, ne fait aucune mention de l’hospitalisation ou de la détention des fous, ce qui nous porte à supposer qu’ils n’y étaient pas alors recueillis. Il en va de même du règlement de 1834. C’est dans le règlement de 1844 que nous trouvons pour la première fois la disposition expresse prévoyant « quelques chambres sûres pour les fous, qui doivent être séparées des autres salles... ». Jusqu’à la construction du Manicómio Câmara Pestana, les pauvres fous étaient internés dans des dépendances de l’hôpital, et l’inhumanité avec laquelle les traitaient les infirmiers et les domestiques de cet hôpital devint proverbiale à Madère.

Le conseiller (conselheiro, titre honorifique du conseil royal) José Silvestre Ribeiro, qui, à la tête de l’administration de ce district, s’efforça de répondre à tous les besoins publics, écrivit à la commission administrative (Comissão Administrativa) de la Sainte Maison de la Miséricorde (Santa Casa da Misericórdia) pour exposer les raisons qui plaidaient en faveur de la construction d’un bâtiment propre à l’hospitalisation des aliénés, et promit tout son appui à la réalisation de cette importante amélioration. Il en alla de l’établissement d’un asile comme du transfert de l’ancienne prison, de la construction du quai, du môle de la Pontinha (« petite pointe »), du théâtre et du marché aux fruits et légumes : autant de sujets obligés de la presse locale, surtout en période électorale ou lorsque, faute de matière, le journaliste faisait bouillir une fois de plus le thé de Tolentino.

Ce qui avait longtemps été une importante amélioration à réaliser devint cependant la satisfaction d’un besoin impérieux et pressant. La proportion de personnes frappées d’aliénation mentale devint inquiétante, surtout pour les raisons que nous avons sommairement exposées dans l’article Junta Agrícola, à propos de la nécessité de réprimer l’alcoolisme par la plus stricte restriction de la production d’eau-de-vie (aguardente, distillée de canne à sucre ou de vin). La presse intensifia sa campagne devant le refus, fondé, d’admettre les aliénés dans notre hôpital, devant l’entassement répugnant de ces malheureux dans les cachots infects du commissariat de police et devant le grand nombre d’entre eux qui erraient par les rues et les routes. Il s’éveilla alors dans le public un profond sentiment de compassion pour ces misères humaines et, en même temps, une indignation générale contre l’abandon criminel auquel les pouvoirs publics vouaient les aliénés pauvres, dépourvus des ressources indispensables à leur internement dans des maisons de santé appropriées. Madère contribuait à l’hospitalisation officielle des aliénés, mais l’asile de Rilhafoles refusait d’admettre les malades envoyés de cette île, sans doute faute de places suffisantes. Un éminent médecin aliéniste de passage dans cette ville, qui dénonça avec énergie la situation désolante des pauvres fous, fit ressortir plus encore la nécessité de fonder un établissement hospitalier destiné à accueillir les personnes privées de la lumière de la raison.

On constitua alors une commission chargée de mettre en pratique cette idée aussi altruiste qu’humanitaire ; elle se mit aussitôt à l’ouvrage, et ses travaux furent couronnés du plus complet succès. Le docteur António Jardim de Oliveira fut l’un des premiers à suggérer cette idée à Madère et devint l’un de ses plus ardents défenseurs. L’existence d’un asile d’aliénés à Madère est aujourd’hui une heureuse réalité ; et si cet établissement ne répond pas entièrement à sa fin, surtout faute de locaux plus vastes et d’un personnel soignant mieux formé, c’est sans aucun doute une maison de santé qui rend des services de la plus haute importance et qui est venue combler l’un des besoins les plus urgents et impérieux qui se faisaient sentir chez nous. (1921)

2Fondation de l’asile d’aliénés Câmara Pestana

Lorsque le docteur Luís da Câmara Pestana mourut à Lisbonne, le 15 novembre 1899, l’idée naquit aussitôt dans l’île, comme au sein de la colonie madérienne de la capitale, d’ériger à Funchal un monument destiné à perpétuer la mémoire de l’éminent bactériologiste, illustre enfant de cette terre. C’est l’Ateneu Comercial, association disparue depuis longtemps, qui prit chez nous l’initiative de concrétiser ce projet. Elle délégua à ses membres honoraires, le vicomte de Cacongo, Luís de Freitas Branco, Henrique Vieira de Castro, António Rodrigues Leitão et Nicásio de Azevedo Ramos, les pleins pouvoirs pour que l’hommage dû à ce savant reconnu devienne sans tarder une réalité tangible et méritée.

Ces messieurs s’étant constitués en commission – le premier en était le président et le dernier le secrétaire –, le vicomte de Cacongo proposa de fonder un établissement destiné à l’hospitalisation des aliénés, qui serait en même temps le monument à élever au docteur Câmara Pestana et porterait le nom de notre illustre compatriote. On adjoignit à cette commission une autre, formée dans la ville pour recueillir des dons en faveur des victimes des inondations aux Açores, et composée du docteur António Jardim de Oliveira, du comte de Ribeiro Real, du docteur João Augusto Teixeira et du chanoine Manuel Correia de Figueiredo. Cette commission détenait environ deux contos (un million de réis), somme qui devint le noyau, ou fonds initial, de la commission du Manicómio Câmara Pestana.

La commission travailla avec beaucoup de zèle et d’ardeur, mais les Madériens ne surent pas répondre à ses efforts diligents : la souscription publique ne rapporta qu’environ huit contos de réis, somme bien insuffisante pour mener à bien l’œuvre entreprise, non seulement pour la construction de l’édifice et l’installation de l’hôpital, mais surtout pour le fonctionnement régulier de l’établissement, même s’il ne devait accueillir qu’un petit nombre de malades. Diverses propositions furent faites quant à l’emplacement de l’édifice hospitalier, la préférence allant surtout à l’enclos de l’ancien couvent de l’Incarnation (Encarnação). Malgré les démarches entreprises, on ne put toutefois obtenir du gouvernement central la cession d’une parcelle de terrain pour cette construction. On songea aussi à l’installer dans une partie de l’hôpital des Lépreux (Hospital dos Lázaros), et l’on pensa également à l’une des dépendances de l’édifice de la Misericórdia ; mais on reconnut ensuite que ces locaux ne se prêtaient pas à l’aménagement convenable d’un asile d’aliénés, même au prix de travaux d’adaptation indispensables et coûteux. La commission résolut finalement, après avoir pris l’avis des autorités sanitaires, d’acquérir la quinta (domaine rural avec maison de maître) do Rochedo (« domaine du Rocher »), située dans la paroisse (freguesia) de São Gonçalo ; l’achat fut conclu le 28 mars 1904 pour la somme de cinq contos.

Peu après, la commission fit don de l’édifice, ainsi que de quelques dons qu’elle conservait encore, au Conseil général du district (Junta Geral do Distrito), non seulement parce qu’elle se trouvait dans l’impossibilité d’assurer l’entretien de l’hôpital, mais aussi parce qu’il incombait à ce corps administratif d’assurer l’hospitalisation des aliénés, conformément aux dispositions du décret du 10 octobre 1902. Le Conseil général accepta la donation avec reconnaissance, et cette délibération fut confirmée par le gouvernement central le 10 mai 1904. Des doutes et quelques difficultés surgirent au sujet de la remise de l’édifice de la quinta do Rochedo, en raison des clauses imposées par la commission donatrice ; la cession définitive n’eut lieu qu’en 1907, mais le Conseil assura entre-temps le fonctionnement régulier de l’hôpital.

Dans l’enceinte de la quinta do Rochedo, la commission fondatrice fit construire un pavillon pour loger les malades et adapta au même usage la demeure de la quinta ; elle y installa l’établissement hospitalier, qu’elle entretint et fit fonctionner pendant quelque temps.

La souscription publique atteignit environ dix contos et cinq cent mille réis (ancienne monnaie de compte portugaise ; 1$000 = 1 000 réis, 1:000$000 = un conto = 1 000 000 de réis), somme comprenant les intérêts accumulés, les deux contos de la commission des inondés et un legs de mille cinq cents escudos (monnaie portugaise depuis 1911, = 1 000 réis) de dona Júlia Maria Torres da Costa. La généreuse commission affecta ces sommes comme suit : achat de la quinta et impôt correspondant, 5 656 000 réis ; construction du premier pavillon, 3393,00 escudos ; linge et mobilier, 627,00 escudos ; acquisition du buste du docteur Câmara Pestana, 402,00 escudos.

L’inauguration du nouvel établissement hospitalier revêtit une solennité particulière ; on inaugura aussi à cette occasion le buste en bronze de notre illustre compatriote, trop tôt disparu, sur le socle duquel on lit l’inscription suivante : « Cet asile d’aliénés fut fondé par souscription publique et est consacré à la mémoire de l’illustre bactériologiste madérien Dr Luís da Câmara Pestana. »

La commission qui prit l’initiative de fonder cet hôpital se composait du vicomte de Cacongo, du docteur António Jardim de Oliveira, de Henrique Vieira de Castro, de Nicásio de Azevedo Ramos, du comte de Ribeiro Real, du chanoine Manuel Correia de Figueiredo, du docteur João Augusto Teixeira, de M. Nascimento de Ornelas, de Sabino Joaquim Rodrigues et d’António Rodrigues Leitão. La justice et la vérité commandent de dire ici que le vicomte de Cacongo, Henrique Vieira de Castro et Nicásio de Azevedo Ramos, respectivement président, trésorier et secrétaire, furent les membres de la commission qui déployèrent le plus de zèle et de dévouement dans la réalisation d’un dessein si altruiste et si humanitaire.

En 1908, le Conseil général acheta des terrains contigus à la quinta, appartenant au capitaine Cândido Gomes, et y fit construire en 1913 un nouveau pavillon ; l’augmentation du nombre des aliénés amena ce même corps à en construire un troisième en 1915.

L’inauguration de l’asile eut lieu le 4 avril 1906 et, au mois de mai suivant, les médecins-chirurgiens José Joaquim Mendes et João José Maria de Oliveira furent nommés respectivement directeur et infirmier général par intérim du nouvel hôpital. Son directeur titulaire actuel (1921) est le docteur João Francisco de Almada, qui prit ses fonctions en juillet 1907. Le règlement du Manicómio Câmara Pestana fut élaboré par une commission déléguée du Conseil général et reçut la pleine approbation de celui-ci lors de sa session ordinaire de novembre 1906.

Fin décembre 1919 et fin décembre 1920, il s’y trouvait respectivement 54 et 54 aliénés internés ; les dépenses d’entretien des malades s’élevèrent à 28 627,00 escudos pour l’année 1920.

Le 21 mai 1924, 38 aliénés de sexe masculin qui se trouvaient au manicómio Câmara Pestana furent transférés à la maison de santé du Trapiche (« moulin à sucre »), fondée au début de la même année par les bienfaisants frères de Saint-Jean-de-Dieu ; les malades de sexe féminin restèrent dans l’établissement, et leur traitement fut confié à une congrégation religieuse.

Il ressort de ce qui précède qu’à partir de 1924 les services hospitaliers consacrés aux aliénés connurent une transformation remarquable. Celle-ci tint non seulement au fait que les malades de sexe masculin furent installés à la Casa de Saúde do Trapiche et que le bâtiment du Manicómio Câmara Pestana fut réservé aux seules malades de sexe féminin, mais aussi à la grande amélioration du traitement des internés. Ce traitement devint véritablement exemplaire dans les deux établissements, qui ne craignaient pas la comparaison avec les établissements analogues de notre pays.

3La maison de santé du Trapiche

Nous reproduirons ci-après quelques pages du livre « Paróquia de Santo António da Ilha da Madeira » consacrées à l’histoire et au fonctionnement de la Casa de Saúde de São João de Deus, établie au lieu-dit du Trapiche.

L’idée d’installer un hôpital pour aliénés dans les bâtiments du Trapiche est antérieure à la fondation du Manicómio Câmara Pestana. Elle revient à l’évêque diocésain dom Manuel Agostinho Barreto, qui déploya les efforts les plus diligents et les plus persévérants pour la réaliser : il obtint de la propriétaire la cession de la quinta (domaine rural avec maison de maître) destinée à cet usage et insista auprès des frères de Saint-Jean-de-Dieu pour qu’ils prennent la direction de l’asile à fonder. Ses démarches ne furent pas alors couronnées de succès, car de graves difficultés surgirent, qui ne purent être surmontées. Il convient de bien souligner qu’il désira ardemment doter cet archipel d’un hôpital modèle pour aliénés, et qu’il œuvra en ce sens avec le plus grand dévouement et le plus grand enthousiasme ; c’est là un titre de gloire de plus, qui rehausse les éminentes qualités de ce prélat bienfaiteur et apostolique.

Le Manicómio Câmara Pestana fut créé en 1906, et dom Manuel Barreto continua de juger nécessaire la fondation du Trapiche, prévoyant que cet établissement hospitalier supplémentaire deviendrait absolument indispensable dans un proche avenir. À cette époque, et peut-être même auparavant, quelques frères de Saint-Jean-de-Dieu, venus plus d’une fois à Madère quêter pour les œuvres hospitalières qu’ils entretenaient sur le continent, reconnurent combien leur action serait utile et féconde dans cette île, compte tenu du nombre considérable de malades qui avaient besoin d’être internés dans les conditions qu’exigeait la science et conformément aux préceptes de la véritable charité chrétienne.

Vers 1920, on songea à confier la direction du Manicómio Câmara Pestana aux frères de Saint-Jean-de-Dieu, ce qui souleva alors une vive polémique dans la presse et lors des séances du Conseil général du district (Junta Geral). L’ancienne idée de fonder l’hôpital au Trapiche prend néanmoins corps. Le prélat diocésain, dom António Manuel Pereira Ribeiro, lui apporte son soutien le plus inconditionnel, et le dévouement et le désintéressement du docteur João Francisco de Almada, conjugués aux efforts bien dirigés de quelques frères de Saint-Jean-de-Dieu, font le reste. L’œuvre allait bientôt devenir une réalité tangible. Au début du mois de juin 1922, les frères de Saint-Jean-de-Dieu occupent les bâtiments de la quinta du Trapiche. L’installation est plus que rudimentaire ; les difficultés surgissent de toutes parts et mettent à rude épreuve l’esprit d’abnégation et de sacrifice des pauvres frères. Le courage ne leur manque pas, et ils accueillent aussitôt quelques malades, non aliénés, de cette paroisse (freguesia). Leur croisade de bienfaisance était commencée.

Les premiers malades privés de raison n’y furent internés qu’en octobre 1923. La période écoulée entre ces deux dates fut surtout consacrée à des quêtes dans diverses parties de l’île et à l’acquisition des moyens indispensables pour adapter l’édifice à sa nouvelle destination. Une partie considérable du manoir se trouvait dans un état de ruine avancé, et il était en outre difficile de l’aménager pour y installer, en toute sécurité, des personnes atteintes de troubles mentaux. Les frères durent donc lutter au prix de grands travaux et de grands sacrifices pour préparer convenablement l’édifice et le rendre apte à recevoir les premiers malades. Leur nombre ne cessa d’augmenter, et l’on reconnut d’emblée les services remarquables, jamais égalés, que la nouvelle institution venait rendre.

En mai 1924, la question du transfert des aliénés du Manicómio Câmara Pestana à la Casa de Saúde du Trapiche fut soulevée au Conseil général. Au sein de cette assemblée, on mit vivement en lumière non seulement l’insuffisance du personnel infirmier, l’exiguïté des installations et le traitement brutal et inhumain infligé aux malades, mais aussi les scandales de toute sorte qui se produisaient à l’intérieur de cette « Bastille », comme on appelait alors l’asile d’aliénés de la Quinta do Rochedo. Le transfert des malades à l’hôpital du Trapiche s’imposait absolument. Le principal champion de cette idée fut le docteur Domingos Réis Costa : soutenu par le président du Conseil général, le docteur Vasco Gonçalves Marques, et par d’autres membres, il plaida avec le plus grand enthousiasme, tant aux séances de ce corps administratif que dans la presse locale, pour l’internement immédiat des malades de l’asile dans la Casa de Saúde des frères de Saint-Jean-de-Dieu. Ce transfert eut lieu le 21 mai 1924 : 38 aliénés de sexe masculin passèrent de la Quinta do Rochedo à la quinta du Trapiche. Une grande œuvre d’humanité était accomplie.

L’inauguration solennelle de cet asile eut lieu au mois d’août 1924, en présence de l’illustre prélat diocésain, du provincial de l’ordre de Saint-Jean-de-Dieu et d’autres personnalités.

Pour assurer l’existence légale de la Casa de Saúde du Trapiche, on constitua une association, dont les statuts furent approuvés par l’autorité compétente, sous le nom d’« Associação dos Irmãos de São João de Deus ». Elle eut pour directeur, depuis le début de la fondation hospitalière jusqu’en 1928, un membre de la congrégation, Manuel Maria Gonçalves. Malgré la simplicité de ses manières, sa modestie sans affectation et sa santé précaire, il sut orienter et mener à bien cette œuvre, qui est une institution modèle de la charité la plus pure envers les malades et, en même temps, un calvaire des vertus les plus héroïques de la part de ses infirmiers, bienfaiteurs incomparables.

4Pèlerinages, aménagements et premières années au Trapiche

Un vif enthousiasme s’éveilla partout pour les services éminents que rendait la nouvelle maison d’aliénés. Aumônes et dons commencèrent à affluer, apportés par ce que l’on appelait les romagens. Des groupes très nombreux de personnes de tout âge, de tout sexe et de toute condition formaient de grands pèlerinages qui venaient déposer entre les mains des dirigeants leurs oboles en argent, en denrées alimentaires et en objets domestiques de toute sorte. Ces pèlerinages commencèrent dans cette paroisse et s’y poursuivirent longtemps. Méritent surtout d’être mentionnés ceux des lieux-dits de Casas Próximas (« maisons proches »), Madalena (« Madeleine »), Preces (« prières »), Três Paus (« trois bâtons ») et Boliqueme, qui formaient de longs cortèges d’un pittoresque séduisant, où l’esprit de bienfaisance s’alliait admirablement à l’originalité la plus curieuse et la plus typique. D’autres paroisses (freguesias) prirent aussi l’initiative de pèlerinages semblables, aux proportions plus fastueuses encore ; parmi eux se distinguèrent ceux de Monte (« mont »), de São Roque (« saint Roch »), de Câmara de Lobos (« repaire des phoques ») et d’Estreito.

Parmi les nombreuses et importantes améliorations réalisées par les frères de Saint-Jean-de-Dieu, il faut souligner la construction de la route carrossable, qui mit la maison du Trapiche (« moulin à sucre ») en communication rapide et directe avec le lieu-dit de Boliqueme, et donc avec la ville ; le raccordement de la maison au réseau téléphonique général ; l’adduction d’eau et les travaux préparatoires à l’édification de nouveaux pavillons, sans compter l’aménagement des anciens bâtiments pour l’installation de l’hôpital, comme nous l’avons déjà indiqué plus haut.

Depuis sa fondation, le mouvement des malades de cet établissement hospitalier a été le suivant, au 31 décembre de chaque année :

AnnéeDateMalades présents
1923au 31 décembre2
1924au 31 décembre59
1925au 31 décembre79
1926au 31 décembre87
1927au 31 décembre88
1928au 31 décembre104

Comme toutes les maisons semblables, cette maison de santé possède un service particulier du culte, dirigé par le chapelain attitré de l’établissement. Bien que leur action religieuse soit destinée surtout aux malades et à la communauté qui y travaille, les prêtres frères de Saint-Jean-de-Dieu ont pris part aux divers actes du culte célébrés dans cette paroisse, et ils sont pour les curés les auxiliaires les plus excellents et les plus désintéressés. Dans leur chapelle, ils administrent promptement les sacrements aux fidèles qui les demandent ; ils portent à domicile les secours spirituels aux malades, accompagnent les morts à leur dernière demeure et rendent à l’église paroissiale tous les services qu’on leur demande. Le premier chapelain fut le père José Maria Antunes, qui y servit de février 1923 à juillet 1925. En août de la même année, il fut remplacé par le père Lázaro Ribeiro, qui est l’actuel chapelain en fonction (1928).

L’histoire de cette maison de santé modèle, depuis son installation jusqu’à aujourd’hui, outre le nombre toujours croissant de ses pensionnaires et les améliorations matérielles qui y sont progressivement apportées, se résume à cette chose toute simple, mais admirablement belle et admirablement sainte : toujours le même esprit de courage, d’abnégation et de sacrifice chez les infirmiers infatigables ; toujours les soins les plus assidus et les plus affectueux envers les malades ; toujours la sollicitude la plus attentive pour leur bien-être matériel ; et cela, toujours aussi, sans une faiblesse, sans une défaillance, sans un découragement, malgré les difficultés, les contretemps et les luttes qu’il faut soutenir de temps à autre.

5Les progrès après 1928

Les données et informations transcrites ci-dessus ne vont pas au-delà de 1928. Les progrès accomplis dans cette maison de santé au cours des dernières années sont pourtant très importants et méritent d’être particulièrement consignés ; nous en donnerons ici un bref aperçu.

Entre autres améliorations, on construisit deux grands pavillons pour loger les malades, une vaste chapelle, une maison pour le logement du personnel et une vacherie.

Les deux pavillons – celui de São José pour les malades calmes et celui de São João de Deus pour les malades agités – comprennent de spacieuses salles à manger, salles de récréation et de jeux, salles de bains, dortoirs, chambres particulières, etc. Tout y obéit à l’hygiène et aux dernières données de la science psychiatrique. Près des pavillons se trouvent des cours de récréation pour les malades, artistement aménagées en jardins et couvertes d’arbres d’ombrage, d’où l’on contemple un beau panorama sur la ville et une grande partie de ses environs.

Le traitement des malades progresse sans cesse. Les Madériens peuvent s’enorgueillir de posséder aujourd’hui une maison où nos malades mentaux bénéficient, avec l’affection et la charité chrétienne, des toutes dernières exigences de la psychiatrie.

Quiconque a visité un jour l’ancien asile d’aliénés Câmara Pestana (Manicómio Câmara Pestana), avec son régime de surveillance étroite, ses mesures de répression et d’isolement, s’étonnera de la vie de cette maison, jadis tenue pour impossible et irréalisable.

Beaucoup de malades vivent comme s’ils étaient en bonne santé. Ils ne mènent plus une vie de répression pendant vingt, trente ans et davantage. Beaucoup travaillent dans les ateliers de cordonnerie, de menuiserie et de serrurerie, aux diverses constructions et réparations des bâtiments, à la culture du potager, aux soins des animaux domestiques – vaches, chèvres, porcs, lapins, poules. Ce sont eux qui font le ménage des réfectoires et des dortoirs. L’aménagement des cours et des jardins de l’établissement est confié à leurs soins. Et tout est aussi parfait que si c’était l’œuvre de personnes en excellente santé.

Ainsi, les méritants frères de Saint-Jean-de-Dieu parviennent à occuper quelques centaines d’hommes qui, autrement, seraient la cause de leur propre malaise.

En outre, l’éminent médecin psychiatre Aníbal Augusto Faria et l’illustre clinicien le docteur William Clode visitent les malades trois fois par semaine et emploient les dernières données de la science aliéniste, comme l’électrochoc, etc.

L’« Association des frères de Saint-Jean-de-Dieu » (Associação dos Irmãos de São João de Deus), instituée pour le maintien légal de cette maison de santé, cessa d’exister en 1940 : la personnalité juridique fut alors accordée à l’« Ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu » (Ordem Hospitalária de S. João de Deus), en vertu du concordat conclu entre le Saint-Siège et le Portugal. La maison continua d’être entretenue par le Conseil général du district (Junta Geral).

Le mouvement hospitalier de la « Maison de Saint-Jean-de-Dieu » (Casa de São João de Deus) du Trapiche, quant au nombre de malades, fut le suivant au cours des quinze dernières années :

AnnéeNombre de malades
1929118
1930122
1931143
1932152
1933162
1934167
1935175
1936168
1937180
1938186
1939189
1940194
1941215
1942238
1943239

Ces données correspondent au nombre exact de malades présents à l’hôpital le 31 décembre de chacune des années indiquées.

Le service religieux, réservé à la communauté et aux malades qui pouvaient et voulaient en profiter, se faisait dans l’ancienne chapelle de la quinta (domaine rural avec maison de maître). Il se tint ensuite dans les dépendances de l’un des « pavillons » jusqu’en 1936, année où fut inaugurée la nouvelle église dédiée au saint fondateur du méritant ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu. Bien qu’elle soit destinée en particulier à l’usage indiqué plus haut, elle rend aux habitants de ce village (lugar, rang inférieur au bourg) et des lieux-dits voisins les plus précieux services en matière d’assistance religieuse.

6L’asile Câmara Pestana pour femmes

Pour la période qui s’étend de 1906, année de la fondation du « Manicomio Camara Pestana », à 1924, année où l’établissement fut réservé au seul traitement des malades de sexe féminin, tous les malades de sexe masculin passant alors à la Casa de Saúde do Trapiche, un compte rendu détaillé a déjà été donné dans les premières colonnes du présent article consacré aux « Manicomios ».

Un an plus tard, c’est-à-dire à partir du 9 mai 1925, le « Manicomio Camara Pestana », situé dans la paroisse de São Gonçalo (« saint Gonzalve »), fut confié à la direction des Sœurs hospitalières du Sacré-Cœur de Jésus, qui y ont accompli jusqu’à présent leurs pénibles et ardus travaux hospitaliers avec le plus grand zèle, un dévouement sans faille et la compétence la plus éclairée. À l’exercice de ces services, nous appliquons sans réserve ce que nous avons dit plus haut de la manière dont ils se sont déroulés à la « Casa de São João de Deus » du Trapiche, dans la paroisse de Santo António (« saint Antoine »).

L’activité de la « Casa de Saúde Camara Pestana », exclusivement destinée au traitement des personnes de sexe féminin, apparaît clairement dans le nombre de malades qui s’y trouvaient au 31 décembre de chacune des années suivantes :

AnnéeNombre de malades
192664
192767
192877
1929105
1930117
1931135
1932153
1933169
1934183
1935191
1936201
1937232
1938249
1939232
1940260
1941272
1942283
1943286

Dans cet article

Époque

Années citées · 13
  1. Le conseil municipal de Funchal demanda un « Tronco » pour enfermer les personnes atteintes de troubles mentaux.

  2. Le règlement de l’hôpital prévit pour la première fois des chambres sécurisées pour les personnes atteintes de troubles mentaux.

  3. Le docteur Luís da Câmara Pestana mourut de la peste bubonique à l’hôpital d’Arroios, à Lisbonne.

  4. Le comité acheta la Quinta do Rochedo pour y établir l’asile.

  5. Le gouvernement confirma la donation de l’asile au Conseil général du district.

  6. L’asile d’aliénés Câmara Pestana fut fondé et inauguré à Funchal, et un buste de Câmara Pestana fut érigé.

  7. Un deuxième pavillon fut construit à l’asile.

  8. Un troisième pavillon fut construit à l’asile de Madère.

  9. Les frères de saint Jean de Dieu occupèrent la Quinta do Trapiche pour y établir un asile d’aliénés.

  10. Les frères de saint Jean de Dieu fondèrent l’hôpital psychiatrique de la maison de santé du Trapiche, qui accueillit ses premiers patients à la fin de 1923.

  11. Le père José Maria Antunes fut le premier aumônier de l’asile du Trapiche.

  12. Trente-huit patients furent transférés du Rochedo au Trapiche, si bien que l’asile d’aliénés Câmara Pestana fut désormais réservé aux femmes.

  13. L’asile du Trapiche fut inauguré solennellement.

  14. La gestion de l’asile Câmara Pestana fut confiée aux sœurs hospitalières du Sacré-Cœur de Jésus.

  15. La nouvelle église de São João de Deus, au Trapiche, fut inaugurée.

  16. L’Associação dos Irmãos de São João de Deus cessa d’exister lorsque l’ordre obtint la personnalité juridique en vertu du Concordat.

Lieu

Lieux cités · 22
  1. Asiles d’aliénés · Sujet

    Funchal

  2. Açores

    Portugal. Les victimes des inondations aux Açores bénéficièrent d’un fonds de secours qui fut ensuite utilisé pour l’asile d’aliénés.

  3. Asile d’aliénés Câmara Pestana

    Funchal. Asile d’aliénés plus ancien, fondé en 1906 et réservé aux femmes à partir de 1924.

  4. Boliqueime

    Funchal. Localité reliée à Trapiche par la route carrossable construite par les frères.

  5. Câmara de Lobos

    Paroisse qui organisa des cortèges de collecte de dons.

  6. Casas Próximas

    Funchal. Localité dont les cortèges apportèrent des dons à l’asile d’aliénés.

  7. Couvent de l’Incarnation

    Funchal. Son terrain était le site privilégié pour l’asile d’aliénés, mais ne put être obtenu.

  8. Estreito de Câmara de Lobos

    Câmara de Lobos. Paroisse qui organisa des cortèges de collecte de dons.

  9. Funchal

    Ville où fut construit l’asile d’aliénés.

  10. Hôpital des Lépreux

    Funchal. Envisagé puis écarté comme site pour l’asile d’aliénés.

  11. Lisbonne

    Portugal. Ville où mourut Câmara Pestana.

  12. Madalena

    Funchal. Localité dont les cortèges apportèrent des dons.

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Personnes

Personnes citées · 27
  1. Psychiatre qui rendait visite aux patients du Trapiche trois fois par semaine et recourait à des traitements modernes.

  2. L’un des premiers défenseurs de la création d’un asile et membre du comité fondateur.

  3. Propriétaire d’un terrain voisin de la quinta, acheté par le Conseil général du district en 1908.

  4. Évêque de Funchal qui soutint la fondation de l’hôpital du Trapiche.

  5. Évêque de Funchal qui proposa le premier de créer au Trapiche un asile dirigé par les frères de saint Jean de Dieu.

  6. Principal défenseur, au sein du Conseil général du district, du transfert des patients au Trapiche en 1924.

  7. Trésorier du comité fondateur de l’asile.

  8. Membre du comité de secours dont les fonds furent affectés à l’asile.

  9. Membre du comité de secours aux victimes des inondations aux Açores, fusionné avec le comité de l’asile d’aliénés.

  10. Directeur de l’asile à partir de juillet 1907, il contribua également à la fondation de la maison du Trapiche.

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  1. Chirurgien nommé infirmier-chef par intérim de l’asile en 1906.

  2. Chirurgien nommé directeur par intérim de l’asile en 1906.

  3. Premier aumônier de la maison de santé du Trapiche, en fonction de février 1923 à juillet 1925.

  4. Chef de l’administration du district qui pressa la Misericórdia de construire un asile.

  5. Légua 1 500 escudos au fonds destiné à l’asile.

  6. Aumônier de la maison de santé du Trapiche à partir d’août 1925, encore en fonction en 1928.

  7. Membre honoraire de l’Ateneu Comercial délégué au comité chargé de l’hommage commémoratif.

  8. Bactériologiste madérien en mémoire duquel l’asile fut fondé et nommé.

  9. Membre du comité fondateur de l’asile.

  10. Membre du comité fondateur de l’asile.

  11. Chanoine membre du comité de secours, intégré au comité fondateur de l’asile.

  12. Frère de l’ordre de saint Jean de Dieu, il dirigea la maison de Trapiche jusqu’en 1928.

  13. Secrétaire du comité fondateur de l’asile d’aliénés.

  14. Président du comité qui proposa de créer un asile en hommage à Câmara Pestana.

  15. Membre du comité fondateur de l’asile d’aliénés.

  16. Président du Conseil général du district, il soutint le transfert de 1924.

  17. Médecin qui soignait les patients de la maison de santé de Trapiche.

Sur la feuille M

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