Eau-de-vie 1Production, taxes et législation
Eau-de-vie
Titre original: Aguardente
Présentation de la production d’eau-de-vie de canne à sucre (aguardente) à Madère, de sa taxation et du décret de 1911 expropriant les distilleries, suivie d’une longue polémique sur les dommages sociaux et sanitaires causés par l’alcoolisme sur l’île.
1Production, taxes et législation
Il existe à présent à Madère 40 fabriques destinées à produire de l’eau-de-vie (aguardente, distillée de canne à sucre ou de vin) à 26 degrés Cartier (ancienne échelle aréométrique du titre alcoolique), mais certaines d’entre elles ne fonctionnent pas régulièrement. De 1911 à 1917, ces fabriques produisirent les quantités d’eau-de-vie suivantes :
| Année | Quantité (litres) |
|---|---|
| 1911 | 700 000 |
| 1912 | 1 436 305 |
| 1913 | 1 008 257 |
| 1914 | 826 678 |
| 1915 | 718 617 |
| 1916 | 1 098 175 |
| 1917 | 1 162 398 |
Avant le décret du 11 mars 1911, la production d’eau-de-vie dans tout le district atteignait environ 1 200 000 litres, sans compter les eaux-de-vie de marc, que l’on obtient en faisant passer une seconde fois la canne entre les cylindres du moulin à sucre (engenho), après y avoir ajouté un peu d’eau.
Le décret du 11 mars 1911 établit un impôt de 100 réis (ancienne monnaie de compte portugaise ; 1$000 = 1 000 réis, 1:000$000 = un conto = 1 000 000 de réis) pendant les trois premières années, puis de 150 réis les années suivantes, jusqu’en 1918, sur toutes les eaux-de-vie obtenues dans les fabriques non immatriculées. Dès la troisième année, cependant, on commença à percevoir le montant maximal de l’impôt, à la demande, dit-on, des fabriques immatriculées (fábricas matriculadas). Toute l’eau-de-vie produite par les fabriques non immatriculées reste dans l’archipel, une partie servant au traitement des vins non destinés à l’exportation. On calcule que 30 kilos de canne produisent en moyenne 2 litres d’eau-de-vie.
Les fabriques immatriculées étaient autrefois tenues d’acheter, au prix de 930 réis le galão (gallon portugais, environ 3,16 litres) (3,16), les excédents d’eau-de-vie à 26 degrés Cartier que les fabriques non immatriculées distillaient chaque année pour la consommation de Madère ; mais elles ne s’acquittèrent intégralement de cette obligation qu’en 1904 et 1905.
L’impôt sur la revente de l’eau-de-vie, autorisé par la loi du 2 mai 1919 et le règlement du 25 mai 1920, rapporta 82 434,87 escudos en 1920 ; la somme de 79 137,48 escudos fut répartie entre les conseils municipaux, dont 39 518,64 escudos revinrent au conseil municipal de Funchal. La somme de 3297,39 escudos fut réservée à la rémunération du personnel qui avait participé au service de perception.
Le décret du 11 mars 1911, déjà cité, contenait l’une des mesures les plus importantes que les gouvernements de la métropole aient prises à l’égard de cet archipel au cours d’une longue période de cinq siècles : l’expropriation des fabriques d’eau-de-vie. À propos de cette mesure salutaire, nous voulons transcrire ici quelques passages de ce que nous avons écrit sur le sujet lorsque surgit l’idée de rétablir ces mêmes fabriques.
2L’alcoolisme à Madère
« Chacun sait que l’un des plus grands fléaux qui aient affligé Madère, et qui l’afflige encore en grande partie, surtout par ses tristes et funestes conséquences, est ce cancer social bien connu et terrible qui porte le nom effrayant d’alcoolisme. Combattu énergiquement partout comme une véritable mesure de salut public, il s’installa chez nous avec le consentement manifeste des lois, qui le protégeaient indirectement, au point d’être même considéré comme l’un des facteurs de la richesse commune de tout le district !
Le Madérien fut alors placé bien au-dessous du Noir africain ! Que l’on ne voie pas d’exagération dans cette comparaison. En vertu de mesures de caractère international, le commerce des boissons alcooliques fut interdit sur le continent africain, afin de préserver l’intégrité de la race indigène et de lui épargner les ravages de ce grand mal. Ce que l’on considéra tout naturellement comme une disposition salvatrice pour les sauvages africains ne fut pas jugé comme une mesure nécessaire et d’une véritable portée sociale pour les pauvres habitants de cet archipel lointain.
Madère en vint à être connue comme l’île de l’Eau-de-vie, nom que lui donna un texte législatif en raison de l’énorme consommation de ce toxique, qui atteignit des proportions presque invraisemblables ; les ravages produits étaient véritablement effroyables, comme l’affirme ce même décret. Un ancien ministre, professeur de médecine et éminent homme de science, à qui la municipalité de cette ville avait conféré le titre de citoyen bienfaiteur de Funchal, eut le courage, lors d’une conférence publique devenue célèbre, tenue dans la ville de Porto, de qualifier les Madériens d’ivrognes et d’alcooliques. Ce fut assurément fort désobligeant pour les habitants de cette île, mais guère éloigné de la triste réalité reconnue des faits. On sait, bien que le grand public ne s’en soit pas encore aperçu, que l’on constate dans cette île, au cours des dernières décennies, un notable dépérissement de la race. Dans la stature, la constitution organique, la force musculaire, etc., etc., on observe une décadence physiologique marquée, qui n’a pas échappé à plusieurs médecins, et notamment à certains médecins militaires employés pendant de longues années à l’inspection des jeunes gens soumis au recrutement de l’armée. L’alcoolisme est désigné comme l’une des principales causes de ce fait alarmant. Il existe pourtant des manifestations plus graves et plus effrayantes encore, qui menacent d’anéantir complètement une population, si l’on ne maintient pas certaines des mesures déjà prises et si l’on n’en adopte pas d’autres aux effets plus immédiats et plus efficaces. Il s’agit du pourcentage stupéfiant que la population de cette île fournit à la folie. En outre, les cas d’idiotie, d’épilepsie, de convulsions nerveuses et d’autres dégénérescences plus ou moins avérées sont innombrables et se multiplient prodigieusement, ce qui suscite la plus vive surprise et la stupeur si on les compare aux cas semblables d’autres centres populeux. Que l’on consulte quelques médecins qui se sont particulièrement consacrés à l’étude de ces maladies, que l’on franchisse le seuil de nos asiles d’aliénés, et nous serons sans peine convaincus de la triste réalité de ces affirmations. Quatre-vingts pour cent des pauvres malades qui y sont internés sont victimes de l’alcoolisme ! Et si, à ce tableau effrayant, nous ajoutons ceux que ce terrible cancer a livrés à la tuberculose et à bien d’autres maladies, nous nous ferons une idée approximative des méfaits causés par cinquante laboratoires de substances toxiques, qui, pendant de longues années, ont empoisonné, abruti et rendu folle la population imprudente d’un district entier !
Notable aussi est l’abaissement du niveau intellectuel. Parmi d’autres faits, il en est un qui le prouve. L’auteur de ces lignes, et bien d’autres personnes qui ont séjourné plus ou moins longtemps dans les paroisses du nord de l’île, ont constaté la différence mentale marquée qui existe entre les habitants de certaines localités de la partie septentrionale et de la partie méridionale de Madère, au détriment des paroisses de la côte sud. Or l’on sait que la production et la consommation d’eau-de-vie étaient presque nulles dans les paroisses du nord, où la plantation de la canne à sucre n’a commencé qu’il y a peu d’années et s’y étend à présent, tandis que sa culture remonte à des siècles dans la région sud de notre île.
Les mots suivants, extraits du rapport cité plus haut, définissent de manière lapidaire la triste situation que l’alcoolisme a créée à Madère et que nous venons d’esquisser brièvement : “La prospérité de l’archipel est indissolublement liée à la valeur physique, intellectuelle et morale de sa population, et cette valeur diminue dans la proportion même où augmente la consommation d’eau-de-vie, de sorte que, si l’on ne remédie pas promptement à un si grand mal, il est légitime de craindre que la dégénérescence n’atteigne des extrémités irrémédiables.
Le décret du 11 mars 1911, contresigné par Brito Camacho, instaura la mesure salvatrice de l’expropriation des distilleries d’eau-de-vie, que plusieurs dispositions légales décrétées par la suite modifièrent sur des points essentiels. Ce fut une très grave erreur, et il est fort regrettable qu’une mesure si salutaire et si nécessaire n’ait pas été maintenue intégralement ni appliquée dans toute son étendue.
Néanmoins, force est de reconnaître que les restrictions imposées à la production de ce terrible toxique et la suspension de l’activité des distilleries représentent un service immense et inestimable rendu à toute la population de l’archipel, dont les effets bienfaisants se font déjà nettement sentir partout. Il importe toutefois, pour parachever une grande œuvre humanitaire, de décréter une mesure plus radicale et plus définitive, qui exclue absolument toute possibilité de reprendre la fabrication, en quelque quantité que ce soit, si petite soit-elle, de ce poison qui a valu à notre terre le surnom péjoratif d’île de l’Eau-de-vie. »
Dans cet article
Époque
Années citées · 04-
En 1904 et 1905 seulement, les distilleries enregistrées achetèrent intégralement, comme elles y étaient tenues, les excédents d’eau-de-vie des distilleries non enregistrées.
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Les distilleries de Madère produisaient entre environ 700 000 et 1,44 million de litres d’eau-de-vie par an.
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À la suite de l’affaire Hinton, un décret remplaça la loi sucrière de 1908. Il établit un nouveau régime du sucre et de l’alcool valable jusqu’en 1918, réglementa l’eau-de-vie et les distilleries, et créa le Conseil agricole de Madère et l’Estação Agrária.
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Un décret autorisa des taxes sur l’eau-de-vie et le melado et les attribua à la Junta Geral afin de financer la station de la neuvième région agricole.
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La taxe sur la revente de l’eau-de-vie rapporta 82:434$87, somme répartie pour l’essentiel entre les conseils municipaux.
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La réglementation de la taxe sur la revente de l’eau-de-vie fut publiée.
Lieu
Lieux cités · 03Étranger
- Funchal
Son conseil municipal reçut la plus grande part de la taxe de 1920 sur la revente d’eau-de-vie.
Capitale de l’archipel et siège de la principale capitainerie, où commença le peuplement ; elle devint un bourg vers 1451–52. Sa baie, la plus large de l’archipel, s’étend entre Ponta do Garajau et Ponta da Cruz et offre un mouillage abrité, bien que son port n’eût jamais fait l’objet d’une étude océanographique. L’Elucidário présente Funchal comme une station climatique, avec des données sur son climat, et relate les troubles de janvier 1906, la visite du prince danois en mai 1846 et la présence de cônes volcaniques récents dans la région.
- Porto
Portugal. Ville où un ancien ministre donna une conférence dans laquelle il qualifia les Madériens d’ivrognes.
Ville portugaise où débuta la révolution libérale de 1820 et dont le district est le seul à avoir une densité de population supérieure à celle du district de Funchal. Plusieurs Madériens étudièrent à sa faculté de médecine ou à son Academia Politécnica ; certains y vécurent ou y moururent. Le rédacteur d’O Funchalense Liberal y fut pendu, et le Marítimo y battit le FC Porto en 1922.
Personnes
Personnes citées · 01-
Ministre qui contresigna le décret du 11 mars 1911 expropriant les distilleries d’eau-de-vie de Madère.