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République (proclamation de la) 1La nouvelle et le nouveau gouverneur
Article nº 3152 Événement historique Vol. III · p. 348–350 6 min de lecture

République (proclamation de la)

Titre original: República (Proclamação da)

Récit de l’accueil réservé à la proclamation de la République portugaise (5 octobre 1910) et de sa mise en œuvre à Funchal du 5 au 7 octobre 1910, notamment l’installation du nouveau gouverneur civil et le défilé indiscipliné du régiment d’infanterie nº 27. L’Elucidário note que le changement de régime ne rencontra aucune résistance et fut accueilli favorablement par presque tous.

République (proclamation de la)

1La nouvelle et le nouveau gouverneur

La nouvelle de la proclamation de la République dans la capitale parvint à Madère dans l’après-midi du 5 octobre 1910, et un télégramme annonçant la constitution du gouvernement arriva peu après. Le 6, le docteur Manuel Augusto Martins, investi par télégramme du nouveau gouvernement de l’autorité suprême du district, s’entretint des événements avec le conseiller (conselheiro, titre honorifique du conseil royal) António Jardim de Oliveira, secrétaire général faisant fonction de gouverneur civil, et avec le colonel Valeriano José da Silva, commandant militaire. Ces autorités lui ayant déclaré qu’elles n’avaient reçu aucune communication officielle de l’instauration de la République dans le pays, il télégraphia aussitôt à Lisbonne pour demander que cette communication fût faite, afin de pouvoir prendre possession du poste auquel il avait été nommé et de faire reconnaître le nouveau gouvernement par les Madériens.

La communication au commandant militaire ne se fit pas attendre. Cette autorité déclara alors qu’elle ne s’opposait pas à ce que le drapeau républicain fût hissé sur la forteresse de São Lourenço (« saint Laurent ») ni à ce que les troupes lui rendissent les honneurs dus. Ces actes eurent lieu peu après à la forteresse de São Lourenço, en présence du docteur Martins et de plusieurs coreligionnaires, qui s’étaient postés au balcon du Club de la Restauration (Club Restauração), donnant sur l’avenue Gonçalves Zargo. Le nouveau drapeau fut salué militairement par la garde, rassemblée à cet effet, tandis qu’une fanfare (filarmónica) jouait A Portuguesa, que tous écoutèrent en silence et avec le plus grand respect. Du haut de ce balcon prirent la parole le docteur Martins, Azevedo Ramos, le docteur Pestana Júnior et le docteur Gonçalves Preto, qui tous exhortèrent le peuple à l’ordre et au respect des personnes.

L’installation du nouveau gouverneur civil, conférée par le fonctionnaire Octaviano Soares en l’absence du secrétaire général, eut lieu avant la cérémonie que nous venons d’évoquer. Le drapeau révolutionnaire fut hissé au mât du gouvernement civil (Governo Civil), et l’on entendit à cette occasion A Portuguesa. Le docteur Martins lança des vivats à la République, à la Liberté et à la Patrie, auxquels répondit chaleureusement le peuple massé dans la rue.

Le soir, de nombreux groupes, accompagnés des fanfares Artístico-Madeirense et Artistas Funchalenses, parcoururent les rues de la ville en allumant des feux de Bengale et en acclamant la République. À la fin de la manifestation, Azevedo Ramos harangua le peuple depuis l’une des fenêtres centrales du « Dr. Manuel de Arriaga ».

2La manifestation des troupes du 7 octobre

Le 7, vers 9 h 30 du matin, le drapeau républicain fut hissé sur la forteresse de São Tiago (« saint Jacques le Mineur »), salué par la batterie. Vers 13 h, une cérémonie identique eut lieu à la forteresse de São Lourenço, en présence du régiment d’infanterie n° 27. Entraîné par quelques sergents, celui-ci était sorti de sa caserne, armé de fusils et de baïonnettes, en violation de l’ordre de mise en alerte que le commandant avait donné afin de pouvoir répondre à toute réquisition de l’autorité administrative en cas de trouble de l’ordre public.

Sur la Praça da Constituição (« place de la Constitution ») se présentèrent quelques officiers, parmi lesquels le capitaine Henrique Luís Monteiro, qui tenta d’imposer la discipline aux troupes, mais ne fut pas écouté. Le docteur Pestana Júnior, administrateur municipal (administrador do concelho, représentant du gouvernement) de Funchal, monta alors sur un banc de cette même place et déclara qu’aucun officier du régiment n’attenterait au nouveau régime politique, comme le capitaine le lui avait assuré sur sa parole d’honneur ; dans ces conditions, les hommes de troupe devaient obéir à leurs officiers et rentrer dans l’ordre. Le docteur Pestana Júnior ajouta que la parole d’honneur du capitaine Henrique Monteiro était pour lui un gage qu’il respectait profondément.

Peu après arriva sur le Largo da Restauração (« place de la Restauration ») le major d’artillerie Goulart de Medeiros, connu pour ses opinions républicaines et que tous soupçonnaient d’avoir contribué à faire sortir les troupes de leur caserne. Après s’être entretenu avec le distingué et vaillant officier qu’était le capitaine Henrique Monteiro, il s’adressa à son tour aux troupes rassemblées en ce lieu et les exhorta à l’obéissance, puisque le corps des officiers du régiment avait adhéré au nouveau régime. Il fut l’objet d’une manifestation de sympathie enthousiaste, tant de la part des sergents et des soldats que du peuple.

Pendant ce temps, un officier du régiment hissait le drapeau républicain sur la forteresse de São Lourenço ; les troupes lui présentèrent les armes et le docteur Pestana Júnior lança plusieurs vivats, auxquels le peuple répondit avec enthousiasme.

La fanfare de l’infanterie n° 27 étant venue à la demande des troupes, le drapeau fut, sur ordre du commandant militaire, amené puis hissé de nouveau aux accents de A Portuguesa, avec les honneurs dus. À ce moment, la troupe se trouvait déjà sous le commandement de ses officiers, comme l’avait demandé le major Medeiros dans son discours. En passant de la Praça da Constituição au Largo da Restauração, où, comme nous l’avons dit, cet officier prit la parole, les hommes de troupe avaient refusé d’être commandés par leurs officiers, et c’était le sergent-major qui les dirigeait.

Ensuite, le régiment, accompagné de sa fanfare qui jouait A Portuguesa et placé sous le commandement du major Luís Correia Acciaioly, parcourut les rues de São Francisco, da Carreira, de João Tavira, do Aljube, dos Ferreiros et do Príncipe, la rampa de Dom Manuel, le Largo do Pelourinho (« place du Pilori ») et le Campo de Dom Carlos (« place Dom Carlos »). Il alla saluer la batterie n° 3 d’artillerie de garnison qui, sous le commandement du capitaine João Augusto Pereira, ne s’associa pas aux manifestations du régiment d’infanterie et garda toujours la plus stricte discipline.

Dans la caserne de l’artillerie, où entrèrent de nombreuses personnes du peuple, on poussa quelques vivats en l’honneur de la République. Les troupes et le peuple poursuivirent ensuite par la Rua de Santa Maria (« rue Sainte-Marie »), le Largo do Pelourinho, la rampa de Dom Manuel, les rues do Príncipe et dos Ferreiros, le largo do Colégio et la rua do Castanheiro, et regagnèrent enfin leur caserne, où eurent lieu de nouvelles manifestations de liesse.

À la demande des sergents et des hommes de troupe de l’infanterie, le commandant militaire, le colonel Valeriano José da Silva, leva l’état d’alerte du régiment et fit retirer le buste et le portrait de Manuel II qui se trouvaient dans son bureau de la caserne ; il ordonna également que soit suspendue l’exécution de toutes les peines disciplinaires.

On qualifia le mouvement de troupes du 7 de manifestation publique d’adhésion à la République ; mais ceux qui analysèrent les faits de sang-froid y virent une insubordination d’une gravité certaine, quoique peu surprenante en période révolutionnaire, où la discipline et les règlements militaires sont en général peu respectés.

Nous vîmes, aux abords de l’ancienne Praça da Constituição, de nombreux Anglais, débarqués à Funchal le matin du 7, s’enfuir épouvantés à la vue des soldats armés qui se dirigeaient en désordre vers cette même place. La vérité oblige toutefois à dire que, hormis l’indiscipline et le refus de ces soldats d’obéir aux ordres de leurs officiers, rien d’autre de répréhensible ne fut à signaler ce jour-là, ni de la part de la troupe ni de celle du peuple.

La proclamation de la République se fit à Madère sans obstacle d’aucune sorte. Malgré quelques actes insensés commis ensuite par des individus sectaires et peu respectueux des opinions et des croyances d’autrui, le nouveau régime fut bien accueilli par presque tout le monde, car on pensait alors qu’à son ombre la moralité entrerait dans l’administration des revenus de l’État et que l’on ne commettrait plus les erreurs et les extravagances qui avaient tant discrédité les gouvernements des derniers temps de la monarchie.

Dans cet article

Époque

Années citées · 01
  1. La République portugaise fut proclamée à Lisbonne. Madère s’y rallia aussitôt, les partis monarchistes disparurent et le Parlement élu en août ne siégea jamais.

  2. Le docteur Manuel Augusto Martins fut nommé gouverneur civil de Madère par le gouvernement provisoire républicain et entra en fonction le 6 octobre, jour où le drapeau républicain fut hissé à São Lourenço.

  3. Le régiment d’infanterie nº 27 quitta sa caserne sans ordre et défila dans Funchal en soutien à la République.

Lieu

Lieux cités · 11
Carte: Madeira (11)
  1. Avenida Zarco

    Funchal. Avenue sur laquelle donne le Club de la Restauration.

  2. Campo de Dom Carlos

    Funchal. Sur le chemin de la caserne d’artillerie.

  3. Club de la Restauration

    Funchal. Son balcon servit de tribune aux discours républicains.

  4. Forteresse de São Lourenço

    Funchal. Lieu où le drapeau républicain fut hissé les 6 et 7 octobre 1910.

  5. Forteresse de São Tiago

    Funchal. Le drapeau républicain y fut hissé le matin du 7 octobre.

  6. Funchal

    Ville où se déroulèrent les événements.

  7. Gouvernement civil

    Funchal. Lieu où le drapeau révolutionnaire fut hissé lors de l’installation du gouverneur.

  8. Largo da Restauração

    Funchal. Lieu où le commandant Medeiros s’adressa aux troupes.

  9. Largo do Pelourinho

    Funchal. Sur le parcours du régiment.

  10. Praça da Constituição

    Funchal. Place où les troupes se rassemblèrent dans le désordre.

  11. Rua de Santa Maria

    Funchal. Sur le trajet du retour des troupes et de la foule.

Personnes

Personnes citées · 12
  1. Secrétaire général exerçant les fonctions de gouverneur civil lors de la proclamation de la République en 1910.

  2. Républicain qui prit la parole depuis le balcon du Club de la Restauration le 6 octobre 1910.

  3. Commandant d’artillerie républicain qui persuada les troupes de rentrer dans le rang.

  4. Capitaine d’infanterie qui tenta de rétablir la discipline parmi les troupes le 7 octobre 1910.

  5. Commandant de la batterie d’artillerie nº 3, qui resta disciplinée pendant les événements.

  6. Commandant qui mena le régiment à travers Funchal le 7 octobre 1910.

  7. Républicain nommé gouverneur civil du district de Funchal par le nouveau gouvernement en octobre 1910.

  8. Administrateur de la municipalité de Funchal qui exhorta les troupes mutinées à obéir à leurs officiers le 7 octobre 1910.

  9. Dernier roi du Portugal, dont le buste et le portrait furent retirés du bureau du commandant militaire.

  10. Républicain qui s’adressa à la foule à Funchal en octobre 1910.

+ 2 de plus
  1. Fonctionnaire qui reçut le serment du nouveau gouverneur civil en l’absence du secrétaire général.

  2. Commandant militaire qui autorisa la levée du drapeau républicain et retira le portrait de Manuel II.

Sur la feuille R

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