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Soldat inconnu 1Programme national et arrivée de l’urne
Article nº 3511 Fête ou procession Vol. III · p. 563–566 7 min de lecture

Soldat inconnu

Titre original: Soldado Desconhecido

Décrit les cérémonies organisées à Funchal en avril 1921 en hommage aux Soldats inconnus portugais de la Première Guerre mondiale, notamment le débarquement, l’exposition publique et le réembarquement de l’urne du Soldat inconnu d’Afrique en route vers Batalha.

Soldat inconnu

1Programme national et arrivée de l’urne

À l’exemple de ce qui s’était fait dans d’autres pays, le Portugal voulut lui aussi glorifier les Soldats inconnus qui avaient donné leur vie pour la patrie dans la lutte contre les Allemands. On organisa à cet effet un programme des hommages à rendre à ces héros, publié dans le Diário do Governo, 2e série, du 26 mars 1921. Ce programme fut exécuté avec le plus grand éclat et la plus grande solennité dans tous les grands centres du pays, comme on pouvait l’attendre du patriotisme éprouvé du peuple portugais. Conformément aux indications de ce programme, rendues publiques à Funchal par un avis public (edital) du gouverneur civil, le 7 avril 1921, jour choisi pour l’exposition au Palais de la Souveraineté nationale des cercueils des Soldats inconnus de France et d’Afrique, les autorités compétentes firent hisser à midi les drapeaux nationaux sur les forteresses, les casernes et les édifices publics, où ils demeurèrent jusqu’au coucher du soleil du 10 ; à la même heure, la musique d’infanterie joua l’hymne national et la marche d’honneur, et les cloches des églises sonnèrent pendant 15 minutes.

Funchal rendit hommage à ses héros immortels du 7 au 10 avril, dates fixées par le gouvernement. Mais les cérémonies qui eurent lieu alors n’eurent ni l’éclat ni la solennité de celles du 1er au 3 du même mois, lors du débarquement et de l’embarquement de l’urne contenant la dépouille mortelle du Soldat inconnu tombé sur les lointains rivages africains, dans la lutte que nous y soutînmes contre les Allemands.

Comme nous l’avons déjà dit à la page 110 du volume II de cet ouvrage, cette urne, apportée par le vapeur Briton, de l’Union Castle Mail, passa la nuit du 31 mars au 1er avril au poste de désinfection maritime (Posto de Desinfecção Marítima), transformé en chapelle ardente. Elle fut ensuite amenée à terre par le petit vapeur Milano, à bord duquel avaient pris place les autorités et d’autres personnalités officielles. Lorsque l’urne fut débarquée au quai de la Pontinha (« petite pointe »), vers 9 heures du soir, les honneurs dus lui furent rendus par un détachement d’infanterie commandé par un capitaine, et le cercueil fut veillé pendant la nuit par des officiers de la garnison.

2Le cortège du 1er avril

Le cortège qui, le 1er avril, accompagna l’urne jusqu’à l’hôtel de ville (Paços do Concelho) revêtit une solennité particulière. Y prirent part les élèves et les professeurs des écoles primaires, spéciales et secondaires de Funchal, les pompiers avec la fanfare des « Artistas Funchalenses », deux patrouilles de scouts, le personnel du trafic de la douane et du cabestan (cabrestante), plusieurs associations, les employés de la fabrique (fábrica) de W.m Hinton & Filhos, la compagnie n° 1 de la garde fiscale (Guarda Fiscal, corps des douanes), des forces de la marine et de la police civile, la colonie syrienne, le directeur et le personnel de la « Western Telegraph Company », un représentant des loges maçonniques, l’Association commerciale, des représentants des maisons de banque, la presse, les sergents ayant combattu en Afrique et en France, la police de l’émigration, les employés des Travaux publics de l’État, les directeurs et employés de la douane et de la poste, le clergé protestant, le directeur et le personnel des Finances, les médecins, magistrats et avocats, la Délégation de santé, les conseils municipaux du district, le Conseil général du district (Junta Geral), les officiers étrangers résidant à Funchal, les officiers portugais, les familles des militaires portugais morts pendant la Grande Guerre, les autorités civiles et militaires, les représentants de la Nation, l’aide de camp du ministre de la Marine, le corps consulaire, les officiers généraux, un détachement de marins du croiseur República, le 27e régiment d’infanterie, la batterie n° 3 d’artillerie de garnison, la garde républicaine et les harmonies de Ribeira Brava (« rivière sauvage ») et Artístico-Madeirense. L’urne contenant la dépouille du Soldat inconnu venait derrière les officiers portugais qui s’étaient joints au cortège.

De la Pontinha jusqu’à l’Avenida Doutor Manuel de Arriaga (« avenue du Docteur Manuel de Arriaga »), où l’on avait dressé un élégant catafalque, le cortège s’avança constamment entre deux haies compactes de spectateurs. Devant la prolonge d’artillerie qui portait l’urne funéraire, enveloppée du drapeau national et flanquée de huit officiers, dont certains avaient combattu pendant la Grande Guerre, roulaient trois autres prolonges chargées des nombreuses couronnes qui avaient orné la chapelle ardente préparée la veille au Poste de désinfection de la Pontinha.

Devant le catafalque, les plus hautes autorités civiles et militaires et les officiers étrangers se rangèrent en demi-cercle. On descendit l’urne de la prolonge pour la placer sur le bat-flanc, où la gardèrent les officiers qui l’avaient escortée jusque-là, quatre de chaque côté. Après quelques minutes de silence, le capitaine Américo Olavo de Azevedo, ancien combattant de la Grande Guerre, prit la parole et, bien que visiblement souffrant, prononça un beau discours patriotique qui plut à toute l’assistance.

Le cortège se remit ensuite en marche vers l’hôtel de ville, par la Rua João Tavira et le Largo do Município (« place de la Municipalité »). Des officiers étrangers portèrent le cercueil jusqu’à la porte de l’édifice, puis des pompiers volontaires jusqu’à la chapelle ardente ; à l’arrivée de l’urne funéraire, leur fanfare joua A Portuguesa. Dans la salle d’honneur de l’hôtel de ville, majestueusement décorée, prirent la parole le président du conseil municipal, le docteur Teixeira Jardim, le gouverneur civil Rodrigues dos Santos, le consul britannique M. Staniford, le consul américain M. Jenkins, le capitaine du port Vital Gomes, le commandant militaire, le colonel João M. Ferraz, et le sénateur, le docteur Manuel Augusto Martins. Après le départ des autorités qui avaient pris part au cortège, la salle reçut la visite de plusieurs milliers de personnes, qui défilèrent respectueusement devant l’urne. Celle-ci reposait sur une large estrade de cinq marches tapissées, flanquée de chaque côté de six grands torchères dorées terminées par des tiges de fer, portant chacune cinq lampes électriques d’une forte puissance lumineuse.

Avant que le cortège ne quittât la Pontinha, l’officier d’infanterie Armando Pinto Correia, ancien combattant de la Grande Guerre, prononça une brillante allocution. Suivit la minute de silence que l’assistance devait observer en hommage à tous ceux qui avaient perdu la vie sur les champs de bataille pour la défense de la Patrie, de la Liberté, du Droit et de la Justice.

Lorsque parut à l’horizon le vapeur Briton, qui, comme nous l’avons dit, transportait la dépouille du Soldat inconnu, l’hydravion « F. 3 », dont nous avons parlé à l’article Navigation aérienne, alla à sa rencontre et effectua un vol autour du navire.

3Embarquement pour Lisbonne

Le 3 avril, vers midi, un nouveau cortège se forma, cette fois pour accompagner jusqu’au quai les restes du Soldat inconnu, qui devaient être embarqués sur le croiseur República, chargé de les transporter à Lisbonne. Des échevins (vereadores) portèrent l’urne depuis la chapelle ardente jusqu’à la porte de l’hôtel de ville ; là, elle fut remise à la troupe et placée sur une prolonge d’artillerie, les mêmes échevins tenant les cordons du poêle. Outre les officiers de la garnison de Funchal, les officiers étrangers qui avaient pris part au cortège du 1er avril se joignirent à ce nouveau cortège.

Dans les rues que parcourut le cortège, on voyait, comme le 1er avril, une foule compacte, et sur le quai et aux alentours stationnait un grand nombre de personnes venues assister à la cérémonie de l’embarquement.

Le gouverneur civil, le président du conseil municipal, le général Norton de Matos et le commandant militaire portèrent l’urne du début à l’extrémité du quai, où elle fut remise à un détachement de marins du croiseur República. À cette occasion, le président du conseil municipal et le consul de France à Funchal prononcèrent des discours.

L’urne fut ensuite transportée dans une chaloupe du croiseur, au milieu de laquelle se dressait un trophée formé des drapeaux des nations alliées. Les personnalités qui avaient porté la dépouille du Soldat inconnu jusqu’à l’extrémité du quai prirent place dans cette même chaloupe.

À l’arrivée à bord du República, l’urne fut déposée sur une estrade à la poupe, autour de laquelle furent disposées les couronnes ; le général Norton de Matos et le commandant du croiseur prirent alors la parole.

Quelques instants plus tard, le croiseur quittait le port de Funchal à destination de Lisbonne, emportant à son bord la dépouille du Soldat inconnu d’Afrique, qui, peu de jours après, devait reposer dans le majestueux monastère de Batalha, élevé par un roi vaillant et patriote pour commémorer l’un des faits les plus glorieux de notre histoire.

Dans cet article

Époque

Années citées · 01
  1. Le programme des hommages nationaux aux Soldats inconnus fut publié dans le Diário do Governo.

  2. L’urne du Soldat inconnu d’Afrique arriva à Funchal à bord du Briton, fut exposée à l’hôtel de ville puis embarquée sur le croiseur República à destination de Lisbonne ; le général Norton de Matos participa au cortège.

  3. À Funchal, les drapeaux furent mis en berne et les cloches sonnèrent pendant que les dépouilles des Soldats inconnus étaient exposées à Lisbonne.

Lieu

Lieux cités · 10

Étranger

Carte: Madeira (10)
  1. Avenida Doutor Manuel de Arriaga

    Funchal. Avenue où se trouvait le catafalque et où furent prononcés des discours.

  2. Funchal

    Ville où se déroulèrent les cérémonies.

  3. Hôtel de ville de Funchal

    Funchal. Hôtel de ville où l’urne fut exposée au public.

  4. Largo do Município

    Funchal. Place devant l’hôtel de ville, sur le parcours du cortège.

  5. Lisbonne

    Portugal. Destination du croiseur transportant l’urne.

  6. Monastère de Batalha

    Portugal. Monastère où reposent les Soldats inconnus.

  7. Pontinha

    Machico. Quai où l’urne fut débarquée.

  8. Poste de désinfection maritime

    Funchal. Poste de désinfection maritime de la Pontinha utilisé comme premier lieu d’exposition de l’urne.

  9. Ribeira Brava

    Sa fanfare participa au cortège.

  10. Rua João Tavira

    Funchal. Rue empruntée par le cortège pour rejoindre l’hôtel de ville.

Personnes

Personnes citées · 11
  1. Capitaine vétéran de la Première Guerre mondiale qui prononça un discours patriotique devant le catafalque sur l’Avenida Doutor Manuel de Arriaga en 1921.

  2. Gouverneur civil qui prit la parole à l’hôtel de ville et participa au portage de l’urne en 1921.

  3. Officier d’infanterie vétéran de la guerre qui prononça un discours à la Pontinha avant le départ du cortège.

  4. Président du conseil municipal de Funchal qui prit la parole lors de l’exposition de l’urne et de son embarquement en 1921.

  5. Consul américain à Funchal qui prit la parole lors de l’exposition de l’urne.

  6. Commandant militaire qui prit la parole à l’hôtel de ville et participa au portage de l’urne.

  7. Sénateur qui prit la parole lors de l’exposition de l’urne à Funchal.

  8. Manuel de Arriaga, dont l’avenue de Funchal où fut dressé le catafalque porte le nom.

  9. Général qui participa au portage de l’urne le long du quai et prit la parole à bord du croiseur República.

  10. Capitaine du port de Funchal qui prit la parole lors de la cérémonie à l’hôtel de ville.

+ 1 de plus
  1. Consul britannique à Funchal qui prit la parole lors de l’exposition de l’urne.

Sur la feuille S

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