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Article nº 3067 Fête ou procession Vol. III · p. 288–296 18 min de lecture

Cinquième centenaire de la découverte de Madère

Titre original: Quincentenário do Descobrimento da Madeira

Le cinquième centenaire de la découverte de Madère fut célébré à Funchal du 29 décembre 1922 au 4 janvier 1923, sous l’organisation du major João dos Reis Gomes, après le refus de Lisbonne d’y participer. L’article traite de la date contestée de la découverte, du programme et des commissions, du Te Deum, de la première pierre du monument à Zarco, des expositions, du cortège historique fermé par le char d’Henri le Navigateur, des feux d’artifice et des illuminations, le tout financé localement.

Cinquième centenaire de la découverte de Madère

1La date de la découverte et les origines de la célébration

Comme nous l’avons déjà dit ailleurs (voir la publication intitulée V Centenário do Descobrimento da Madeira, p. 2), on avait généralement adopté la date de 1419 ou 1420 comme la plus probable de la découverte de cet archipel, dans le sillage des anciennes chroniques et notamment de l’époque que Gaspar Frutuoso avait fixée pour cet événement, laquelle avait à son tour été suivie par l’illustre et érudit annotateur des Saudades da Terra. En 1920 parut un intéressant opuscule intitulé O Reconhecimento da Madeira, dû à l’avocat et journaliste le docteur Manuel Gregório Pestana Júnior, qui ouvre une voie nouvelle pour la fixation de la date de la découverte. Ce notable événement se serait alors produit dans la période allant de 1441 à 1425. Si l’on peut ne pas partager les conclusions auxquelles est parvenu le docteur Pestana Júnior, il est toutefois indiscutable que son travail représente une étude patiente et consciencieuse, qui conduira peut-être à de nouvelles recherches et sans doute à des affirmations plus sûres et plus définitives sur le sujet.

La divergence d’opinions autorisées quant à la fixation de cette date mémorable, et le fait que la commémoration centenaire du grand événement n’ait pas eu lieu – pour des motifs que nous nous abstenons de qualifier – l’année que lui assignaient les anciennes chroniques, laissèrent le champ libre à l’ajournement de la célébration du cinq-centième anniversaire de la découverte. Cette commémoration solennelle eut finalement lieu à la fin de l’année 1922.

Ce fut le major João dos Reis Gomes, fils distingué de notre terre et le plus illustre de ses écrivains et journalistes, qui, dans le Diário da Madeira, dont il est le directeur (1921), lança et défendit l’idée de célébrer le centenaire. C’est lui qui en élabora les bases, en engagea les préparatifs, présida à la direction de nombreux numéros du programme et suivit et supervisa sans relâche, parfois jusque dans les moindres détails, tous les travaux des diverses festivités qui se déroulèrent dans cette ville à la fin de décembre 1922 et au début de janvier 1923. S’il est certain que le major Reis Gomes fut l’âme de ces commémorations, il est tout aussi indubitable qu’il eut des auxiliaires précieux et dévoués, choisis par lui-même, qui, s’identifiant à sa pensée et à son action, rendirent à la célébration du cinquième centenaire de la découverte les services les plus brillants et les plus remarquables. Ce furent les anciens professeurs de notre École industrielle, Cândido Pereira et Emanuel Ribeiro, aujourd’hui en poste dans les écoles industrielles de la capitale. Mettant en valeur leurs éminentes qualités d’artistes, leur grande capacité de travail et leur infatigable activité, ils donnèrent aux fêtes une empreinte indélébile de magnificence, d’éclat et d’originalité, qui suscita la plus vive admiration et les plus chaleureux éloges, non seulement des Madériens, mais aussi de tous les étrangers qui visitèrent alors notre île (1921).

Les festivités revêtirent la plus grande solennité et un éclat inaccoutumé, malgré le refus systématique et obstiné du gouvernement de la métropole et de ses représentants dans ce district d’adhérer et de s’associer à ces patriotiques manifestations de liesse. Il incombait tout particulièrement au gouvernement central de décréter le caractère officiel des fêtes du centenaire et de s’associer publiquement à ces commémorations, car elles célébraient avant tout le glorieux début de nos découvertes et conquêtes maritimes, seul fait qui nous vaille véritablement une place de premier plan dans l’histoire de la civilisation des peuples modernes.

Comme nous l’avons dit dans le bref Avertissement préliminaire de cet ouvrage, nous estimions que cette célébration, pour être complète, devait revêtir un caractère national et ne pas se borner aux étroites limites d’une consécration régionaliste, dans l’isolement et l’éloignement de ces îles lointaines. Elles se perdirent ou furent tout à fait oubliées, les paroles par lesquelles la presse de la capitale rappela le devoir de cette commémoration, attirant spécialement l’attention de l’Académie des sciences de Lisbonne (Academia das Ciências de Lisboa) et, tout particulièrement, de la Commission chargée de promouvoir la célébration des centenaires de nos conquêtes et découvertes, qui existait et fonctionnait au sein de cette même Académie. Si la conquête de Ceuta, première réalisée au-delà des frontières continentales, mérita une commémoration digne et solennelle, on ne pouvait pas non plus oublier la découverte de cet archipel, qui marque véritablement le début de notre brillante odyssée de navigateurs et de futurs maîtres des mers dans les deux hémisphères.

2Programme et commissions

Les grandes lignes du programme des fêtes du centenaire, établies par le major J. Reis Gomes, furent les suivantes ; elles furent exécutées dans l’ensemble, à part les légères modifications que les circonstances du moment conseillèrent : 1° – Réceptions au palais du gouvernement civil, à celui du Conseil général du district (Junta Geral) et à celui du conseil municipal (Câmara Municipal) de Funchal.

  1. 2° Pèlerinage au tombeau de Gonçalves Zargo, en l’église Sainte-Claire (Santa Clara).
  2. 3° Bal à la Quinta Pavão (« domaine du Paon »), avec des danses de la fin du XVe siècle exécutées par des couples vêtus à la mode de cette époque.
  3. 4° Sérénade sur des barques ornées dans le style de la même époque, donnée dans l’anse de la Pontinha (« petite pointe ») pendant l’entracte entre les deux parties du programme du bal indiqué au n° 3 – avec des feux d’artifice nautiques et fixes sur la forteresse do Ilhéu (« de l’Îlot ») et des illuminations dessinant les contours de la Pontinha et de cette dernière forteresse.
  4. 5° Représentation de gala au théâtre « Dr. Manuel de Arriaga », où l’on jouerait la pièce régionale Guiomar Teixeira, du major J. dos Reis Gomes, dont l’action se situe aux premiers temps de la découverte ; la salle de spectacle serait décorée dans le style médiéval.
  5. 6° Te Deum à la cathédrale puis pose de la première pierre du monument à J. Gonçalves Zargo, sur l’avenue « Dr. Manuel de Arriaga » ; la maquette, œuvre du sculpteur madérien Francisco Franco, fut commandée et payée par le Conseil général du district (Junta Geral do Distrito).
  6. 7° Jeux équestres de l’époque commémorée sur le Campo do Almirante Reis (« champ de l’Amiral Reis »).
  7. 8° Jeux sportifs sur ce même terrain.
  8. 9° Sur le Campo Doutor Miguel Bombarda (« place du Docteur Miguel Bombarda »), exposition rétrospective des anciens pressoirs, moulins et pressoirs à levier madériens employés dans l’industrie du vin et du sucre, et foire des produits agricoles et industriels de l’île, surtout vins, broderie, tissus, vannerie et marqueterie (embutidos).
  9. 10° Exposition, à l’École industrielle António Augusto de Aguiar (Escola Industrial António Augusto de Aguiar), d’objets historiques et artistiques et d’œuvres d’arts appliqués réalisées dans cette même école.
  10. 11° Illuminations et décorations de la ville, dans le style de l’époque commémorée.
  11. 12° Grand cortège de chars allégoriques à caractère historique : le char de la découverte (caravelle du XVe siècle) et le char de l’Infant, ainsi que d’autres représentant nos principales industries : sucre, vins, osier, broderie, etc., etc.

Lors d’une réunion choisie tenue au théâtre « Dr. Manuel de Arriaga », on nomma la commission chargée de lancer les travaux de la célébration du centenaire, avec les pouvoirs nécessaires pour organiser les diverses sous-commissions qui devaient diriger et faire exécuter les différents numéros de ce brillant programme. Celui-ci reçut la plus pleine approbation de cette assemblée distinguée et choisie.

Outre la Commission d’honneur et la commission exécutive, on nomma les suivantes : Commission technique et de direction, Commission de collecte de fonds, Commission de propagande et de publicité, Commission des travaux, Commission du grand cortège historique, Commission des solennités religieuses, Commission théâtrale, Commission du bal, Commission des décorations publiques, Commission du tourisme et de l’accueil des visiteurs, Commission des concerts et fêtes musicales, Commission de l’exposition industrielle et de la foire, Commission de l’exposition bibliographique et des produits de l’École industrielle, Commission des fêtes sportives, Commission des fêtes nautiques et Commission des jeux équestres et cavalcades.

La Commission d’honneur se composait de MM. le gouverneur civil ; le commandant militaire, le colonel João Maria Ferraz ; l’évêque du diocèse, dom António Manuel Pereira Ribeiro ; les sénateurs César Procópio de Freitas, Vasco Crispiniano da Silva et Vasco Gonçalves Marques ; les députés Américo Olavo Correia de Azevedo, Carlos Olavo Correia de Azevedo, Juvenal Henriques de Araújo et Pedro Góis Pita ; le président du Conseil général, Vasco Gonçalves Marques, et le président du Sénat (senado, le conseil municipal) de Funchal, João Joaquim Teixeira Jardim.

La commission exécutive comprenait MM. Adolfo João Sarmento de Figueiredo, Alberto Artur Sarmento, Ciríaco de Brito Nóbrega, le père Fernando Augusto da Silva, Fernando Tolentino da Costa, João dos Reis Gomes et Leandro António do Rêgo.

De nombreux messieurs et personnalités en vue de notre milieu, plus de cent au total, composèrent les diverses commissions des fêtes ; certains de leurs membres déployèrent une activité qui ne pouvait être surpassée, avec un zèle et un dévouement dignes des plus hauts éloges. Outre le major João Reis Gomes, Cândido Pereira et Emanuel Ribeiro, que nous avons déjà mentionnés plus haut avec les louanges les plus méritées, il convient de citer tout particulièrement le commandeur Adolfo Sarmento de Figueiredo, qui fut l’un des auxiliaires les plus précieux et les plus serviables de la célébration des fêtes du centenaire.

Nous allons donner un bref aperçu des principaux numéros du programme qui furent réalisés, sans pouvoir entrer dans de grands détails ni dans une description minutieuse, car cela nous mènerait trop loin et dépasserait de beaucoup les limites que nous pouvons consacrer, dans cet ouvrage, aux divers sujets qui y sont traités.

3Les festivités du 29 décembre au 4 janvier

Les commémorations du centenaire commencèrent le 29 décembre 1922 et prirent fin le 4 janvier 1923.

Quelques jours avant le début des festivités parut la publication intitulée V Centenário do Descobrimento da Madeira, dont avait été chargée la Commission de propagande et de publicité. C’est un opuscule in-folio de 60 pages, qui réunit des contributions de Jordão Henriques, du père Fernando A. da Silva, de Jaime Câmara, de Carlos Azevedo de Meneses, d’Adolfo César de Noronha, d’Alberto Artur Sarmento, de Luís de Ornelas Pinto Coelho, de Manuel Ribeiro, de Manuel Sardinha, du père Eduardo Pereira, de Manuel Pestana dos Reis, de J. Reis Gomes, de Vitorino José dos Santos et d’Eduardo Antonino Pestana. Il fut publié sous la direction de l’un des rédacteurs de cet Elucidário, et il convient de préciser ici que quelques-uns des articles contenus dans le V Quinto Centenário do descobrimento da Madeira furent tirés de ce même Elucidário et sont dus à la plume des auteurs du présent ouvrage.

Les festivités s’ouvrirent par un Te Deum solennel dans la cathédrale de Funchal (Sé), qui attira une foule immense. Le distingué prédicateur, le révérend père José Marques Jardim, monta en chaire et prononça un remarquable discours qui plut à toute l’assistance. On y voyait notamment un grand nombre des Ténériffiens (voir ce nom) arrivés à Funchal la veille, le 28 décembre, le corps consulaire, les officiers du contre-torpilleur Guadiana, plusieurs officiers de la garnison de la ville, les corps administratifs, la jeunesse étudiante de Funchal, etc. La cérémonie fut présidée par le prélat diocésain, dom António Manuel Pereira Ribeiro, assisté des chanoines Manuel A. Miranda et Manuel Mendes Teixeira ; la musique chorale fut exécutée par une schola nombreuse, accompagnée d’un excellent orchestre.

Après le Te Deum se forma le cortège, qui se rendit à l’église de Santa Clara, où se trouve le tombeau de João Gonçalves Zargo. Le docteur Antonino Pestana y prononça un discours patriotique, dans lequel il rappela à la jeunesse l’intérêt de tirer profit des enseignements que l’on recueille à la lecture de la biographie du grand découvreur de Madère.

Au retour de Santa Clara, lorsque le cortège parvint à l’emplacement situé face à l’ancienne Entrada da Cidade (« entrée de la ville »), où doit s’élever la statue de Zargo, le docteur Juvenal de Araújo prit la parole et, dans une allocution brève mais brillante, sut enflammer les cœurs de ceux qui l’écoutaient. Parla ensuite l’alcaide (officier de police et de prison d’une ville) de Santa Cruz de Tenerife, don Antonio Orosco Baptista, qui souligna l’intérêt de resserrer toujours davantage les relations d’amitié et de commerce entre Portugais et Espagnols.

Le discours de l’illustre Ténériffien, professeur titulaire à la faculté de droit de La Laguna, terminé, le prélat dom António Manuel Pereira Ribeiro, assisté des deux chanoines déjà mentionnés, bénit la pierre qui sera la première des fondations du futur monument de Zargo, tandis que retentissait l’hymne national.

Les 29, 30 et 31 décembre, on joua au théâtre « Dr. Manuel de Arriaga », avec un vif succès, le drame Guiomar Teixeira, du distingué écrivain, le major João dos Reis Gomes. Le 30 eut lieu l’inauguration de la foire et de l’exposition agricole, qui se tinrent non pas à l’endroit d’abord choisi, mais sur la Praça do Marquês de Pombal (« place du Marquis-de-Pombal ») ; elles furent très fréquentées par des visiteurs de toutes les conditions sociales.

La foire offrit peu d’intérêt, en raison du nombre très restreint d’articles qui y figurèrent. L’exposition, en revanche, présentait de nombreuses productions agricoles madériennes dignes d’attention ; il est regrettable qu’elles n’aient pas été classées scientifiquement, afin que les étrangers puissent les reconnaître aisément.

À l’inauguration de la foire et de l’exposition agricole assistèrent les illustres Ténériffiens don Andrés Orosco Batista et le colonel de la garnison de Tenerife, don Galdador Garcia y Rodriguez de Aumente, qui prirent la parole après le discours prononcé par l’ingénieur agronome Aurelio Botelho Moniz.

L’exposition bibliographique et artistique inaugurée le 30 décembre à l’École industrielle, rue de João Tavira, fut l’un des numéros du programme des fêtes qui suscitèrent le plus d’intérêt parmi l’élite de la population de Funchal. La curieuse fenêtre de style manuélin qui avait appartenu à la maison où Colomb aurait habité, rue do Esmeraldo, était dressée dans la cour du bâtiment de l’école, et la célèbre épée à deux mains (montante) de Zarco, longue d’environ un mètre et demi, était exposée sur une table, dans la première salle à gauche de l’escalier. On voyait dans cette même salle de nombreuses publications portugaises et étrangères, appartenant presque toutes à la Bibliothèque municipale. Les autres pièces renfermaient plusieurs cartes de Madère, de Porto Santo (« port saint ») et des îles Desertas (« îles désertes »), de nombreux tableaux représentant des sites pittoresques de l’île ainsi que les us et coutumes de ses habitants, les portraits de Zargo, du président (provedor) de la Misericórdia (Sainte Maison de la Miséricorde, confrérie charitable laïque) Forjaz Coutinho, du fondateur du couvent da Incarnação, etc., plusieurs tableaux à l’huile des peintres madériens Mígueis et H. Franco, de nombreux travaux de marqueterie (embutidos) d’un mérite incontestable, etc., etc.

4Le cortège historique

Le cortège historique qui eut lieu le 4 janvier revêtit la plus grande solennité. Il fut immensément apprécié, non seulement par la population de Funchal, mais aussi par les illustres Ténérifiens qui séjournèrent quelques jours parmi nous pour assister aux fêtes du cinquième centenaire de la découverte de l’île.

Ce cortège, écrivit le Diário da Madeira (« Journal de Madère »), « fut sans aucun doute la fête qui donna la meilleure mesure de l’intense vibration qui parcourut toute la ville, dont les rues regorgeaient de ses habitants et d’une foule énorme de visiteurs venus d’ailleurs.

« Au passage des chars allégoriques, lit-on encore dans le même journal, flammes et drapeaux flottaient, mouchoirs et chapeaux s’agitaient, et les mains battaient le long des haies de spectateurs et aux fenêtres, applaudissant l’œuvre, ses concepteurs et ses artistes.

« Le char des Nations, offert par les consuls et dont l’âme fut l’illustre représentant du Brésil, avec le concours le plus direct du très digne représentant de l’Espagne et le ferme soutien du reste du corps consulaire, produisait un effet des plus superbes, tant par sa décoration que par son allégorie.

« Les chars des vins, du sucre, de l’osier et de la broderie, qui soulignaient – par leur pittoresque régional ou par leur ligne artistique, par leurs taches de couleur ou par leur ensemble ornemental – l’ancienneté, la richesse, la valeur et le progrès des industries respectives, constituèrent, les uns par leur signification, les autres par leur beauté, un heureux hommage aux principales sources de la vie économique de Madère.

« La tache de couleur idéale que prêtaient au char de la Broderie les costumes anciens de notre paysanne, portés par de jolies jeunes filles de notre société qui s’étaient offertes pour occuper la place laissée vacante par les authentiques brodeuses, fut l’une des plus radieuses floraisons du cortège, et l’une de ses notes les plus émouvantes et les plus sympathiques...

« Figurait aussi dans ce mémorable cortège le char des Sports qui, en contraste avec le caractère ancien et plus ou moins austère de nos industries, apportait une note originale de jeunesse et de force, signalant l’existence bien développée à Madère d’une nouvelle source de vitalité : celle du rajeunissement physique et moral.

Les deux chars historiques ouvraient et fermaient respectivement ce concours ambulant : le char de la Découverte et le char de l’Infant, c’est-à-dire la caravelle San Lourenço, réplique de celle qui nous découvrit et nous donna à la civilisation et au monde, et le char de l’austère et savant Henri le Navigateur, initiateur et promoteur de la grande navigation portugaise. « Ce petit navire, construit selon les modèles les plus exacts trouvés dans les documents de l’époque, n’a pas seulement pour nous une signification allégorique. Dans son élégante architecture, dans ses procédés et ses détails de construction, dans le pouvoir évocateur de ses lignes, dans le charme de ses proportions et dans le sentiment avec lequel s’incurvent ses bordages et ses membrures, il représente la tradition, digne d’être étudiée, de l’ingéniosité et de la compétence de nos premiers calfats, de ceux qui, dans cette île et à l’endroit – un peu plus près ou un peu plus loin – où fut dressé le célèbre bateau, construisirent avec les bois primitifs les navires de haut bord qui partirent à l’aventure depuis ce foyer rayonnant de la navigation des découvertes.

« Maître Luís Basílio eut peut-être pour ancêtre l’un de ces grands maîtres charpentiers à l’herminette qui, au temps des découvertes, alignaient les quilles et arrondissaient les coques, du côté de l’ancienne Rua da Boa Viagem (« rue du Bon-Voyage »).

« De l’arsenal qu’il dirige aujourd’hui avec compétence sont sortis nos meilleurs et nos plus gracieux voiliers. Sa caravelle, présentée dans le cortège comme un char historique précieux et évocateur, est un témoignage éloquent et vivant de la perfection atteinte – même en dehors des modèles modernes – par l’architecture navale madérienne.

5Le char de l’Infant, le cortège et les illuminations

« Le char rendant hommage au créateur de la féconde École de Sagres est, pour sa partie sculpturale et son modelage décoratif, l’œuvre du distingué sculpteur portugais M. José Pereira, qui signa aussi bien le merveilleux buste de l’Infant que les très belles statues de la Navigation et de l’Histoire adossées au corps central du char. C’est l’œuvre d’un grand artiste et d’un vrai Portugais.

« Il lui revenait, par sa générosité, par sa haute valeur artistique et par ce qu’il représentait, de clore la pompeuse et patriotique procession. Sa magnificence fait oublier tous les chars allégoriques présentés jusqu’à ce jour dans notre capitale. La caravelle du Centenaire henricien elle-même, exposée dans le hall de la Société de géographie de Lisbonne (Sociedade de Geografia de Lisboa), peut, par ses dimensions, son modelage et sa finition, être considérée sans exagération, à côté de notre San Lourenço, comme un simple jouet d’enfant.

« Le passage du char de l’Infant provoqua, en tous les points du parcours, une intense rumeur d’exclamations nées de l’admiration la plus émue et la plus simple. »

Prirent part au cortège des représentants de la presse, des diverses branches du commerce et de l’industrie, des corps administratifs, du chapitre cathédral (cabido) de la cathédrale de Funchal (Sé), du corps médical, de la magistrature, de l’enseignement primaire et secondaire, de l’armée et de la marine, etc., ainsi que la commission des fêtes du cinquième centenaire de la découverte de Madère.

Une fanfare précédait le cortège et une autre le fermait. La musique du 27e régiment d’infanterie (infantaria n.° 27) ne figura pas aux festivités, et les édifices appartenant à l’État n’arborèrent pas d’illuminations, bien qu’il s’agît de commémorer un fait qui représente une gloire nationale. Le navire espagnol Viera y Clavijo fut pavoisé de grand pavois pendant les fêtes, mais le bâtiment de guerre portugais Guadiana, alors ancré dans le port de Funchal (Porto do Funchal), n’eut pas la même attention.

Le feu d’artifice tiré aux abords du Reid's Palace Hotel pour l’entrée dans l’année 1923 fut véritablement éblouissant, et éblouissantes furent aussi les illuminations de la ville du 29 décembre au 3 janvier. On remarqua surtout celles des avenues Gonçalves Zargo et Dr. Manuel de Arriaga, des places de la Sé et du Comércio, des rues João Tavira, du capitaine (capitão) de corvette Carvalho de Araújo et du Comércio, etc., etc. À l’entrée de l’avenue Gonçalves Zargo se dressait un superbe arc de triomphe en bois peint, où l’on voyait les armes de la ville, des caravelles sur une mer tempétueuse et des lions en posture de combat.

Les fêtes du cinquième centenaire de la découverte de Madère furent incontestablement les plus importantes et les plus majestueuses qui aient jamais eu lieu dans l’île, et l’on peut affirmer qu’elles furent réalisées avec les seules ressources du pays, car le gouvernement, comme on l’a déjà dit, ne fit rien pour les soutenir.

Les Madériens ne voulurent pas prendre la responsabilité de laisser passer inaperçue l’une des dates les plus remarquables de notre histoire. Et ce fut une bonne chose, car nous avons pu montrer aux nationaux comme aux étrangers que nous aussi nous enorgueillissons des gloires de la patrie et qu’il n’est pas de difficultés que nous ne sachions vaincre lorsqu’il s’agit de commémorer les événements qui ont le plus contribué à donner à notre pays la célébrité méritée dont il a joui en d’autres temps.

Dans cet article

Époque

Années citées · 04
  1. Madère fut découverte par João Gonçalves Zarco et Tristão Vaz Teixeira sous l’égide d’Henri le Navigateur. La découverte est le plus souvent datée de 1419, mais certains la situent en 1420.

  2. Pestana Júnior publia « O Reconhecimento da Madeira », proposant une nouvelle date pour la découverte de l’île.

  3. Une délégation d’excursionnistes de Tenerife arriva à Funchal à bord du Viera y Clavijo pour les fêtes du cinquième centenaire de la découverte.

  4. Les célébrations du cinquième centenaire de la découverte de Madère eurent lieu à Funchal, dont les illuminations se prolongèrent jusqu’au 3 janvier.

  5. L’évêque bénit la première pierre du monument à Zarco à Funchal.

  6. La foire du centenaire, l’exposition agricole et l’exposition bibliographique furent inaugurées.

  7. Un feu d’artifice près du Reid’s Palace Hotel marqua le Nouvel An pendant les célébrations du cinq-centième anniversaire de la découverte de Madère.

  8. Un grand cortège historique composé de chars allégoriques défila pour le cinq-centième anniversaire de la découverte de Madère.

Lieu

Lieux cités · 30

Étranger

Carte: Arquipélago da Madeira (30)
  1. Avenida Arriaga

    Funchal. Avenue choisie pour accueillir le monument à Zarco.

  2. Avenida Zarco

    Funchal. Rue illuminée où fut érigé un arc de triomphe.

  3. Campo Almirante Reis

    Funchal. Lieu prévu pour les jeux équestres et sportifs.

  4. Campo Doutor Miguel Bombarda

    Funchal. Emplacement initialement prévu pour la foire et l’exposition industrielle.

  5. Cathédrale de Funchal

    Funchal. Cathédrale où fut chanté le Te Deum d’ouverture.

  6. École industrielle António Augusto de Aguiar

    Funchal. École située dans la Rua de João Tavira, qui accueillit l’exposition bibliographique et artistique.

  7. Église Sainte-Claire

    Funchal. Église abritant la tombe de Zarco, destination de la procession en pèlerinage.

  8. Entrada da Cidade

    Funchal. Lieu devant lequel fut bénie la première pierre de la statue de Zarco.

  9. Forteresse do Ilhéu

    Funchal. Fort qu’il était prévu d’éclairer par des feux d’artifice et des illuminations.

  10. Funchal

    Ville où se déroulèrent les fêtes du centenaire.

  11. Îles Desertas

    Santa Cruz · Desertas. Îles dont les cartes furent présentées à l’exposition.

  12. La Laguna

    Spain. Siège de la faculté de droit où enseignait le maire de Tenerife.

+ 18 de plus

Personnes

Personnes citées · 46
  1. A contribué à la publication du cinquième centenaire.

  2. Membre du comité exécutif, cité parmi les collaborateurs les plus précieux des célébrations.

  3. Membre du comité exécutif et collaborateur de la publication du cinquième centenaire.

  4. Député et membre du comité d’honneur.

  5. Maire de Santa Cruz de Tenerife et professeur de droit à La Laguna, il plaida pour un rapprochement entre le Portugal et l’Espagne.

  6. Ingénieur agronome qui prononça le discours d’ouverture de l’exposition agricole.

  7. Ancien enseignant de l’École industrielle de Funchal et l’un des principaux collaborateurs artistiques des festivités.

  8. A contribué à la publication du cinquième centenaire.

  9. Député et membre du comité d’honneur.

  10. Sénateur et membre du comité d’honneur.

+ 36 de plus
  1. Navigateur dont la maison présumée, située Rua do Esmeraldo, fournit une fenêtre de style manuélin présentée à l’exposition.

  2. Membre du comité exécutif.

  3. Évêque de Funchal qui présida le Te Deum et bénit la première pierre du monument à Zarco.

  4. Provedor de la Misericórdia dont le portrait fut exposé.

  5. A contribué à la publication du cinquième centenaire et prononcé un discours patriotique devant le tombeau de Zarco.

  6. Prêtre et collaborateur de la publication du cinquième centenaire.

  7. Ancien enseignant de l’École industrielle de Funchal et l’un des principaux collaborateurs artistiques des festivités.

  8. Prêtre, membre du comité exécutif et collaborateur de la publication du cinquième centenaire.

  9. Membre du comité exécutif.

  10. Sculpteur madérien qui réalisa la maquette du monument à Zarco.

  11. Colonel de la garnison de Tenerife qui prit la parole lors de l’inauguration de la foire.

  12. Gaspar Frutuoso1522–1591

    Chroniqueur dont la datation de la découverte à 1419 ou 1420 était généralement suivie.

  13. Henri le Navigateur, auquel rendait hommage l’un des deux chars historiques du cortège.

  14. Peintre madérien dont les peintures à l’huile furent exposées.

  15. A contribué à la publication du cinquième centenaire.

  16. Directeur du Diário da Madeira et auteur de la pièce Guiomar Teixeira ; il conçut et dirigea les célébrations du cinquième centenaire.

  17. Découvreur de Madère, dont le tombeau au couvent Sainte-Claire et le futur monument furent au cœur des célébrations.

  18. Président du sénat municipal de Funchal et membre du comité d’honneur.

  19. Commandant militaire de Madère et membre du comité d’honneur.

  20. A contribué à la publication du cinquième centenaire.

  21. Sculpteur portugais qui réalisa le buste de l’Infant et les statues de la Navigation et de l’Histoire ornant le char allégorique du cortège du cinquième centenaire.

  22. Prédicateur qui prononça le sermon lors du Te Deum d’ouverture.

  23. Député qui prit la parole à l’emplacement de la future statue de Zarco.

  24. Membre du comité exécutif.

  25. Maître charpentier de marine d’un chantier naval de Funchal qui construisit le char figurant la caravelle São Lourenço.

  26. A contribué à la publication du cinquième centenaire.

  27. Chanoine qui assista l’évêque lors du Te Deum.

  28. A contribué à la publication du cinquième centenaire.

  29. Avocat et journaliste dont la brochure de 1920, O Reconhecimento da Madeira, proposait une nouvelle date pour la découverte.

  30. Chanoine qui assista l’évêque lors du Te Deum.

  31. A contribué à la publication du cinquième centenaire.

  32. Peintre madérien dont les peintures à l’huile furent exposées.

  33. Député et membre du comité d’honneur.

  34. Sénateur et membre du comité d’honneur.

  35. Sénateur et président du Conseil général du district ; membre du comité d’honneur.

  36. A contribué à la publication du cinquième centenaire.

Sur la feuille Q

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