Aller au contenu
Elucidário Madeirense Accueil
Nogueiras (vicomtesse das) 1Vie et œuvres littéraires
Article nº 2539 Écrivain, journaliste ou universitaire Vol. II · p. 844–846 5 min de lecture

Nogueiras (vicomtesse das)

Titre original: Nogueiras (Viscondessa das)

Biographie de dona Matilde Isabel de Sant’Ana e Vasconcelos Moniz de Bettencourt, vicomtesse das Nogueiras (1805–1888), poétesse, romancière et traductrice madérienne. Elle écrivit le roman Soldado de Aljubarrota et traduisit en français Eurico o Presbítero d’Herculano.

Nogueiras (vicomtesse das)

1Vie et œuvres littéraires

Dona Matilde Isabel de Sant’Ana e Vasconcelos Moniz de Bettencourt, vicomtesse das Nogueiras, ne fut pas seulement l’une des dames madériennes les plus respectées pour ses éminentes vertus et les inestimables qualités de son cœur : ce fut aussi un esprit d’une grande délicatesse, un talent rare et privilégié qui, dans un autre milieu que Madère, se serait certainement acquis un nom illustre dans l’histoire littéraire de notre pays.

Fille de José Joaquim de Vasconcelos et de dona Francisca Emília Teles de Meneses, tous deux issus des familles madériennes les plus distinguées, elle naquit dans cette ville le 14 mars 1805.

Comme elle montrait un talent précoce et un goût remarquable pour l’étude, il fut aisé de lui donner une éducation soignée. Au fil des années, elle l’enrichit par un amour constant du travail, qu’elle n’abandonna que lorsque la maladie opiniâtre et le poids accablant des ans le lui interdirent tout à fait.

Elle commença tôt à fréquenter les lettres, qui furent toujours l’un des plus grands ravissements de son esprit, et ses premiers travaux littéraires révélaient déjà une grande intelligence et une aptitude remarquable pour divers genres. Elle rendit aux muses un culte digne d’elles en écrivant des vers inspirés, surtout dans sa jeunesse, puis se consacra entièrement à la prose, où elle se révéla une écrivaine d’un mérite rare.

Outre de nombreux articles et poèmes publiés dans divers journaux, elle écrivit le roman Soldado de Aljubarrota et l’ouvrage didactique Dialogo entre uma avó e sua neta, tous deux publiés à Lisbonne ; ce dernier livre fut approuvé par le Conseil supérieur de l’Instruction publique (Conselho Superior de Instrução Publica) pour l’usage des écoles officielles. On lui doit aussi la Nota ao mês de Maio qui accompagne la traduction des Fastes d’Ovide due au vicomte de Castilho.

La vicomtesse das Nogueiras connaissait à fond l’anglais et le français, et traduisit de cette dernière langue en portugais plusieurs ouvrages, dont furent publiés Genoveva, de Lamartine, ainsi que Castelãs de Roussilon et Vida de Santa Monica, de Bougaud.

2Derniers travaux, épreuves et mort

Elle entreprit la version française du célèbre roman historique d’Alexandre Herculano, Eurico o Presbítero, qui fut publiée à Paris en 1888 à l’initiative du prince Nicolau de Oldenburgo, lequel avait eu l’occasion d’en lire le manuscrit et avait jugé la traduction excellente.

Elle publia peut-être d’autres ouvrages dont nous n’avons pas connaissance ; il nous est rapporté qu’elle laissa inédits quelques travaux littéraires de valeur, sans compter les écrits restés dispersés dans diverses publications périodiques.

L’illustre dame n’abandonna jamais l’étude et, presque jusqu’à la fin de sa longue existence, ses goûts littéraires furent le plus cher divertissement de son esprit éclairé. La traduction de la Vida de Santa Mónica, peut-être son dernier travail littéraire, fut réalisée à un âge fort avancé, quand il n’est plus guère donné qu’à peu de personnes de se livrer à d’épuisants labeurs intellectuels. Souffrant parfois de maladies qui la contraignaient à une inaction forcée, elle sut mettre ce temps à profit en se consacrant à la composition et à la traduction de ses livres, trouvant ainsi dans le travail de l’esprit un soulagement à ses souffrances physiques.

Son cœur d’une extrême bonté fut bien des fois éprouvé par de très cruelles amertumes, dont la moindre ne fut assurément pas celle que causèrent les événements tumultueux survenus dans cette ville le 8 mars 1868, où faillit périr son fils, Jacinto de Sant'Ana e Vasconcelos, plus tard vicomte das Nogueiras, dont nous avons déjà parlé. Une politique partisane et intolérante échauffa les esprits et poussa une foule exaltée aux plus déplorables excès : notre distingué compatriote, alors qu’il approchait du lieu de débarquement, dut regagner précipitamment le navire qui l’avait amené de la capitale, non sans courir un grave danger, et quelques personnes du peuple y perdirent la vie. Ce furent des heures de terrible angoisse pour une part considérable de la population de cette ville, et bien des contemporains de ces événements en gardent encore un souvenir très vif. La vicomtesse das Nogueiras, qui vouait à son fils une véritable adoration, subit ce rude coup, puis celui de voir succomber son époux, qui ne put résister aux assauts d’un si grand chagrin.

Le grand poète Bulhão Pato, évoquant dans ses Memorias Jacinto Sant'Ana, parle de la vicomtesse das Nogueiras en ces termes : « J’ai connu la mère de Sant'Ana, madame la vicomtesse das Nogueiras, dona Matilde, quand j’avais vingt ans, durant les mois que je passai à Madère avec un ami d’enfance, le comte de Carvalhal. « Elle était alors dans la force de l’âge. L’éducation, le caractère, la beauté du visage et la grâce de la silhouette, la distinction en toute chose et un talent supérieur faisaient de cette dame l’un des êtres les plus charmants que j’aie connus » ! « Elle composait des vers admirables de délicatesse et de sentiment. Elle écrivait une prose adorable. Dans un milieu plus vaste, elle aurait été une écrivaine de premier ordre. Sant'Ana adorait sa mère, et cet homme intrépide, impétueux, combien de fois l’ai-je vu pleurer comme un enfant en lisant ses lettres, qu’il gardait ensuite dans un coffret sacré, avec le fanatisme de l’amour le plus pur. » L’illustre dame survécut un an à son fils, mort ministre du Portugal à Washington, mais la piété de ses petites-filles lui cacha la fatale nouvelle, et elle mourut sans en avoir eu connaissance, le 23 décembre 1888, à l’âge vénérable de 83 ans.

Dans cet article

Époque

Années citées · 03
  1. La vicomtesse de Nogueiras naquit à Funchal.

  2. L’émeute de la Pedrada, fomentée par le parti populaire sur la plage de Funchal, empêcha le candidat Jacinto de Sant’Ana e Vasconcelos de débarquer et coûta la vie à plusieurs personnes.

  3. La traduction française d’Eurico o Presbítero, œuvre d’Herculano réalisée par la vicomtesse das Nogueiras, fut publiée à Paris.

  4. La vicomtesse das Nogueiras mourut à l’âge de 83 ans.

Lieu

Lieux cités · 04

Étranger

Carte: Madeira (4)
  1. Funchal

    Ville où elle naquit et où se déroula l’émeute de 1868.

  2. Lisbonne

    Portugal. Ville où furent publiés son roman et son manuel scolaire.

  3. Paris

    France. Ville où fut publiée en 1888 sa traduction française d’Eurico.

  4. Washington

    United States. Ville où son fils mourut alors qu’il était ministre du Portugal.

Personnes

Personnes citées · 11
  1. Écrivaine et traductrice madérienne à laquelle cette notice est consacrée.

  2. Auteur portugais d’Eurico o Presbítero, que la vicomtesse traduisit en français.

  3. Traducteur des Fastes d’Ovide, ouvrage auquel la vicomtesse contribua par une note sur le mois de mai.

  4. Auteur français de la Vie de sainte Monique, traduite par la vicomtesse.

  5. Poète portugais qui fit l’éloge de la vicomtesse dans ses Memórias après l’avoir rencontrée à Madère.

  6. Ami d’enfance chez qui Bulhão Pato séjourna à Madère.

  7. Mère de la vicomtesse das Nogueiras.

  8. Son fils, qui faillit être tué lors de l’émeute de Funchal du 8 mars 1868 ; il mourut alors qu’il était ministre du Portugal à Washington.

  9. Père de la vicomtesse das Nogueiras, issu d’une famille madérienne distinguée.

  10. Auteur français de Genoveva, traduit par la vicomtesse.

+ 1 de plus
  1. Prince qui organisa la publication à Paris, en 1888, de sa traduction française d’Eurico.

Sur la feuille N

Consultés récemment

    Les pages que vous lisez apparaîtront ici.