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Article nº 1855 Coutumes et folklore Vol. II · p. 277–281 9 min de lecture

Costume

Titre original: Indumentária

Présentation de l’habillement à Madère, qui oppose les vêtements modernes et sobres des paysans aux anciens costumes pittoresques, notamment la carapuça en forme d’entonnoir, et évoque les tenues citadines et officielles à Funchal. L’article s’appuie sur des voyageurs et des auteurs locaux pour dater l’évolution des modes.

Costume

1La tenue paysanne de l’époque

Le costume du paysan de Madère n’offre aujourd’hui rien d’extraordinaire : il se compose généralement d’un pantalon de lin, de seriguilha (étoffe artisanale de lin et laine), de marafuz (grosse étoffe artisanale de lin et laine) ou de quelque autre tissu, d’une chemise de lin ou de coton, et d’un gilet et d’une veste souvent taillés dans la même étoffe que le pantalon. Dans certaines parties de l’île, on porte beaucoup une veste sans manches de marafuz ou de seriguilha, les bras n’étant alors couverts que par les manches de la chemise. Pendant le travail, l’agriculteur ôte d’ordinaire le gilet et la veste, mais il garde le chapeau ou le bonnet, qui lui protègent la tête des ardeurs du soleil.

Le bonnet du paysan n’a aucune ressemblance avec les anciennes carapuças : fait de laine, il s’ajuste bien à la tête et porte au sommet un petit pompon et, sur les côtés, deux appendices que l’on laisse retomber sur les oreilles ou que l’on relève, en les attachant parfois à un bouton. Ce bonnet, que l’on appelle « à oreilles », semble être une création madérienne et était déjà porté en 1857.

Les anciens costumes des paysannes ont presque disparu. Ils ont été remplacés par des robes et des corsages, ou des polcas, d’indienne ou de laine, en tout point identiques à ceux que portent les femmes des classes populaires de Funchal. À Camacha et dans quelques autres localités, les femmes nouent à la taille un rouleau d’étoffe et enfilent par-dessus plusieurs jupes : leurs hanches prennent ainsi une forme arrondie, et la robe, assez courte, se balance d’un côté à l’autre pendant la marche. Ce mouvement n’est pas dépourvu de grâce lorsque la femme est grande et élégante et qu’elle marche d’un pas dégagé.

Le foulard, dont les pointes sont nouées sous le menton, est la coiffure la plus répandue chez les paysannes ; mais il est des paroisses où l’usage de la mantille et du chapeau tend à se généraliser, surtout parmi les femmes qui viennent souvent à Funchal. Un châle jeté sur les épaules complète souvent le costume de la femme de nos campagnes.

2Les anciens costumes et la carapuça

Les anciens costumes de nos paysans étaient incontestablement bien plus charmants et pittoresques que ceux d’aujourd’hui. Un large pantalon de lin s’arrêtant aux genoux, où il était froncé, une chemise et une veste de la même étoffe composaient l’habillement des hommes. Les femmes, elles, portaient une jupe rayée d’un tissu de lin et de laine fabriqué dans l’île, une chemise de lin et une cape de bayette bleue ou rouge qui descendait jusque sous la taille ; cette cape présentait des découpes pointues, parfois bordées de ruban. Beaucoup d’hommes possédaient des vestes ou des capotes de grosse laine, dont ils se couvraient les jours de froid.

Pour les jours de fête, les hommes avaient leurs gilets et leurs vestes de drap bleu, et les femmes de jolis corselets ou corsets aux couleurs vives, parfois ingénieusement brodés, qu’elles portaient par-dessus la chemise. Hommes et femmes boutonnaient leurs chemises de lin fin avec des boutons jaunes, parfois en or, et se couvraient la tête d’un petit bonnet de drap bleu (carapuça [bonnet madérien traditionnel en forme d'entonnoir renversé]), doublé de rouge, qui avait la forme d’un entonnoir renversé. On reconnaissait les femmes aisées aux chaînes d’or dont elles se paraient : après avoir fait deux fois le tour du cou, elles venaient s’attacher au bas du corset.

Il est à croire que les jupes rayées et les corsets brodés provenaient d’anciens costumes mauresques, d’autant plus qu’on sait qu’il y eut autrefois beaucoup de Maures, surtout à Funchal et à Ponta do Sol (« pointe du Soleil »). Quant à la carapuça, il est difficile de conjecturer quelle en fut l’origine, bien que White nous dise que, dans certains tableaux de Rubens, on voit sur la tête des dames un objet très semblable à cet ancien bonnet madérien. La carapuça protégeait si mal la tête qu’on s’étonne que le peuple l’ait portée dans cette île.

Sloane, Ovington, le capitaine Cook, Forster et Barrow ne font aucune allusion à la carapuça dans les récits de leurs voyages, ce qui nous porte à croire que ce bonnet ne commença à être porté à Madère que dans le premier quart du XIXe siècle. Paulo Dias de Almeida, dans sa Descrição da ilha da Madeira, écrite en 1817 et publiée dans l’Archivo da Marinha e Ultramar, présente deux planches où figurent des carapuças, mais sans les longues pointes qui donnaient à ces bonnets la forme d’entonnoirs renversés.

Avant de connaître la carapuça en forme d’entonnoir, les paysans portaient un bonnet de laine rouge ou bleue, dont on peut voir la forme sur la planche qui accompagne l’ouvrage sur le climat de Madère publié par le docteur Nicolau Caetano Pita en 1812. Ce bonnet épousait la tête et était assurément bien plus commode que la carapuça terminée en pointe, qui se généralisa peu après dans l’île.

Diogo Vieira de Tovar e Albuquerque, dans un travail inédit écrit en 1807 et intitulé Descripçâo política e económica da ilha da Madeira, nous dit ce qui suit au sujet des costumes portés dans l’île : « Les hommes de peine portent toujours une carapuça de drap, serrée sur la tête, avec deux petites oreilles, une longue casaque, des caleçons de toile de lin larges et courts, s’arrêtant au genou où ils sont attachés, et des bottes ajustées, de la couleur naturelle du cuir dont elles sont faites. Je crois que cette coutume s’est peut-être conservée de l’usage des premiers habitants portugais de l’île, car les Portugais de ce temps s’habillaient presque de la même manière, du moins quant à la forme ; je crois aussi que l’usage des longues casaques chez les gens de peine est encouragé et entretenu par les Anglais, afin de favoriser une plus grande consommation de leurs draps, car toute l’île se fournit en draps d’Angleterre. Les femmes portent les mêmes carapuças, des jupes de coton ou d’indienne, et des bottes. Les gens polis s’habillent entièrement à la portugaise ».

Dans la paroisse (freguesia) de Caniço (« roseau »), les hommes portent des chapeaux faits de feuilles de palmier qui, bien que très durables, ne se recommandent ni par leur élégance ni par leur souplesse. Nous ignorons à quelle époque on commença à porter ces chapeaux.

Les carapuças en forme d’entonnoir renversé furent portées dans certaines paroisses jusqu’en 1870 ; toutefois, vers 1880 encore, et même plus tard, on voyait de temps à autre à Funchal quelques vieux paysans coiffés de ces bonnets extravagants. Certaines carapuças avaient sur les côtés deux appendices, tandis que d’autres en étaient dépourvues.

Des anciens costumes madériens, il ne reste aujourd’hui que les bottes de cuir blanc ou jaunâtre, sans talon et à la tige retournée à mi-hauteur, et les capes de bayette bleue à découpes pointues, que portent encore quelques paysannes, même dans les paroisses limitrophes de la municipalité (concelho) de Funchal.

3Tenues citadines et officielles, et mode moderne

Barrow, qui séjourna à Madère en 1792, rapporte que la classe moyenne, c’est-à-dire les boutiquiers et les ouvriers, portait chapeau, souliers et bas, ainsi qu’un long manteau destiné à cacher les pièces de leurs culottes, et que les femmes de la même classe étaient invariablement vêtues de noir et portaient un capuchon sur la tête. Ovington, qui visita l’île en 1689, nota que le peuple affectait une certaine gravité dans sa mise, s’habillant de noir pour imiter le clergé, et que le port de l’épée était si répandu que même les domestiques la gardaient sur eux pendant qu’ils servaient à table.

Les hommes d’un certain rang social portaient autrefois des gilets de soie brodés, et en 1870 encore on reconnaissait presque toujours les médecins à leurs longues redingotes noires et à leur chapeau haut de forme. Pendant la semaine sainte et à l’époque des confessions, les dames remplaçaient leurs chapeaux par des voiles noirs qui leur couvraient la tête et parfois le visage ; cette mode, qui remontait à des temps anciens, commença à tomber en désuétude peu après 1880.

Vers le milieu du XIXe siècle, les échevins (vereadores) du conseil municipal (Câmara Municipal) de Funchal portaient lors des cérémonies officielles des capes, la culotte et les bas. C’est encore dans cette tenue, coiffés des chapeaux à plumes devenus désuets, que les membres de la municipalité se présentèrent aux obsèques de Louis Ier et à l’acclamation (aclamação, proclamation solennelle d’un nouveau roi) de Charles Ier, célébrées en 1889, bien que l’uniforme municipal se réduisît alors auxdites capes, de soie noire doublée de blanc.

Au début du XXe siècle, ces capes furent remplacées par des écharpes de soie bleue et blanche, qui restèrent en usage jusqu’à la proclamation de la République dans cette île.

À quelques petites particularités locales près, le vêtement des habitants de Madère ne diffère aujourd’hui en rien de celui que l’on porte en Europe. Les modes de Paris sont rigoureusement suivies à Funchal, et c’est surtout le beau sexe qui leur rend le plus fidèle hommage, parfois au prix de grands sacrifices.

Si, au temps de Barrow, les femmes des classes moyennes portaient toujours une robe noire, Dieu sait combien elles sont aujourd’hui celles qui vouent le plus grand culte à la mode et montrent le plus de penchant pour le luxe, malgré le prix élevé des étoffes de toute sorte, et en particulier des étoffes fines. Ce sont les nouveaux riches de l’un et l’autre sexe, gens généralement vaniteux et sans éducation, qui arborent les plus belles toilettes, tandis que les classes supérieures s’habillent parfois modestement, tantôt faute de ressources, tantôt pour ne pas se confondre avec ceux qui, par des moyens pas toujours licites, ont réussi à accroître prodigieusement leur fortune.

Qui parcourt les rues de la ville les jours de fête remarque partout le plus grand luxe et a l’impression que la grande majorité des habitants de Funchal disposent des moyens nécessaires pour l’entretenir. Malheureusement, il n’en est rien, et s’il nous était donné de pénétrer dans bien des maisons, peut-être y trouverions-nous la misère et le désordre, en contraste avec les coûteuses parures que leurs habitants étalent en public. (1921).

La vérité est que l’ancien costume caractéristique, en particulier celui des paysannes de Madère, a entièrement disparu, même si l’on prétend en découvrir quelques vestiges dans certaines localités plus éloignées du centre de Funchal.

Pour une étude plus approfondie de ce sujet, il convient de consulter, outre les auteurs cités dans cet article, les écrits suivants, qui fournissent des informations curieuses et intéressantes : Diário da Madeira des 7, 8 et 13 mars 1938, Arquivo Historico da Madeira, vol. IV, p. 178 et suivantes, et Ilhas de Zargo, p. 683 et suivantes.

Dans cet article

Époque

Années citées · 08
  1. John Ovington fit escale à Madère au cours de son voyage vers Surat et nota que les habitants portaient des vêtements noirs et des épées.

  2. John Barrow visita Madère et décrivit la tenue vestimentaire des classes moyennes.

  3. Diogo Vieira de Tóvar e Albuquerque rédigea sa description politique et économique de Madère.

  4. Nicolau Caetano de Bettencourt Pita publia à Londres son Account of the Island of Madeira, qui traite notamment du climat de l’île.

  5. Paulo Dias de Almeida rédigea sa description manuscrite de Madère, consignant notamment des détails sur les carapuças, l’escalier de débarquement de la Pontinha et une vue du palais de São Lourenço.

  6. Le bonnet de laine à oreillettes était déjà porté à Madère.

  7. Les carapuças en forme d’entonnoir restèrent en usage dans certaines paroisses de Madère jusque vers cette année.

  8. Les cérémonies funèbres du roi Louis Ier eurent lieu à Funchal, avec la dernière cérémonie de bris des écus et la dernière proclamation d’un bando ; les conseillers municipaux portaient d’anciens habits de cérémonie.

Lieu

Lieux cités · 06

Étranger

Carte: Madeira (6)
  1. Angleterre

    United Kingdom. Pays d’origine de l’étoffe utilisée dans toute l’île de Madère en 1807.

  2. Camacha

    Santa Cruz. Paroisse où les femmes portaient des jupes rondes et rembourrées.

  3. Caniço

    Santa Cruz. Paroisse où les hommes portaient des chapeaux en feuilles de palmier.

  4. Funchal

    Ville dont les paysans imitaient les vêtements des classes populaires et dont les modes sont évoquées.

  5. Paris

    France. Ville dont on suivait les modes à Funchal.

  6. Ponta do Sol

    Lieu où vivaient autrefois de nombreux Maures, possible origine de traditions vestimentaires.

Personnes

Personnes citées · 12
  1. Visiteur qui décrivit en 1792 les vêtements de la classe moyenne à Madère.

  2. Charles Iermort 1922

    Roi à l’acclamation duquel des conseillers assistèrent en tenue de cérémonie en 1889.

  3. Auteur d’une description inédite de Madère rédigée en 1807, citée à propos de l’habillement local.

  4. Voyageur dont le récit ne mentionne pas la carapuça.

  5. Voyageur dont le récit sur Madère ne mentionne pas la carapuça.

  6. Navigateur dont le récit de voyage ne mentionne pas la carapuça.

  7. Roi aux funérailles duquel les conseillers municipaux de Funchal assistèrent en ancienne tenue de cérémonie en 1889.

  8. Auteur d’un ouvrage de 1812 sur le climat de Madère, dont une planche représente une ancienne forme de bonnet de laine.

  9. Visiteur de 1689 qui nota que les Madériens s’habillaient en noir et portaient fréquemment l’épée.

  10. Auteur d’une description de Madère datant de 1817, accompagnée de planches représentant des carapuças.

+ 2 de plus
  1. Peintre flamand dont les tableaux montrent, selon White, une coiffure ressemblant à la carapuça.

  2. Auteur cité pour avoir comparé la carapuça aux coiffures figurant dans les tableaux de Rubens.

Sur la feuille I

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