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Elucidário Madeirense Accueil
Article nº 1308 Commerçant, industriel ou propriétaire foncier Vol. I · p. 786–787 4 min de lecture

Esmeraldo (João)

Biographie de João Esmeraldo (Jean d’Esmenaut), noble flamand originaire de Picardie qui s’installa à Funchal vers 1480, devint l’un des plus riches producteurs de sucre de Madère à la Lombada da Ponta do Sol et fonda les majorats des Esmeraldo. Il est également connu pour ses liens avec le séjour de Christophe Colomb sur l’île.

Esmeraldo (João)

1Origines, noblesse et armoiries

Parmi les étrangers de noble origine que les hasards de la fortune amenèrent dans cette île au temps de la colonisation se distingue le fidalgo (gentilhomme de la petite noblesse) flamand João de Esmenaut, dont le nom fut portugaisé en João de Esmeraldo et qui semble avoir abordé à Funchal vers 1480. Il justifia de sa noble ascendance, et par une lettre royale (carta régia) du 13 août 1511, Manuel Ier ordonna que lui fussent garantis les privilèges de fidalgo, puisqu’il l’était en Picardie, sa terre natale. Plus tard, par une ordonnance royale (alvará) du 16 mai 1520, transcrite dans le nobiliaire de H. Henriques de Noronha, il reçut des armoiries et fut fait gentilhomme de la Maison royale (fidalgo da Casa Real), honneur que Charles Quint, roi d’Espagne, lui avait déjà conféré auparavant. Ces armoiries comprennent, outre les armes propres des Esmenaut, celles des Piennes, des Hallwin et des Nedenchel, familles alliées à la première et comptant parmi les plus illustres du nord de la France.

2Le domaine de la Lombada et sa richesse

João Esmeraldo posséda dans cette île de nombreuses terres de sesmaria (concession royale de terres aux colons, à charge de les cultiver). Par un acte du 28 janvier 1498, il acheta ou prit à bail emphytéotique à Rui Gonçalves da Câmara, fils de João Gonçalves Zarco, le grand domaine appelé Lombada da Ponta do Sol (« croupe de Ponta do Sol »), qui prit ensuite le nom de Lombada dos Esmeraldos (« croupe des Esmeraldo ») et dont nous traiterons dans un article particulier. Il y institua le majorat (morgado) de Santo Espírito. Par un acte du 12 juin 1522, avec le consentement de sa seconde épouse, Agueda de Abreu, de João Esmeraldo, fils du premier mariage, et de Cristovão Esmeraldo, fils du second, il le divisa en deux majorats (morgadio), dits du Santo Espírito et du Vale da Bica (« vallée de la Fontaine ») ; le sort attribua le premier à Cristovão et le second à João Esmeraldo. Le tout fut confirmé par Jean III par une ordonnance royale (alvará régio) du 13 novembre de cette même année.

Gaspar Frutuoso écrit : « La Lombada de João Esmeraldo, de nation génoise, qui s’étend de la mer à la montagne, porte beaucoup de cannes à sucre, et c’est un domaine si considérable qu’il est arrivé à João Esmeraldo de produire vingt mille arrobas (mesure de poids) de sa récolte chaque année ; et il avait quelque quatre-vingts âmes captives à lui, Maures, mulâtres et mulâtresses, Noirs et Noires, et Canariens. Ce fut la plus grande maison de l’île, et elle compte de grands corps de logis, des moulins à sucre, des purgeries et une église. Après la mort de João Esmeraldo, tout revint à son fils Christovão Esmeraldo, qui la plupart du temps parcourait la ville de Funchal sur une fort belle mule, suivi de huit hommes, quatre en cape et quatre jeunes gens en pourpoint, fils d’hommes honorables... »

Malgré l’étendue du domaine et la présence de 80 esclaves, nous jugeons excessive une production de vingt mille arrobas sur une seule propriété. C’était surtout une époque où une part considérable des terres restait inculte et où leur difficile défrichement avançait très lentement, principalement à cause du relief accidenté du terrain. Il faut aussi observer que João Esmeraldo était flamand ou français, et non génois comme l’affirme Frutuoso. Bien que nous tenions les paroles du chroniqueur pour quelque peu hyperboliques, nous ne pouvons manquer de croire à la richesse et à la prospérité de la Lombada, si l’on considère l’importance qu’elle conserve encore aujourd’hui, la grande maison d’habitation et la belle église qu’y bâtit Esmeraldo, ainsi que les nombreuses mentions de cette propriété que nous avons rencontrées : elle était considérée comme le plus important majorat de l’opulente maison Carvalhal.

L’église fut consacrée en 1508 par l’évêque dom João Lobo, et son fondateur, mort le 19 juin 1536, y fut enseveli.

3Liens avec Colomb et armoiries

Le nom de João Esmeraldo est indissolublement lié au séjour de Christophe Colomb dans cette île ; pour éviter des répétitions inutiles, nous renvoyons le lecteur à l’article que nous avons consacré au grand navigateur. João Esmeraldo fut le premier à porter ce nom de famille dans l’île, et les armoiries qui lui furent concédées, ainsi qu’à ses descendants, sont ainsi décrites par Noronha : « Écartelé : au premier d’argent, à une bande de sable ; au deuxième d’azur, à une fasce d’or camelia ; au troisième d’argent, à un lion de sable, surmonté d’un filet de gueules avec bande, et entouré de billettes de sable ; au quatrième d’azur, à une bande de sable bordée de gueules ; heaume d’argent ouvert, garni d’or, lambrequins d’or et d’azur, et pour cimier un lion de sable ». Cette description diffère quelque peu de celle qui figure dans le 3e volume du dictionnaire Portugal, à la page 184.

Dans cet article

Époque

Années citées · 07
  1. João Esmeraldo, originaire de Picardie, arriva à Funchal.

  2. João Esmeraldo acquit la Lombada da Ponta do Sol auprès de Luís Gonçalves da Câmara.

  3. João Lobo, évêque de Tanger, consacra la chapelle d’Espírito Santo à la Lombada dos Esmeraldos, à Ponta do Sol : ce fut la première église consacrée à Madère.

  4. Le roi Manuel Ier confirma les privilèges nobiliaires de João Esmeraldo.

  5. João Esmeraldo reçut des armoiries et fut fait noble de la maison royale.

  6. João Esmeraldo partagea son majorat de Santo Espírito entre les majorats de Santo Espírito et de Vale da Bica.

  7. Le roi Jean III confirma le partage des majorats des Esmeraldo.

  8. Le Flamand João Esmeraldo mourut et fut enterré dans son église de la Lombada.

Lieu

Lieux cités · 05

Étranger

Carte: Madeira (5)
  1. Église de la Lombada

    Ponta do Sol. Église construite par Esmeraldo et consacrée en 1508, où il est enterré.

  2. Funchal

    Lieu où Esmeraldo débarqua vers 1480 et où son fils se déplaçait à cheval avec apparat.

  3. Lombada dos Esmeraldos

    Ponta do Sol. Grand domaine sucrier acquis par Esmeraldo en 1498, nommé par la suite d’après sa famille.

  4. Picardie

    France. Région d’origine d’Esmeraldo, où il était noble.

  5. Vale da Bica

    Calheta. Nom de l’un des deux majorats créés en 1522.

Personnes

Personnes citées · 14
  1. Noble flamand originaire de Picardie qui s’installa à Madère vers 1480, devint un important producteur de sucre à la Lombada da Ponta do Sol et y mourut en 1536.

  2. Seconde épouse d’Esmeraldo, qui consentit au partage du majorat en 1522.

  3. Monarque espagnol qui avait auparavant fait d’Esmeraldo un noble de sa maison.

  4. Navigateur dont le séjour à Madère est lié à Esmeraldo.

  5. Fils du second mariage d’Esmeraldo, qui reçut le majorat de Santo Espírito et hérita de la Lombada.

  6. Auteur d’une brochure sur la Lombada dos Esmeraldos citée comme lecture complémentaire.

  7. Gaspar Frutuoso1522–1591

    Chroniqueur açorien cité au sujet de la richesse de la Lombada, dont l’Elucidário conteste certaines affirmations.

  8. Généalogiste dont le nobiliaire transcrit la charte de 1520 et décrit les armoiries d’Esmeraldo.

  9. Roi du Portugal qui confirma le partage des majorats des Esmeraldo en 1522.

  10. Fils du premier mariage d’Esmeraldo, qui reçut le majorat de Vale da Bica en 1522.

+ 4 de plus
  1. Découvreur et capitaine-donataire de Funchal, père de Luís Gonçalves da Câmara.

  2. Évêque qui consacra l’église de la Lombada en 1508.

  3. Fils de Zarco qui vendit ou loua la Lombada da Ponta do Sol à Esmeraldo en 1498.

  4. Roi du Portugal qui confirma les privilèges nobiliaires d’Esmeraldo en 1511 et lui accorda ses armoiries en 1520.

Sur la feuille E

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