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Article nº 2179 Paroisse Ponta do Sol Vol. II · p. 580–583 7 min de lecture

Madalena do Mar (paroisse)

Titre original: Madalena do Mar (Freguesia da)

Paroisse de la côte sud-ouest de Madère, née sur le domaine du légendaire Henri l’Allemand et devenue indépendante en 1582. La notice traite de son nom, de ses chapelles, de la culture de la canne à sucre et de la banane, de sa population, de ses écoles, de ses levadas, de ses habitants illustres et de la crue de 1939 de la Ribeira da Madalena.

Madalena do Mar (paroisse)

Étranger

Carte: Madeira (16)

1Nom et origines

Cette paroisse (freguesia) du littoral sud-ouest de Madère se trouve en aval de la paroisse de Canhas. Elle est bornée à l’est par le lieu-dit de Anjos (« anges »), qui appartient à cette même paroisse, et à l’ouest par la paroisse d’Arco da Calheta (« arc de Calheta »).

On conjecture que son nom primitif fut Madalesia ou Santa Maria Madalena, auquel on aurait plus tard ajouté la dénomination « do Mar » (« de la mer »), parce qu’elle est baignée par l’océan, et plus encore peut-être pour la distinguer du lieu-dit et de la chapelle de Santa Maria Madalena, dans la paroisse de Porto Moniz (« port de Moniz »), lorsque ce lieu devint le centre d’un pèlerinage connu et très fréquenté. L’hypothèse n’est pas entièrement dénuée de fondement, et d’autres exemples viennent la justifier. Le nom sous lequel elle est aujourd’hui généralement connue, même dans les documents officiels, est Madalena do Mar, bien que le peuple, porté à simplifier le langage, l’appelle aussi Madalena.

La paroisse tire son origine d’un domaine peuplé (fazenda povoada) qui exista là dès les premiers temps de la colonisation, avec une chapelle dont le saint patron aurait été sainte Marie-Madeleine, comme on le lit quelque part ; on affirme aussi que la chapelle primitive était placée sous le vocable de sainte Catherine. Sur cette origine, on lit dans plusieurs anciens nobiliaires ce que résument les notes des Saudades, en ces termes : « … Henri l’Allemand, personnage légendaire des premiers temps de la colonisation de cette île de Madère. On disait de lui qu’il était prince polonais et que, après la perte de la bataille de Varna par Ladislas III contre Murad II en 1444, il avait fait vœu de parcourir le monde en pèlerin et avait été armé chevalier de Sainte-Catherine du mont Sinaï. Venu à l’île de Madère, João Gonçalves Zarco lui donna, au lieu appelé depuis Madalena do Mar, un vaste terrain en sesmaria (concession royale de terres aux colons, à charge de les cultiver), par une charte que confirmèrent l’infant dom Henrique le 29 avril 1457 et Alphonse V le 18 mai de la même année. Henri l’Allemand y fonda en effet un grand domaine peuplé, avec une chapelle sous le vocable de sainte Marie-Madeleine, d’où vint le nom du lugar (agglomération d’un rang intermédiaire entre le bourg et la paroisse). Il épousa Senhorinha Annes et mourut tragiquement, écrasé par un éboulement (quebrada) qui se détacha du Cabo Girão et tomba sur la barque qui le menait de la ville de Funchal à Madalena. Sa femme épousa ensuite João Rodrigues de Freitas. Il existe encore aujourd’hui, au-dessus du bourg de Ponta do Sol (« pointe du Soleil »), la Fajã do Alemão (« replat de l’Allemand »), que le peuple appelle par corruption “do limão” ».

Nous pouvons donc considérer le Polonais Henri l’Allemand comme le premier fondateur de cette localité ; c’est lui aussi qui fit ériger la première chapelle qui s’y éleva. Senhorinha Alves, veuve d’Henri l’Allemand, se remaria avec João Rodrigues de Freitas, fidalgo (gentilhomme de la petite noblesse) de l’Algarve. Tous deux instituèrent un majorat (morgadio), qui eut son siège dans ladite chapelle et dont les représentants sont actuellement les vicomtes de Geraz do Lima. Un fils du fondateur, appelé lui aussi João Rodrigues de Freitas, déclare dans son testament, rédigé en 1520, qu’il fut le fondateur de la chapelle de Santa Maria Madalena, laquelle est donc antérieure à cette année-là. Nous devons en déduire qu’Henri l’Allemand édifia la chapelle primitive et que João Rodrigues de Freitas la reconstruisit plus tard ou fonda à nouveau la chapelle de Santa Maria Madalena. Il était alors fréquent, en effet, de présenter comme instituteurs et fondateurs de chapelles et d’églises des personnes qui n’avaient fait que les rebâtir ou y réaliser d’importants travaux de réparation.

Avant de devenir une paroisse autonome, cette localité eut ses propres chapelains. En 1538, ils reçurent le droit d’administrer les sacrements aux habitants du village, et en 1539 celui de construire des fonts baptismaux, à la demande du patron de la chapelle, qui était alors João Rodrigues, que nous croyons être son fondateur ou l’un de ses proches descendants.

2Fondation et histoire de la paroisse

Cette paroisse (freguesia) fut détachée de celle de Ponta do Sol et érigée en paroisse indépendante par l’évêque dom Jerónimo Barreto le 1er février 1582 ; son premier curé fut le père João Leandro Afonso. L’ordonnance royale (alvará régio) du 22 septembre 1587 fixa le traitement annuel du curé à 20 000 réis (ancienne monnaie de compte portugaise ; 1$000 = 1 000 réis, 1:000$000 = un conto = 1 000 000 de réis), auquel l’ordonnance royale du 10 septembre de l’année suivante ajouta un demi-moio (mesure de grains valant 60 alqueires) de blé et un quart de vin. Deux ans plus tard, par une ordonnance royale du 15 novembre, ce traitement fut porté à 16 000 réis en argent, un moio de blé et une pipa (tonneau et mesure de vin, env. 400–500 litres) de vin ; il fut augmenté de 3000 réis par an par l’ordonnance royale du 9 décembre 1611. Nous avons connaissance d’une autre ordonnance royale, datée du 28 juillet 1649, qui fixa le traitement annuel du curé à 19 000 réis en argent, un moio et demi de blé et une pipa et un quart de vin.

Le texte de Gaspar Frutuoso, écrit en 1590, contient les références suivantes à cette paroisse : « . . . Magdalena, chose si singulière et si noble par la chapelle de cette sainte que les habitants y bâtirent, et où l’on tire grand profit des sucres. » Ailleurs dans les Saudades on lit : « À une demi-lieue du bourg de Ponta do Sol, le long de la mer, se trouve la paroisse de la Magdalena, qui compte jusqu’à trente feux (fogos, foyers). Elle possède un moulin à sucre (engenho) qui appartint à un certain Manuel Dias, un bon domaine de bonnes terres à cannes et beaucoup d’eau fraîche. Il y a dans cette paroisse une chapelle de Nossa Senhora dos Anjos (Notre-Dame-des-Anges) qui, bien que petite, est une riche maison, avec un petit retable, frais et bien orné ; près d’elle coule une fraîche source sous des galets, parmi des plantations de canne à sucre aux très belles cannes. » (Voir Anjos 1-71). Ce lieu-dit des Anjos appartient aujourd’hui à la paroisse de Canhas et fit autrefois partie de la paroisse de Ponta do Sol ; nous ignorons s’il appartint jamais à la paroisse de Madalena, comme l’affirme Gaspar Frutuoso.

Il existait dans cette paroisse la chapelle Sainte-Quitterie (Santa Quitéria), dont il ne reste aujourd’hui qu’un amas de décombres. Elle fut construite à l’initiative du père João da Silva Alves.

Le sol de cette localité est d’une fertilité remarquable ; dès les premiers temps de la colonisation, il fit l’objet d’une vaste exploitation agricole. On y cultiva la canne à sucre à grande échelle, on y monta sans tarder un moulin à sucre, et ce lieu devint un important centre de production de cette denrée. Aujourd’hui encore, ses terres sont très fertiles pour les cultures dites riches, et la production de bananes destinées à l’exportation y est également remarquable.

3Population, services et personnalités

D’après le recensement de 1920, cette paroisse (freguesia) comptait 1093 habitants, répartis entre les lieux-dits de Passo, Vargem, Lombo, Banda de Além, Palmeira, Torreão, Ribeira da Madalena, Moledos, Achada et Rua.

Elle possède une école publique de garçons, créée en 1882, et une école mixte itinérante, qui fonctionne depuis 1919 (1921).

Les levadas (canaux d’irrigation) de la Ribeira da Madalena (« torrent de la Madeleine ») et du Nateiro (« levada du Limon »), ainsi que la Levada Nova (« levada neuve »), irriguent cette paroisse.

Le médecin-chirurgien António Policarpo dos Passos Sousa, qui exerça pendant de longues années la charge de secrétaire du conseil municipal (Câmara Municipal) de Ponta do Sol, était originaire de la paroisse de Madalena do Mar. Au témoignage de ses condisciples et de ses contemporains, c’était un homme d’un talent extraordinaire, qu’une mort prématurée et d’autres circonstances particulières empêchèrent de se manifester avec tout l’éclat qu’on eût tant souhaité. Il cultiva la poésie avec distinction et laissa plusieurs compositions qui furent très appréciées en leur temps.

Était également originaire de cette paroisse le père António João de Lessa, qui mourut au Brésil, où il se distingua (voir ce nom).

Sur le littoral de cette paroisse débouche le torrent de la Madalena. À la hauteur où il traverse la paroisse de Canhas, sa rive gauche subit en 1932 un grand glissement de terrain, qui causa d’énormes dégâts et obstrua en grande partie le lit du torrent. Cet événement contribua largement à ce que, le 30 décembre 1939, sous les fortes pluies d’hiver qui tombèrent alors, le débit du torrent prît les proportions les plus effrayantes : il emporta sur son passage quelques dizaines d’habitations, causa la mort de plusieurs personnes et provoqua des dégâts incalculables, ce qui en fit l’une des plus grandes calamités dues aux inondations qu’ait connues cette île.

Dans cet article

Époque

Années citées · 14
  1. Bataille de Varna, à la suite de laquelle Henri l’Allemand aurait fait vœu de partir en pèlerinage.

  2. Henri le Navigateur confirma la concession de terres accordée à Henri l’Allemand à Madalena do Mar.

  3. Le roi Alphonse V confirma la concession de terres accordée à Henri l’Allemand à Madalena do Mar.

  4. Le testament du fils de João Rodrigues de Freitas attribua à celui-ci la fondation de la chapelle de Madalena.

  5. Les chapelains de la chapelle de Madalena do Mar reçurent l’autorisation d’administrer les sacrements.

  6. L’autorisation fut accordée de construire des fonts baptismaux à Madalena do Mar.

  7. L’évêque Jerónimo Barreto érigea Madalena do Mar en paroisse indépendante.

  8. Une charte royale fixa le traitement du prêtre de Madalena do Mar à 20 000 réis.

  9. Gaspar Frutuoso écrivit Saudades da Terra à São Miguel, une source essentielle pour l’histoire de Madère ; la même année, Jerónimo Dias Leite fut nommé chanoine titulaire d’une prébende entière.

  10. Le traitement du prêtre de Madalena do Mar fut augmenté de 3000 réis.

  11. Le traitement du prêtre de Madalena do Mar fut révisé.

  12. Une école de garçons fut créée à Madalena do Mar.

  13. Le recensement dénombra 1093 habitants dans la paroisse de Madalena do Mar.

  14. Un important glissement de terrain se produisit sur la Ribeira da Madalena, à Canhas.

  15. Une crue de la Ribeira da Madalena détruisit des dizaines d’habitations et fit plusieurs morts.

Lieu

Lieux cités · 16
  1. Madalena do Mar · Sujet

    Ponta do Sol

  2. Anjos

    Ponta do Sol. Lieu-dit marquant la limite orientale, où se trouve la chapelle de Nossa Senhora dos Anjos.

  3. Arco da Calheta

    Calheta. Paroisse limitrophe de Madalena do Mar à l’ouest.

  4. Brésil

    Brazil. Pays où mourut le père António João de Lessa.

  5. Cabo Girão

    Câmara de Lobos. Falaise dont une chute de rochers tua Henri l’Allemand dans son bateau.

  6. Canhas

    Ponta do Sol. Paroisse voisine située en amont de Madalena do Mar.

  7. Chapelle Sainte-Marie-Madeleine

    Ponta do Sol. Chapelle originelle dont la paroisse tire son nom.

  8. Chapelle Sainte-Quitterie

    Ponta do Sol. Ancienne chapelle aujourd’hui en ruine.

  9. Fajã do Alemão

    Ponta do Sol. Lieu situé au-dessus de Ponta do Sol et nommé d’après Henri l’Allemand.

  10. Funchal

    Ville d’où Henri l’Allemand revenait par bateau lorsqu’il mourut.

  11. Levada do Nateiro

    Ponta do Sol. Levada qui irrigue la paroisse.

  12. Levada Nova

    Calheta · Ponta do Sol · Santa Cruz · Ribeira Brava · Machico. L’une des levadas qui irriguent la paroisse.

+ 4 de plus

Personnes

Personnes citées · 16
  1. Roi du Portugal qui confirma la concession de terres accordée à Henri l’Allemand le 18 mai 1457.

  2. Prêtre originaire de la paroisse, qui se distingua et mourut au Brésil.

  3. Médecin-chirurgien originaire de la paroisse, longtemps secrétaire du conseil municipal de Ponta do Sol et poète admiré.

  4. Gaspar Frutuoso1522–1591

    Chroniqueur qui décrivit la paroisse, son moulin à sucre et ses chapelles dans « Nostalgie de la terre natale » (1590).

  5. Colon légendaire présenté comme un prince polonais, qui reçut des terres à Madalena do Mar et est considéré comme le fondateur de la localité et de sa première chapelle.

  6. Henri le Navigateur, qui confirma la concession de terres accordée à Henri l’Allemand le 29 avril 1457.

  7. Évêque de Funchal qui érigea Madalena do Mar en paroisse indépendante le 1er février 1582.

  8. Premier curé de Madalena do Mar.

  9. Prêtre qui fit construire la chapelle de Santa Quitéria, aujourd’hui en ruine.

  10. Capitaine-donataire de Funchal qui concéda à Henri l’Allemand les terres de Madalena do Mar.

+ 6 de plus
  1. Noble originaire de l’Algarve qui épousa la veuve d’Henri l’Allemand et fonda un majorat établi à la chapelle de Santa Maria Madalena.

  2. Fils du fondateur du majorat, qui affirma dans son testament de 1520 avoir fondé la chapelle de Santa Maria Madalena.

  3. Roi vaincu à la bataille de Varna en 1444, bataille liée à la légende d’Henri l’Allemand.

  4. Ancien propriétaire du moulin à sucre de la paroisse, selon Frutuoso.

  5. Sultan ottoman qui remporta la bataille de Varna en 1444, mentionnée dans la légende d’Henri l’Allemand.

  6. Épouse d’Henri l’Allemand, également appelée Senhorinha Alves, qui se remaria avec João Rodrigues de Freitas et cofonda un majorat.

Sur la feuille M

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