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Émigration 1Les débuts de l’émigration et son contrôle
Article nº 1267 Population et groupes sociaux Vol. I · p. 750–753 5 min de lecture

Émigration

Titre original: Emigração

Panorama de l’émigration de Madère du XVIe siècle à 1916, présentant les principales destinations (Brésil, Antilles britanniques et Guyane britannique, États-Unis, Hawaï, Afrique portugaise) et le nombre d’émigrants. L’émigration y apparaît comme une réponse constante aux difficultés économiques et une source de transferts d’argent.

Émigration

1Les débuts de l’émigration et son contrôle

L’émigration existait déjà à Madère au XVIe siècle : frère Gaspar da Madre de Deus, dans ses Memórias para a Historia da Capitania de S. Vicente do Estado do Brasil, mentionne le départ de nombreux couples de cette île pour cette capitainerie. L’émigration vers le Brésil se poursuivit aux XVIIe et XVIIIe siècles et, parmi les nombreux Madériens qui s’y rendirent en quête de fortune pendant la domination philippine (1580–1640), on compte le célèbre João Fernandes Vieira, le libérateur de Pernambouc. En 1676, selon le docteur Azevedo, le déclin du commerce des sucres avait atteint un tel degré dans cette île que l’émigration vers les terres de Santa Cruz, jusque-là simple expédient ou entreprise de particuliers, commença à être encouragée par le gouvernement ; en 1747 fut publiée une lettre royale (carta régia) enjoignant au gouverneur général de Madère de prêter son concours à cette émigration

L’ordonnance royale (alvará) du 4 juillet 1758 exigea un passeport de tous ceux qui voudraient désormais quitter l’île, et en 1779 le gouverneur général fit ouvrir une enquête judiciaire (devassa) « pour découvrir les recruteurs de l’émigration et les navires employés au transport des émigrants ». Il existait alors une émigration vers le Brésil et une émigration vers les pays étrangers ; c’est surtout contre cette dernière que s’élevait le gouverneur, qui alla jusqu’à proposer au gouvernement de développer l’agriculture afin d’éviter le dépeuplement de l’île.

En 1792, de nombreuses familles madériennes émigrèrent aux États-Unis d’Amérique en raison de la persécution que subirent les francs-maçons cette année-là ; on sait d’ailleurs que dès 1753 beaucoup de gens partaient pour ce pays, presque toujours clandestinement, afin de fuir la misère qui accablait la population de l’île.

2L’émigration au XIXe siècle

L’émigration vers Demerara et les colonies anglaises des Indes occidentales ne semble avoir pris une grande ampleur que vers 1840.

En 1841, le nombre des émigrants s’éleva à 4045, en 1846 à 4945, en 1847 à 4720 et en 1853 à 3060. Une bonne partie d’entre eux partit pour ces pays, où, depuis 1842, le gouvernement anglais payait le voyage en raison du manque de bras qui s’y faisait sentir. En 1847, un navire de guerre portugais stationna quelque temps dans nos eaux afin d’aider les autorités locales à réprimer l’émigration clandestine.

Des milliers de Madériens partis pour la Guyane et pour d’autres colonies anglaises en quête de richesses, quelques-uns furent favorisés par la fortune, et l’on trouve aujourd’hui leurs descendants aussi bien dans ces pays que parmi nous. Le demerarista (émigré revenu de Demerara, en Guyane britannique) qui, au prix de travaux très pénibles et de fléaux de toute sorte, parvenait à amasser des capitaux n’oubliait généralement pas sa terre natale : c’est ici qu’il aimait venir passer le reste de sa vie, entouré de commodités et d’un confort auxquels il n’avait pas été habitué dans sa jeunesse. C’était lui qui, dans les paroisses, organisait avec le plus de zèle les fêtes du Seigneur, où abondaient toujours les salves et les fusées, choses fort goûtées du peuple rustique de notre île.

De 1835 à 1855, quelque 40 000 personnes quittèrent Madère, dont 20 000 environ seulement munies d’un passeport. Beaucoup d’entre elles gagnèrent le Brésil et les États-Unis, où, à cette époque, certains de nos compatriotes parvinrent aussi à faire fortune. Le 18 juin 1854, le yacht portugais Experiência partit pour Rio de Janeiro avec 188 colons à son bord, et la même année 104 personnes quittèrent Porto Santo (« port saint ») pour les travaux publics au Portugal, à ce qu’on lit dans les Annales de la municipalité de cette île.

L’émigration vers les îles Sandwich commença en 1878 : les premiers émigrants partirent d’ici sur un grand trois-mâts carré, qui mit environ 6 mois à les conduire au port de leur destination. De 1883 à 1887, de nouveaux contingents d’émigrants partirent pour ces îles, et il en fut de même en 1909 et 1911, ainsi que d’autres années encore. En 1884, 232 personnes partirent pour l’Afrique, dont 210 engagées par le gouvernement pour se rendre à Moçâmedes ; en 1889 et 1890, 1338 partirent pour ce même continent, la plupart s’établissant en Angola et à Lourenço Marques, vers où l’on cherchait à détourner le courant migratoire qui, auparavant, se dirigeait principalement vers l’Amérique et l’Océanie.

3Statistiques modernes

Les statistiques modernes de l’émigration montrent que l’Amérique du Nord et le Brésil furent les pays qui accueillirent le plus grand nombre d’émigrants madériens entre 1903 et 1913. Dans le premier de ces pays entrèrent 195 Madériens en 1903, 218 en 1905, 874 en 1909, 1064 en 1910, 1051 en 1912 et 1491 en 1913 ; dans le second, 377 en 1903, 1198 en 1905, 839 en 1909, 985 en 1910, 2059 en 1912 et 1522 en 1913. En 1915, 1114 émigrants partirent pour l’Amérique du Nord et 62 seulement pour le Brésil.

Chaque année arrivent à Madère des sommes considérables, envoyées par les Madériens établis aux États-Unis. Beaucoup d’entre eux sont déjà rentrés au pays, rapportant des capitaux qu’ils consacrent presque toujours à l’achat de propriétés.

Au Brésil, rares sont les Madériens qui ont réussi de nos jours à faire fortune ; quant à l’Afrique portugaise, nous croyons que seule la colonie établie sur le plateau de Moçâmedes est aujourd’hui florissante. En 1889 ou 1890, quelques colons partirent aussi pour l’Afrique orientale ; ils y menèrent d’abord une vie de privations et de misère, faute d’y avoir trouvé les ressources que le gouvernement avait promis de leur fournir. Il existe des colonies madériennes au cap de Bonne-Espérance et en République argentine, pays vers lequel émigrèrent en 1905 quelque 250 personnes. De 1872 à 1879, 6624 émigrants quittèrent Madère, et de 1882 à 1889, 13 750. Quant à l’émigration des années plus récentes, elle figure dans le tableau suivant :

AnnéesÉmigrants
AnnéesÉmigrants
19011080
19092483
19021103
19102135
1903836
19112298
19041178
19123222
19051844
19133295
19072678
19151271
19081347
19162326

Dans cet article

Époque

Années citées · 14
  1. Alors que le commerce du sucre déclinait, une lettre royale ordonna le transport de 300 à 400 couples madériens vers le Brésil aux frais de l’État, faisant de l’émigration une entreprise encouragée par le gouvernement.

  2. Une lettre royale demanda au capitaine général de faciliter l’émigration de Madère vers le Brésil.

  3. Un décret imposa un passeport aux personnes quittant Madère.

  4. Le gouverneur de Madère ordonna une enquête sur les recruteurs d’émigrants et les navires.

  5. Un édit de l’Inquisition déclencha une persécution des francs-maçons madériens, poussant de nombreuses familles à émigrer aux États-Unis.

  6. Environ 40 000 personnes émigrèrent de Madère, dont la moitié seulement avec un passeport.

  7. L’émigration massive des Madériens vers Demerara et les Antilles britanniques commença.

  8. Le gouvernement britannique commença à payer le voyage des émigrants vers ses colonies.

  9. Un navire de guerre portugais fut stationné au large de Madère pour freiner l’émigration clandestine.

  10. Le yacht Experiência partit pour Rio de Janeiro avec 188 colons émigrants.

  11. L’émigration des Madériens vers Hawaï commença.

  12. 232 personnes émigrèrent de Madère vers l’Afrique, dont 210 engagées pour Moçâmedes.

  13. L’émigration des Madériens vers l’Angola et Lourenço Marques se poursuivit, avec 1 338 départs ; 704 autres colons arrivèrent à Moçâmedes, portant à 1 281 le nombre de Madériens qui s’y trouvaient.

  14. Environ 250 Madériens émigrèrent en Argentine.

Lieu

Lieux cités · 13

Étranger

Carte: Porto Santo (13)
  1. Angola

    Destination d’émigrants en 1889–90.

  2. Argentine

    Argentina. Environ 250 Madériens y émigrèrent en 1905.

  3. Brésil

    Brazil. Principale destination de l’émigration madérienne au fil des siècles.

  4. Cap de Bonne-Espérance

    South Africa. Lieu d’implantation d’une colonie madérienne.

  5. Demerara

    Guyana. Colonie de Guyane britannique accueillant une émigration massive à partir de 1840 environ.

  6. États-Unis d’Amérique

    United States of America. Destination des émigrants à partir de 1753 et source majeure de transferts d’argent.

  7. Hawaï

    United States. L’émigration vers Hawaï commença en 1878.

  8. Lourenço Marques

    Mozambique. Destination d’émigrants en Afrique orientale en 1889–90.

  9. Moçâmedes

    Angola. Établissement d’Angola doté d’une colonie madérienne florissante.

  10. Pernambouc

    Brazil. Région brésilienne libérée par João Fernandes Vieira.

  11. Porto Santo

    104 personnes en partirent en 1854 pour travailler sur des chantiers de travaux publics au Portugal.

  12. Rio de Janeiro

    Brazil. Destination du yacht Experiência, qui transportait 188 colons en 1854.

+ 1 de plus

Personnes

Personnes citées · 03
  1. Historien cité à l’appui de l’affirmation selon laquelle le gouvernement encouragea l’émigration vers le Brésil à partir de 1676.

  2. Frère et historien brésilien dont l’histoire de la capitainerie de São Vicente mentionne des couples madériens qui s’y installèrent au XVIe siècle.

  3. Madérien émigré au Brésil sous la domination des Philippe, célébré comme le libérateur du Pernambouc.

Sur la feuille E

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