Vents 1Vents dominants
Vents
Titre original: Ventos
Sous-article de « Clima » décrivant les vents dominants de Madère et de Porto Santo à partir d’observations effectuées au début du XXe siècle, suivi d’une note bibliographique sur les études climatiques et d’un long article cité du docteur Armindo Narciso, qui défend les vertus thérapeutiques du climat madérien, notamment pour les tuberculeux.
1Vents dominants
Les observations sur la direction des vents faites à la Ponta de São Lourenço (« pointe Saint-Laurent ») de 1901 à 1909 montrent que le vent qui y domine le plus tout au long de l’année est le NE., suivi du NNE., du N., du NW., du SW. et de l’E. Le premier de ces vents souffle de la mi-avril à la fin d’octobre, mais il peut aussi apparaître à d’autres époques. En général, on ne le sent pas directement en ville, bien qu’on le reconnaisse à l’agitation qu’il produit à la surface de la mer, au large de la baie.
Le vent du N. souffle parfois avec une grande force en hiver ; c’est lui qui produit la neige et la grêle qui apparaissent sur la montagne pendant cette saison. Les vents de W., de NW. et de SW. apportent une forte proportion des pluies, les deux derniers étant parfois très violents dans les premiers mois de l’année. Les vents des quadrants allant du SW. au SE. par le S. provoquent parfois une forte agitation des eaux de la baie, et le degré d’humidité de l’atmosphère est alors plus élevé à Funchal.
Le docteur Barral écrit que, si l’on examine ce qui se passe aux différentes saisons, on trouve que les vents du N. à l’E. prédominent en été et en automne, et moins en hiver ; les vents du SW. au NW., davantage au printemps et en automne, et aussi en hiver, sans que l’on puisse établir à ce sujet de règle bien fixe.
On ressent parfois à Madère, surtout en été, un vent chaud et sec que les habitants appellent leste (vent d’est chaud et sec venu d’Afrique), et qui dure en général de 1 à 3 jours. Nous parlerons en son lieu de ce vent, qui semble prendre naissance sur la côte d’Afrique, ainsi que des vents de terre et de mer, la brise de terre (terral) et l’embate (brise de mer diurne), qui se succèdent chaque jour à des heures presque régulières.
Au Poiso (« halte »), rapporte M. Teles de Meneses, dominèrent les vents de NE., de N. et de NW. de juillet à novembre 1894, et à l’Areeiro (« sablière »), les vents de N., de NNE. et de NW., de juin à octobre 1895.
Le NE. domine aussi à Porto Santo (« port saint »), suivi du N., de l’ENE., du NNE. et de l’E. En 1901, le NE. fut le vent le plus fréquent de mai à octobre, et l’ENE. souffla de mars à novembre, au point de dominer ce mois-là ainsi qu’en avril, juillet et août. Le N. fut très fréquent de février à juillet, et en novembre, tandis que l’E. domina en décembre et en janvier. Le NW. souffla principalement de décembre à mars, en novembre, et de janvier à mai.
2Études climatiques et point de vue de Narciso
En consultant les articles cités, on peut dresser une longue liste des auteurs qui, à diverses époques, se sont occupés du climat de Madère. Cette bibliographie déjà vaste s’est récemment enrichie d’une étude remarquable due à l’illustre officier de marine et académicien Hugo de Lacerda. Écrite en français, publiée en 1936 à l’initiative du Conseil général autonome (Junta Geral Autónoma) de Funchal et intitulée Le Climat de Madère, ébauche d’une étude comparative, elle est le travail le plus précieux qui ait vu le jour sur la question. La délégation du service du tourisme dans cette île fit très judicieusement traduire cette étude en anglais ; la traduction, confiée à l’éminent professeur le docteur Alberto Figueira Jardim, parut en 1938 sous le titre The Climate of Madeira With a comparative study.
Nous ne voulons pas clore ces lignes consacrées au climat de Madère sans consigner ici un remarquable article du docteur Armindo Narciso. Cet illustre praticien des sciences médicales y éclaire quelques aspects nouveaux de ce sujet toujours capital pour notre archipel, dissipant des doutes et posant des principes qui devraient être de la plus grande utilité à tous ceux qui veulent s’orienter en toute sûreté dans la discussion de cette matière, ou dans la propagande qu’il faudra faire sur la douceur et les qualités thérapeutiques de l’incomparable climat de cette île.
« Les auteurs de traités, même les plus savants et les plus réputés, ne s’accordent pas sur l’action thérapeutique des climats océaniques, c’est-à-dire des climats de haute mer, appelés aussi pélagiques. Et ce désaccord est plus marqué chez les auteurs continentaux que chez les Anglais. Ceux-ci, insulaires et voyageurs, connaissent mieux la mer.
La principale cause de ce désaccord tient à ce qu’un grand nombre de climatologues considèrent tous ces climats comme identiques, alors qu’en vérité des facteurs locaux agissent sur eux, comme sur les climats côtiers et intérieurs, et font varier la formule météorologique du climat.
De ce qui précède, on conclut que le climat de Madère est un climat océanique particulier, car il présente des caractères méditerranéens, bien que l’île se trouve en plein Atlantique. Mais ce climat aux caractères méditerranéens possède une « nuance » locale propre. L’hiver y est encore plus tiède que sur le littoral européen de la Méditerranée, avec une atmosphère tout aussi tempérée et lumineuse, mais d’une humidité légèrement supérieure.
Là, les vents froids, humides et tempétueux du nord se brisent et se dessèchent sur les montagnes qui abritent la ville de Funchal. Les vents chauds et secs du nord de l’Afrique arrivent rafraîchis et humidifiés par leur passage au-dessus d’une étendue de mer, même courte, et comptent parmi les facteurs de la douceur de l’hiver insulaire.
C’est seulement l’été que ces vents d’Afrique y parviennent secs et chauds, et encore de façon intermittente ; il suffit de monter dans les montagnes ou de passer sur l’autre côte de l’île pour ne plus en ressentir l’agression.
Ainsi manquent à ce climat les facteurs les plus excitants du climat méditerranéen : courants d’air secs, parfois violents, de température extrême, tantôt extrêmement froide, tantôt extrêmement chaude, tels le mistral et le sirocco, et tous les vents de même origine et de même parenté.
À Madère n’existent que les facteurs de stimulation douce : atmosphère pure, très transparente, grande luminosité. En outre, cette stimulation douce est encore atténuée par des facteurs à effet sédatif, tels que le grand calme, l’uniformité de la température et l’humidité qui, bien que faible, est pourtant un peu supérieure à celle de la plupart des stations climatiques de la Méditerranée.
Ce climat de Madère n’est donc pas un climat de stimulation marquée, mais de faible stimulation, plus tonique même que stimulant. Son action stimulante s’exerce sur les fonctions végétatives, son action tonique sur les fonctions nerveuses. Ainsi, la digestion et la nutrition y sont stimulées, le système nerveux tonifié.
Le bien-être, le soulagement que le malade éprouve en arrivant à Madère, est comme une euphorie, mais une euphorie douce, sans excitation, sans insomnie, sans fièvre. Aussi, au lieu d’être excité, le malade se sent calme et retrouve la joie de vivre qu’il avait perdue. Il grossit, reprend des forces, entre dans une vie nouvelle.
3Madère et la tuberculose
Les Anglais furent les premiers à tirer parti de ce climat. Ils constatèrent qu’il possède d’appréciables propriétés thérapeutiques pour la guérison des surmenés, des épuisés, des faibles et des affaiblis, des sujets insuffisamment nourris, de ceux qui entrent en consomption, des convalescents et des tuberculeux, sans exclure les pulmonaires. C’est ainsi qu’une grande foule de malades, venus de toute l’Europe, mais surtout des îles Britanniques, accourt chaque hiver à Madère, depuis plus d’un siècle.
La proportion de tuberculeux pulmonaires était très élevée parmi ces malades, et les résultats qu’ils obtenaient étaient si bienfaisants que Madère fut, durant tout le XIXe siècle, la grande station des pulmonaires.
L’offensive que les phtisiologues du continent déclenchèrent contre la mer, au début du XXe siècle, éloigna les tuberculeux de cette île. Aujourd’hui, Madère a cessé d’être une station sanatoriale pour devenir une station de repos, où les Anglais, malades ou bien portants, passent l’hiver.
Mais y a-t-il lieu qu’il en soit ainsi ? Le climat de Madère est-il vraiment nuisible aux pulmonaires ? Évidemment non. Cette proscription est née d’un malentendu apparu sur le continent européen, puis étendu jusqu’aux îles Britanniques, bien que quelques phtisiologues anglais continuent de conseiller à leurs malades pulmonaires le séjour à Madère, comme on le faisait couramment au XIXe siècle.
Ce malentendu provient de la confusion faite, d’une manière générale, entre le climat maritime côtier et le climat océanique, et du fait que l’on tient, comme je l’ai déjà dit, tous les climats maritimes pour identiques. Or, dans le climat maritime côtier comme dans le climat maritime océanique, les éléments nuisibles aux tuberculeux pulmonaires sont la forte humidité et la violence du vent. C’est d’eux que découle le climat maritime vif, violent. Lorsque s’ajoute à ces éléments l’alternance des vents marins et des vents de terre, secs et de température très variable, le climat maritime devient plus violent encore.
Le climat de Madère est totalement dépourvu de ces facteurs d’agression ; rien n’empêche donc de l’utiliser dans la thérapeutique des pulmonaires. Il est certain, et cela n’a rien d’étonnant, que tous les tuberculeux pulmonaires ne sont pas en état de tirer profit d’un séjour dans cette île. Mais il en va de même du séjour en montagne. Le climat de Madère, comme le climat alpin, est contre-indiqué chez les pulmonaires en consomption avancée, dont l’appareil circulatoire et digestif est déficient : malades très fébriles, diarrhéiques, tachycardes.
En revanche, il est indiqué chez les malades encore vigoureux, dotés d’un bon cœur et d’un bon tube digestif, capables de supporter son action tonique, légèrement stimulante. Et si, pour les malades en fonte et les cavitaires, le climat de montagne, à l’atmosphère froide, sèche et raréfiée, est de préférence indiqué, parce qu’il déshydrate les lésions et diminue l’expectoration, pour les malades qui toussent beaucoup, congestifs, à capacité respiratoire réduite par d’étendues lésions fibreuses, très sensibles au refroidissement et aux variations thermiques, le climat madérien, à l’atmosphère tiède et légèrement humide, l’emporte sur celui de la montagne : il calme la toux et la dyspnée, diminue la congestion et la fréquence de l’hémoptysie.
Il est évident que les malades à envoyer à Madère doivent encore posséder la réserve d’énergie nécessaire pour profiter de l’action de ce climat insulaire. Mais il faut remarquer que cette réserve d’énergie n’a pas à être plus grande que chez les malades qui se rendent dans les stations d’altitude ; il arrive même que les enfants, et les adultes de plus de 40 ans, susceptibles de tirer profit d’une cure climatique, supportent mieux le climat de Madère que le climat d’altitude.
Il n’y a donc aucune raison d’exclure du climat de Madère tous les tuberculeux, et de manière absolue. Ce qu’il faut, c’est savoir choisir ceux qui peuvent en tirer profit et écarter les autres. Tel est d’ailleurs le secret du succès de toute thérapeutique, qu’elle soit chirurgicale, médicamenteuse, hydrologique ou climatique.
Dans cet article
Époque
Années citées · 05-
Guilherme Teles de Meneses effectua des observations météorologiques, notamment sur les vents, à Poiso et au Pico do Areeiro.
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Les vents furent observés à Areeiro de juin à octobre.
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La direction des vents fut observée à Ponta de São Lourenço.
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La Junta Geral Autónoma do Funchal publia « Le Climat de Madère », de Hugo de Lacerda.
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Une traduction anglaise, « The Climate of Madeira », fut publiée.
Lieu
Lieux cités · 05- Funchal
Ville dont la baie et l’humidité sont affectées par les vents du sud.
Capitale de l’archipel et siège de la principale capitainerie, où commença le peuplement ; elle devint un bourg vers 1451–52. Sa baie, la plus large de l’archipel, s’étend entre Ponta do Garajau et Ponta da Cruz et offre un mouillage abrité, bien que son port n’eût jamais fait l’objet d’une étude océanographique. L’Elucidário présente Funchal comme une station climatique, avec des données sur son climat, et relate les troubles de janvier 1906, la visite du prince danois en mai 1846 et la présence de cônes volcaniques récents dans la région.
- Pico do Areeiro
Câmara de Lobos. Site de montagne où les vents furent observés en 1895.
Pico do Areeiro est un sommet des montagnes centrales de Madère, donné pour 1 796 m d’altitude, près duquel subsistent des puits à neige. Guilherme Teles de Meneses y effectua ses observations ; on y construisit la maison de montagne de 1895, puis la station météorologique d’Areeiro, finalement abandonnée. C’est aussi un lieu de reproduction du boieiro (Puffinus anglorum).
- Poiso
Santa Cruz. Site d’altitude où les vents furent observés en 1894.
Poiso est un site d’altitude dans l’intérieur de Madère, situé à environ 1 390–1 414 m, sur la route 24 et près de Chão das Feiteiras, du plateau d’Alagoas et d’Areeiro. Il servit de station astronomique dans l’intérieur de l’île ; des observations météorologiques y furent effectuées, notamment par Guilherme Teles de Meneses, ainsi que des observations des vents en 1894. La Ribeira de João Gomes et la Ribeira do Porto Novo prennent leur source dans ce secteur.
- Ponta de São Lourenço
Machico. Site des observations des vents effectuées entre 1901 et 1909.
La Ponta de São Lourenço est le long et étroit cap oriental de Madère, dans la paroisse de Caniçal. Son nom viendrait de la caravelle São Lourenço ; un phare se dresse sur l’un de ses îlots. L’Elucidário décrit sa géologie, sa végétation saisonnière, ses îlots, les formations calcaires fossiles de Piedade, ses escargots terrestres et son utilisation comme pâturage. Le vapeur Forerunner y fit naufrage en 1884, et un banc sous-marin s’étend entre le cap et les îles Desertas.
- Porto Santo
Île dont le régime des vents en 1901, dominé par le vent de nord-est, est décrit.
Île de l’archipel, peuplée en même temps que Madère et formant l’une des trois capitaineries. Elle a toujours constitué une seule paroisse, placée sous le vocable de Notre-Dame de Pitié, dont l’église fut pillée à plusieurs reprises. L’Elucidário relate le raid de pirates maures de 1617, évoque sa propre Misericórdia et un canal destiné à recueillir les eaux de pluie, construit sur cette île sujette à la sécheresse.
Personnes
Personnes citées · 05- Alberto Figueira Jardimné 1882
Enseignant qui traduisit en anglais l’étude climatique de Lacerda, publiée en 1938.
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Médecin dont l’article sur les vertus thérapeutiques du climat de Madère est longuement cité.
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Médecin qui écrivit sur le climat de Madère ; il est cité ici à propos de la répartition saisonnière des vents.
- Guilherme Teles de Menesesné 1855
Observateur qui releva les vents à Poiso en 1894 et à Areeiro en 1895.
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Officier de marine et académicien dont l’étude « Le Climat de Madère » (1936) est considérée comme l’ouvrage le plus précieux sur le sujet.