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Article nº 0654 Autre bâtiment Funchal Vol. I · p. 356–358 5 min de lecture

Prison

Titre original: Cadeia

Histoire de la prison (cadeia) du ressort judiciaire de Funchal, depuis son premier bâtiment sur la Rua da Cadeia Velha jusqu’à la nouvelle prison construite sur le site de l’hôpital de São Lázaro en 1913, après près d’un siècle dans l’immeuble du Largo da Sé.

Prison
Carte: Madeira (11)

1L’ancienne prison et le bâtiment du Largo da Sé

L’ancienne prison de la circonscription judiciaire (comarca) de Funchal se trouvait à l’extrémité sud de la rue qui porte aujourd’hui le nom de Rua da Cadeia Velha (« rue de la Vieille Prison »), dans une petite maison qui fut vendue en 1824 à José António Monteiro pour la somme de 3 600 000 réis (ancienne monnaie de compte portugaise ; 1$000 = 1 000 réis, 1:000$000 = un conto = 1 000 000 de réis). Dès 1768, cette maison était déjà fort délabrée, comme le montre une lettre officielle que le corregedor (magistrat royal d’un district judiciaire) Francisco Maria da Mota adressa le 31 mai de cette année-là à Francisco Xavier Furtado. Les détenus y demeuraient pourtant encore en 1811 : le 15 novembre de cette année, le corregedor Manuel Caetano de Albuquerque déclarait en effet qu’il était urgent de transférer la prison dans une maison plus spacieuse et offrant davantage de sécurité.

Lors de sa séance du 30 juin 1803, le sénat municipal (Senado da Câmara, ancien titre du conseil municipal) prit possession de la maison du Largo da Sé (« place de la Cathédrale »), où il tenait ses réunions depuis quelque temps déjà. Cette maison avait appartenu à la ferme (casal) de dona Guiomar Madalena Acciaioly et avait été mise aux enchères en raison de dettes envers le Trésor public (Fazenda Nacional). Ce n’est toutefois que quelques années plus tard, certainement après 1813, que la partie inférieure de la maison fut transformée en prison, la partie supérieure continuant de servir d’hôtel de ville.

Lors de sa séance du 20 décembre 1813, le conseil municipal décida que le bâtiment de la prison serait construit avec le produit de la vente de la maison qui servait alors à cet usage et que, si cela ne suffisait pas, l’alcaide-mor (gouverneur royal d’un château et de sa ville) prendrait à sa charge le reste des dépenses. Cette délibération ne put cependant être exécutée, car l’alcaide (officier de police et de prison d’une ville) refusa de contribuer à ces dépenses, auxquelles il se disait non tenu depuis l’extinction de la capitainerie donataire (donataria).

Le Defensor da Liberdade écrivait le 28 juillet 1827 que les détenus étaient très mal logés dans la prison du Largo da Sé. C’est peut-être pour améliorer leur sort qu’après l’extinction des ordres religieux au Portugal on les transféra dans le bâtiment du couvent Saint-François (São Francisco). Ils n’y restèrent toutefois que jusqu’en 1836, année où ils regagnèrent la maison qu’ils avaient quittée peu de temps auparavant ; celle-ci, à ce que nous croyons, cessa dès lors de servir d’hôtel de ville.

Bien que le bâtiment du Largo da Sé fût désormais exclusivement affecté à la prison, la situation des détenus qui ne pouvaient acquitter le droit de geôlage (carceragem) ne s’en trouva nullement améliorée : ils continuèrent d’être enfermés dans des rez-de-chaussée humides, privés d’air et de lumière.

2Les projets de transfert avortés et la nouvelle prison

Le 2 juillet 1841, le conseil municipal décida de transférer la prison dans l’édifice qu’occupe aujourd’hui l’Asile, mais le

gouvernement n’approuva pas ce transfert. Une résolution identique fut prise en séance le 6 février 1845, mais le déménagement des détenus n’eut pas lieu, car le conseil fut dissous en 1846 et les nouveaux échevins (vereadores) n’approuvèrent pas l’usage que l’on entendait faire de la Casa das Angústias (« maison des Angoisses »).

Dans un courrier adressé le 31 mars 1847 au conseil municipal (Câmara Municipal) de Funchal, le conseiller (conselheiro, titre honorifique du conseil royal) José Silvestre Ribeiro, ce bienfaisant gouverneur civil, proposait que la prison fût installée dans l’ancien couvent de São Francisco, désaffecté, que l’hôtel de ville s’établît dans la maison qui servait de prison et que le recolhimento (maison de retraite religieuse pour femmes) des mendiants fût transféré à la Casa das Angústias. Ces suggestions ne furent pas retenues. Bien plus tard, à la suite d’une requête présentée le 17 mai 1888, le conseil obtint que lui fût cédée la forteresse do Pico (« du Pic ») pour une durée de 10 ans, afin d’y installer provisoirement les prisons. Il ne put toutefois profiter de cette faveur du gouvernement, faute des moyens nécessaires pour construire un édifice apte à servir de prison de la circonscription judiciaire (comarca).

On voulut ensuite transférer la prison au Lazareto de Gonçalo Aires (« lazaret de Gonçalo Aires ») (1897), au couvent de l’Incarnation (Encarnação) (1897), à la forteresse do Pico (1909) et au séminaire du Bom Despacho (Seminário do Bom Despacho) (1910). Mais ces projets se heurtèrent à des obstacles, et les détenus restèrent dans la maison du Largo da Sé, « ce terrible foyer d’infection, ce cimetière de créatures vivantes, comme l’appelait en 1847 le conseiller José Silvestre Ribeiro.

Ce n’est qu’après la suppression de l’hôpital Saint-Lazare (Hospital de São Lázaro), le 5 juin 1912, que put enfin se réaliser le vieux projet de doter Funchal d’une prison convenable. Le conseil municipal ayant décidé que cet établissement serait construit sur le terrain qu’occupait cet hôpital, on s’attacha aussitôt à exécuter cette délibération avec une telle ardeur – on alla, dans les derniers temps, jusqu’à travailler de nuit pour hâter l’achèvement des travaux – que le 29 novembre 1913 les détenus furent transférés dans le nouveau bâtiment qui leur était destiné. Le même jour commença la démolition du vieil immeuble du Largo da Sé, où la prison de la circonscription judiciaire avait été logée pendant près d’un siècle.

C’est le docteur Fernando Tolentino da Costa, membre puis président du conseil municipal de Funchal, qui porta le plus vif intérêt à la construction de la prison de São Lázaro et à la démolition de l’édifice du Largo da Sé ; c’est à ses efforts et à son zèle reconnu que l’on doit la rapidité avec laquelle ces deux améliorations purent être menées à bien. Le public salua de quelques gerbes de fusées la chute des premières pierres de la vieille maison de la prison, et chacun se réjouit de la disparition d’un édifice qui, outre qu’il ne remplissait pas les fins auxquelles on l’avait destiné, enlaidissait fort l’un des points les plus centraux de la ville.

Dans cet article

Époque

Années citées · 13
  1. Le corregedor signala que l’ancienne prison de Funchal était gravement délabrée.

  2. Le Senado da Câmara de Funchal prit possession de la maison située sur le Largo da Sé.

  3. Le corregedor demanda instamment le transfert de la prison de Funchal dans une maison plus sûre.

  4. Le conseil municipal de Funchal décida de financer la construction d’une nouvelle prison par la vente de l’ancienne, mais l’alcaide-mor refusa d’y contribuer.

  5. L’ancienne prison de Funchal fut vendue à José António Monteiro.

  6. O Defensor da Liberdade dénonça les conditions de détention dans la prison du Largo da Sé, à Funchal.

  7. Les prisonniers furent transférés du couvent São Francisco à la prison du Largo da Sé.

  8. Le conseil municipal de Funchal décida de transférer la prison dans la maison des Angústias, mais le gouvernement s’y opposa.

  9. Une deuxième décision de transférer la prison de Funchal dans la maison des Angústias fut adoptée, mais ne fut pas exécutée.

  10. José Silvestre Ribeiro proposa de transférer la prison dans l’ancien couvent São Francisco.

  11. Le conseil municipal obtint l’usage de la forteresse do Pico comme prison pour dix ans.

  12. La Câmara ferma l’hôpital de São Lázaro, libérant son emplacement pour la nouvelle prison.

  13. Les détenus furent transférés dans la nouvelle prison aménagée dans l’ancien hôpital de São Lázaro, et la démolition de l’ancienne prison du Largo da Sé, à Funchal, commença.

Lieu

Lieux cités · 11
  1. Prison · Sujet

    Funchal

  2. Casa das Angústias

    Funchal. Bâtiment devenu par la suite un asile, proposé pour accueillir la prison en 1841 et 1845.

  3. Couvent de l’Incarnation

    Funchal. Emplacement proposé pour la prison en 1897.

  4. Couvent Saint-François

    Funchal. Des prisonniers y furent hébergés temporairement jusqu’en 1836.

  5. Forteresse do Pico

    Funchal. Forteresse cédée en 1888 pour servir de prison, puis proposée de nouveau à cette fin en 1909.

  6. Funchal

    Siège du ressort judiciaire dont la prison est décrite.

  7. Hôpital Saint-Lazare

    Funchal. Hôpital fermé en 1912, sur le site duquel fut construite la nouvelle prison.

  8. Largo da Sé

    Funchal. Place où la maison du conseil municipal servit de prison pendant près d’un siècle.

  9. Lazareto de Gonçalo Aires

    Funchal. Emplacement proposé pour la prison en 1897.

  10. Rua da Cadeia Velha

    Funchal. Rue à l’extrémité sud de laquelle se trouvait l’ancienne prison.

  11. Séminaire du Bom Despacho

    Funchal. Site proposé pour la prison en 1910.

Personnes

Personnes citées · 07
  1. Ancienne propriétaire, avec son mari, de la maison du Largo da Sé saisie pour dettes et reprise par le conseil municipal en 1803.

  2. Conseiller municipal de Funchal, puis président du conseil, principal responsable de la construction de la prison de São Lázaro et de la démolition de l’ancienne.

  3. Corregedor qui signala en 1768 que l’ancienne prison était gravement délabrée.

  4. Destinataire de la lettre de 1768 dans laquelle le corregedor signalait le délabrement de la prison.

  5. Acheta l’ancienne prison en 1824 pour 3 600 000 réis.

  6. Gouverneur civil de Funchal qui proposa en 1847 de transférer la prison au couvent São Francisco et qualifia l’ancienne prison de « cimetière de créatures vivantes ».

  7. Corregedor qui demanda instamment en 1811 le transfert de la prison dans une maison plus grande et plus sûre.

Sur la feuille C

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