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Article nº 0800 Invertébré marin Vol. I · p. 476–479 6 min de lecture

Carcinologie

Titre original: Carcinologia

Panorama des crustacés de l’archipel de Madère, présentant les décapodes les plus connus (crabes, bernard-l’ermite, homards, crevettes) avec leurs noms locaux et leurs usages, ainsi que les groupes plus petits et les rares travaux scientifiques qui leur sont consacrés.

Carcinologie

1Décapodes : crabes et bernard-l’ermite

Les crustacés de cet archipel sont loin d’avoir fait l’objet d’une étude complète : seuls quelques groupes ont retenu un peu l’attention de certains naturalistes.

Les Décapodes sont représentés par quelques dizaines d’espèces dans les collections particulières qui existent à Funchal. Ces espèces peuvent se répartir, en gros, de la manière suivante : 40 chez les Brachyoures, 15 chez les Anomoures et 30 chez les Macroures.

Parmi les Brachyoures, ou Décapodes à queue courte, nous citerons comme les plus connus ou les plus remarquables par leur forme ou leur valeur alimentaire les suivants :

  • la caranguejola (nom local de divers crabes, surtout araignées de mer) comestible (Maia squinado), prise parfois dans les filets près de la côte
  • les crustacés triangulaires des genres Leptopodia, Stenorynchus, Amathia, Pisa et autres, parmi lesquels mérite mention l’intéressante Leptopodia sagittaria, qui fréquente la baie de Funchal par 20 à 40 braças et davantage
  • la caranguejola de falaise (Eriphia spinifrons), peu commune, qui habite de petits trous creusés dans le rocher, à l’ouverture si étroite qu’elle semble y vivre prisonnière, saisissant les aliments qui passent près de l’entrée de sa cachette
  • un grand crabe (Cancer Bellianus), pêché de temps à autre dans les eaux littorales
  • les jacas (nom local de petits crabes de rivage) douces (Xantho floridus et X. rivulosus) et la jaca sauvage (Grapsus marmoratus), recherchées comme appât et fréquentes sur les points de la côte couverts de sable ou de fin gravier
  • l’élégante Lupea hastata, aux pattes postérieures adaptées à la nage, appelée elle aussi jaca, commune sur les fonds sableux depuis la baie de Machico jusqu’à la Ponta de São Lourenço (« pointe Saint-Laurent ») et sur la côte méridionale de Porto Santo (« port saint »)
  • la jaca des bois (Grapsus minutus), commune sur les bois flottants, sur la carapace des tortues ou sur d’autres objets que le courant apporte dans ces mers. C’est ce crabe que, selon certains, Christophe Colomb aurait pris pour un indice sûr de la proximité de la terre, lorsque le navigateur l’aperçut en plein océan, accroché à des amas de sargasses ou à quelque morceau de bois charrié par les eaux.
  • Viennent ensuite le crabe juif, appelé aussi cabra (Grapsus Webbi), propre à servir d’appât et d’amorce pour le poisson, et le crabe maure, ou crabe à manger (Plagusia squamosa), que l’on cuit avant de le mettre en vente et qui, comme le précédent, n’est pas rare au-dessus de la ligne du rivage, en certains points où la côte est rocheuse
  • l’araignée (Plagusia clavimana), fréquente en quelques endroits, parmi les pierres que la marée laisse à découvert, et appréciée comme appât pour certains poissons
  • enfin la caranguejola honteuse (Calappa granulata), intéressante par la forme bombée de sa carapace et par le grand développement de ses pinces, qui lui permettent de se cacher une grande partie de la face. Elle n’est pas très rare dans la baie de Porto Santo, sur la plage de laquelle elle vient s’échouer lors des fortes houles.

Parmi les Anomoures, ou Décapodes à queue anormale, méritent d’être signalés Dromia vulgaris et Homala spinifrons, qui vivent dans la baie de Funchal et en bien d’autres endroits au-delà de 15 braças de fond ; la caranguejola de natura (Homola Cuvieri), le plus grand des crustacés connus à Madère, rarement pêchée sur les fonds élevés ; et enfin le genre Pagurus, représenté par plusieurs espèces, les unes propres au rivage, les autres d’eaux plus profondes. Parmi ces dernières, il convient de citer P. callidus et P. striatus, pour leur grande taille.

Les crustacés du genre Pagurus sont appelés caranguejolas, nom que le pêcheur donne d’ailleurs, en général, aux crustacés qui ne sont d’aucune utilité. Ces Pagurus sont, en certains endroits, extrêmement abondants dans les flaques de rocher du rivage. Comme leur abdomen est mou, ils s’introduisent dans une coquille de mollusque, parmi les nombreuses que l’on trouve vides. Cette coquille appartient communément aux genres Trochus, Columbella, Mitra, Nassa et Murex, et moins souvent à Bittium, Triton, Cassis, Ranella, Natica, Pleurotona, Cypriaea ou Scalaria ; les escargots terrestres (Helix, Bulimus) leur conviennent même, ainsi que les tubes détachés des mollusques du genre Vermetus et des vers du genre Serpula.

2Homards, crevettes et autres malacostracés

Parmi les Macroures, ou Décapodes à longue queue, figurent entre autres le genre Galathea, sur les hauts-fonds comme dans les grands fonds ; la langouste à antennes foliacées, larges et courtes (Scyllarus latus), très appréciée pour la finesse de sa saveur et relativement fréquente dans les eaux peu profondes, comme celles qui font face à Jardim do Mar (« jardin de la mer »), où le pêcheur la cueille en plongeant jusqu’au fond et en la saisissant directement à la main ; l’Arctus ursus, proche de l’espèce précédente mais non comestible, parfois ramené à la drague par environ 20 braças (brasses) à Funchal et par 90 à Porto Santo ; la langouste à antennes longues et épaisses (Palinurus vulgaris), appelée aussi lagostim ou lagostão, moins commune que celle à antennes aplaties déjà citée, et prise comme elle, soit en plongée, soit accidentellement à la ligne ou au filet ; le joli et rare Nephrops norvegicus ; enfin les crevettes, entre autres l’intéressante et rare Funchalia Woodwardi, le Penaeus Edwardsiannu, le Palaemon squilla et le

Crangon vulgaris, dont certaines sont pêchées dans des nasses de jonc pour servir d’appât au poisson fin, ou très rarement pour être vendues au marché.

James Yate Johnson a écrit sur trois Décapodes : Description of a New Species of Cancer obtained at Madeira (Proceedings of the Zoological Society of London, 1861) et Description of a New Genus and a New Species of Macrurous Decapod Crustacean belonging to the Penaeidae discovered at Madeira (Ibid., 1867).

Dans l’ordre des Stomatopodes, la mer de Madère nous offre, entre autres, les élégantes espèces du genre Squilla, comme S. mantis, S. Desmarestii, etc.

L’ordre des Cumacés, qui est également représenté, mériterait d’être étudié par des spécialistes compétents.

Les Isopodes marins comprennent plusieurs genres qui vivent sur les poissons, sur les rochers du littoral ou en d’autres milieux, mais aucun n’a encore fait l’objet d’une étude approfondie. Seuls les Isopodes terrestres ont retenu l’attention du docteur Alfred M. Norman, qui publia The Land Isopoda of Madeira, 1899.

Les Amphipodes comptent de nombreuses formes dans la mer, sur les plages et dans les ruisseaux d’eau douce, mais le groupe attend encore une recherche assidue.

Voilà ce que nous avons à dire de la grande section des Malacostracés. Sur les Entomostracés, voici ce qui nous vient à l’esprit :

3Entomostracés

Les copépodes marins ont été en partie étudiés par Isaac C. Thompson qui, dans le plancton qu’il avait recueilli dans la baie de Funchal et aux Canaries, put signaler 64 espèces, dont 6 nouvelles pour la science. Il écrivit à ce sujet : Copepoda of Madeira and the Canary Islands, with description of New Genera and Species (Linnean Society Journal, Zoology, 1887). Il en existe toutefois beaucoup d’autres, surtout des parasites des poissons, qui restent à recenser. Dans certaines eaux douces, en particulier celles qui sont retenues dans des bassins, on trouve aussi des représentants de ce groupe, comme les curieux Cyclops et d’autres.

Il existe plusieurs ostracodes d’eau douce, parmi lesquels on peut citer les Cypris, parfois abondants à Madère et à Porto Santo ; parmi les espèces marines figure la remarquable Laura Gerardiae, parasite du corail lumineux Gerardia

Lamarckii, que Lacaze-Duthiers étudia de façon si supérieure dans une monographie magistrale.

Dans les eaux continentales, on remarque aussi l’ordre des cladocères et probablement celui des phyllopodes.

Enfin, parmi les cirripèdes, 13 espèces furent mentionnées par Darwin dans son ouvrage sur cet ordre, mais le nombre d’espèces recueillies est aujourd’hui déjà plus élevé.

Outre la maigre bibliographie citée, 8 espèces de la grande division des entomostracés furent décrites en 1855 par le docteur S. Fischer dans les Actes de l’Académie royale de Bavière.

Dans cet article

Époque

Années citées · 05
  1. S. Fischer publia, avec l’Académie royale des sciences de Bavière, un ouvrage décrivant huit entomostracés de Madère.

  2. James Yate Johnson décrivit une nouvelle espèce de Cancer provenant de Madère.

  3. James Yate Johnson décrivit le nouveau genre de pénéides Funchalia, provenant de Madère, dans les Proceedings of the Zoological Society.

  4. I. C. Thompson publia une étude sur les copépodes de Madère et des Canaries.

  5. Alfred Merle Norman publia The Land Isopoda of Madeira.

Lieu

Lieux cités · 07

Étranger

Carte: Arquipélago da Madeira (7)
  1. Baie de Funchal

    Funchal. Habitat de plusieurs espèces de crabes et lieu de prélèvement de plancton.

  2. Baie de Machico

    Machico. Limite de l’aire sablonneuse de Lupea hastata.

  3. Canaries

    Spain. Thompson y préleva également des copépodes.

  4. Funchal

    Lieu où se trouvent des collections privées de crustacés.

  5. Jardim do Mar

    Calheta. Eaux où les plongeurs capturent à la main des cigales de mer.

  6. Ponta de São Lourenço

    Machico. Limite de l’aire de répartition de Lupea hastata.

  7. Porto Santo

    Sa côte sud et sa baie abritent plusieurs espèces de crabes.

Personnes

Personnes citées · 07
  1. Auteur de The Land Isopoda of Madeira (1899).

  2. Navigateur qui, selon certains, aurait considéré le crabe flottant Grapsus minutus comme un signe de la proximité de la terre.

  3. Mentionna 13 espèces de cirripèdes de Madère dans son ouvrage sur les cirripèdes.

  4. Étudia les copépodes du plancton de la baie de Funchal et recensa 64 espèces (1887).

  5. Naturaliste qui décrivit de nouvelles espèces de décapodes de Madère en 1861 et 1867.

  6. Zoologiste qui rédigea une monographie sur l’ostracode Laura Gerardiae.

  7. Décrivit huit espèces d’entomostracés de Madère en 1855.

Sur la feuille C

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