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Transport (moyens de) 1Traîneaux et transport de marchandises à Funchal
Article nº 3647 Transports, communications et travaux publics Vol. III · p. 648–650 5 min de lecture

Transport (moyens de)

Titre original: Transporte. (Meios de)

Article sur les moyens de transport traditionnels à Madère vers 1905, citant la brochure de Joaquim Maria Fragoso sur les routes de l’île : traîneaux tirés par des bœufs, corsas, hamacs, chevaux, premières voitures à roues, chemin de fer de Monte et traîneaux de Monte.

Transport (moyens de)

1Traîneaux et transport de marchandises à Funchal

Dans les articles Carros do Monte, Corsa, Palanquim et Rede, nous avons donné quelques informations sur les moyens de déplacement et de transport en usage dans cette île. Nous voulons y ajouter quelques éléments tirés de l’opuscule Duas Palavras sobre a viação na Ilha da Madeira, dû à Joaquim Maria Fragoso, ancien directeur des Travaux publics du Conseil général du district (Junta Geral). Bien qu’ils se rapportent à l’année 1905, ils offrent encore un intérêt particulier pour notre sujet :

« Dans les rues de la ville de Funchal, et sur les chemins pavés comme elles, le mode de déplacement le plus courant est la voiture tirée par des bœufs. Ces voitures se composent d’une caisse d’osier ou de bois, munie d’une armature de fer qui soutient une bâche ou un toit d’où pendent des rideaux ; l’ensemble repose sur des ressorts fixés à une sorte de traîneau de bois. Elles n’ont ni roues ni avant-train, et sont tirées par des bœufs, de petite race dans l’île, mais d’une rapidité remarquable.

Devant ces bœufs marche un garçon, qu’on appelle candeeiro, qui tient le joug ; à côté de la voiture, un homme aiguillonne les bœufs et dirige la voiture en y portant la main et en la tirant d’un côté ou de l’autre. Pour le transport des marchandises, on utilise les corsas (traîneau de bois sans roues) ou corsões (grandes corsas), qui se composent de deux pièces de bois parallèles et assemblées, longues de 1,6 m à 3 m et larges de 0,50 m.

Pour faciliter le frottement et le glissement des voitures et des corsas, on jette à terre, devant la voiture, un chiffon imprégné de suif sur lequel celle-ci passe, ce qui graisse la surface de glissement du traîneau et le pavé des rues, bien qu’un arrêté municipal (postura) interdise l’usage du suif. Aussi, lorsqu’une pluie fine mouille le pavé, il est très difficile d’y marcher sans glisser. C’est peut-être à ce graissage du pavé, ainsi qu’à la nature de la pierre et à la pente des rues, que l’on doit l’absence de poussière dans la ville de Funchal, condition hygiénique de plus à ajouter à toutes celles que ce climat si doux offre aux “malades” qui vont y recouvrer la santé.

2Hamacs, chevaux et voitures

Dans le reste de l’île, on se sert généralement du hamac (rede, suspendu à une perche et porté par deux porteurs), suspendu à une perche qui repose sur les épaules de deux hommes. Cette manière de voyager est très coûteuse, tant à cause du salaire des hommes (trois ou quatre, qui se relaient pour transporter une personne) que parce qu’il faut fréquemment leur donner à boire. Ils ne font pas 3 kilomètres sans s’arrêter dans les tavernes, toujours nombreuses dans toute l’île, pour boire la poncha (mélange d’eau-de-vie (aguardente, distillée de canne à sucre ou de vin), d’eau, de sucre et d’écorce de citron) ; et l’on ne saurait marchander les pourboires à qui dispose de notre vie. Si un jour vous voyagez en hamac dans l’île de Madère, je vous recommande le plus grand soin dans le choix de ces hommes, qui ont souvent le vice de l’ivrognerie et qui constituent de ce fait un véritable danger, à ajouter à tant d’autres qu’offrent ces routes royales.

On voyage aussi à cheval, sur des garranos ou poneys habitués à ces chemins ; et il y a même, à Funchal, de magnifiques chevaux de louage, ce qui étonne, car en général, ici sur le continent, les chevaux de louage sont les bêtes les plus lambines.

À Funchal, il existe déjà quelques voitures à roues (char-à-bancs), mais rares sont les rues où ces véhicules peuvent circuler ; ils ne font guère de service régulier que vers Câmara de Lobos (« repaire des phoques »), par la route monumentale dont je vous ai déjà parlé.

3Le chemin de fer et les traîneaux de Monte

Au-dessus de la ville de Funchal, à une altitude de 595 mètres, se dresse l’église Notre-Dame-du-Mont (Nossa Senhora do Monte). Elle est entourée de parcs splendides, tant par leur végétation, l’abondance de leurs eaux et la douceur de leur température en été que par le magnifique panorama dont on jouit de là-haut. C’est la Sintra de

Madère, avec de jolis chalets et de magnifiques hôtels, qui offrent aux visiteurs tout le confort du luxe moderne. Aller à Madère sans aller au Monte (« mont »), c’est, comme dit l’adage, aller à Rome sans voir le pape.

Entre Funchal et le Monte, il existe un chemin de fer sur lequel une locomotive à vapeur (à crémaillère) effectue cette ascension en dix minutes, sur une rampe dont la pente atteint 25 pour cent. Et puisque je vous entretiens des moyens de transport de Madère, je ne manquerai pas de mentionner ce qu’on appelle les « chariots du Monte » ou « paniers », dont la plupart des visiteurs profitent pour la descente. Ils se composent d’un plateau d’osier posé sur deux bâtons ou réglettes enduits de suif, et munis d’un siège ou canapé à dossier, également en osier, où peuvent prendre place deux ou trois personnes. À l’avant et de chaque côté sont attachées deux cordes, que tiennent deux hommes marchant derrière et sur les côtés du chariot ; à l’aide de ces cordes, ils le retiennent et le dirigent. Ces deux hommes poussent le chariot le long de la pente en posant un pied sur le chariot et en appuyant l’autre sur la ruelle pavée (calçada) du chemin. Ils sont si exercés à ce service, où la pesanteur sert de force motrice, qu’ils dirigent le chariot avec adresse et l’arrêtent chaque fois que c’est nécessaire. C’est ainsi que nous descendîmes du Monte par la route royale nº 24 (Estrada Real n.º 24) en cinq minutes, sur un parcours de 4 kilomètres, soit une vitesse de 48 kilomètres à l’heure !

Comme vous le voyez, certains de ces moyens de transport sont si originaux qu’ils constituent un véritable attrait. Avec le climat admirable de cette île, les splendides panoramas qu’elle possède et les curiosités qui intéressent les sciences naturelles, ils contribuent grandement à y attirer des étrangers de rang social élevé et fortunés. Qu’on lui donne, si possible, un réseau routier complet et dans des conditions normales, qu’on la traverse de chemins de fer, qu’on la parcoure en coupés et en victorias, et, les moyens de transport originaux qu’elle possède aujourd’hui disparaissant tout à fait, l’île de Madère perdra beaucoup de son originalité. » (1921). Ce que nous avons dit à la page 417 du volume I, sous le titre Routes, se rattache étroitement à l’objet du présent article.

Dans cet article

Époque

Années citées · 01
  1. La description des transports madériens par Joaquim Maria Fragoso se rapporte à cette année.

Lieu

Lieux cités · 05
Carte: Madeira (5)
  1. Câmara de Lobos

    Destination du service de voitures à roues au départ de Funchal.

  2. Église Notre-Dame-du-Mont

    Funchal. Église située à 595 m au-dessus de Funchal, au cœur de la station de Monte.

  3. Funchal

    Ville dont les rues pavées étaient parcourues par des traîneaux tirés par des bœufs.

  4. Monte

    Funchal. Lieu de villégiature en altitude, le « Sintra de Madère », accessible par chemin de fer.

  5. Route royale nº 24

    Funchal. Route descendant de Monte qu’empruntaient les traîneaux.

Personnes

Personnes citées · 01
  1. Ancien directeur des Travaux publics de la Junta Geral et auteur de la brochure sur les routes madériennes citée dans cet article.

Sur la feuille T

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