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Salines 1Tentatives de production de sel
Article nº 3285 Industrie et artisanat Vol. III · p. 403–406 9 min de lecture

Salines

Titre original: Salinas

Présentation des tentatives répétées, pour la plupart infructueuses, de production de sel marin à Madère et à Porto Santo depuis 1792, avec une analyse des obstacles techniques et une longue citation de l’amiral Hugo de Lacerda, qui soutient que cette production pourrait encore réussir.

Salines

1Tentatives de production de sel

À plusieurs reprises, on a cherché à établir dans l’archipel l’industrie de l’extraction du sel de l’eau de mer, mais presque toujours avec des résultats peu encourageants. La plus ancienne tentative remonte à 1792 : l’ordonnance royale (alvará) du 20 novembre de cette année autorisa Tomás Watts, Francisco Martins da Luz et João José de Basto à « l’établissement de fabriques de pêcheries et de salines dans tout l’État de Madère et sur la plage dite formosa ». Cette tentative fut suivie d’une autre, celle de Francisco Vicente Espinosa da Câmara, qui sollicita en 1823 le monopole, pour 30 ans, de la fabrication du sel à Madère, en indiquant quelques moyens d’obtenir ce produit dans des conditions avantageuses.

À Praia Formosa (« belle plage ») subsistent les vestiges d’anciennes installations de cristallisation du sel, construites probablement par les premiers qui s’essayèrent à la saliculture chez nous. Tout près de ce lieu-dit (sítio), à Ponta da Cruz (« pointe de la Croix »), on fit il y a environ 15 ans des essais de fabrication du même produit ; ils ne donnèrent aucun résultat, car il fallait élever l’eau de mer à une grande hauteur pour la faire entrer dans les bassins. C’est José da Corte qui tenta d’établir des marais salants à Ponta da Cruz, mais avec l’installation de la conserverie de thon, les tentatives d’extraction du sel cessèrent complètement en ce lieu.

Vers 1865, Jacinto António de Sousa fit construire des salines à Paul do Mar (« marais de la mer »), aux lieux-dits de Lagoas (« lagunes ») et de Serra da Cruz (« montagne de la Croix ») ; elles passèrent, vers 1878 croyons-nous, entre les mains de Filipe António Gonçalves. Il y a quinze à vingt ans, d’autres salines furent établies près des anciennes ; elles eurent pour propriétaires José Maurício Gomes, João Martins da Silva, José da Corte et Alexandre da Silva (1921). Dans les unes comme dans les autres, on fabriqua beaucoup de sel, pas toujours de mauvaise qualité, ce qui n’empêcha pas qu’il fallût les abandonner toutes, parce qu’elles rapportaient peu à leurs propriétaires, voire leur causaient des pertes. Pour revêtir le fond et les parois des bassins de ces dernières salines, on alla jusqu’à importer de l’argile du Portugal.

Nous avons encore connaissance de deux autres tentatives d’extraction du sel faites à Madère, l’une au lieu-dit de Fajã da Areia (« replat du sable »), à São Vicente (« saint Vincent »), l’autre dans la paroisse (freguesia) de Caniçal (« roselière ») ; elles ne donnèrent pas non plus de résultats encourageants. José Maurício Gomes et J. Pontes Leça furent les fondateurs et directeurs des salines de Caniçal.

À Porto Santo (« port saint »), il y eut aussi quelques tentatives pour établir l’industrie de l’extraction du sel de l’eau de mer. La plus ancienne fut celle d’Isidoro da Silva, qui engloutit des capitaux considérables dans la construction de salines au lieu-dit de Fontinha (« petite source »). En 1890 et dans les années suivantes, Augusto de Nóbrega Noronha parvint à extraire beaucoup de sel de marais salants qu’il avait fait construire à Serra de Fora (« montagne du dehors »), dans le nord de l’île. Vers 1903, d’autres marais salants furent établis au même lieu, appartenant au docteur António Luís Pimenta ; ceux-ci ne donnèrent toutefois pas de résultats satisfaisants, en raison, dit-on, de défauts dans la construction des bassins destinés à recevoir l’eau.

Pour faire fonctionner les marais salants de l’archipel, il faut élever l’eau au moyen de machines d’une sorte ou d’une autre, car la configuration de la côte ne permet pas de placer les bassins au-dessous du niveau de la mer. Cette circonstance d’une part, et d’autre part une certaine lenteur de l’évaporation, due au ciel souvent couvert en été et à la forte teneur habituelle de l’atmosphère en vapeur d’eau, rendent la saliculture plus coûteuse et plus difficile ici que sur le continent. Cela ne veut pas dire qu’elle soit irréalisable, et peut-être même dans des conditions avantageuses, si l’on respecte certaines règles auxquelles on n’a pas toujours, jusqu’à aujourd’hui, accordé l’attention voulue.

Les salines de Paul do Mar ne donnèrent pas de résultats encourageants parce qu’elles avaient été construites en un lieu peu balayé par les vents et qu’il fallait recourir à des moteurs à vapeur pour élever l’eau. À Caniçal, en revanche, il y a lieu de croire que l’industrie de l’extraction du sel pourrait encore devenir rentable, pourvu que l’on prenne la précaution de cimenter les bassins, afin que le produit obtenu ne soit pas, comme cela s’est déjà produit, chargé d’impuretés. Là, comme à Porto Santo, on peut employer des éoliennes pour élever l’eau, ce qui représente une grande économie pour cette opération. C’est d’ailleurs à l’aide d’une de ces machines et avec des bassins dans les conditions indiquées ci-dessus que feu Augusto de Nóbrega Noronha parvint à obtenir dans cette île un sel aussi parfait que celui qui vient du Portugal.

2L’analyse de Hugo de Lacerda

L’exploitation des « salines » dans cet archipel mérite une étude particulière, qui atténuerait les impressions défavorables que l’on garde ici des divers échecs survenus autour de cette industrie appréciée. À cette fin, nous allons transcrire quelques passages d’un bel article de l’illustre officier de marine et académicien, l’amiral Hugo de Lacerda, qui renferme de précieuses informations sur cet important sujet.

« Une simple comparaison des facteurs d’ordre technique que l’on peut tenir pour fondamentaux dans la question qui nous occupe, entre ceux d’ici et ceux du Portugal continental, peut déjà, je crois, apporter quelque éclaircissement. Comme on le sait, le Portugal continental est l’un des principaux producteurs de sel : vastes salines, ou marais salants, dans la Ria de Aveiro, dans l’estuaire du Mondego, sur le Tage jusqu’à Vila Franca et sur la rive du Ribatejo, sur le Sado jusqu’à Alcácer do Sal, et encore en Algarve, à Faro, Tavira et Portimão. Voyons : – Quant au degré de salinité de l’eau et à sa pureté, on ne peut voir que des avantages dans cet archipel. L’inconvénient que j’ai entendu citer, à savoir que la salinité serait ici plus forte que sur le continent, ne peut valoir qu’en sens inverse ; du reste, ce n’est pas parce que les marais salants du continent sont situés (à l’exception de ceux de Faro) dans des régions fluviales qu’ils recevront des eaux moins denses, car ils fonctionnent à l’époque des étiages. – Pour ce qui est de la plus grande facilité de remplissage des réservoirs, il ne fait aucun doute que le continent jouit d’avantages marqués : il suffit là-bas du seul flux des plus hautes marées pour laisser entrer librement les eaux, et ces facilités sont d’autant plus grandes qu’il s’agit des eaux plus calmes des zones fluviales. La quantité d’eau à traiter est considérable, car chaque litre ne peut fournir qu’une vingtaine de grammes de chlorure de sodium ; toutefois, comme on peut compter sur le vent, le moulin peut résoudre plus économiquement la difficulté, d’autant qu’il peut aussi servir à d’autres usages. Il faut noter qu’en Italie, pays également grand producteur de sel, les marées méditerranéennes atteignent tout au plus 0,3 m au-dessus du niveau moyen ; il n’est donc pas vraisemblable qu’on n’y doive recourir à des procédés artificiels plus ou moins coûteux. – En ce qui concerne l’imperméabilisation des fonds et des parois des réservoirs, qui semble avoir été la cause principale des échecs mentionnés, il n’y a pas non plus de doute sur les avantages du continent. Mais si le revêtement, comme celui qui fut fait à Porto Santo, s’est fendu, les fissures sont moins à craindre avec les procédés modernes du béton armé, qui, en l’occurrence, n’a même pas à supporter de charges sensibles, un simple treillis métallique suffisant peut-être comme armature ; du reste, il existe déjà aussi des procédés de bonne imperméabilisation, les fissures elles-mêmes peuvent être réparées, et l’on doit compter sur la couverture liquide, du moins à l’époque des plus fortes températures au soleil. À Moçâmedes, me dit-on, le sel destiné à la salaison du poisson, si abondant là-bas, est fabriqué dans des réservoirs revêtus de béton, naturellement armé. L’Encyclopædia Britannica mentionne des réservoirs de ce genre. – L’absence de pluie pendant la période de fabrication est une condition, et elle est identique et pratiquement remplie dans les deux régions. – La chaleur figure comme un facteur important, et il faut surtout considérer celle du rayonnement solaire direct ; quant à la chaleur à l’ombre, il doit y avoir quelque avantage ici, mais pour celle du plein soleil, le doute est permis, même dans les lieux du littoral qui intéressent la question, les plus ensoleillés, c’est-à-dire ceux de Porto Santo ; toutefois, l’une des expériences a déjà démontré qu’on pouvait obtenir du sel en abondance. – Au vent, on ne saurait manquer d’attribuer une importance capitale. Sur une grande partie du sud de Madère, on ne peut compter que sur une action relativement faible de cet ordre ; mais sur la côte nord et sur la côte sud à l’est de Machico, et surtout à Porto Santo, à en juger par les vents qui soufflent sur la Ponta de São Lourenço (« pointe Saint-Laurent »), les différences ne devraient pas être aussi marquées par rapport aux fortes nortadas du littoral continental pendant les mois d’été. À cet égard, l’expérience qui produisit du sel en abondance (quoique de mauvaise qualité) mérite également d’être prise en considération.

Reste enfin l’humidité relative de l’atmosphère, qui, étant considérable, doit contrarier l’action du soleil et du vent en diminuant l’évaporation. Cette condition est parfaitement identique dans les deux régions considérées en été, car en hiver (il est toujours bon de le répéter) les avantages sont ici bien supérieurs.

Je résume : quant à la technique, pourvu qu’on la respecte et qu’on choisisse bien les emplacements, il ne semble y avoir aucune raison de penser qu’on ne puisse obtenir ici un sel bon et abondant ; la question revêt donc surtout un aspect financier, celui de bénéfices raisonnables : d’un côté, la dépense plus élevée pour le revêtement des réservoirs et l’élévation des eaux ; de l’autre, le coût du transport du sel du continent jusqu’ici, ainsi que le prix plus élevé de la main-d’œuvre, tant pour l’installation initiale que pour la fabrication elle-même.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas recourir à un bon expert, pour l’une et l’autre chose, secondé par un personnel exercé dans le métier. Et si l’on voulait d’aventure revenir à une nouvelle tentative, bien orientée, ne serait-il pas possible de trouver un bon guide imprimé, tant pour la partie technique que pour l’ordre financier ? Le Dicionário Português Ilustrado mentionne un article d’un ingénieur portugais sur le sujet.

Il faut encore considérer que Madère peut d’un moment à l’autre se trouver isolée, ou presque, et que le sel est de première nécessité, à tel point qu’en certains endroits il est le principal objet d’échange. »

Dans cet article

Époque

Années citées · 06
  1. Une charte royale autorisa Tomás Watts et ses associés à établir des pêcheries et des salines à Madère : ce fut la première d’une série de tentatives infructueuses visant à fonder des compagnies de pêche (une autre suivit en 1802).

  2. Francisco Vicente Espinosa da Câmara demanda un monopole de 30 ans sur la production de sel à Madère.

  3. Jacinto António de Sousa construisit des salines à Paul do Mar.

  4. Les salines de Paul do Mar passèrent aux mains de Filipe António Gonçalves.

  5. Augusto de Nóbrega Noronha commença à produire du sel en grande quantité à Serra de Fora, à Porto Santo.

  6. De nouveaux bassins salants appartenant à António Luís Pimenta furent aménagés à Serra de Fora, à Porto Santo.

Lieu

Lieux cités · 16

Étranger

Carte: Arquipélago da Madeira (16)
  1. Alcácer do Sal

    Portugal. Région productrice de sel sur le Sado, au Portugal continental, citée à titre de comparaison.

  2. Caniçal

    Machico. Paroisse abritant des salines jugées encore potentiellement rentables.

  3. Fajã da Areia

    São Vicente. Lieu d’une tentative infructueuse de production de sel.

  4. Fontinha

    Porto Santo. Emplacement des salines d’Isidoro da Silva.

  5. Lagoas

    Calheta. Lieu-dit où se trouvaient les salines de Paul do Mar.

  6. Machico

    La côte à l’est de Machico est présentée comme plus venteuse et donc plus favorable à la production de sel.

  7. Moçâmedes

    Angola. Port angolais où le sel était produit dans des réservoirs revêtus de béton.

  8. Paul do Mar

    Calheta. Lieu où des salines furent établies vers 1865, puis abandonnées faute de rentabilité.

  9. Ponta da Cruz

    Funchal. Lieu de tentatives infructueuses de production de sel, où fut ensuite implantée une conserverie de thon.

  10. Ponta de São Lourenço

    Machico. Ses vents forts sont cités comme indice de conditions favorables à l’évaporation.

  11. Porto Santo

    Île où plusieurs tentatives de création de salines furent menées.

  12. Praia Formosa

    Funchal. Mentionnée dans l’autorisation de 1792 ; des vestiges d’anciens bassins salants y subsistent.

+ 4 de plus

Personnes

Personnes citées · 15
  1. Propriétaire de bassins salants aménagés vers 1903 à Serra de Fora, à Porto Santo, qui échouèrent en raison de défauts de construction des réservoirs.

  2. Produisit beaucoup de sel à partir de 1890 à Serra de Fora, à Porto Santo, à l’aide d’une pompe éolienne, obtenant un sel d’aussi bonne qualité que celui du Portugal continental.

  3. Copropriétaire des salines de Paul do Mar créées par la suite.

  4. Acquit les salines de Paul do Mar vers 1878, selon l’Elucidário.

  5. Cotitulaire de l’autorisation accordée en 1792 pour établir des pêcheries et des salines à Madère.

  6. Demanda en 1823 un monopole de 30 ans sur la production de sel à Madère.

  7. Amiral et académicien portugais dont l’article sur la production de sel à Madère est longuement cité.

  8. Fit, à grands frais, la première tentative de création de salines à Porto Santo, à Fontinha.

  9. Construisit des salines à Paul do Mar vers 1865.

  10. Cotitulaire de l’autorisation accordée en 1792 pour établir des pêcheries et des salines à Madère.

+ 5 de plus
  1. Copropriétaire des salines de Paul do Mar créées par la suite.

  2. Tenta d’aménager des bassins salants à Ponta da Cruz, puis devint copropriétaire de salines à Paul do Mar.

  3. Copropriétaire des salines de Paul do Mar créées par la suite et cofondateur des salines de Caniçal.

  4. Cofondateur et gérant des salines de Caniçal.

  5. L’un des trois hommes autorisés en 1792 à établir des pêcheries et des salines à Madère.

Sur la feuille S

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