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Elucidário Madeirense Accueil
Article nº 1911 Vue d’ensemble de l’histoire naturelle Vol. II · p. 351–354 7 min de lecture

Jardins de Madère

Titre original: Jardins da Madeira

Présentation des plantes ornementales et exotiques cultivées dans les quintas et les jardins de Madère, surtout à Funchal, avec les noms de jardins et d’espèces remarquables ainsi qu’une citation exprimant l’admiration d’un visiteur.

Jardins de Madère

1Plantes des jardins en ville et à la campagne

Les plantes spontanées ne sont pas les seules à intéresser les naturalistes qui visitent Madère : les plantes cultivées dans les quintas et les jardins méritent elles aussi l’attention, tant par leur variété que par la vigueur de leur végétation, et enfin par l’éclat et la splendeur de leur feuillage ou de leurs fleurs. À côté des plantes de l’Europe moyenne, de nombreuses espèces tropicales poussent en plein air dans les jardins madériens, et cette association de formes venues des latitudes les plus diverses produit une impression étrange sur le visiteur cultivé qui parcourt pour la première fois cette île afin d’en admirer les beautés naturelles. Les flores des zones les plus variées du globe ont ici des représentants ; seuls l’árvore do pão, le cavaleiro, le cajueiro, le baobab et quelques autres espèces ne végètent pas sous le climat de Madère, sans doute parce qu’ils n’y trouvent pas la quantité de chaleur dont ils ont besoin pour accomplir toutes les phases de leur végétation.

Dans toutes les cours et tous les jardinets de Funchal, quelques parcelles de terrain sont toujours réservées à la culture des fleurs, et rares sont, en ville, les personnes qui ne possèdent pas au moins quelques pots de plantes ornementales, auxquelles elles prodiguent les plus grands soins. À la campagne, on observe le même penchant à orner les abords des habitations de plantes jolies et variées ; le naturaliste y reconnaît diverses formes qui, sous des latitudes plus septentrionales, ne peuvent vivre qu’en serre ou à l’abri de protections, choses presque inconnues chez nous.

Dans presque tous les petits jardins des campagnes de Madère, on trouve les fuchsias, les martírios, les craveiros, l’urze-de-cheiro, les malvas (Pelargonium), les maravilhas, les goivos, les saudades-de-inverno, le não-me-deixes, la losna, les alfinetes-de-senhora, la dália, les cuidados, les pampilios, les mãozinhas-de-nossa-senhora, la madre-silva, la saudade, la bôca-de-peixe, le manjericão, l’alecrim, la salva, le rosmaninho, le pessegueiro-inglês ou verveine, l’erva-gigante, les amores-perfeitos, les lírios, les beladonas, les açucenas, la coroa-de-henrique, les junquilos, l’esparto, l’alegra-campo (voir tous ces noms), les amores-de-rapazes (Mesembrianthemum conspicuum), les amores-escondidos (Grazania rigens), la Lobelia Erinus, la Vinca rosea, l’Epiphyllum truncatum, etc. ; mais ces espèces, plus ou moins ornementales, ne sauraient rivaliser ni en éclat ni en magnificence avec certaines formes qui peuplent les quintas de l’île et leur donnent une physionomie particulière.

2Jardins remarquables et leurs arbres

La Quinta Vigia (« domaine de la Vigie »), la Quinta do Deão (« domaine du Doyen »), le Jardim Municipal (« jardin municipal ») et les jardins de l’hospice de la Princesse Dona Maria Amélia (Hospício da Princesa Dona Maria Amélia) sont, à Funchal, les enclos qui se distinguent le plus par le luxe et la variété de leur végétation arborescente. On y voit de beaux spécimens de la flore de diverses latitudes du globe, associés aux types indigènes à feuillage coriace et persistant. Le Liriodendron tulipiferum, le Bombax ceiba, l’Astrapaea Wallichii, la Mammea americana, l’Euphoria Lit-chi, la Pachira aquatica, le Spondias lutea, le Podocarpus neriifolius et le Taxodium distichum sont des essences qui poussent à la Quinta Vigia, tandis que dans les jardins de l’hospice de la Princesse Dona Maria Amélia, tout proches, on trouve entre autres les espèces ligneuses suivantes : Pittosporum Tobira, P. eigenioides, Brachychiton populneum, Erythrina senegalensis, E. poianthes, E. Caffra, Schotia brachyata, Acacia Julibrissin, Aleurites triloba et Gingko biloba. La Crescentia cucurbitina est l’un des principaux ornements de la Quinta do Deão, alors qu’au Jardim Municipal ce sont les palmiers, parmi lesquels se détache le Phoenix canariensis, ainsi que le Pandanus odoratissimus et le Dammara australis, qui constituent la principale parure du lieu.

Les essences indiquées ci-dessus, à l’exception de trois ou quatre, sont assez rares dans l’île. Parmi celles qui sont fréquentes, il nous paraît digne de mentionner le magnolia, l’arbre à encens, différents acacias, le laurier-cerise, le faux poivrier (Schinus), le laurier-royal, le troène, la cevadilha, le jacaranda, le duranta, le camphrier, le cannelier, le chêne, le platane, le micocoulier (Celtis), le figuier d’Inde, le cèdre de Goa et l’araucaria. Ces arbres, le barbuzano, le til (Ocotea foetens, laurier de Madère), l’acajou de Madère (vinhático, Persea indica) et le dragonnier indigènes, ainsi que divers arbustes exotiques, parmi lesquels nous signalerons le camélia, les hibiscus (Hibiscus), la manhã-de-páscoa, le datura, différents rosiers et des fuchsias, constituent les principaux représentants de la flore ligneuse des quintas (domaines ruraux avec maison de maître) et des jardins madériens.

Le camélia, bien que cultivé à Funchal, n’y atteint pas tout le développement dont il est capable. Il en va de même pour le Kalmia, le Rhododendron arboreum X ponticum, le Prunus lauro-cerasus, le Viburnum Opulus, le Syringa vulgaris, le Ribes Grossularia, le R. rubra et le Betula Alba : prospérant parfaitement dans les jardins de Camacha, ils dépérissent et meurent souvent à des altitudes inférieures à 400 ou 500 mètres. L’acajou de Madère, arbre indigène, se développe mal au-dessous de 150 ou 200 mètres.

3Plantes grimpantes, plantes à massifs et éloges des visiteurs

Les murs et les grilles des quintas et des jardins de Funchal se couvrent de nombreuses plantes, telles que les Ampelopsis, la Quisqualis indica, la Tacsonia manicata, la Wistaria sinensis, les Allamanda, les Bignonia (voir ce nom), le Stephanotis floribunda (jasmim-do-cabo, « jasmin du Cap »), la Cobaea scandens, le Plumbago capensis, le Jasminum grandiflorum, la Thunbergia Harrisii, la Solandra macrantha, la Lantana Camara, la Bougainvillea spectabilis, le Ficus stipulata et l’Asparagus Lowei (spontané). Dans les massifs, qui occupent souvent une bonne partie de ces mêmes jardins, on voit, mêlés aux arbustes que nous avons mentionnés plus haut, les coléus, les chrysanthèmes, les pélargoniums, les glaïeuls, les bambous, le Lathyrus odoratus, la Russelia juncea, la Salvia eriocalyx, la Libonia floribunda, la Cyrthanthera Pohliana, la Zinnia elegans, l’Heliotropium peruvianum, l’Acalipha musaica, l’Iresine Verschaffelti, la Dichorisandra thyrsiflora, l’Iris biflora, le Canna indica (conteira), la Globba nutans (flor-de-espírito), l’Imantophyllum miniatum, le Crinum Moorei, le C. Amabile et diverses autres plantes encore. De jolies azalées et bégonias, ainsi que le grand Farfugium, des orchidées des genres Sobralea, Stanhopea et Cypripedium, quelques palmiers et de nombreuses fougères indigènes et exotiques sont cultivés en pots et en barriques pour orner les jardins et les entrées des habitations.

Madère ne possède aucun jardin qui, par son étendue et la richesse de sa flore, puisse rivaliser avec certains jardins du sud de l’Europe ou de l’île de São Miguel, aux Açores. Ces enclos de notre île ont pourtant une physionomie si particulière, née tant de la variété des aspects de leur végétation que de la manière dont la vie de la nature s’y manifeste, que l’étranger qui les visite y trouve toujours beaucoup à admirer et à apprendre, surtout s’il est doué de l’esprit d’observation que donne l’étude des sciences naturelles. Quelle que soit l’époque de sa visite, il rencontre toujours une multitude de plantes dans toute la vigueur de leur végétation. Ce fait ne peut manquer de l’impressionner vivement, car il révèle l’existence dans cette île d’un printemps constant, inconnu des pays plus septentrionaux.

« La première impression que la vue de Funchal produit sur le voyageur, dit le commodore Bernhard von Wüllerstorf-Urbair, commandant de la frégate autrichienne Novara, est extraordinairement délicieuse et magnifique, avec la perspective de ses jardins et de ses fleurs et l’opulente végétation qui enguirlande et couronne les monts s’élevant depuis le rivage. Il n’y a pas là, il est vrai, la majesté sauvage ni les formes colossales de la végétation propre aux pays tropicaux. On y sent plutôt les traits d’une île de l’Italie méridionale que les magnificences d’un paysage équatorial. Mais se déroule sous les yeux de l’observateur un tableau si charmant, où la vie de la nature apparaît dans une variété et une beauté si riches, que l’imagination la plus créatrice ne saurait rien concevoir de plus aimable et de plus enchanteur. Les plus belles plantes des zones tempérées et subtropicales y réjouissent le regard en plein épanouissement, tandis qu’apparaissent aussi quelques-uns des plus beaux représentants de la flore des tropiques dans la splendeur luxuriante de cette merveilleuse végétation, qu’un naturaliste allemand a comparée naguère aux fabuleux jardins suspendus de Sémiramis. »

Les passages que nous venons de citer, élégamment traduits par Latino Coelho, expriment l’admiration et le ravissement d’un homme de science contemplant pour la première fois la végétation luxuriante de notre île. D’autres voyageurs parlent comme le savant autrichien, et l’on ne relève aucune divergence dans leurs écrits quant à la manière d’apprécier l’aspect et la richesse de la flore des quintas et des jardins de Madère.

Dans cet article

Lieu

Lieux cités · 07

Étranger

Carte: Madeira (7)
  1. Camacha

    Santa Cruz. Paroisse d’altitude où prospèrent des plantes tempérées qui ne poussent pas plus bas.

  2. Funchal

    Ville où se trouvent la plupart des jardins décrits.

  3. Hospice de la Princesse Dona Maria Amélia

    Funchal. Hospice dont les jardins, proches de Quinta Vigia, abritent de nombreuses espèces ligneuses exotiques.

  4. Jardim Municipal do Funchal

    Funchal. Jardin public remarquable pour ses palmiers, ses Pandanus et ses Dammara.

  5. Quinta do Deão

    Funchal. Domaine de Funchal dont le principal ornement est un Crescentia.

  6. Quinta Vigia

    Funchal. Domaine de Funchal réputé pour ses arbres exotiques rares.

  7. São Miguel

    Portugal. Île des Açores dont les jardins surpassent ceux de Madère par leur taille et leur richesse.

Personnes

Personnes citées · 03
  1. Commodore autrichien commandant la frégate Novara, cité pour son éloge des jardins et de la végétation de Funchal.

  2. Écrivain portugais qui traduisit le passage cité du commandant du Novara.

  3. Princesse dont l’Hospício de Funchal, aux jardins remarquables, porte le nom.

Sur la feuille J

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