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Article nº 3806 Agriculture, élevage et sylviculture Vol. III · p. 738–741 6 min de lecture

Pépinières et jardins d’acclimatation

Titre original: Viveiros e Jardins de Aclimação

Histoire de la pépinière publique (viveiro) fondée en 1799 à Lombada, dans la paroisse de Monte, qui distribua plus de 20 000 arbres à Madère et à Porto Santo avant sa suppression en 1828, ainsi que des projets ultérieurs, restés sans suite, de pépinières et de jardins d’acclimatation à Funchal.

Pépinières et jardins d’acclimatation

1La pépinière de Monte : aperçu historique

Le gouverneur et capitaine général de Madère, dom Diogo Forjaz Coutinho, ayant proposé au botaniste Vandelli de créer dans l’île de grandes pépinières destinées à approvisionner non seulement le jardin botanique d’Ajuda, mais aussi, au besoin, les jardins et les serres de toute l’Europe, les services centraux ne tardèrent pas à adresser au gouvernement civil de Funchal l’autorisation nécessaire pour mettre ce projet à exécution. Le 6 mai 1799, alors que ce gouverneur était déjà mort, le gouvernement provisoire ordonna au bachelier (bacharel, diplômé de l’université) José Maria de Afonseca de choisir un emplacement propre à servir de pépinière. Le 9 août suivant, ce même gouvernement déclarait dans un document officiel que les terrains destinés à la production des espèces septentrionales se trouvaient à la Lombada (« longue croupe »), dans la paroisse (freguesia) de Monte (« mont »), et que les espèces méridionales seraient cultivées aux endroits qui sembleraient les plus appropriés, tant qu’on ne leur aurait pas attribué de terrain propre. La direction de la pépinière des espèces septentrionales fut confiée à ce même Afonseca, qui pouvait, en cas d’empêchement, être remplacé par José Joaquim de Vasconcelos, à qui reviendrait la direction de la pépinière des essences méridionales, lorsque celle-ci serait établie.

Jusqu’au 10 août 1823, la pépinière de Monte distribua plus de 20 000 arbres en divers points de Madère et de Porto Santo (« port saint »), comme on le lit dans un rapport sur les travaux réalisés au profit de l’économie rurale de l’archipel, présenté aux services compétents par José Maria de Afonseca. La pépinière de Monte fut supprimée en 1828 par le gouvernement de Michel Ier, sans que personne songeât ensuite à la rétablir. Le décret du 4 janvier 1837 ordonna d’affecter l’enclos de l’ancien couvent Saint-François (São Francisco) à une pépinière, mais, semble-t-il, rien d’utile n’y fut fait pour renouveler une entreprise qui avait déjà donné chez nous de si bons résultats.

Le terrain où se trouvait la pépinière de Monte est aujourd’hui encore connu sous le nom de « Quinta do Jardim Botânico » (« domaine du Jardin botanique »). Quant à la pépinière des essences méridionales, nous n’avons pas connaissance qu’elle ait jamais été créée.

Le texte qu’on va lire, écrit il y a quelques années par l’un des coauteurs de cet Elucidário, apporte des informations nouvelles à l’article « Jardim de Aclimação » paru à la page 178 du volume II.

2L’article antérieur sur la quinta du Jardin botanique

« Au lieu-dit (sítio) de Lombada, dans la paroisse de Monte, se trouve une quinta (domaine rural avec maison de maître) que l’on appelle du Jardin botanique ; mais si nous y entrons et examinons attentivement les espèces qui la couvrent, nous ne trouvons rien qui puisse justifier de quelque façon le nom sous lequel elle est connue. On n’y voit ni végétation variée ni espèces rares, et l’on peut même dire que la quinta du Jardin botanique, malgré son nom, est l’une des propriétés de cette paroisse qui offrent le moins d’intérêt aux amateurs d’études floristiques.

Ce nom n’est pourtant pas entièrement impropre. Si l’on consulte d’anciens documents aujourd’hui ignorés de la grande majorité des habitants de Funchal, on reconnaît aisément qu’à l’endroit où ne poussent plus que des espèces communes fut jadis établie une excellente pépinière, qui fournit un grand nombre d’arbres à divers points de l’île.

L’histoire de la pépinière, ou Jardin botanique de Monte, se raconte en peu de mots. Le gouvernement portugais apprit que les explorations botaniques de Joseph Banks et de Daniel Solander en 1768, puis celles de Francis Masson en 1776 et 1777, avaient permis de découvrir à Madère de nombreuses espèces précieuses. Il adressa alors un avis au gouverneur et capitaine général dom Diogo Forjaz Coutinho, afin qu’il fît recueillir et envoyer au jardin botanique d’Ajuda, alors confié à Domingos Vandelli, non seulement toutes les plantes récemment découvertes, mais encore toutes celles auxquelles on attribuait quelque valeur économique ou thérapeutique.

La demande fut satisfaite par l’intermédiaire des inspecteurs généraux de l’agriculture. Le gouverneur proposa à cette occasion à Vandelli de créer dans l’île de grandes pépinières destinées à approvisionner non seulement le jardin botanique d’Ajuda, mais aussi, au besoin, les jardins et serres de toute l’Europe ; les services centraux ne tardèrent pas à transmettre au gouvernement civil de Funchal l’autorisation nécessaire pour que cette idée devînt réalité.

Le 6 mai 1799, dom Diogo Forjaz Coutinho étant déjà mort, le gouvernement provisoire qui avait succédé à ce gouverneur ordonna au bachelier (bacharel, diplômé de l’université) José Maria d’Affonseca de choisir un lieu propre à servir de pépinière. Le 9 août suivant, le même gouvernement déclarait dans un autre document que les terrains destinés à la production des espèces septentrionales se trouvaient à la Terra da Lombada, dans la paroisse de Monte, et que les espèces méridionales seraient cultivées aux endroits qui paraîtraient les plus appropriés, tant qu’on ne leur aurait pas affecté un terrain propre. La direction de la pépinière des espèces septentrionales fut confiée à ce même José Maria d’Affonseca, qui pouvait, en cas d’empêchement, être remplacé par José Joaquim de Vasconcellos, chargé de la direction de la pépinière des essences méridionales, laquelle, croyons-nous, ne fut jamais établie.

On le voit, dès août 1799 la pépinière de Monte était créée : un établissement d’une utilité incontestable, qui préparait l’île à accueillir les richesses végétales de diverses parties du monde. Jusqu’au 10 août 1823, cette pépinière distribua plus de 20 000 arbres en divers points de Madère et de Porto Santo, comme on le lit dans un rapport sur les travaux réalisés au profit de l’économie rurale de l’archipel, présenté aux services compétents par ce même José Maria d’Affonseca.

La pépinière de Monte fut supprimée par le gouvernement de dom Miguel en 1828, et personne ne chercha ensuite à la rétablir. Le décret du 4 janvier 1837 ordonna d’affecter l’enclos de l’ancien couvent de São Francisco à une pépinière, mais là non plus, semble-t-il, rien ne fut fait pour renouveler une entreprise qui avait déjà donné chez nous de si bons résultats.

3Le projet de jardins d’acclimatation de Welwitsch

En matière de jardins d’acclimatation, il n’y a à signaler que la proposition faite le 23 août 1852 au gouvernement portugais par le docteur Friedrich Welwitsch, savant botaniste autrichien, en vue de créer deux de ces établissements, l’un à São Paulo de Luanda et l’autre à Funchal. Le jardin à créer à Funchal aurait constitué, selon ce botaniste, un jardin subtropical ; il aurait accueilli aussi bien les végétaux tropicaux que ceux des pays froids, pour les acclimater et, si possible, les naturaliser, afin qu’ils puissent ensuite être transportés sans dommage sous d’autres climats.

L’idée du docteur Welwitsch, bien qu’elle eût reçu l’approbation du Conseil d’outre-mer (Conselho Ultramarino), ne fut jamais mise en pratique, comme chacun sait. Il nous en reste toutefois des dizaines de dépêches consignées dans les registres de diverses administrations publiques, qui montrent que, dès le milieu du XIXe siècle, nos autorités officielles n’économisaient ni le papier ni l’encre lorsqu’elles étaient appelées à donner leur avis sur des questions auxquelles elles ne comprenaient rien.

Si, à la fin du XVIIIe siècle, les choses avaient suivi le même chemin, on n’aurait pas établi la pépinière ou jardin botanique du Monte, d’où sortirent des milliers de plantes qui allèrent repeupler les points les plus divers de l’île (1921). Voir Junta Agrícola, Passada da Novilha, Smith et Welwitsch.

Dans cet article

Époque

Années citées · 07
  1. L’expédition de James Cook à bord de l’Endeavour fit escale à Funchal avant de partir pour Rio de Janeiro ; Joseph Banks et Daniel Solander récoltèrent des plantes, et l’astronome Green visita Madère.

  2. Le botaniste Francis Masson arriva à Madère en mai 1776 et poursuivit son exploration botanique de l’île jusqu’en 1777, signalant la présence de l’herbe de Guinée.

  3. Une pépinière publique fut créée à Lombada, à Monte, sur un emplacement choisi par José Maria de Afonseca et désigné le 9 août 1799 ; elle distribua plus de vingt mille arbres destinés au reboisement jusqu’en 1823–24.

  4. À cette date, la pépinière de Monte avait distribué plus de 20 000 arbres.

  5. Le gouvernement migueliste supprima la pépinière de Monte.

  6. Un décret affecta les terrains du couvent São Francisco, à Funchal, à une pépinière, apparemment sans suite.

  7. Friedrich Welwitsch proposa au gouvernement de créer des jardins d’acclimatation à Luanda et à Funchal (proposition datée, selon les sources, du 23 août ou du 23 septembre 1852).

Lieu

Lieux cités · 08

Étranger

Carte: Arquipélago da Madeira (8)
  1. Couvent Saint-François

    Funchal. Ses terrains furent affectés à une pépinière par le décret de 1837, sans grand résultat.

  2. Funchal

    Siège du gouvernement et emplacement proposé pour un jardin d’acclimatation.

  3. Jardin botanique d’Ajuda

    Portugal. Jardin botanique de Lisbonne que les pépinières devaient approvisionner.

  4. Lombada

    Funchal. Emplacement de la pépinière d’espèces septentrionales créée en 1799.

  5. Luanda

    Angola. Emplacement proposé pour l’autre jardin d’acclimatation de Welwitsch.

  6. Monte

    Funchal. Paroisse où se trouvait la pépinière.

  7. Porto Santo

    Reçut des arbres de la pépinière de Monte.

  8. Quinta do Jardim Botânico

    Funchal. Domaine occupant l’emplacement de l’ancienne pépinière, dont il tire son nom.

Personnes

Personnes citées · 09
  1. Gouverneur et capitaine général de Madère qui proposa de créer de grandes pépinières sur l’île ; il était mort en mai 1799.

  2. Daniel Solander1736–1782

    Botaniste qui explora Madère avec Joseph Banks en 1768.

  3. Botaniste responsable du jardin botanique d’Ajuda, auquel fut soumis le projet de pépinière à Madère.

  4. Collecteur de plantes qui explora Madère en 1776 et 1777.

  5. Botaniste autrichien qui proposa en 1852 des jardins d’acclimatation à Luanda et à Funchal.

  6. Nommé sous-directeur de la pépinière de Monte et directeur de la pépinière projetée pour les espèces du Sud, qui ne fut apparemment jamais créée.

  7. Diplômé qui choisit l’emplacement de la pépinière, dirigea celle de Monte et rendit compte de son activité jusqu’en 1823.

  8. Joseph Banksmort 1820

    Naturaliste anglais dont l’exploration botanique de Madère en 1768 révéla des espèces précieuses.

  9. Souverain portugais dont le gouvernement supprima la pépinière de Monte en 1828.

Sur la feuille V

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