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Elucidário Madeirense Accueil
Article nº 1116 Coutumes et folklore Vol. I · p. 639–641 5 min de lecture

Croyances populaires

Titre original: Crenças Populares

Tour d’horizon des croyances et superstitions populaires encore répandues à Madère au début du XXe siècle : sorcières, mauvais œil, « ar mau », cartomancie, présages et rites divinatoires de la Saint-Jean. L’Elucidário conclut que les Madériens ne sont pas plus superstitieux que les autres Européens.

Croyances populaires

1Sorcières, magiciennes et diable

Si la civilisation a fait disparaître bien des croyances populaires autrefois communes à Madère, il en subsiste encore aujourd’hui quelques-unes parmi nous, qui nous paraissent dignes d’être mentionnées parce qu’elles sont fortement enracinées dans l’esprit de notre peuple. La croyance aux sorcières, aux jeteuses de sorts, au mauvais œil, au mauvais air (ar mau) et au pouvoir qu’ont certaines personnes de guérir par des paroles ou de prédire l’avenir au moyen des cartes se rencontre non seulement dans les campagnes, mais aussi en ville. Il faut noter que des personnes réputées cultivées n’ont pas encore entièrement renoncé à certaines superstitions que nous a léguées le passé.

Selon le peuple, les sorcières ont pour métier de commettre toute sorte de maléfices. Elles apparaissent parfois sous la forme d’une cruche roulant sur les chemins : si on la touche, elle se change en une femme qui oblige la personne ayant provoqué la métamorphose à la porter sur son dos jusque chez elle. Les jeteuses de sorts ont pour principale besogne de sucer la nuit le sang des enfants ; on peut toutefois prévenir ce maléfice en plaçant une paire de ciseaux ouverte sous l’oreiller de la personne que l’on veut protéger.

Le Campo Grande (« grand champ »), sur le Paul da Serra (« marais de la montagne »), est l’un des lieux choisis pour les assemblées des sorcières, que préside le démon, prenant souvent la forme d’un bouc. Le signe de croix, fait avec dévotion, suffit, dit-on, à mettre en fuite le roi des enfers si nous avons le malheur de le rencontrer sur notre chemin, quelle que soit la forme sous laquelle il se présente. Quant aux paroles tosca, marrosca, olhos na cara e freio na bôca (« tosca, marrosca, des yeux dans la face et un mors dans la bouche »), prononcées à voix haute, elles seraient, affirme-t-on, d’une efficacité extraordinaire pour éloigner la ou les sorcières qui chercheraient à nous nuire ou à se divertir à nos dépens.

Les feux follets qui apparaissent sur les terrains renfermant des matières en putréfaction sont, dit le peuple, l’œuvre des sorcières, qui ne craignent nullement de révéler leur présence en tout lieu, surtout la nuit. Les sorcières sont en règle générale des femmes vieilles et laides ; on croit à Madère, comme au Portugal, que leur pouvoir réside principalement dans une pelote de fil que le démon remet à chacune d’elles lors de son initiation. L’affaire des prophètes de Porto Santo (« port saint »), racontée avec le plus grand sérieux à la page 55 des Saudades da Terra de Gaspar Frutuoso, est attribuée par cet écrivain à des « tromperies ou ruses de Satan ». À la page 180 du même ouvrage, on lit le récit d’une lutte qu’un ecclésiastique soutint contre le démon près de la chapelle Notre-Dame-des-Neiges (Nossa Senhora das Neves) ; le démon en serait sorti vainqueur si cet ecclésiastique, reconnaissant que sa vie était en danger, ne s’était signé ou n’avait invoqué le nom de Jésus.

2Cartomancie, air nocif et présages

La croyance la plus répandue dans l’île est peut-être celle qui prête à certaines personnes le pouvoir ou la science de prédire l’avenir et de dévoiler des choses secrètes au seul moyen de cartes à jouer. Nombreuses sont d’ailleurs les femmes qui font métier de tirer les cartes pour satisfaire la curiosité des naïfs qui ajoutent foi à leurs supercheries.

En d’autres endroits de cet Elucidário, nous donnerons quelques informations sur l’art de guérir par des paroles (voir Bucho encostado, Mauvais œil et Médecine populaire). Quant au mauvais air, tout ce que nous pouvons en dire, c’est qu’il se fait sentir surtout la nuit et qu’il a la propriété de nuire aux personnes et aux animaux qui y sont exposés. Si, dans les campagnes, vous entendez les chiens hurler la nuit sans raison apparente, c’est que passe le mauvais air, qui provoque le quebranto et diverses maladies.

Au sujet des superstitions de notre peuple, nous dirons encore qu’un miroir qui se brise annonce un malheur. Prêter un tamis, vendre du sel ou du levain après le coucher du soleil, embrasser une personne qui tient à la main une bougie allumée, rester à table au passage d’un enterrement, commencer un travail un mardi ou un vendredi : autant de choses dont beaucoup de gens, non seulement des campagnes mais aussi de Funchal, s’abstiennent, dans la crainte qu’il ne leur en advienne du tort. Pour bien des gens, le nombre treize est fatidique, et si treize personnes s’assoient à une même table, on dit que l’une d’elles mourra dans l’année. La chouette et le patagarro sont des oiseaux de mauvais augure, et il en va de même de la poule qui a la mauvaise habitude de chanter comme un coq.

3Divination de la Saint-Jean et conclusion

C’est la veille de la Saint-Jean et de la Saint-Pierre que chacun peut connaître une part du destin qui lui est réservé. Le jeune homme ou la jeune fille célibataire qui, à l’heure de l’angélus, se remplit la bouche d’eau et se met à l’écoute apprendra, par le premier prénom d’homme ou de femme qu’il entendra, le nom de la personne à qui il unira un jour sa destinée. On peut parvenir au même résultat au moyen de sorts jetés dans l’eau, si l’un d’eux s’ouvre pendant la nuit. Un œuf cassé dans un verre peut aussi en dire long, si on le laisse exposé à l’air la nuit de la Saint-Jean ; et si, cette nuit-là, l’eau reflète l’image d’une personne au moment où sonnent les 12 coups de minuit, c’est que cette personne a la vie assurée jusqu’à la fête du même saint l’année suivante !

Les beatas sont des rameaux d’arbres et d’arbustes cueillis le matin de la Saint-Jean, moment où, dit le peuple, toutes les plantes ont une vertu, à l’exception de la malfurada. Placées à la porte ou à l’intérieur des habitations, elles annulent les effets du mauvais œil et préviennent bien des sortilèges auxquels l’humanité est exposée. Parmi les plantes qui poussent à Madère, le romarin est celle que l’on emploie le plus pour combattre les artifices diaboliques.

Outre les superstitions que nous venons d’évoquer, il en est d’autres qui peuplent encore l’imagination de notre peuple, mais que, par souci de brièveté, nous ne mentionnons pas ici. Quoi qu’il en soit, on ne saurait dire que le peuple madérien compte parmi les plus superstitieux, ni que sa crédulité soit en raison directe de son ignorance.

En Europe, même dans les pays les plus avancés, les superstitions et les croyances naïves sont plus nombreuses qu’à Madère, comme le montrent certains travaux sur les sciences occultes et les croyances populaires publiés au XIXe siècle par divers auteurs portugais et étrangers.

Dans cet article

Lieu

Lieux cités · 05
Carte: Arquipélago da Madeira (5)
  1. Campo Grande

    Calheta. Lieu où les sorcières se réuniraient sous la présidence du diable.

  2. Chapelle Notre-Dame-des-Neiges

    Funchal. Chapelle près de laquelle un ecclésiastique aurait lutté contre le diable.

  3. Funchal

    Les superstitions persistent même dans cette ville, selon l’article.

  4. Paul da Serra

    Ponta do Sol. Haut plateau où se trouve Campo Grande.

  5. Porto Santo

    Théâtre de l’épisode des « prophètes » raconté par Gaspar Frutuoso.

Personnes

Personnes citées · 01
  1. Gaspar Frutuoso1522–1591

    Chroniqueur açorien dont les « Nostalgie de la terre natale » relatent l’épisode des « prophètes » de Porto Santo et la lutte d’un ecclésiastique contre le diable, cités ici.

Sur la feuille C

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