Moura (dom Patrício Xavier de) 1La promesse faite au trictrac et le Cap-Vert
Moura (dom Patrício Xavier de)
Titre original: Moura (D. Patrício Xavier de)
Biographie de dom Patrício Xavier de Moura, religieux originaire de Setúbal devenu évêque du Cap-Vert, selon la tradition après avoir gagné un pari au trictrac, puis évêque de Funchal (1859–1872). Son épiscopat à Funchal fut marqué par des conflits avec le chapitre cathédral et les responsables politiques locaux.
1La promesse faite au trictrac et le Cap-Vert
Pinho Leal, au tome XI de son dictionnaire Portugal Antigo e Moderno, écrit à la page 872, à propos de José Joaquim Januário Lapa, 1er vicomte de Vila Nova de Ourém, ce qui suit, que nous transcrivons textuellement :
« Un fait remarquable se produisit entre le 1er vicomte de Vila Nova de Ourém et le père Patrício de Moura e Brito, natif de Setúbal. Lorsque ce titulaire, avant de le devenir, résidait à Vila Franca, il jouait un jour au trictrac avec ledit père, qui y était prieur (titre du curé). Celui-ci affirmait qu’il infligerait un codilho [NdT : coup gagnant décisif au jeu] à Lapa, lequel soutenait de son côté le contraire, ajoutant qu’il ferait de ce prieur un évêque s’il recevait de lui un codilho et devenait un jour ministre, le tout sur le ton de la pure plaisanterie. Le temps passa, et Lapa, de la modeste position qu’il occupait alors comme administrateur des Lezírias do Tejo, s’éleva dans l’échelle sociale grâce à ses mérites et aux succès de la politique, jusqu’à devenir ministre d’État. Le prieur de Vila Franca, qui suivait pour ainsi dire ses mouvements, averti par un heureux pressentiment, se présenta à lui dès que le vicomte fut nommé ministre, le félicita et réclama l’accomplissement du vœu. Le ministre, qui d’abord ne se souvenait pas de sa promesse, finit par se la rappeler parfaitement et donna au prieur de Vila Franca la mitre du Cap-Vert. Béni soit ce codilho ! »
Ce fait est confirmé par le doyen de la cathédrale du Cap-Vert, Francisco Ferreira da Silva, qui, dans son livre Diocese de Cabo Verde, ajoute les intéressants détails suivants.
« Dom frère Patrício Xavier de Moura était un religieux augustin (graciano). Encore simple frère (freire) de l’ordre, il avait été nommé par Jean VI chanoine de Bemposta et chapelain particulier de l’infante Isabelle-Marie, après que celle-ci eut entendu la magnifique voix dont il était doué. Légitimiste, il se retira dans sa ville natale, où il exerça le ministère de la chaire jusqu’à ce qu’on l’envoyât desservir la paroisse (freguesia) de Vila Franca de Xira. Il y avait fait la connaissance du vicomte de Vila Nova de Ourém, qui lui avait promis de le faire évêque quand il serait ministre, promesse qui fut tenue. Lors de son départ pour le Cap-Vert, il se fit accompagner de dom João de Noronha, âgé déjà de 70 ans, présenté comme archidiacre, et de trois serviteurs : Fernandes de Aguiar, mort il y a peu au Cap-Vert en léguant une fortune de plus de 80 000 000 réis (ancienne monnaie de compte portugaise ; 1$000 = 1 000 réis, 1:000$000 = un conto = 1 000 000 de réis) ; José Silvestre Teixeira, qui vécut peu de temps ; et José Maria Pinto, qui à 18 ans avait été pourvu d’une place de chanoine et resta au Cap-Vert jusqu’en 1880, y laissant un nom respecté comme professeur. Dom Patrício, bien que plus disposé à se coiffer du casque et à tirer l’épée qu’à mettre la mitre et à empoigner la crosse, fut un prélat travailleur et zélé. S’il réprimandait publiquement et avec aigreur le serviteur qui, lors d’un dîner de fête, portait un toast sans en avoir demandé la permission, et faisait lever le prêtre qui s’asseyait en sa présence sans la révérence due, il exaltait et récompensait généreusement ceux qui faisaient leur devoir et ne se permettaient pas de telles audaces. Peu mesuré dans ses réprimandes, il ne vit le doyen de la cathédrale qu’une seule fois, car celui-ci n’y revint jamais tant que ce prélat demeura dans le diocèse. » Il établit sa résidence dans l’île de Fogo, mais faisait de fréquentes et longues visites aux îles de Brava et de Santiago. Il soutint des luttes avec le gouverneur général, surtout à propos de la nomination des curés desservants (párocos encomendados), et le gouvernement de la métropole confirma au prélat le droit qui lui revenait de procéder à ces nominations. Lors d’une grave crise alimentaire dans l’archipel, il céda en faveur des affamés dix-huit contos (un million de réis) de réis de revenus de la mitre, qui lui appartenaient. Il administra l’évêché du Cap-Vert une dizaine d’années, puis, pour raison de santé, demanda sa présentation à la cathédrale de Funchal (Sé).
2Évêque de Funchal
En juillet 1858, le prélat dom Manuel Martins Manso quitta ce diocèse pour Guarda, où il avait été transféré. Le 20 avril de l’année suivante, Pie IX confirma le transfert de dom Patrício Xavier de Moura de l’évêché du Cap-Vert au diocèse de Funchal ; celui-ci prit possession de sa charge par procuration le 28 mai 1859. Il arriva à Funchal le 26 août suivant et fit son entrée solennelle dans la cathédrale (Sé Catedral) le 18 septembre suivant.
Dom Patrício de Moura n’eut pas un épiscopat heureux. Les motifs relevés par le doyen Ferreira da Silva – l’ingérence du prélat dans la politique locale, sa prédilection particulière et les faveurs qu’il accordait à certains prêtres, au détriment et au mépris d’autres – lui suscitèrent de grandes difficultés et de sérieuses frictions, qui ne se dissipèrent jamais tout à fait jusqu’à sa mort. Moins d’un an après son entrée dans le diocèse avait déjà paru une brochure de 70 pages intitulée Chronica do Bispado do Funchal nos primeiros seis meses de governo do Snr. D. Patrício Xavier de Moura, véritable réquisitoire contre l’administration épiscopale du prélat, rédigé avec une partialité manifeste et parfois même avec une mauvaise foi raffinée. Quelques membres turbulents du chapitre cathédral (cabido) et certains éléments prépondérants de la politique locale firent à l’évêque dom Patrício une guerre malveillante et acharnée, qu’il soutint vaillamment malgré son grand âge et ses infirmités bien connues. Dom Patrício Xavier de Moura fut un prélat zélé, non seulement pour l’intégrité des privilèges et prérogatives de l’Église, et tout particulièrement pour l’observance de la discipline canonique, mais aussi pour la propagation de la doctrine catholique, l’austérité de vie de son clergé et l’exacte application des lois ecclésiastiques.
Lors de l’une de ses absences de l’île, le prélat nomma la junte de gouvernement (Junta Governativa) de l’évêché, dont nous avons déjà parlé ailleurs ; outrepassant les pouvoirs qui lui avaient été conférés, celle-ci s’attira les remontrances du Saint-Siège et provoqua la publication de la brochure Breves Reflexões acerca da circular de 26 de Janeiro de 1870 do presidente da Junta Governativa do Bispado do Funchal aos parochos desta diocese.
En 1870, dom Patrício de Moura demanda un vicaire (coadjutor) et futur successeur : le doyen, le docteur Aires de Ornelas e Vasconcelos, fut nommé évêque titulaire de Gérasa en mars 1871, avec droit de succession au diocèse de Funchal.
Dom Patrício Xavier de Moura mourut le 19 septembre 1872 à Lisbonne, où il s’était retiré quelques années auparavant après avoir remis l’administration de cet évêché à son successeur, dom Aires de Ornelas e Vasconcelos.
Dans cet article
Époque
Années citées · 05-
L’évêque Manuel Martins Manso quitta Funchal pour le diocèse de Guarda.
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Pie IX confirma le transfert de dom Patrício Xavier de Moura du Cap-Vert à Funchal ; celui-ci prit possession du diocèse par procuration le 28 mai, arriva le 26 août et fit son entrée solennelle dans la cathédrale de Funchal le 18 septembre 1859.
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L’évêque Patrício Xavier de Moura demanda un coadjuteur et successeur.
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La Junta Governativa do Bispado adressa aux curés une circulaire condamnant diverses pratiques pieuses, ce qui fit scandale et suscita des critiques du Saint-Siège.
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Aires de Ornelas e Vasconcelos fut nommé et confirmé évêque titulaire de Gérasa et coadjuteur avec droit de succession au siège de Funchal.
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L’évêque dom Patrício Xavier de Moura mourut à Lisbonne.
Lieu
Lieux cités · 10Étranger
- Brava
Cape Verde. Île du Cap-Vert où il se rendait souvent.
Dans l’Elucidário, le nom Brava désigne deux lieux : une ville d’Afrique orientale attaquée par une flotte portugaise et une île du Cap-Vert. Sur cette dernière, dom João Henriques Moniz fut curé et fonda deux écoles ; dom Patrício Xavier de Moura s’y rendit souvent.
- Cap-Vert
Cape Verde. Diocèse que Moura dirigea pendant environ dix ans.
Le Cap-Vert est un archipel et une colonie portugaise qui servit de lieu d’exil et de déportation à des Madériens, notamment des libéraux dans les années 1820, des opposants aux décrets sur les produits laitiers et les émeutiers de 1936. Richard Thomas Lowe s’y rendit en 1864 et en 1866. Il partage avec Madère une espèce de plante à fleurs.
- Cathédrale de Funchal
Funchal. Cathédrale où il fit son entrée solennelle en 1859.
La Sé do Funchal est la cathédrale de Funchal, dans la paroisse de Sé. Sa construction commença en 1493 ; elle devint siège paroissial en 1508, puis cathédrale en 1514. Elle était le point de départ des processions et le lieu du vœu à saint Jacques ; des évêques y sont enterrés.
- Funchal
Siège du diocèse que Moura dirigea à partir de 1859.
Capitale de l’archipel et siège de la principale capitainerie, où commença le peuplement ; elle devint un bourg vers 1451–52. Sa baie, la plus large de l’archipel, s’étend entre Ponta do Garajau et Ponta da Cruz et offre un mouillage abrité, bien que son port n’eût jamais fait l’objet d’une étude océanographique. L’Elucidário présente Funchal comme une station climatique, avec des données sur son climat, et relate les troubles de janvier 1906, la visite du prince danois en mai 1846 et la présence de cônes volcaniques récents dans la région.
- Guarda
Portugal. Diocèse où son prédécesseur fut transféré.
Guarda est une ville et un district du Portugal continental, où naquirent frère Pedro da Guarda et Pedro Bogalho. C’était le siège d’un diocèse dirigé par dom Manuel Martins Manso, qui y mourut, ainsi que d’un commandement militaire où Manuel Pereira da Silva s’adressa aux recrues en 1921 ; Sarsfield en fut gouverneur civil.
- Lisbonne
Portugal. Ville où Moura se retira et mourut.
Capitale du Portugal, siège du tribunal de la Relação et de la Misericórdia dont les privilèges et les statuts furent étendus à Funchal. Henrique Franco de Sousa étudia à son Académie royale des beaux-arts, et Luiz José Baiardo s’y installa en 1821.
- Santiago
Cabo Verde. Île du Cap-Vert où il se rendait souvent.
Santiago est la principale île du Cap-Vert. Camões attribua à tort l’origine de son nom. Dom Patrício Xavier de Moura s’y rendit souvent, et dom João Henriques Moniz y débarqua et y subit des persécutions.
- Setúbal
Portugal. Ville natale de Moura, où il se retira en tant que légitimiste.
Setúbal est une ville et un port du Portugal continental, classé juste devant Funchal parmi les ports. L’évêque dom José da Costa Torres et dom Patrício Xavier de Moura y naquirent. Alfredo Miguéis y enseigna, José Cupertino de Faria et Aníbal Álvares da Silva y vécurent, et Manuel Gomes Ferreira y exerça la fonction de fortificador.
- Vila Franca de Xira
Portugal. Paroisse dont Moura était prieur et où il rencontra le futur vicomte.
Vila Franca de Xira est une localité située hors de Madère, où naquit le docteur Álvaro Rodrigues de Azevedo. Dom Patrício Xavier de Moura fut prieur de sa paroisse, où il rencontra le futur vicomte.
Personnes
Personnes citées · 13- Patrício Xavier de Mouramort 1872
Frère augustin (graciano) originaire de Setúbal, évêque du Cap-Vert puis de Funchal de 1859 jusqu’à sa mort en 1872.
- Aires de Ornelas e Vasconcelos1837–1880
Doyen nommé coadjuteur avec droit de succession en 1871, qui reprit à Moura l’administration du diocèse de Funchal.
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L’un des accompagnateurs de Moura au Cap-Vert ; il y mourut en laissant plus de 80 contos.
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Doyen de la cathédrale du Cap-Vert et auteur de Diocese de Cabo Verde, ouvrage qui confirme et détaille le parcours de Moura.
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Princesse portugaise dont Moura fut le chapelain privé.
- Jean VImort 1826
Roi du Portugal qui nomma Moura chanoine de Bemposta et chapelain de l’infante Isabel Maria.
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Archidiacre septuagénaire qui accompagna Moura au Cap-Vert.
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Ministre qui, selon l’anecdote, tint une promesse faite en plaisantant de nommer Moura évêque en lui confiant le siège du Cap-Vert.
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Assistant de Moura, nommé chanoine à 18 ans, qui resta au Cap-Vert jusqu’en 1880 et y fut un enseignant respecté.
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Assistant de Moura au Cap-Vert, qui mourut peu après.
+ 3 de plus
- Manuel Martins Manso1793–1878
Prédécesseur de Moura comme évêque de Funchal, transféré à Guarda en 1858.
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Pape qui confirma le transfert de Moura à Funchal en 1859.
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Auteur du dictionnaire Portugal Antigo e Moderno, source de l’anecdote du trictrac citée ici.