Monteiro Teixeira (José António) 1Famille et études en France
Monteiro Teixeira (José António)
Biographie de José António Monteiro Teixeira (1795–1876), poète né à Funchal, formé en France, consul de France à Madère et auteur de poèmes satiriques en portugais et en français.
1Famille et études en France
José António Monteiro Teixeira descendait d’une famille madérienne ancienne et distinguée ; il naquit à Funchal le 27 décembre 1795. Il était le fils du riche propriétaire José António Teixeira et de son épouse dona Ana dos Anjos Teixeira, qui surent lui donner une instruction solide et variée. Celle-ci se compléta au fil des années par la fréquentation assidue des livres, par de longs voyages et de longs séjours dans les centres les plus civilisés d’Europe, et encore par l’intimité qu’il entretint avec quelques-uns des plus célèbres écrivains français de son temps.
En 1808, malgré l’incertitude des temps et l’inquiétude générale que les guerres péninsulaires et de graves troubles politiques répandaient dans toute l’Europe, Monteiro Teixeira, âgé d’à peine plus de douze ans, fut envoyé dans un collège de la ville de Pau, en France, qui jouissait alors d’une réputation universelle et accueillait des élèves de plusieurs pays étrangers.
Il nous raconte lui-même, dans son français des plus purs, les luttes qui opposèrent un amour paternel mal compris aux désirs véhéments de sa mère, mère attentive et dévouée qui, faisant taire les tendresses de son cœur maternel, voulait avant tout donner à ses fils l’instruction qu’ils ne pouvaient en aucune façon recevoir dans les écoles publiques ou privées de la capitale de Madère.
Il est intéressant d’entendre ses propres et éloquentes paroles, que nous traduisons ci-après :
Cependant, de plus en plus pressé par la ténacité de cette abnégation maternelle, mon père devait céder. Retranché dans ses derniers bastions, il voulut tenter un ultime effort : vaincre ce cœur de mère par l’excès de son propre amour. – Tu veux donc, lui dit mon père, un jour qu’elle pleurait en songeant déjà à cette séparation, envoyer tes deux fils en France, dans cette France qui est en guerre avec le monde entier (c’était en 1807), les jeter en proie à ce Napoléon qui ne respecte rien dans ses emportements tyranniques ?! Songe aux amertumes que tu te prépares, aux larmes que tu auras encore à verser ! Tu ne les reverras jamais, j’en ai le pressentiment.
« La réponse ne se fit pas attendre, et elle fut impétueuse : – Napoléon, dit-elle, n’est pas une bête sauvage, et l’innocence de l’enfance impose le respect jusqu’aux bêtes les plus féroces. De ce côté, je suis tranquille. Et même si je pressens moi aussi que je ne les reverrai plus (et, en disant cela, les larmes baignaient de nouveau ses joues), j’aime mieux ne plus jamais les embrasser que de les voir, de là-haut, mal élevés, sans instruction, vicieux et oisifs, comme la plupart des fils de tes amis, qui les déshonorent par leur ignorance et leur mauvaise conduite. Le cœur d’une vraie mère sait se sacrifier au bien-être de ses enfants. Je veux pour José et pour António une éducation libérale et les leçons de l’école du monde dans un pays éclairé comme la France. « Et nous partîmes. « Le cœur de cette mère allait être soumis à de rudes épreuves !… Aucune nouvelle de nous ! On put seulement savoir que nous étions arrivés en France.
« La guerre, toujours plus acharnée, avait coupé tous les moyens de communication avec cette île. »
Depuis leur départ, deux longues années s’écoulèrent sans que les parents dévoués eussent des nouvelles de leurs fils, en raison de la grande agitation qui régnait dans toute l’Europe à cause des guerres napoléoniennes. Les invasions françaises du territoire portugais et l’hostilité constante de la France envers le Portugal rendaient plus difficiles encore les communications entre les deux pays. On mesure aisément les angoisses qu’endurèrent ces cœurs de parents si tendres, à qui la mort avait ravi leurs autres enfants en pleine floraison de la vie.
C’est dans ce célèbre collège, où il resta jusqu’en 1814, que s’éveilla en lui le goût de l’étude de la langue française, qu’il en vint à connaître à fond, au point de l’écrire avec la plus grande correction et la plus grande élégance, selon le témoignage même de quelques écrivains français de renom. C’est là aussi que se révélèrent très tôt sa veine poétique et son penchant marqué pour la satire, qui devait faire de lui plus tard l’un des plus remarquables disciples de Juvénal et de Tolentino.
2Amitiés littéraires à l’étranger
Ses études au collège achevées, il demeura quelques années à Paris, adonné à diverses études historiques et à la lecture des classiques français, tout en cultivant avec un goût raffiné ses inclinations littéraires, et tout particulièrement la poésie, où dominaient la satire et l’épigramme. Au cours des longs séjours qu’il faisait dans la capitale de la France, il se lia d’amitié avec quelques-uns des plus illustres hommes de lettres de l’époque, qui appréciaient au plus haut point le charme incomparable de sa compagnie et l’impeccable perfection avec laquelle il parlait et écrivait le français. Chateaubriand, homme orgueilleux et peu accessible, Béranger, Méry et surtout Barthélemy vouèrent à notre illustre compatriote une admiration dévouée et la plus haute estime ; le dernier, en particulier, entretint avec lui pendant de longues années les relations les plus intimes. À Londres aussi, où il se rendait fréquemment, il fréquenta de près quelques-uns des hommes les plus remarquables du temps, qui portaient eux aussi à Monteiro Teixeira la considération due aux hautes qualités de son esprit privilégié et à sa culture peu commune. On connaît bien les liens d’étroite amitié qu’il entretint avec notre grand poète Castilho, qui, en maints endroits de son œuvre immense, évoque J. A. Monteiro Teixeira non seulement avec une tendre affection, mais aussi avec la plus grande admiration pour les dons de son intelligence cultivée et pour ses mérites incontestables de poète et d’homme de lettres. Notre savant compatriote, le grand jurisconsulte Silvestre Pinheiro Ferreira, le distingué homme de lettres et publiciste José Liberato Freire de Carvalho, et bien d’autres encore, furent aussi des intimes de Monteiro Teixeira. Si des hommes d’une telle envergure intellectuelle, portugais comme étrangers, ainsi que d’autres du plus haut rang social, distinguaient ainsi notre illustre compatriote – et cela à une époque où l’aristocratie du sang et du talent ne cherchait pas à se mettre au niveau des médiocrités infatuées –, nous pouvons bien mesurer les mérites de celui à qui s’adressaient de telles marques de considération, d’estime et d’admiration.
3Consul de France
Après quatorze ans d’absence passés dans les principaux centres européens, Monteiro Teixeira regagna sa terre natale, où il se consacra à la culture des lettres et exerça les fonctions de consul de France dans cette île. Il refusa systématiquement tous les honneurs par lesquels on voulut le distinguer, y compris un siège au parlement ; il n’accepta, et seulement pour complaire à quelques amis, que la charge d’échevin (vereador) du conseil municipal (Câmara Municipal) de Funchal, à une époque où l’on n’appelait à de telles fonctions que des hommes d’une valeur éprouvée ou d’un rang social élevé.
Comme représentant de la France, il rendit à ce pays des services si remarquables que le gouvernement français voulut à plusieurs reprises lui décerner diverses distinctions, entre autres la Légion d’honneur, qu’il refusa toujours, au motif qu’il n’en avait pas davantage accepté du gouvernement de son propre pays. Lorsqu’en 1840 la frégate La Belle Poule fit escale à Madère, ayant à son bord la mission française chargée de ramener en France les restes de Napoléon, inhumés depuis 1821 à Sainte-Hélène, Monteiro Teixeira combla de délicates attentions et des plus charmantes amabilités les membres de cette mission. Celle-ci avait pour chef le prince de Joinville et comptait parmi ses membres le grand général Bertrand, l’ami le plus fidèle et le plus dévoué de Bonaparte, qu’il accompagna dans toutes ses batailles et suivit jusqu’en exil, l’assistant jusqu’à ses derniers instants. Voulant donner à celui dont nous retraçons la vie une preuve de sa reconnaissance pour les services rendus et de la haute estime en laquelle il tenait ses qualités personnelles, le gouvernement français fit frapper à son intention une médaille d’or spéciale, dont il l’honora, puisqu’il refusait formellement, comme nous l’avons dit plus haut, toute décoration ou distinction honorifique.
4Le poète et sa mort
Il nous reste à évoquer Monteiro Teixeira en tant que poète, ce que nous ferons en quelques mots pour ne pas donner à cet article une longueur excessive. Il cultiva surtout le genre épigrammatique, et dans ses volumes de poésie écrits en portugais on ne trouve presque aucune composition étrangère à ce genre. Il fut un brillant disciple de Nicolau Tolentino, et nombre de ses vers rivalisent avec les meilleures compositions du maître. Nous sommes convaincus que, s’il avait publié ses livres ailleurs qu’à Madère, il aurait acquis une grande renommée comme poète satirique, et son nom ne serait pas enseveli dans l’oubli presque complet où il gît.
Certains estiment – et telle semble avoir été l’opinion de Monteiro Teixeira lui-même – que ses poésies écrites en français surpassent, par la pensée comme par la forme, celles qu’il composa dans sa langue maternelle. On y trouve des compositions de genres divers ; certaines odes et épîtres méritent une mention particulière, car elles semblent avoir atteint une perfection remarquable, tant dans la technique métrique que dans la beauté des idées. Quant à la correction de la langue, l’opinion autorisée d’éminents écrivains parisiens est que Monteiro Teixeira écrivait un français pur et d’une rare élégance, qu’un étranger aurait difficilement pu dépasser, voire égaler.
En 1848 et 1849, Monteiro Teixeira publia les deux volumes des Obras Poeticas, en 1861 le volume Oeuvres Poétiques et, en 1871, le Nouveau Récueil de poésies en français ; il publia aussi quelques opuscules de vers. Bien qu’il ait écrit un nombre si considérable de poésies, nous n’avons pas connaissance qu’il ait laissé la moindre composition en prose, hormis les préambules de ses livres.
Il mourut à Funchal le 31 mai 1876, à l’âge de 80 ans.
Dans cet article
Époque
Années citées · 07-
José António Monteiro Teixeira naquit à Funchal.
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José António Monteiro Teixeira étudia dans un collège à Pau, en France.
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Les frégates françaises La Belle Poule et La Favorite, chargées de la mission du prince de Joinville visant à rapatrier les restes de Napoléon depuis Sainte-Hélène, firent escale à Funchal.
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José António Monteiro Teixeira publia les deux volumes d’Obras Poéticas.
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José António Monteiro Teixeira publia Oeuvres Poétiques.
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José António Monteiro Teixeira publia Nouveau Récueil de poésies en français.
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José António Monteiro Teixeira mourut à Funchal.
Lieu
Lieux cités · 05Étranger
- Funchal
Ville où le poète naquit et mourut.
Capitale de l’archipel et siège de la principale capitainerie, où commença le peuplement ; elle devint un bourg vers 1451–52. Sa baie, la plus large de l’archipel, s’étend entre Ponta do Garajau et Ponta da Cruz et offre un mouillage abrité, bien que son port n’eût jamais fait l’objet d’une étude océanographique. L’Elucidário présente Funchal comme une station climatique, avec des données sur son climat, et relate les troubles de janvier 1906, la visite du prince danois en mai 1846 et la présence de cônes volcaniques récents dans la région.
- Londres
United Kingdom. Ville où il se rendait souvent.
Capitale britannique où furent publiés de nombreux ouvrages anglais sur Madère, notamment ceux des du Cane, d’Embleton et de Bloxam. Mason compara son humidité à celle de Funchal, et l’artillerie destinée à la forteresse de São Tiago en provenait. Elle accueillit le congrès de chimie appliquée de 1909.
- Paris
France. Ville où il étudia et rencontra des écrivains français.
Capitale française où Franco de Sousa s’établit et peignit « Ar livre », et où Juvenal Honório de Ornelas obtint son doctorat en médecine en 1834. Le père Luís Gonçalves da Câmara y étudia et y rencontra Loyola ; le baron de Ornelas y obtint son diplôme, y exerça et y mourut.
- Pau
France. Ville française où il fréquenta un collège de 1808 à 1814.
Ville française où il fréquenta le collège de 1808 à 1814.
- Sainte-Hélène
United Kingdom. Île où Napoléon fut enterré jusqu’en 1840.
Sainte-Hélène est l’île de l’Atlantique où Napoléon fut exilé, mourut et resta enterré jusqu’en 1840. Cette année-là, une mission française, l’expédition de la Belle Poule, y exhuma son corps. L’île fut également desservie par le câble de l’Eastern Telegraph Company.
Personnes
Personnes citées · 14-
Mère du poète, elle insista pour qu’il fasse ses études en France.
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Poète portugais qui fit l’éloge de Monteiro Teixeira dans ses œuvres.
- António Teixeira1795–1876
Poète satirique madérien et consul de France à Funchal, sujet de cette notice.
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Poète français et son ami littéraire le plus proche pendant de nombreuses années.
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Poète français qui comptait parmi ses amis.
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Fidèle général de Napoléon, membre de la mission de 1840.
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Écrivain français qui admirait Monteiro Teixeira.
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Écrivain et publiciste portugais, ami du poète.
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Satiriste romain cité comme son modèle.
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Écrivain français qui comptait parmi ses amis.
+ 4 de plus
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Empereur français dont les guerres interrompirent les communications avec Madère et dont la dépouille passa par Madère en 1840.
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Poète satirique portugais dont Monteiro Teixeira fut le disciple.
- Prince de Joinville1818–1900
Chef de la mission française de 1840 chargée de ramener la dépouille de Napoléon, il fut reçu à Madère par le poète.
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Juriste portugais et ami intime du poète.