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Ornelas de Vasconcelos (Agostinho de) 1Caractère, famille et formation
Article nº 2692 Fonctionnaire, magistrat ou diplomate Vol. III · p. 38–41 8 min de lecture

Ornelas de Vasconcelos (Agostinho de)

Biographie d’Agostinho de Ornelas de Vasconcelos (1836–1901), diplomate né à Funchal, député et pair du royaume, qui fut ministre du Portugal en Russie, traduisit le Faust de Goethe et écrivit sur Colomb à Madère.

Ornelas de Vasconcelos (Agostinho de)

1Caractère, famille et formation

Le conseiller (conselheiro, titre honorifique du conseil royal) Agostinho de Ornelas de Vasconcelos Esmeraldo Rolim de Moura fut un véritable représentant de la vieille et légitime noblesse portugaise, rehaussée et enrichie de toutes les précieuses qualités de la civilisation moderne. Bien que jaloux de ses titres de noblesse et des traditions aristocratiques de son illustre famille, il n’en fut pas moins un esprit éminemment libéral, une intelligence ouverte à toutes les manifestations du progrès et un fervent amateur des sciences et des lettres.

En témoignent éloquemment le dédain constant avec lequel il méprisa toujours titres et honneurs, se contentant des parchemins hérités de ses ancêtres et des distinctions attachées aux hautes charges qu’il exerça, ainsi que l’ardeur infatigable avec laquelle il enrichissait jour après jour sa profonde culture intellectuelle, suivant avec assiduité toutes les découvertes, innovations et avancées accomplies dans les diverses branches du savoir humain.

Notre personnage naquit dans la paroisse (freguesia) de la cathédrale de Funchal (Sé), en cette ville, le 14 mars 1836. Il appartenait à l’une des familles les plus distinguées de Madère et comptait parmi ses ascendants quelques figures remarquables, qui laissèrent un nom illustre dans l’histoire de notre pays. Ses parents étaient le titulaire du majorat (morgado) Aires de Ornelas e Vasconcelos, qui exerça chez nous la charge de gouverneur civil, et son épouse, dona Augusta Correia Vasques de Olival.

Après avoir achevé avec une remarquable distinction ses études secondaires au lycée de Funchal, il s’inscrivit en 1852 à la faculté de droit de l’université de Coimbra, dont il sortit diplômé en 1857, au terme d’une brillante carrière universitaire.

2Carrière diplomatique

Attiré par les séductions de la diplomatie, il embrassa cette carrière fastueuse dès la fin de ses études universitaires. Par décret du 18 novembre 1857, il fut nommé second attaché à la légation de Washington ; il prit possession de son poste en juin de l’année suivante et y demeura jusqu’au mois de février 1859. Jeune diplomate, il mit ses loisirs à profit pour parcourir une partie considérable du pays et en visiter les établissements et les institutions les plus remarquables. Il en reste un témoignage : l’important mémoire qu’il rédigea sur le pénitencier de Philadelphie, inséré dans l’ouvrage Reforma das cadeias em Portugal, dû à la plume du docteur António Aires de Gouveia, archevêque de Chalcédoine.

Muté à la cour de Berlin, il y resta jusqu’en 1862 et y fit plusieurs fois fonction de chargé d’affaires en l’absence de l’ambassadeur.

En 1862, il fut promu premier attaché et affecté à Rio de Janeiro, puis à Saint-Pétersbourg, mais la maladie l’empêcha d’occuper ces postes. Le 26 avril 1865, il fut nommé secrétaire de légation à Vienne, en Autriche, puis muté à Londres, où il demeura jusqu’en décembre 1867.

Mis en disponibilité, il resta quelques années éloigné de la carrière diplomatique. Il la reprit par un décret du 27 septembre 1886, qui le nomma ministre plénipotentiaire à Madrid, poste qu’il n’exerça jamais : par décret du 30 du même mois et de la même année, il fut en effet appelé aux fonctions de directeur de la direction politique au ministère des Affaires étrangères. Par décret du 17 novembre 1891, il fut nommé directeur général des affaires politiques et diplomatiques dans ce même ministère. Il en démissionna par la suite, et le décret correspondant déclarait qu’il avait servi avec beaucoup de zèle et beaucoup d’intelligence.

Par décret du 6 septembre 1894, il fut nommé ministre plénipotentiaire en Russie ; il prit possession de ce poste le 10 novembre de la même année et le conserva presque jusqu’à sa mort.

Comme diplomate, il s’acquitta de plusieurs missions importantes et délicates, qui lui valurent des éloges particuliers et diverses distinctions honorifiques. Il faut citer en particulier les travaux de la convention relative au différend de Moura, qui lui valurent la grand-croix de l’ordre de Charles III d’Espagne. En 1900, il fut l’un des représentants de notre pays à la célèbre conférence de La Haye.

Au cours de sa longue carrière au ministère des Affaires étrangères, il ne cessa de donner des preuves éloquentes de la vigueur de son intelligence, de sa vaste culture et des rares qualités de diplomate qui le distinguaient et faisaient de lui un véritable homme d’État. Aussi était-il considéré comme l’un des membres les plus estimés du corps diplomatique portugais.

3Politique et lettres

Il parcourut aussi les sentiers tortueux de la politique portugaise. Il sortit pourtant indemne et sans tache de ce bourbier où tant d’autres souillent la pureté de leurs convictions, et jusqu’à leur propre dignité. Il fut élu député de Madère pour les législatures de 1868-1869, 1869-1870, 1870-1871 et 1871-1874, et fut nommé pair du royaume par lettre royale (carta régia) du 16 mai de cette dernière année. Il se distingua dans les deux chambres comme un parlementaire de grand mérite, toujours remarqué dans ses discours pour la plus parfaite courtoisie, alliée à une remarquable correction de forme. Ce n’était sans doute pas un tribun capable de soulever son auditoire par des torrents d’éloquence, mais un orateur aisé, correct et maître des sujets qu’il traitait, et toute la chambre écoutait toujours sa parole avec la plus grande attention. Parmi les discours qu’il prononça dans les deux assemblées du parlement, plusieurs comptent parmi les plus remarquables ; il faut citer en particulier ceux qu’il consacra au padroado (patronage royal portugais sur l’Église d’Orient) des Indes et aux missions d’outre-mer.

Il fut, comme nous l’avons dit, un fervent amateur des sciences et des lettres, et son souci le plus constant était en vérité d’enrichir son esprit de connaissances nouvelles, puisées chaque jour dans de vastes études et de longues lectures. Doué d’une brillante intelligence, servie par une mémoire prodigieuse, il possédait une érudition peu commune dans toutes les branches du savoir humain, à laquelle contribuait largement sa connaissance de plusieurs langues, y compris le latin. Comme homme de lettres, il nous a donné dans ses écrits des preuves incontestables de sa valeur, montrant qu’il aurait pu se faire un nom honorable dans l’histoire de son pays s’il s’était entièrement consacré à la carrière littéraire.

Le chef-d’œuvre de Goethe, la célèbre tragédie Faust, était presque inconnu chez nous. Le conseiller Agostinho de Ornelas s’était lancé dans l’entreprise hasardeuse de faire passer dans notre langue la production la plus admirable de la littérature allemande. C’était là une tâche ardue et difficile pour notre illustre biographié qui, sans être poète, voulut traduire en vers portugais l’œuvre géniale du plus grand poète de l’Allemagne. La version s’en ressentit, et force est d’avouer que la forme poétique n’est pas toujours exempte d’imperfections. Souvent, ces imperfections répondent au désir, poussé jusqu’au scrupule le plus raffiné, de rendre fidèlement la pensée de Goethe, fût-ce au prix d’un sacrifice évident de la forme. La traduction d’António Feliciano de Castilho, parue plus tard, est sans doute d’une grande correction et parée de véritables ornements poétiques ; mais, faite sur une version française imparfaite et avec les audaces et les libertés de son inspiration de poète raffiné, elle s’éloigne assez souvent de l’original allemand et ressemble parfois davantage à une paraphrase qu’à une véritable traduction. Il ne manque pas de critiques pour préférer la version du conseiller Ornelas à celle de Castilho, parce qu’elle a été faite sur l’original allemand et avec un scrupule de fidélité insurpassable. C’est sans aucun doute, malgré ses défauts, un travail de valeur, qui fait grand honneur à ses mérites littéraires.

En 1884 parut à Porto un gros volume intitulé Obras de D. Ayres de Ornelas de Vasconcellos, qui réunit les divers écrits de l’ancien et inoubliable évêque de ce diocèse, frère du conseiller Agostinho de Ornelas. Ces beaux écrits sont précédés d’une longue et remarquable biographie de l’illustre prélat, qui occupe près de 200 pages du livre et qui, selon un écrivain distingué et éminent professeur de l’Université, fut écrite d’une plume d’or. L’auteur de cette biographie, véritable modèle de langue à la saveur nettement classique, était le conseiller Agostinho de Ornelas.

En 1892, à l’occasion du centenaire de Colomb, il publia un intéressant mémoire, Memoria sobre a residência de Cristóvão Colombo na Ilha da Madeira, inclus dans le volume Memorias que l’Académie royale des sciences de Lisbonne (Academia Real das Ciências de Lisboa) fit paraître pour célébrer ce centenaire.

À tous ces titres, il fut élu membre de cette Académie, qui le désigna parmi les membres chargés d’organiser la publication des Memorias mentionnées.

Il était également membre d’autres sociétés scientifiques et littéraires, tant portugaises qu’étrangères.

Il s’acquitta avec distinction de plusieurs missions de service public de haute importance, notamment celle de représenter le Portugal aux fêtes du centenaire de Colomb à Madrid, et celle de délégué de notre pays à la célèbre conférence de La Haye, tenue en 1898.

Il était titulaire, entre autres, des décorations suivantes : les grand-croix de Charles III, d’Espagne, de Saint-Grégoire-le-Grand, de Rome, de la Couronne et de Saint-Stanislas, de Prusse ; grand officier de la Légion d’honneur ; commandeur et chevalier de Saint-Jacques ; commandeur de l’ordre d’Albert le Valeureux, de Saxe, de l’Aigle rouge, de Prusse, de l’ordre impérial de la Rose, du Brésil, etc.

Il mourut le 6 septembre 1901 à Niederwalluf, en Allemagne, alors qu’il exerçait l’importante charge de ministre plénipotentiaire du Portugal en Russie.

Dans cet article

Époque

Années citées · 13
  1. Agostinho de Ornelas de Vasconcelos naquit à Funchal.

  2. Agostinho de Ornelas de Vasconcelos étudia le droit à Coimbra.

  3. Agostinho de Ornelas de Vasconcelos fut nommé deuxième attaché à Washington.

  4. Agostinho de Ornelas de Vasconcelos fut nommé secrétaire de légation à Vienne.

  5. Agostinho de Ornelas de Vasconcelos siégea comme député de Madère.

  6. Agostinho de Ornelas de Vasconcelos fut nommé pair du royaume.

  7. Les œuvres de l’évêque Aires de Ornelas, accompagnées d’une biographie d’Agostinho de Ornelas de Vasconcelos, furent publiées à Porto.

  8. Agostinho de Ornelas de Vasconcelos fut nommé directeur des affaires politiques au ministère des Affaires étrangères.

  9. Agostinho de Ornelas de Vasconcelos fut nommé directeur général des affaires politiques et diplomatiques.

  10. Agostinho de Ornelas publia son mémoire sur le séjour de Christophe Colomb à Madère.

  11. Agostinho de Ornelas de Vasconcelos fut nommé ministre plénipotentiaire en Russie.

  12. Agostinho de Ornelas de Vasconcelos fut délégué à la conférence de La Haye (datée de 1900 ailleurs dans l’article).

  13. Agostinho de Ornelas de Vasconcelos mourut à Niederwalluf, en Allemagne.

Lieu

Lieux cités · 12

Étranger

Carte: Madeira (12)
  1. Berlin

    Germany. Lieu de son affectation diplomatique jusqu’en 1862.

  2. Coimbra

    Portugal. Ville universitaire où il étudia le droit.

  3. Funchal

    Ville où il fréquenta le lycée.

  4. La Haye

    Netherlands. Lieu de la conférence de la paix où il représenta le Portugal.

  5. Londres

    United Kingdom. Ville où il fut en poste jusqu’en 1867.

  6. Madrid

    Spain. Ville où il fut nommé ministre en 1886, sans toutefois y exercer ses fonctions.

  7. Niederwalluf

    Germany. Ville allemande où il mourut.

  8. Philadelphie

    United States. Ville du pénitencier qu’il décrivit.

  9. Russie

    Russia. Pays où il fut ministre plénipotentiaire à partir de 1894.

  10. Sé

    Funchal. Paroisse de Funchal où naquit le sujet.

  11. Vienne

    Austria. Nommé secrétaire de légation dans cette ville en 1865.

  12. Washington

    United States. Son premier poste diplomatique.

Personnes

Personnes citées · 08
  1. Diplomate madérien, député et pair du royaume, ministre en Russie et traducteur de Faust ; sujet de cet article.

  2. Aires de Ornelas1866–1930

    Évêque de Funchal et frère du sujet, dont il rédigea la biographie dans l’édition de ses œuvres publiée en 1884.

  3. Père du sujet, titulaire d’un majorat qui fut gouverneur civil de Madère.

  4. Archevêque de Calcedónia et auteur de Reforma das cadeias em Portugal, ouvrage qui comprenait le mémoire du sujet sur le pénitencier de Philadelphie.

  5. Poète portugais dont la traduction ultérieure de Faust est comparée à celle du sujet.

  6. Mère du sujet.

  7. Navigateur dont le séjour à Madère fit l’objet d’un mémoire rédigé par le sujet en 1892.

  8. Poète allemand dont le sujet traduisit Faust en vers portugais.

Sur la feuille O

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